Vertus et vices.

Les antiques définissaient les vertus par leurs vices contraires. Cette stratégie est utile: elle clarifie la pensée. Voici quelques exemples choisis en fonction de l'actualité de Médiapart, et en m'inspirant de quelques philosophes (cités en références).

J’appelle vices des maladies de l’âme, qui ne sont point si aisées à connaître que les maladies du corps, parce que nous faisons plus souvent l’expérience d’une parfaite santé du corps, que d’une parfaite santé de l’esprit.

C'est le malheur qui met en pleine lumière la véritable amitié, et la vertu se fait aimer, toujours, par son seul prestige.

Si notre égoïsme ne veillait sur nous que pour nous éviter les erreurs et les vices, alors notre égoïsme serait une vertu.

Il vaut mieux enseigner les vertus que condamner les vices. La vertu d’un homme ne doit pas se mesurer par ses efforts, mais par ce qu’il fait d’ordinaire. Que toutes nos pensées soient telles que si on te demandait à tout instant ce que tu penses tu puisses toujours l'avouer sans honte.

Le mépris est le refus de reconnaître un homme comme son semblable. On ne croit alors ni à son honneur, ni à son jugement, ni à aucune de ses paroles: on ne se trouble nullement de ses signes; on ne s'occupe même pas de sa présence. Le mépris est le contraire de la charité.

Le despotisme c'est l'ordre extérieur, l'ordre sans sagesse, l'ordre irrité. Le contraire du despotisme consiste en ceci que la loi de raison (par exemple, l'égalité dans les échanges) est reconnue par tous, hors des crises de passion.

Notre vanité serait moins notre ennemie si elle ne nous poussait pas à vouloir jouir d'objets d'après ce qu'on suppose du jugement des autres sur ces objets.

L’indécision est une espèce de crainte qui, retenant l’âme comme en balance entre plusieurs actions qu’elle peut faire, est cause qu’elle n’en exécute aucune, et ainsi qu’elle a du temps pour choisir avant de se déterminer.

Aussi méchants que puissent être les hommes, ils n'osent se déclarer ennemis de la vertu. Lorsqu'ils veulent la persécuter, ils prétendent qu'elle est fausse ou qu'elle a commis des crimes.

Je n'aime point les mots nouveaux; je ne connais que le juste et l'injuste; ces mots sont entendus par toutes les consciences. Il faut ramener toutes les définitions à la conscience: l'esprit est un sophiste qui conduit les vertus à l'échafaud.

L'opulence est une infamie; elle consiste à nourrir moins d'enfants naturels ou adoptifs qu'on n'a de mille livres de revenu.

Les hommes se trompent quand ils se croient libres; cette opinion consiste en cela seul qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés.

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. De mauvaises lois sont la pire sorte de tyrannie.

Le bonheur et le désir ne peuvent se trouver durablement ensemble.

Le comble de l'orgueil, ou de l'abjection, est le comble de l'ignorance de soi-même.

Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes.

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, Polissez-le sans cesse, et le repolissez, Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Un beau parleur ne saurait être un homme de bien.

De profession à profession, on se devine, et de vice à vice aussi.

L'envie est un sentiment proche de la haine, qui est d'autant plus prononcé et désagréable à ceux qui l'éprouvent qu'il est proportionnel à l'idée qu'ils se font des qualités, ou des biens, que possèdent la personne (ou les personnes) enviée(s). Deux vieux proverbes allemands peuvent aider les envieux à leur éviter ce désagrément à eux-mêmes:

- l'envie est un scorpion qui se pique lui-même,

- l'envie produit la souffrance: qui envie, celui-là souffre.

Qui vit en paix avec lui-même vit en paix avec l'univers. Accomplis chaque acte de ta vie comme s'il devait être le dernier.

Références (par ordre d'ancienneté):

[1] Lao Tseu ou Lao Zi aurait été un contemporain de Confucius (5ème ou 6ème siècle avant JC).

[2] Épictète, en grec ancien Epíktêtos, qui signifie "homme acheté, serviteur", né aux alentours de l'an 50 à Hiérapolis et mort aux alentours de l'an 125, ou 130, à Nicopolis.

[3] Marc Aurèle (Marcus Aurelius Antoninus) est né le 26 avril 121 à Rome et mort le 17 mars 180 à Sirmione ou à Vindobona. https://blogs.mediapart.fr/wawa/blog/070321/marc-aurele

[4] Euripide, né à Salamine vers 480 et mort en Macédoine en 406. https://blogs.mediapart.fr/wawa/blog/040421/si-dieu-decide-de-detruire-il-commence-par-rendre-fou

[5] René Descartes, né le 31 mars 1596 à La Haye-en-Touraine (aujourd'hui Descartes) et mort le 11 février 1650 à Stockholm.

[6] Blaise Pascal, né le 19 juin 1623 à Clairmont (aujourd'hui Clermont-Ferrand) et mort le 19 août 1662 à Paris. https://blogs.mediapart.fr/wawa/blog/140220/pensees

[7] Baruch Spinoza, né le 24 novembre 1632 à Amsterdam et mort le 21 février 1677 à La Haye.

[8] Jacques Bénigne Bossuet, né le 27 septembre 1627 à Dijon et mort le 12 avril 1704 à Paris.

[9] Nicolas Boileau, né le 1er novembre 1636 à Paris et mort dans cette même ville le 13 mars 1711.

[10] Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, né le 18 janvier 1689 à La Brède et mort le 10 février 1755 à Paris.

[11] Edmund Burke, né à Dublin le 12 janvier 1729 et mort à Beaconsfield le 9 juillet 1797.

[12] Louis Antoine Léon de Saint-Just, né le 25 août 1767 à Decize et mort guillotiné le 10 thermidor an II (28 juillet 1794) à Paris. https://blogs.mediapart.fr/wawa/blog/040321/louis-antoine-leon-de-saint-just

[13] Alain, de son vrai nom Émile-Auguste Chartier, né le 3 mars 1868 à Mortagne-au-Perche et mort le 2 juin 1951 au Vésinet.

[14] Marcel Proust est né le 10 juillet 1871 à Paris où il est mort le 18 novembre 1922. https://blogs.mediapart.fr/wawa/blog/200321/marcel-proust

[15] Niels Bohr, né le 7 octobre 1885 à Copenhague et mort le 18 novembre 1962 à Copenhague.

 

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