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Billet de blog 21 nov. 2022

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Saint Omer et Alice Diop

Alice Diop sort "Saint Omer", un film bouleversant pas seulement par l’histoire tragique qui est au cœur, mais par un jeu d’actrices remarquables. Avant-première : la réalisatrice explique sa démarche.

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  • Le film :

D’emblée on est projeté dans le drame : sur la plage, une poussette. Mais le décor du réel s’arrêtera là : il ne s’agit pas de reconstituer l’histoire mais de suivre le procès de Laurence Coly (Fabienne Kabou dans l’histoire vraie qui eut lieu en 2013) qui, à 23 ans, a provoqué la mort de son enfant de 15 mois en la laissant dans sa poussette sur la plage à marée haute, en espérant que la mer l’emportera.

Rama (Kayije Kagame, au visage sculptural) est professeure à la Sorbonne et dispense un cours sur Marguerite Duras dans lequel elle invoque « la narration au service de la sublimation du réel ». Elle montre des images de la Libération et évoque la « flétrissure » des femmes tondues. Jeune romancière qui envisage un livre sur Médée (personnage mythologique infanticide), enceinte, elle a prévu d’assister au procès aux Assises de Laurence Coly, tellement intriguée par son acte. Ses rapports à sa mère (qui l’a empêchée de parler woloff, comme cela fut interdit à Fabienne Kabou, au Sénégal même) sont compliqués, sans parler de la rupture entre son ascension sociale et la condition de ses parents, exilés et peu instruits. Au fil des audiences, Rama ressent profondément en elle un lien, qui l’épouvante, avec la folie de Laurence. Elle va chercher à comprendre qui est la mère de Laurence, qui assiste au procès et qui tente elle-même de trouver refuge auprès de Rama.

La Cour est constituée essentiellement de femmes, excepté le procureur, bourru, qui, au moment du choix des jurés, récuse plusieurs  femmes, redoutant qu’elles soient trop favorables à l’accusée. Même les avocates sont des femmes.

Le récit du drame est convoqué à la barre. Des pêcheurs ont vu comme un phoque sur une plage, puis ont cru que cet enfant s’était noyé lors d’un naufrage de migrants, sauf qu’il n’y avait pas eu de naufrage. La fillette n’avait aucune trace de mauvais traitements. La mère avait laissé son nom à l’hôtel : il est dit qu’elle fut retrouvée grâce au « fichier national des étrangers ». Elle avait prétendu qu’elle envoyait l’enfant à Dakar chez sa grand-mère car Laurence voulait avoir du temps pour préparer sa thèse. Car elle faisait des études et son langage au tribunal sera « châtié » (comme tant de médias se sont plu à le répéter).

Laurence Coly (Guslagie Malanda) évoque des hallucinations et affirme avoir été maraboutée par la famille de son compagnon, plus âgé qu’elle, qui ne voulait pas de cet enfant et qui ne l’a pas reconnue. Elle-même dit compter sur le procès pour savoir pourquoi elle a tué son enfant. Elle plaide même non coupable, pas certaine que dans cette affaire elle soit la plus responsable. Les deux années qui ont précédé le drame ont été terribles pour elle, les pires de sa vie. La mort de sa grand-mère Elise qui l’a « dévastée ». Quand elle se rend à l’enterrement, au Sénégal, on la traite de « toubab », de Française, avec mépris.

Elise est justement le prénom qu’elle avait donné à sa fille. Sa propre mère voulait faire d’elle la femme qu’elle n’a pu être. L’acteur (Xavier Maly) qui interprète le compagnon Luc joue à la perfection le brave homme à qui on ne donnerait pas le bon dieu sans confession. Il s’exprime bien, a réponse à tout, il dira même au policier qu’il ne sait pas qui est le père. Alors qu’il s’apitoie sur la petite Lili, il est incapable d’expliquer pourquoi il n’était pas présent à ses obsèques. Le procureur saura se servir de lui pour appuyer sa thèse d’une femme intéressée, calculatrice. S’il se flagelle un peu (je suis responsable de tout, je ne me pardonnerai jamais), l’avocate de l’accusée a beau jeu de lui dire qu’il ne parle que de lui.

Laurence s’exprime donc très bien. Au début, la caméra la capte de profil le regard uniquement tourné vers la présidente du tribunal, trop. Puis, de pleine face, avec ce regard triste dans lequel on devine tout une pensée en ébullition, qui hésite à dire mais tient à le dire dignement. Elle déclare avoir mis deux ou trois mois « à se civiliser » dans la prison. Elle a accouché chez elle, elle dit être alors dans un trou noir, a eu peur de ne pas y arriver. L’enfant n’a pas été déclarée.

Pourtant la naissance a été un moment privilégié, un émerveillement. Elle voulait ce moment tout à elle, car Luc doutait de sa paternité ce qu’elle a vécu comme « la plus grave des insultes ». Pendant six mois, elle ne sort pas de chez elle. L’enfant a eu la varicelle, mais pas de médecin. Et elle croit à la sorcellerie : des gens lui voulaient du mal, elle a voulu protéger sa fille. Le procureur admet que l’excision soit un rituel mais tuer son enfant, il ne voit pas en quoi le meurtre d’un enfant par sa mère relèverait d’un fait culturel. Il l’accuse de balader la cour, mais elle répond : j’encours la perpétuité, et je mentirais ? Quelqu’un de stupide, éthylique, n’aurait jamais fait ce que j’ai fait.

Une professeur de l’université taxe Laurence de fabulatrice : elle a prétendu vouloir étudier Wittgenstein mais comment une femme africaine peut s’intéresser à un philosophe autrichien ?

Valérie Dreville

La mère de Laurence espère que sa fille sera correcte à la barre, car elle a reçu une « éducation de politesse ». Elle est persuadée que c’est la sorcellerie qui explique tous ses échecs. Elle achète tous les journaux qui parlent de sa fille, dans un mélange étrange de fierté et de honte.

Pourquoi avoir choisi Berck ? Parce que la mer est haute. Laurence raconte : « je la berce, lui donne le sein, elle est bien, alors je la laisse sur la plage » et la mer emporte son corps. Comme si elle n’avait pas tué son enfant mais juste laisser les forces de la nature tellurique régler le problème.

Je crois qu’aucun qualificatif ne permet de décrire le regard que porte la juge (Valérie Dreville) sur l’accusée : ce moment est inoubliable, où une actrice, qui a joué Médée au théâtre, exprime un sentiment si fort, si subtile, qu’on est glacé, saisi par l’émotion pour tout ce que sous-tend ce regard. C’est plus que de la compassion, de la compréhension et de l’incompréhension, une tristesse infinie d’un être humain essayant au moins d’entendre les explications d’un autre être humain. 

Mais le réel revient au galop, comme la mer, car le procureur rappelle que si la mer l’avait vraiment emportée cette enfant, personne n’aurait su qu’elle avait disparu, puisque personne ne savait qu’elle existait. Son existence aurait été un secret du début à la fin.

Aurélia Petit

Mais l’histoire de Laurence est peut-être celle d’une femme qui voulait exister (d’où cette ambition philosophique) mais que personne n’a vue, personne ne connait. C’est alors qu’Aurélia Petit, l’avocate de Laurence, se lance dans une plaidoirie qui nous pétrifie : cheveux courts, regard pénétrant, elle assène un propos qui, au-delà des mots, par le ton et la sincérité de la voix, nous fait trembler en l’écoutant. Vous pouvez la juger comme un monstre et la condamner, mais ce ne serait pas la justice. Pourquoi Laurence a tué sa fille qu’elle a aimée et soignée jusque-là, pourquoi ne l’avoir pas fait à la naissance ? Elle n’a caché ni la grossesse, ni l’accouchement, elle s’est cachée elle-même. Elle parle de folie et de croyances, et de chimères. Il n’est pas question de dépression du post-partum, mais des liens mystérieux qui lient les mères à leurs filles : les cellules des corps de la mère et de l’enfant sont imbriquées. « Nous, les femmes sommes toutes des chimères », « des monstres, oui, mais terriblement humains ».

Un long regard s’est échangé entre Rama et Laurence, comme si l’une comprenait les mystères de l’autre.

L’avocate avait dit que Laurence avait besoin de soins, pas en prison. Dans la vraie vie, Fabienne Kabou fut condamnée à 20 ans de prison, et, en appel, à 15 ans.  

Sortie en salle : 23 novembre. 

SAINT OMER Bande Annonce (2022) © Allociné | Bandes Annonces

Alice Diop

Alice Diop a commenté son film en avant-première le 13 novembre dans le cadre de la 7ème journée Art et Essai du Cinéma européen, avec diffusion en direct de sa prise de parole dans des centaines de salles en Europe, dont celle de Ciné 32 à Auch (Gers).

De sa voix cassée, d’emblée, Alice Diop confie que ce qu’elle vit depuis la sortie en avant-première de son film est « complètement dingue » tellement elle sent la passion qu’il suscite. C’est difficile de commenter ce film : elle va pourtant en parler très bien, ajoutant encore de la tension pour le spectateur après celle ressentie lors de la projection. Comme certains réalisateurs et réalisatrices, elle va être grandement respectueuse du public en lui donnant des pistes d’explication. Elle dit découvrir peu à peu les raisons qui l’ont amenée à faire ce film : « Je continue à essayer de comprendre ».

Tout est parti d’ « une photo de Fabienne Dabou avec son enfant dans sa poussette. J’ai eu une intuition, j’ai eu l’impression de la connaître ». Elle imagine de suite qu’elle est Sénégalaise. La journaliste du Monde Pascale Robert-Diard a écrit qu’elle avait déposé son enfant dans l’espoir que la mer emporte son corps, à marée haute. Il y avait là quelque chose de sacrificiel, presque doux (dans une interview à L’Obs du 17 novembre, elle dit qu’il y a l’idée de « mère nourricière », d’offrir l’enfant « à une mer plus puissante que la mère qu’elle n’a pu être »). Elle affirme qu’elle n’aurait pas fait le film s’il avait été dit : dans l’espoir que la mer tue son enfant.

Elle a assisté au procès de Fabienne Kabou. Elle confie avoir été totalement fascinée par le rituel judiciaire, car elle n’avait jamais approché un procès d’assises auparavant. « Ce qui m’a fasciné, en tant que documentariste, c’est combien l’acte de juger tente de déceler la vérité d’une personne, en tentant d’additionner des faits objectifs, par l’accumulation de ces faits. Il échoue à approcher l’histoire de cette personne certes mais parvient à l’approcher à un endroit qui m’a renvoyé à la lecture de grandes œuvres littéraires, de grandes pièces de théâtres, de grands films, par le biais de quelque chose de complétement prosaïque, de complètement concret, pratique ». Cela passe, par exemple, par le fait de décortiquer la poubelle de l’ordinateur, et tout autant décortiquer les rapports que l’accusée a eu avec son père, sa mère, sa grand-mère, et aussi à détailler ce qu’il y a comme objets sur son bureau, les photos qu’elle a prises, les recherches internet qu’elle a faites, ses consultations sur Wikipedia.

Alice Diop interviewée à la 7ème journée Art et Essai du Cinéma européen le 13/11 [photo d'écran YF]

« Quelque chose m’a bouleversée : c’est le témoignage de l’expert informatique (ce n’est pas dans le film) qui montrait qu’elle a dû faire dans la même journée des recherches sur l’accouchement sous X, sur un projet de loi permettant de faciliter l’accès à l’accouchement sous X, et le coefficient des marées à Saint-Omer, et en même temps la manière dont on donnait les premiers soins à un nouveau-né. »

« D’un point de vue dramaturgique, la question de la cour d’assises est une matière intéressante. J’ai su très vite que c’est dans cette agora-là, ce cadre-là que cela se passerait. » Sans avoir à reconstituer le crime.

« La question de Fabienne était d’accéder à son histoire et non pas de répondre à des questions auxquelles elle-même ne peut pas répondre. Mais en approchant au plus près de son histoire c’est là qu’elle nous renvoyait, je pense, quelque chose qui permettait de nous regarder nous, de descendre dans son propre terrain et de nous éclairer sur nous-mêmes. »  

« C’est un procès qui a été énormément commenté, il a fait la une des journaux. Je n’avais pas accès là où la presse allait, car je n’avais pas de carte de presse. J’étais du côté du public, j’ai passé beaucoup de temps avec la mère de Fabienne, qui s’est collée à moi dès le début, façon de me demander de l’aider à traverser cette chose, parce que je suis une femme noire. Parce que j’ai regardé à une place médiatisée par mon propre corps de femme noire, je relevais des choses que les journalistes n’avaient pas du tout relevées, par exemple cette prof qui vient dire à la barre qu’on ne comprend pas pourquoi elle s’intéresse à Wittengstein, je l’entends et ça me blesse (mais personne ne le relève), parce que je l’ai si souvent entendu moi-même ».

« Je pense que la langue est un élément le plus central et cela me renvoie à mon propre rapport obsessionnel au langage, il y a quelque chose que j’entends moi à ma place qui n’est pas ce que tout le monde a entendu. Tout le monde a constaté qu’elle avait une manière de parler le français d’une manière « châtié », mais la manière dont tous les gens le relevaient ça m’a posé problème. Pas un article qui ne commençait par : qu’est-ce qu’elle parle bien le français, qu’est-ce qu’elle est intelligente, ah elle a un QI de 140, alors que moi une femme noire qui étudie Wittengstein qui prépare un doctorat, tente de lire Wittengenstein, que même Lacan n’a pas réussi à lire, il y avait pour moi une résistance, du performatif : je ne suis pas la noire que vous croyez. »

« Et c’est une manière de mettre à distance la violence de son acte, c’est pour cela que j’ai fait le film. Je n’aurais jamais fait un film sur une autre femme qui ne parlerait pas comme ça, car cette façon de parler permet d’accéder au mythe, au tragique, permet une médiation pour la mise en réussite, permet de mieux voir sinon cela aurait été le prosaïsme d’une femme disant comment elle a noyé son enfant. Le terme ʺnoyerʺ : tout le film existe parce que le terme employé n’a pas été j’ai noyé ma fille par la mer, mais je l’ai déposée sur la plage avec l’idée que la mer emporterait son corps. C’est pour cela que je peux aller regarder quelque chose qui me concerne. Sinon on est sidéré, la mise à distance par le récit, le texte, la manière très littéraire qu’elle a parlé, c’est une façon de mettre à distance la violence de l’acte. »

Dans L’Obs déjà cité, Marie Ndiaye apporte un autre éclairage : si elle s’était mal exprimée, elle aurait suscité de la pitié, tandis que son langage lui a porté tort. On ne peut s’identifier à quelqu’un qui parle de cette façon, ce qui implique un jugement plus sévère.

« Quelqu’un m’a dit lors d’une projection, et c’est très fort : la langue c’est tout ce qui lui reste, elle a à cœur de dire précisément, une femme qui n’a jamais parlé, que personne n’a vue, une femme qui a été invisibilisée, et qui, à ce moment précis, pendant cinq jours, est écoutée, la seule chose qui lui reste c’est sa langue, et nous on va l’écouter intensément, et toute la mise en scène du film au fond est configurée pour qu’on puisse écouter intensément… la question de la langue dans ce film est au cœur du projet, encore une fois je n’ai pas toutes les réponses. Les choses me viennent au fur et à mesure des discussions, des retours, des explorations. »

Mères et chimères

« J’avais presque une culpabilité d’être si fascinée par elle, et chaque fois que je m’en rendais compte c’est lorsque le médecin légiste a montré des photos de l’enfant, avec gros plans, ce sont des images que je n’oublierai jamais, qui me sidéraient, je savais de ce fait qu’il fallait trouver une médiation, et surtout pas chercher quelque chose de l’ordre de l’obscène, du pornographique, au risque de passer à côté de la question essentielle, ce n’est pas l’horreur du crime, ce n’était pas la fascination obscène pour un fait divers aussi atroce mais la question essentielle du film est celle de la maternité, la question des chimères. Qu’est-ce qu’une mère ? Qu’est-ce que devenir mère à partir de celle qui nous a fait ? Pendant cinq jours, j’étais à côté de la mère de Fabienne, le procès me renvoyait à mes propres questions personnelles, questions intimes, privées, l’enjeu était un point de vue autour de cette question de la maternité. »

Alice Diop explique ce qu’elle doit à Marie Ndiaye (écrivaine, autrice de La Vengeance m’appartient où il est question d’infanticide) et à sa monteuse et amie Amrita David.

« Rama ce n’est pas moi, c’est un personnage romanesque, dont la fonction est de pointer les enjeux principaux. L’idée était que toutes les femmes puissent s’identifier dans le personnage de Rama et puissent pour elles-mêmes traverser le procès. Ce personnage permet d’entrer dans le film, permet au spectateur de se questionner à travers elle, un personnage qui parle pas, une femme qui ne peut pas parler à sa mère , elle est très située dans un univers culturel de l’immigration. » Rama est la synthèse de tout ce qu’elles trois, Alice, Marie et Amrita se sont dit autour du sujet, évoquant avec conscience, amour et respect ce qu’elles éprouvaient, de façon intime, face à un tel sujet.

 « La mère de Fabienne m’avait élue pour la soutenir parce que j’avais sensiblement le même âge que sa fille, que j’étais une version achevée, réussie de sa fille, parce que je n’étais pas sa fille et qu’elle pouvait me dire des choses qu’elle n’a pas pu dire à Fabienne, et aussi parce que je suis une femme noire. En fait, elle avait besoin de mon secours pour valider sa thèse du maraboutage qu’est la seule explication rationnelle pour elle sans tomber dans la folie. Elle me sommait de dire que j’y croyais : toi tu sais que c’est ça. Je n’y croyais pas du tout, mais on peut aussi y croire. Il y a  des choses qui m’échappent. »

Alice Diop avait peur que le film trahisse Fabienne Kabou, et non seulement le film ne l’a pas trahie  mais il permet qu’on l’entende comme elle n’avait jamais été entendue, et, pour elle, c’est très bouleversant.  

 « Fabienne Kabou a pleuré en écoutant la plaidoirie interprétée par Aurélia Petit magistralement, elle peut pleurer sur sa vie, sur sa mère, sur sa fille. Casting : qui d’autres que Valérie Dreville, avec ce visage mythologique, ce visage antique, peut jouer la présidente, elle qui a joué Médée : on sort du factuel, du fait divers, et on atteint une vérité, une tragédie mythologique ». Elle avait choisi cette actrice bien avant le casting.

Pour Guslagie Malanda, qui interprète le personnage de Laurence, « je sentais qu’elle résistais. J’ai écrit le film, sans le lui dire, à partir de son visage. En tant que documentariste, j’ai eu cette intuition : cette femme, sa profondeur, ce mystère dans son regard, sa présence, profonde, mélancolique, je sentais que ce personnage allait la faire aller dans des souterrains, la faire dialoguer avec une histoire intime, personnelle (sans même rien savoir de son histoire). Maintenant que je la connais, je sais avec quoi elle joue ce rôle, comment elle donne son corps à cette femme, pour être entendue. J’ai dirigé et casté les comédiens pour elles-mêmes, comme pour un documentaire ».

Excepté le passage sur les chimères, la tirade époustouflante d’Aurélia Petit, est le verbatim de la plaidoirie, et il en est de même pour de nombreux propos tenus au cours du procès, tirés directement des procès-verbaux.

______

Le 29 juin 2016, après la première condamnation de Fabienne Kabou, j’ai publié un article intitulé Donner la mort à son enfant… Je concluais ce texte ainsi :

« Ce qui est toujours difficile à admettre pour chacun d'entre nous c'est qu'avant de commettre un crime l'auteur n'est pas un criminel ; qu'un criminel n'est pas un monstre, pas parce qu'il a un QI confortable, mais parce qu'il est membre de notre communauté humaine, c'est bien ce qui fait l'horreur du crime. Et, comme pour les suicides, il y a autant de raisons que d'infanticides.

Berck avait déjà un nom difficile à porter, ça ne va pas s'arranger avec ce "cas historique" : la mère a choisi cette ville non seulement pour sa marée (elle avait consulté les horaires) mais aussi pour son nom qui lui semblait si "triste" ».

Alice Diop a préféré titrer son film Saint Omer, plutôt que Berck, peut-être pas seulement parce que le film repose sur le procès d’assises qui eut lieu à Saint-Omer mais parce que Saint Omer sonne mieux, avec quelque chose de religieux, et, même si la ville est à l’intérieur des terres, Omer fait penser à la mer. Aux mères également.

Plage de Berck-sur-Mer [compte twitter de France Inter]

Billet n° 707

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