YVES FAUCOUP
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Billet de blog 4 oct. 2022

YVES FAUCOUP
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700ème billet de Social en question

Comme à chaque centaine, je consacre ce 700ème billet à faire le point sur mon blog ‘Social en question’ dans lequel je traite, évidemment, de questions sociales mais pas seulement, tant il est vrai que le social se niche partout y compris dans les détails.

YVES FAUCOUP
Chroniqueur social
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dans le 600ème (9 février 2021), je reprécisais le but de Social en question : traiter surtout des questions liées à la pauvreté et à l’enfance (au cœur de mon expérience professionnelle passée). Je m’emploie depuis longtemps à dénoncer ici les discours méprisants sur l’assistanat et à militer pour que celles et ceux qui n’ont pas de travail, perçoivent un revenu minimum décent (au moins égal à la moitié du revenu médian, soit, aujourd’hui, 900 euros). Il ne s’agit en aucun cas d’un positionnement charitable, mais politique, républicain, car il est du devoir de la République d’assurer à tout être humain « des moyens convenables d’existence » (c’est la Constitution). Sur la protection de l’enfance, je rends compte du travail des professionnels tant décriés par certains médias qui ne connaissent rien de la réalité de terrain et par des dames patronnesses qui font leur notoriété sur le malheur des enfants (sans parler des institutions qui ont tant de mal à gérer le secteur, par une organisation souvent mal adaptée et un management déficient).

[Photo YF]

Je ne me tiens pas cependant à ces deux champs du social, intervenant sur des questions plus spécifiquement politiques, culturelles, historiques, avec cette intime conviction que le Social est transversal, en tout cas qu’il se niche dans bien des endroits. Je n’aime pas l’enfermement dans un compartiment, préférant les liens, les correspondances, les enchaînements. Ainsi que les à-côtés, les détails ou les anecdotes qui font sens. J’ai donné mon point de vue sur la peinture de Jérôme Bosch (dans deux longs articles) parce que je suis fana de ce peintre (au point d’aller à s-Hertogenbosch aux Pays-Bas [Bois-le-Duc] pour assister à l’exposition universelle à l’occasion du 500ème anniversaire de sa mort) mais aussi parce qu’il y a du « social » dans cet art. Je fais aussi apparemment le grand écart quand je cause des Zapatistes (rencontrés en France en octobre 2021) ou quand j’interviewe un paléontologue pour qu’il me parle des traces de ptérosaures dans le Lot !

Représentant de René Dumont !

Par contre, j’écris peu sur l’environnement, la transition écologique, le réchauffement climatique, car je maîtrise mal ces sujets. J’accompagne localement des luttes sans pour autant rédiger des textes étayés. Pourtant : en 1974, lors de la première candidature d’un écologiste à la présidentielle, René Dumont, j’avais été désigné par son staff comme son représentant pour la Haute-Saône ! En réalité, pour les coller avec des amis à Vesoul, j’avais demandé des affiches au siège de la campagne (une péniche amarrée sous le pont de l’Alma), c’est ainsi que je me suis retrouvé aussitôt correspondant, tel qu’indiqué dans le magazine underground de l’époque, Actuel (supplément au n° 42 de mai 1974). Cela m’a un peu forcé la main : du coup, j’ai monté un Comité écologiste en Haute-Saône, que j’ai animé pendant un an environ, nous avons mené de nombreuses actions, puis j’ai passé la main, car j’avais par ailleurs d’importantes responsabilités dans le monde syndical et dans la vie sociale d’un quartier populaire. La revue que j’ai dirigée en Franche-Comté, L’Estocade, a publié souvent des articles sur des luttes écologistes. Sur ce blog Social en question, en 2016, j’ai mis à jour une de mes enquêtes anciennes sur des déchets toxiques enfouis dans le sol (5000 tonnes de lindane), avec danger encore bien réel, sans qu’il y ait beaucoup de réactions dans les milieux écologistes nationaux (comme cela avait déjà été le cas en 1983).

Dans le n° 500 (11 octobre 2019), j’ai décrit ma conception du chroniqueur militant, consistant à ne pas se contenter de rendre compte d’un événement, d’une mesure, d’une déclaration, mais aussi à prendre position (d‘autant plus qu’une partie de mon travail est axé sur le traitement médiatique des questions sociales). J’écrivais que « l’objectivité ce n’est pas une neutralité sèche coupée des réalités, refusant de prendre position sur ce que vivent les gens, réellement ». Cette précision me permet de rappeler que je ne suis pas journaliste et ne prétends pas l’être : en effet, je n’ai ni les moyens ni l’envie de mener des enquêtes contradictoires (je prends donc l’essentiel de mes informations auprès d’organismes ou de responsables, élus, militants, en qui j’ai confiance).

L’individu au centre

Charles-Henri Roussel et Sébastien Pigache, paysans, photographiés dans une ferme (si si) à Estipouy [Ph. YF]

L’air du temps, aujourd’hui, est à la personnalisation : du fait de l’individualisation de nos sociétés (le collectif est décrié, le système renvoie sans cesse à chacun la responsabilité de sa situation). La prolifération des messages personnels en public sur les réseaux sociaux contribue à renforcer le phénomène. J’ajouterai le vieillissement : il y a une propension, à un certain âge, à vouloir raconter ce que l’on a vécu, notre expérience de la vie, à petite échelle, ou en lien avec la Grande Histoire. Je suis évidemment emporté dans ce tourbillon (le présent billet en est l’illustration), éprouvant un certain plaisir, plus ou moins narcissique, à invoquer ce que je sais personnellement du sujet (même dans le cadre d’un article plutôt technique sur les retraites ou le RSA).

Ce phénomène gagne du terrain : on voit, en effet, des journalistes et historiens succomber au désir de se livrer. Pas seulement en rédigeant des posts Facebook très personnels alors qu’ils sont en diffusion publique (et non pas pour leurs seuls ʺamisʺ), mais aussi en publiant livres ou chroniques dans lesquels ils sont impliqués : parmi d’autres, notons le journaliste Claude Askolovitch interviewant récemment sur Radio-France sa mère (qui fut déportée à Bergen-Belsen) ; Sonia Devillers, journaliste également, racontant dans Les Exportés, l’histoire de sa famille victime de l’antisémitisme en Roumanie ; Ivan Jabonkla, historien, publiant l’Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus.

Mon dernier billet était consacré à mon père récemment décédé (Mon père s’en est allé). Quand on a pris l’habitude d’écrire sur les événements forts auxquels on est socialement confronté, un jour, la perte d’un être cher, sur lequel on a tant à dire, pousse à coucher sur le papier ce qu’il était, avec un sentiment diffus que l’on profitera un peu de la belle image dont on se fait l’écho, mais surtout que ce qu’il était ne peut pas ne pas intéresser celles et ceux qui me lisent. C’est pourquoi j’ai parcouru tant de notes (papier et ordinateur) le concernant et de messages privés pour retrouver ce qui méritait d’être rendu public. L’écho chaleureux qu’a eu ce texte me confirme que si c’est un exercice risqué il mérite d’être tenté. Je relève dans de nombreux retours suite à ce billet l’envie partagé de confier son propre vécu et de pouvoir un jour livrer son propre témoignage. 

Se jeter à l’eau

[Photo YF]

Tenir un blog à un rythme soutenu, environ un article par semaine (parfois deux), nécessite une certaine organisation. Pourtant, si certains textes m’imposent un plus ou moins long travail préparatoire, de collectes de documents, de lecture d’ouvrages, de rapports, d’archives, il n’est pas rare que l’actualité me contraigne à devoir écrire et publier vite, dans l’après-midi. Cette actualité me pousse à être en vigilance permanente sur les thématiques évoquées plus haut. Quand il s’agit d’un texte exigeant une réflexion approfondie, malgré lecture et relecture avant publication, il n’empêche qu’à un moment il faut bien publier, c’est-à-dire se jeter à l’eau, cliquer pour valider la publication, en sachant toujours qu’on pourrait certainement faire mieux. Il s’agit de ne pas succomber au syndrome de ce petit employé de mairie, qui, dans La Peste, ne parvient pas à boucler ne serait-ce que la première phrase de son projet de roman, butant sur chaque mot, espérant trouver le bon, afin d’atteindre la perfection. Dès que j’ai mis en ligne, je ne m’y attarde pas, souvent je passe à autre chose, je démarre dans la foulée la préparation d’un autre billet.  

Parallèlement, je publie trois ou quatre chroniques par jour sur mon compte Facebook, le réseau social, décrié, ayant pour moi l’avantage d’être une formidable revue de presse et de prises de position (sous réserve de choisir ses ‘amis’). Mes chroniques constituent une sorte de recueil, avec point de vue, de l’actualité politico-économico-sociale. Lorsque cela se justifie, je les regroupe par 4 ou 5 sous le couvert d’une thématique unique et les publie sur le blog, mais cela me conduit à mettre en ligne des billets longs, souvent trop longs (parfois une seule chronique suffirait à constituer un billet, mais je ne sais pas m’y résoudre). La formule chronique Facebook a le mérite de ne prendre, pour son élaboration, qu’une demi-heure ou une heure, ce qui me permet de passer d’un sujet à l’autre. Cette façon de surfer sur l’actualité me plaît bien, alors qu’un article nécessitera plusieurs heures, sinon plusieurs jours. J’apprécie les deux approches, c’est pourquoi je veille à établir un équilibre entre petites chroniques ponctuelles et articles de fond. L’impact d’un post Facebook peut être important (viral même sur des sujets très graves) mais éphémère tandis qu’un billet de blog est peut-être moins lu mais sa présence sur le net est permanente. Par ailleurs, il m’arrive d’être publié dans diverses revues comme Le Journal des Acteurs Sociaux (JAS), La Revue française de service social, Lien social.

Je consacre bien sûr plus de temps à la lecture qu’à l’écriture : même si la lecture a l’intérêt de la découverte, l’écriture c’est le moment de la mise en forme, de l’organisation de la cohérence, de l’établissement des liens, des correspondances, et c’est le plus passionnant. J’ai souvent hâte de lâcher le livre (fini, crayonné de partout) pour pouvoir passer au compte-rendu.

Dans le 600ème, je listais les médias que je consulte (j’en avais oublié quelques-uns), y compris les pires (car il faut bien connaitre l’ennemi) et les livres que j’acquiers (au moins deux par semaine) : je passe sur le coût que cela représente (car je reçois peu de service de presse et d’éditions). L’information me parvient aussi d’ami·es ou de tiers inconnus qui me lisent et me contactent, me suggérant tel ou tel sujet. On ne dira jamais assez combien Internet révolutionne la façon de travailler, avec accès rapide aux informations, à des articles, à des documents qui autrefois étaient rarement visibles (quand j’écrivais jadis, il me fallait solliciter un parlementaire pour avoir éventuellement accès à un rapport officiel, consultable aujourd’hui par un simple clic). Ce qui ne m’empêche pas d’être encore de la vieille école, avec dossiers papier envahissants.

Si Mediapart n’existait pas…

[Photo YF]

Il est certain qu’écrire dans le cadre d’un collectif (comme a été cette expérience fabuleuse de L’Estocade) est motivant, mais exigeait un tel travail de collaboration (car il y avait en plus la réalisation matérielle, la publication d’un 40-pages) qu’aujourd’hui j’apprécie grandement de pouvoir écrire un texte qui sera susceptible d’être (largement et rapidement) diffusé sur la toile. Je dirais, pour faire abrupt, que le collectif j’ai déjà donné : professionnellement, syndicalement, éditorialement. Aujourd’hui, j’éprouve un réel plaisir à n’avoir de compte à rendre à personne. J’écris ou je n’écris pas, je publie ou pas. Un vrai bonheur. Bien sûr, cela ne signifie pas que je ne m’impose pas des règles et que je ne respecte pas celles que fixe Mediapart.

Mediapart dispose d’un référencement très bon : simplicité pour trouver ou retrouver, avec un moteur de recherche quel qu’il soit, un article de blog, moyen que j’utilise pour retrouver mes propres articles (le moteur de Mediapart n’étant lui-même pas très performant). J’ai beaucoup d’estime pour les journalistes du Club, Sabrina Kassa, Guillaume Chaudet-Foglia, Livia Garrigue : nous avons un lien discret et respectueux. J’apprécie bien sûr quand mon article est annoncé en Une, mais je suis conscient que l’actualité, la nature de mon texte, et plein d’autres raisons peuvent expliquer que ce ne soit pas le cas. J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, et je le répète ici : j’adhère sans réserve à la ligne éditoriale de Mediapart, contre la corruption, contre les magouilles politiques, contre le conspirationnisme, pour la justice sociale, pour l’égalité dans tous les domaines, sur la culture, sur les questions internationales (dont la Syrie et plus récemment l’Ukraine), sur le traitement (journalistique) de la pandémie. J'apprécie la précision des articles, l'importance de la documentation, les live d'une grande qualité avec des invités compétents, que l'on n'entend pas ou peu ailleurs. J'éprouve beaucoup de respect pour cette rédaction, pour ses valeurs humanistes et pour son engagement. Si Mediapart n’existait pas ou plus, le contexte médiatique français serait passablement appauvri. Je n’ai jamais regretté de m’être abonné dès le premier mois, en mai 2008 (je crois que sur les 220 000 abonnés actuels, nous sommes un millier dans ce cas). Je monte au créneau sur les réseaux sociaux pour les combattre quand je lis (sous la plume d’inconnus ou celle d’histrions du PAF) leur haine recuite à l’encontre d’Edwy Plenel, leur agacement à l’encontre de la rédaction accusée de « moraline » par des gens sans morale, leur incapacité à supporter la ligne éditoriale décrite plus haut.

J’essaye le plus souvent d’illustrer avec mes propres photos ou d’utiliser des clichés parus dans la presse, en citant les sources. Travailleur bénévole, je pars de l’idée naïve qu’on ne m’en tiendra pas rigueur. J’ai cependant eu plusieurs fois des réclamations d’agences, parfois me réclamant, en vain, des dédommagements sonnants et trébuchants, m’obligeant en tout cas à supprimer l’objet litigieux.

J’ai déjà donné mon point de vue sur la question des commentaires : pour les articles de la rédaction, je me fais parfois violence en me disant que je ne vais pas perdre de temps à lire les commentaires, tellement l’expression de certains consiste à cultiver la polémique. Et pourtant, je lis, ayant du mal à m’en détacher car c’est aussi une mine d’informations, y compris quand il y a une bonne dose de mauvaise foi. Sous mes propres articles, je suis évidemment déçu par certains commentaires qui dénaturent le sujet traité, donnent le sentiment que l’article n’a même pas été lu, mais dans bien des cas il s’agit d’encouragements, de compléments d’information ou d’analyses critiques. En tout cas, quoi qu’on en dise, en particulier de la part des contempteurs permanents et patentés de Mediapart qui lui reprochent régulièrement la teneur des blogs les attribuant à la rédaction, les commentaires n’ont rien à voir avec ceux, souvent racistes, identitaires ou ultra-libéraux, qu’on peut lire sous les articles de journaux qui ont pourtant pignon sur rue (parfois en contradiction avec leur ligne éditoriale).

Chroniqueur militant

Devant la stèle de Lissagaray à Auch [Ph. YF]

Si le combat perdure sur la question sociale (inégalités, injustices, rapports de domination), il s’étend depuis quelques années à la question environnementale, qui est imbriquée avec la question sociale. Par ailleurs, il n’oppose pas seulement dominants et dominés. Si l’extrême-droite n’est pas une nouveauté, ce qui est sûr c’est qu’elle progresse dans notre pays (comme ailleurs dans le monde). Elle existait déjà alors qu’il n’y avait eu aucun attentat islamiste, elle existe plus encore depuis, elle ratisse plus large, elle a envahi les médias (CNews, Valeurs actuelles, Causeur et quelques autres à fleuret plus ou moins moucheté), parallèlement au gain politique du Rassemblement National et de Reconquête (Zemmour). En ces lieux comme sur d’autres plateaux, on lit ou on entend des propos qu’on n’aurait jamais entendus jadis, que le pouvoir en place ait été de droite ou de gauche. Propos qui, s’ils visaient d’autres catégories de la population, feraient l’objet de poursuites judiciaires et de condamnations.

Cette extrême droite fait des émules qui n’osent l’avouer mais qui agitent la laïcité non comme une citoyenneté mais comme un hochet dissimulant leur dérive xénophobe sinon carrément raciste. Ainsi un discours nationaliste fraye avec une droite extrême sinon avec l’extrême droite tout en se prétendant encore de gauche, affichant des revendications sociales au nom d’un mythique peuple français méprisé par des élites cosmopolites. Cette situation a apporté une énorme confusion dans le débat public, qui a empiré avec la progression des tenants de thèses complotistes (déjà présentes chez une minorité des Gilets jaunes et qui se sont données libre cours avec la crise sanitaire). Le combat pour la justice sociale sera d’autant plus difficile à mener que ces perversions servent ceux qui détiennent réellement le pouvoir en faisant diversion. Mediapart porte l’analyse et la critique du phénomène, tout en valorisant les projets porteurs de valeurs républicaines. Il est l’un des médias qui militent le plus pour « le droit de savoir », quitte à ce que cela dérange. À ma juste mesure, je compte poursuivre ma démarche de chroniqueur militant, en écrivant encore et toujours dans ce sens, mesurant bien qu’il y a une attente si j’en crois les retours qui me parviennent (que ce soit publiquement ou en message privé). Je diffuse une newsletter avec les liens de mes billets à 3000 destinataires, dont certains me disent la renvoyer à une liste d’amis. Plusieurs dizaines de sites reproduisent régulièrement ou ponctuellement mes textes, en citant la source. Une radio, Canal-Sud à Toulouse, dans une émission intitulée Contre Histoire, a lu récemment certains de mes textes, dont celui sur Arthur Koestler et celui sur mon père. Puis-je avouer que c’est particulièrement émouvant d’entendre, par la voix d’une inconnue s'exprimant publiquement, un texte dont on est l’auteur.

Cité de l'immigration, Paris [Photo YF]

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100 billets en un an et demi :

Pauvreté, précarité : Nombreux articles sur les minima sociaux (AAH, minimum vieillesse, RSA) et la pauvreté, et la façon dont on en parle dans le débat public, clouant parfois au pilori certains des protagonistes (que ce soit Roux de Bezieux, Bruno Le Maire, Valérie Précresse, Jordan Bardella, François-Xavier Bellamy, Xavier Bertrand, Laurence Boone). Je me suis penché sur le débat récent lancé par Fabien Roussel et François Ruffin. J’ai rappelé que sur de tels sujets, il importe d’être prudent, car on a assez à faire avec les propagandistes néo-libéraux qui soufflent sans cesse sur les braises de l’assistance. Si l’on veut contrer le discours contre l’assistanat (discours qui est clairement, selon moi, destiné à saper notre modèle social en général), il importe de bien maîtriser le sujet, d'éviter les lieux communs (style : vaut mieux avoir du travail que pas du tout, d’autres diraient vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade) et d’aller rapidement au-delà des approches simplistes et instrumentalisées.

J’ai écrit depuis très longtemps sur la nécessité désormais d’individualiser les minima sociaux (malgré leur caractère juridique d’assistance), avant même que la « déconjugalisation » devienne la mode de la part de partis politiques qui ne s’en étaient nullement préoccupés auparavant, et qui ne se rendent pas bien compte que cela devra s’étendre (au plus vite) à d’autres prestations que l’allocation adulte handicapé (AAH). Textes sur la Grande sécu et les mutuelles, sur le revenu universel cher au libéral libertaire Gaspard Koenig, sur un rapport de la Cour des comptes portant sur le RSA, un autre de l’Observatoire des inégalités sur les riches ou celui récent du Conseil d’Orientation des Retraites (COR), en parallèle à nombreux billets sur ce dossier des retraites et son instrumentalisation par le pouvoir. Le non-recours (34 % des ayants-droit au RSA ne le demandent pas) et listé les programmes des candidats à la présidentielle. J’ai rendu compte de la venue d’une ministre, Emmanuelle Wargon, en campagne législative dans le Gers que j’ai interrogée sur le RSA  et qui a tenu des  propos bien  plus mesurés (parlant accompagnement, formation, insertion) que ceux d’Emmanuel Macron (qui attendra son interview du 14 juillet dans les jardins de l’Élysée pour pondérer sa position). Je montrais comment une certaine pratique de la politique consiste en éléments de langage ajustés : ainsi la droite LR pouvait se dire que le Président imposerait à ces "salauds de pauvres", à ses "feignants d'assistés", une obligation de travail, tout en pouvant après coup affirmer qu’il n’a jamais parlé de ça. J’ai démonté les lois sur l’indemnisation du chômage et défendu l’idée d’un revenu minimum à 900 euros et une taxe de 240 milliards sur les hauts patrimoines, et dénoncé la complainte des libéraux (que ce soit Philippe Aghion, Jean-Marc Daniel ou la ‘passionaria’ de l’ultra-libéralisme, Agnès Verdier-Molinié). Critique de la propagande sur une fraude sociale exagérée par certains dans un but purement idéologique et l’enfer des contrôles subis par des allocataires pauvres.

Mes têtes de turcs n’ont pas variées : Ciotti, Dupont-Aignan, Rioufol (antivaccin, pro-Poutine, parlant du ghetto de Varsovie pour protéger les Allemands et les Varsoviens du typhus, alors que Raoult avait parlé lui du confinement comme un camp de concentration), Goldnadel, Bruckner, etc…

Enfance : j’ai abordé nombreux sujets (viol, pédophilie, inceste) et porté le fer contre l’article de Régis de Castelnau paru dans Front Populaire , la revue de Michel Onfray, qui accusait les mineurs (étrangers) isolés de menacer l’Aide Sociale à l’Enfance ainsi que cotre les complotistes entravant la protection de l’enfance (affaire Mia). Plusieurs articles sur la façon dont les enfants ont été traités au Canada et en Irlande (comme chez nous à La Réunion). J’ai rendu compte du livre de Ben-Amar Delzaghère (N° 53) témoignant de son histoire d’enfant placé, avec sincérité et vérité, sans chercher à faire le buzz, d’où le fait que les médias cherchant le croustillant et le saignant ne s’en sont pas fait l’écho. Résumé d’un débat organisé par le Collectif Enfance de Haute-Garonne, à Touliuse, sur la justice des mineurs.

Santé : Plusieurs articles ont porté sur la santé, sur la pédopsychiatrie en péril, sur l’agonie de la gériatrie, sur l’hôpital (Lutte victorieuse en faveur d’un hôpital public), texte d’une infirmière en colère, chroniques de Sophie Buys, médecin-réanimateur (Parce que c’est Covid)

Travail social : Plusieurs articles sur les luttes des travailleurs sociaux (situation nationale et enquêtes de terrain), texte d’une assistante sociale sur une le travail social, « le fil ténu d’une humanité qui s’étiole ». Présentation du livre de Cristina De Robertis, Assistantes sociales en lutte 1990-1992, et de la Revue française de service social, célébrant en juin dernier le cinquantième anniversaire du n° d’Esprit intitulé Que veut le travail social ? paru en 1972 et qui a fait grand bruit dans le secteur (ma contribution à ce n° de la RFSS, Affirmer notre solidarité,  paraitra prochainement sur ce blog). Hommage à Béatrice Vallaeys, ancienne journaliste de Libération, récemment décédée : souvenir de sa venue en Haute-Saône à l’appel de travailleurs sociaux [que nous étions] pour rendre copte d’une pratique d’une juge des enfants.

Autres luttes : celle des intermittents du spectacle (occupation, actions) ; celle des paysans éleveurs en plein-air, leur combat contre l’État et les industriels, face à la grippe aviaire et aux mesures restrictives injustes qui leur sont imposées ; celle des décrocheurs de portraits de Macron dans les mairies (compte rendu d’audience d’un procès en Cour d’appel d’Agen) ; celles des femmes : Marche des femmes, Balance ton cirque (#metoo chez les acrobates), Viol : crime ou délit ? ; celle des migrants ; celle des Zapatistes lors de leur Voyage pour la vie en Europe.

 Médias : à plusieurs reprises, j’ai décortiqué CNews et ses émissions et ses commentateurs extrémistes, Marianne  et ses dossiers sur les immigrés, sur le Rwanda, La Revue des Deux mondes, qui pourfend la presse libre et vole au secours de Trump, sans parler, bien sûr, de Valeurs actuelles et de Causeur.

Politique : deux articles sur la mise en cause d’emplois fictifs par le Parquet national financier à l’encontre de Philippe Martin, ex-député PS, ex-président de conseil général, ex-ministre, finalement condamné. La description par le détail d’un fonctionnement d’élus municipaux expérimentant la rotation des élus. Rencontre avec des candidats aux législatives en Haute-Garonne (seule la NUPES avait répondu à l’invitation de la fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et du Collectif inter-associations de Toulouse (CIAT), qui regroupe 20 associations. Dans le contexte des tirs de police sur des voitures en fuite, témoignage ancien sur un Manouche ainsi abattu et les regrets d’un procureur.

Histoire :

Arthur Koestler, dessin de Greg Wem [pour Social en question]

La rafle du Vel d’Hiv et, trois mois plus tard, dans la même enceinte, gala de bienfaisance de la police et des sapeurs-pompiers avec salut nazi en direction des officiels allemands et français (dont René Bousquet et Fernand de Brinon), comme une photo en atteste. Arthur Koestler ou comment la France traite les étrangers (à partir de son livre La lie de la terre). Hommage prononcé à Auch, sa ville natale, à P.O. Lissagaray (historien de la Commune). Étude de la presse régionale couvrant (ou plutôt taisant) le massacre des Algériens à Paris le 17 octobre 1961. J’ai raconté mon 10-mai 1981 à partir de mes notes de l’époque et le 13-décembre 1981 en Pologne (coup de force du général Jaruzelski, à partir de mes notes, de mes souvenirs, de la façon dont cet événement a été reçu en France et de mon compte-rendu de voyage effectué en Pologne en avril 1983, avec rencontre avec des opposants de Solidarnosc).

Samir Arabi, Fatima Boughanmi et Abdallah Al-Khatib [Photo YF]

Films :  Des Hommes (de Lucas Belvaux), Madres paralelas (d’Almodovar), Nuestras Madres (de César Diaz), Kombinat (une Russie sous cloche, de Gabriel Tejedor), Little Palestine, journal d’un siège (camp de Yarmouk, d’Abdallah Al-Khatib), De nos frères blessés (hommage à Fernand Yveton, de Hélier Cisterne), Un autre monde (de Stéphane Brizé), Media Crash (avec compte-rendu de l’intervention d’Edwy Plenel lors d’une projection en province), Placés (dans un foyer, de Nessim Chikhaoui), L’Enfant de personne (histoire de Lyes Louffok, par Isker Akim, avec débat à la télé), A la vie (de Chantal Birman, une sage-femme au domicile des accouchées), La Mif (la vie en foyer, de Frédéric Baillif), Rajaa, ça veut dire espérance (foyer de vieux migrants, de Marielle Duclos), Les Heures heureuses (hôpital de Saint-Alban, antipsychiatrie, Martine Deyres). Films le plus souvent vus en avant-première, mes billets se faisant l’écho des propos des réalisateurs présents. Conférence de Pap Ndiaye, prononcée à Pessac, dans le cadre d’Unipop, avant qu’il ne soit nommé ministre de l’Éducation, portant sur la nouvelle histoire des migrations.

Billet n° 700

Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et "Chroniqueur militant". Et bilan au n° 600.

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr ; Lien avec ma page Facebook ; Tweeter : @YvesFaucoup

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À la Une de Mediapart

Journal — France

Affaire Pellerin : la fuite judiciaire qui menace l’Élysée et le ministère de la justice

Le député Emmanuel Pellerin, visé en septembre dernier par une enquête en lien avec sa consommation de cocaïne, a été prévenu des investigations en cours, pourtant censées rester secrètes. L’élu des Hauts-de-Seine affirme que l’information lui a été transmise par Thierry Solère qui lui aurait dit la tenir du ministère de la justice. Le conseiller politique du président de la République et Éric Dupond-Moretti démentent.

par Pascale Pascariello et Antton Rouget

Journal — France

Le député Pellerin : la cocaïne en toute impunité

Député des Hauts-de-Seine de la majorité présidentielle, l’avocat Emmanuel Pellerin a consommé de la cocaïne avant et après son élection à l’Assemblée en juin dernier, d’après une enquête de Mediapart. Confronté à nos éléments, il a reconnu cet usage illégal. Saisie en septembre dernier, la justice n’avait pourtant pas souhaité enquêter.

par Pascale Pascariello et Antton Rouget

Journal

TotalEnergies est visée par une enquête préliminaire pour mensonges climatiques

Selon nos informations, la multinationale pétrolière est l’objet d’une enquête ouverte par le parquet de Nanterre à la suite d’une plainte au pénal pour « pratiques commerciales trompeuses ». Ce délit ouvre la voie à des sanctions pour « greenwashing ». Une première en France.

par Mickaël Correia

Journal

TotalEnergies : l’heure des comptes

TotalEnergies sait que ses activités sont nocives pour le climat depuis 1971. Pourtant, le géant pétrolier continue d’émettre autant de gaz à effet de serre que l’ensemble des Français·es. En pleine crise énergétique, TotalEnergies a annoncé début 2022 un bénéfice record de 14 milliards d’euros. Retrouvez ici nos articles et nos enquêtes sur une des multinationales les plus polluantes au monde.

par La rédaction de Mediapart

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OQTF : la réalité derrière ces quatre lettres

À cause de l'OQTF, j'ai perdu mon travail étudiant. Je me suis retrouvé sans ressources du jour au lendemain, sans rien. C'est très dur, car je cotisais comme tout le monde. Avec ma compagne, on attend une petite fille pour juin prochain. D'ici là, je dois me terrer. J'ai l'impression de vivre comme un rat, j'ai tout le temps peur de tomber sur la police. Je ne suis certes pas Français, mais j'aime la France comme j'aime le Sénégal.

par Couzy

Billet de blog

SOS solidarité pour famille intégrée en péril

Le recours contre l'OQTF du 6-12-22 a été rejeté. Cette famille, avec trois jeunes enfants est menacé de mort dans son pays, risque l'expulsion. Conséquence immédiate : logés au CADA (hébergements demandeurs d'asile) de Cebazat, ils seront à la rue le 31 janvier et si le 115 ne répond pas ce jour-là ou ne propose rien... SOS solidarité rapide et concrète dans ce billet. A vous de jouer.

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Billet de blog

Loi sur l’immigration : la nouveauté sera de rendre la vie impossible aux immigrés

Le ministre de l’intérieur, comme ses prédécesseurs, veut sa loi sur l’immigration destinée notamment à expulser plus efficacement les étrangers faisant l’objet d’une OQTF. Mais pourquoi, une fois de plus, le gouvernement ne s’interroge-t-il jamais sur les causes profondes de cette immigration ?

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Billet de blog

Nous, les banni·e·s

À travers son nouveau podcast « Nous, les banni·e·s », La Cimade a décidé de donner la parole aux personnes étrangères qui subissent une décision de bannissement. Pour illustrer la violence des interdictions de retour sur le territoire français (IRTF), 5 témoins partagent leurs histoires, de leur départ vers la France jusqu’aux difficultés d’aujourd’hui.

par La Cimade