Les minima sociaux c’est pour les pauvres!

Une étude officielle démontre que les pauvres sont pauvres : un grand nombre des « bénéficiaires » de minima sociaux sont « pauvres en conditions de vie », certains font appel à l’aide alimentaire ou tardent à se soigner. Dans le train de mesures prises par le gouvernement, rien de significatif en faveur de ceux qui galèrent le plus dans notre pays.

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La DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques qui agit sous la tutelle de trois ministères) publie une étude qui démontre que les pauvres sont pauvres : 11 % de la population sont pauvres en conditions de vie alors que les bénéficiaires de minima sociaux sont plus de la moitié (53 %) à connaître des conditions de vie très difficiles soit proportionnellement cinq fois plus nombreux : pauvres en conditions de vie signifie qu’ils sont contraints à restreindre leur consommation, à contraindre leur budget, à payer en retard leur loyer et à vivre dans un logement peu confortable (difficulté de chauffage, appartements surpeuplés). Sachant que 6,6 millions de personnes perçoivent des minima sociaux (sans parler des ayants-droit), ce sont donc 3,5 millions de foyers ou ménages qui survivent dans la galère.

L’étude met en évidence une évidence (que je déroule sans cesse sur ce blog Social en question depuis des années) : le RSA et l’ASS étant les minima sociaux aux montants les plus faibles (autour de 500 € pour une personne seule), une majorité de ceux qui les perçoivent (68 et 63 %) connaît des conditions de vie de grande pauvreté. 5 % des personnes relevant de minima sociaux (soit 330 000) sollicitent régulièrement une aide alimentaire et 28 % consomment des denrées données par leur entourage. Beaucoup renoncent à une consultation auprès d’un médecin ou à des soins dentaires.

Taux de pauvreté en conditions de vie fin 2018, selon la prestation perçue, en % Taux de pauvreté en conditions de vie fin 2018, selon la prestation perçue, en %

Le gouvernement a accordé des aides financières ponctuelles pendant le confinement aux ménages les plus démunis, sans doute parce que lui parvenaient des informations selon lesquelles on pouvait assister à des émeutes de la faim. Mais l’étude de la DREES, réalisée avant le confinement, démontre que la plupart de ceux qui relèvent des minima sociaux ne peuvent pas vivre avec l’allocation qu’ils perçoivent. Dès la mi-avril, je me suis prononcé Pour un Plan Marshall en faveur des plus démunis, après avoir décrit la situation à Toulouse (Toulouse : vers une « émeute de la faim » ?) et avant d’évoquer les distributions alimentaires pendant le confinement : Faim du confinement.

Brigitte Klinkert avec Emmanuel Macron à l'Elysée le 9 juillet 2019 lors de sa décoration comme officier de la légion d'Honneur [Photo Emmanuel Delahaye, L'Alsace] Brigitte Klinkert avec Emmanuel Macron à l'Elysée le 9 juillet 2019 lors de sa décoration comme officier de la légion d'Honneur [Photo Emmanuel Delahaye, L'Alsace]
La nomination de Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l’insertion, n’est pas rassurante : elle était présidente divers droite du Département du Haut-Rhin qui s’est fait connaître avec sa volonté de contraindre autoritairement les bénéficiaires du RSA à s’engager… dans le bénévolat (mesure prise par l’ancien président LR, Mme Klinkert faisant partie de sa majorité). La mesure a été contestée devant les tribunaux et retoquée. Finalement, la nouvelle ministre se vante d’avoir un dispositif qui fait en sorte que les bénéficiaires du RSA, qui le souhaitent, peuvent signer un contrat d’engagement dans une action bénévole : faut-il préciser à celles et ceux qui trouveraient ça très bien qu’il y a plus de 30 ans que cette possibilité existe. Souvent il a été difficile de faire admettre ce type d’engagement et de contrat car cette droite UMP s’y opposait virulemment, considérant que le « érémiste » devait absolument travailler (même sans emploi disponible) et non pas bénévoler. La mesure du Haut-Rhin, au départ, était une contrainte contraire à la loi qui suppose un contrat prenant en compte autant que possible les desiderata, les compétences, les conditions de vie de l’allocataire. En réalité, on est toujours dans la com : quand cette droite libérale impose un travail pour bien marquer son combat contre l’ « assistanat » (on fait du Wauquiez ou du RN), et aussi quand cette même droite fait mine d’avoir inventé le fil à couper le beurre (contractualiser un engagement bénévole). Pas exclu qu’Emmanuel Macron et Jean Castex nomment Mme Klinkert à ce poste à cause de cette prétendue expertise même si elle affirme qu’elle n’a pas été nommée à ce poste pour imposer au reste du territoire ce que le Haut-Rhin a « inventé ».  

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. Voir dans le rapport de la DREES les questions posées pour déterminer des indicateurs de pauvreté : « Les moyens financiers de votre ménage vous permettent-ils… de manger de la viande, du poulet ou du poisson (ou l’équivalent végétarien) tous les deux jours ? D’acheter des vêtements neufs (et non pas d’occasion) ? De posséder deux paires de bonnes chaussures (pour chaque adulte du ménage) ? De remplacer des meubles hors d’usage ? De maintenir votre logement à bonne température ? De recevoir des parents ou des amis, pour boire un verre ou pour un repas (au moins une fois par mois) ? D’offrir des cadeaux à la famille ou aux amis une fois par an au moins ? » Etc.

. Les minima sociaux sont au nombre de 10, mais les 4 principaux regroupent 95 % des bénéficiaires : le Revenu de Solidarité Active (RSA), l’Allocation de Solidarité Spécifique (ASS), l’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (ASPA ou minimum vieillesse) et l’Allocation d’Adulte Handicapé (AAH). S’y ajoutent l’Allocation Veuvage (AV), l’Allocation Supplémentaire d’Invalidité (ASI), l’Allocation pour Demandeur d’Asile (ADA), le Revenu de Solidarité (RSO, complément RSA dans les départements et régions d’outre-mer) et deux prestations versées à d’anciens bénéficiaires mais qui ne sont plus attribuées. L’étude de la DREES inclut la Prime d’Activité (PA) qui s’ajoute le plus souvent à un revenu faible, salarié ou non-salarié : elle est donc un complément de revenu plus qu’un minima social en tant que tel.   

. Mathieu Calvo et Lucile Richet-Mastain (DREES), 2020, Les conditions de vie des bénéficiaires de minima sociaux et de la prime d’activité fin 2018, Les Dossiers de la DREES, n°61, DREES, juillet, 32 pages.

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. Ce rapport paraît en même temps que le numéro spécial annuel de Challenges sur le Grandes fortunes : les 500 plus riches de France possèdent 730 milliards d'euros, soit deux fois le budget de l'Etat ou la totalité des dépenses sociales et de santé du pays. Un nombre non négligeable d'entre eux estime que le Smic est trop élevé et que les retraités sont des privilégiés : quand ils ne le disent pas eux-mêmes, ils chargent quelques valets de le colporter sans cesse dans les grands médias qu'ils possèdent.  

. Voir également Rapport sur les riches en France de l’Observatoire des inégalités.

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Billet n° 561 : Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et .

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