La chienlit

Tout part à vau-l’eau : armée, police, justice, préfets. Chroniques de mai où il est question de Dupont-Aignan, de Bayrou, de Darmanin et de Castex, « le maquignon de Matignon » en visite dans le Gers. Et aussi de l’extrêmedroitisation du pays.

La chienlit, ça suffit !

Tout part à vau-l’eau dans ce pays :

. des militaires publient des tribunes dans un média d’extrême-droite (Valeurs actuelles) avec le soutien d’un parti d’extrême-droite (le RN) ;

[Photo de la manifestation des policiers, parue dans Le Monde] [Photo de la manifestation des policiers, parue dans Le Monde]
. des policiers manifestent contre les élus de la République (devant l’Assemblée Nationale) et la Justice (jugée trop laxiste alors même qu’elle est globalement de plus en plus sévère) avec le soutien du ministre de la police et des partis de droite et d’extrême-droite, mais aussi d’une partie de la "gauche" (sauf LFI et NPA) ;

. le ministre de la justice, mis en porte à faux par son collègue de l’Intérieur, pond un projet de loi dont plusieurs aspects sont particulièrement rétrogrades et qu’il adapte à l’actualité récente par des amendements de dernière minute (pratique rare) ;

. la conférence des présidents des cours d’appel publie (ce 21 mai) une tribune dans L’Obs dans laquelle ils expriment leur ras-le-bol face à cette attaque en règle contre la justice ;

. 50 préfets honoraires, sans doute représentatifs de préfets en fonction, contestent dans Le Monde daté du 22 mai la réforme de la haute fonction publique envisagée par Emmanuel Macron.

Franchement, c’est la chienlit. Protester demain contre la réforme injuste du chômage [action nationale du 22 mai], applicable au 1er juillet, c’est aussi dire son ras-le-bol face à ce gouvernement qui aggrave son cas en ayant maintenu sous le coude la réforme inique des retraites. Et qui est incapable de remettre de l’ordre dans l’État (Police, Armée, Justice).

[21 mai]

Il faut évidemment ajouter à ce tableau apocalyptique les palinodies d’Emmanuel Macron sous les lambris dorés de l’Élysée avec Mcfly et Carlito.

Ils sont devenus fous

Audrey Pulvar a déclaré sur France Info  à propos de la manifestation de policiers : « soutenue par l’extrême droite, à laquelle participe un ministre de l’intérieur, qui marche sur l’Assemblée nationale pour faire pression sur les députés en train d’examiner un texte de loi concernant la justice, c’est une image qui pour moi était assez glaçante ». Pour cela, pour ce propos plus que modéré, le ministre de l’Intérieur, Darmanin, porte plainte... en diffamation [Audrey Pulvar, à juste titre, a rétorqué en déposant plainte en dénonciation calomnieuse].

Plus rien ne les arrête. Et ce n’est pas fini. On va assister dans l’année qui vient au délire sans borne d’une droite dure et d’une extrême-droite qui n’ont aucun scrupule à inverser sans cesse les rôles. Darmanin pactise avec une manif qui le conteste et viole les principes de la République mais ce sont ceux qui s’inquiètent de cette dérive, pas seulement glaçante mais fascisante, qui sont dans le collimateur. Ils sont devenus fous. Va falloir, en face, vraiment serrer les rangs.

[24 mai]

Dupont-Aignan, le bateleur

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Nicolas Dupond-Aignan [NDA] était sur France Inter ce matin. Je passe sur tout ce qu’il a dit sur la pandémie (après n’avoir juré que par l’hydroxychloroquine, aujourd’hui il vante l’ivermectine, alors même que son efficacité n’est nullement démontrée), ou sur les policiers manifestant contre le Parlement, le résumé est sur le site de la radio. Mais ce que ce résumé ne dit pas, ce sont les deux (seuls) appels d’auditeurs (critiques tous deux) : l’un, Bernard, juge des enfants, interpelle Dupont-Aignan sur son projet de supprimer les aides sociales aux familles dont les enfants mineurs ont commis des infractions, lui reprochant son parallèle douteux entre la délinquance et les familles désargentées (ce qui n’est pas la réalité) et l'illégalité vraisemblable d’une telle mesure. Il va même jusqu’à interroger Dupond-Aignan sur sa légitimité à s’exprimer publiquement.

NDA répond qu’il a mis en pratique dans sa mairie la suppression des aides facultatives sociales municipales aux familles de mineurs multirécidivistes jamais condamnés, pour une durée de deux ou trois mois, ou plus. Il prétend alors qu’un jeune est venu le voir des années plus tard pour le remercier, en lui disant : « vous êtes le seul à m’avoir dit stop ». Et de proposer un nouveau Code pénal… adopté par référendum !

Je ne commente même pas cette question de la délinquance et des aides sociales : je dis juste que Dupond-Aignan est capable de tout, y compris de mentir avec cette histoire du jeune qui serait venu le remercier. Ce bateleur de plateaux (les radios et télés lui déroulent sans cesse le tapis rouge) est coutumier du genre. Un jour il a affirmé qu’à la frontière turque il avait rencontré des réfugiés de la Syrie (à feu et à sang) qui l’avaient sollicité, disant qu’ils voulaient à tout prix venir en France parce qu’il y avait des allocations. Un homme politique capable d’un tel propos odieux, évidemment inventé pour sa petite propagande xénophobe, raciste, ne devrait plus être invité à causer dans le poste, sa légitimité est désormais nulle. D’ailleurs, l’ancien ex-futur premier ministre de Marine Le Pen a perdu la quasi-totalité de ses cadres, partis au Rassemblement National. Il fait des moulins avec ses bras, ose se qualifier de « gaulliste social », pique un peu de voix au RN mais son projet fondamentalement est d’être un pont entre la droite et le RN. Or ce pont est en train de s’établir… sans lui.

[25 mai]

Le naturel revient au galop

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Longtemps le Front National exprimait sans retenue sa haine envers les plus démunis, joignant sa voix aux racistes sociaux tels que Laurent Wauquiez, désignant du doigt les allocataires du RMI puis du RSA à la vindicte. Au moment de la présidentielle de 2017, Marine Le Pen a levé le pied, considérant qu’il était plus efficace électoralement de porter ses attaques permanentes contre les immigrés que contre les plus pauvres (qui pourraient voter pour elle). Or cette candidate RN de Seine-et-Marne [ici] s’en prend aux personnes au RSA suspectant que certaines se complaisent dans « l'assistanat social ». Il va de soi qu’il ne s’agit pas pour elle d’éviter d’éventuels dérapages (car ils sont contrôlés par les services départementaux et par la CAF) : non il s’agit bien démagogiquement de s’en prendre aux plus pauvres.

[23 mai]

Oyez, Oyez, bonnes gens, Bayrou fait des études !

François Bayrou, haut-commissaire au Plan, président du Modem, était sur France Inter ce matin [6 mai]. Il a tenu à préciser qu’il était aussi (et surtout ?) maire de Pau.

Un auditeur, Alain, lui a osé une question : « je vous sens plus fort en plan de relance politique et stratégique alors que vous êtes chargé du plan de relance économique, Covid, etc… Je vous ai rarement entendu là-dessus, j’aimerais savoir quel est votre rôle, et j’espère qu’il n’est pas fictif, excusez-moi ». Voilà que la question elle est bonne !

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Bayrou répond, bien embarrassé, car effectivement, quand il cause dans le poste il pérore sur les élections mais n’évoque quasiment jamais sa fonction : « vous m’avez invité 4 fois de suite pour parler des productions du Haut-commissariat au Plan, et j’espère qu’on va le faire encore aujourd’hui. Au mois d’avril j’ai proposé qu’on ait un traitement de la suite du Covid avec un Plan Marshall industriel et productif, car depuis 30 ans on a laissé s’effondrer cette production : en Allemagne, l’industrie c’est 25% du PIB, en France c’est entre 11 et 12 % [...] J’ai chiffré à 250 milliards d’investissements qu’il faudrait faire ». Il ajoute avec beaucoup de légèreté : « C’est passé un peu inaperçu, une partie du gouvernement a dit non, ‘on n’en a pas besoin’, mais le Président de la République est allé à Bruxelles et a dit qu’il faut un deuxième Plan de relance ». Cocorico. Bayrou annonce qu’il va sortir prochainement une note sur la démographie du pays, qui fléchit, ce qui signifie une perte morale du pays (pas seulement à la suite de l’épidémie), il faut des politiques de soutien à l’enfance, à la petite enfance, aux mères qui travaillent. Tout essoufflé, il précise que c’est une toute petite équipe (7 ETP) et que c’est pour lui un emploi bénévole.

Qu’on me comprenne bien : je ne demande pas à être rémunéré pour avoir publié un article intitulé Pour un Plan Marshall en faveur des plus démunis, mais il est bien clair que François Bayrou n’est pas haut-commissaire au Plan. Il est plus ou moins conseiller du Président, et sa petite équipe peut bien sortir des petites notes de temps en temps (ses deux constats sont des lieux communs), ça mange pas de pain, ça n’en fait pas un haut-commissariat au Plan. Son allusion aux ministres qui ne voyaient pas l’intérêt de sa proposition le confirme, en dehors du fait qu’elle est cocasse. Voilà qui devrait être mille fois commenté, plutôt que la dernière prestation d’Hanouna ou de Marlène Schiappa. Mais que nenni, de ce scandale, on n’en dira rien.

[6 mai]

L’extrême-droite financée par un milliardaire

Long article documenté sur le propriétaire de l’hebdo de l’extrême-droite, Valeurs Actuelles, raciste, chargé de favoriser un rapprochement entre la droite dure au sein de LR et le Rassemblement National. Canard qui surfe justement sur l’extrême-droitisation de la société tout en la favorisant. Et qui soutient à mort les militaires factieux en publiant leurs deux tribunes (apparemment sans craindre des poursuites judiciaires). Intéressant de voir comment un milliardaire impulsant une propagande anti-Arabes, anti-Musulmans, fait commerce avec l’Arabie Saoudite.

[13 mai]

Contre l’extrême-droite

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Un quotidien allemand, Handelsblatt [équivalent des Échos en France] s’inquiète de l’extrêmedroitisation de la France. Extraits [traduits] dans ce billet de blog Mediapart de Jean-Pierre Anselme [ici].

Voir également l’appel à manifester le 12 juin pour les libertés et contre les idées d’extrême-droite. Sans oublier la manifestation antifasciste en mémoire de Clément Méric le 5 juin.

 [25 mai]

Défaire méthodiquement la Sécu

Denis Kessler [DK], le PDG du réassureur Scor depuis 2002, démissionne de son poste avant la fin de son mandat. Il devait être remplacé par Benoît Ribadeau-Dumas [BRD], l’ex-directeur de cabinet d’Édouard Philippe, qui s’y connait en assurance et réassurance autant que moi, c’est-à-dire rien. Finalement le départ de DK, un an plus tôt que prévu, « pour des raisons personnelles », fait que BRD ne lui succèdera pas. Apparemment, le CA veut un PDG « compétent » !

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En fait DK est poursuivi par un assureur mutualiste (Covéa, qui regroupe MMA, MAAF et GMF) devant le parquet national financier « pour manipulation de cours et abus de biens sociaux, au détriment de Scor ». Est-ce que ceci expliquerait cela, son départ précipité ?

Je donne cette info rébarbative surtout pour rappeler que Denis Kessler est cet idéologue du Medef qui publia en octobre 2007, peu après l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, un article dans le magazine Challenges, dans lequel il considérait (de façon caricaturale) que notre système social était un compromis entre gaullistes et communistes : c’est, écrivait-il, « le pur produit du Conseil national de la Résistance ». Ce sont les caisses de Sécurité sociale, le statut de la Fonction publique, les grandes entreprises nationalisées, la représentativité syndicale, les régimes de retraites complémentaires. Après avoir décliné tout ça, il concluait : « cette ‘architecture’ est dépassée, inefficace, datée », « il est grand temps de le réformer et le gouvernement s’y emploie » (celui de Sarko-Fillon). « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du CNR ! ».

Heureusement que ce texte a été recopié car il n’est plus accessible sur le site de Challenges. Des pudeurs de gazelles ?

[19 mai]

Retraités lésés

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Un rapport de la Cour des comptes sur la certification des comptes du régime général de la Sécurité sociale (166 pages), publié mardi, met en évidence des erreurs de calcul des pensions de retraite. Sur un échantillon de 9400 dossiers étudiés, un dossier sur six comporte des erreurs, les ¾ du temps au détriment de l’assuré. Le manque à gagner médian pour ceux qui étaient lésés se situe à 123 € par an. C’est ce que la CNAV (caisse vieillesse) déclare au Monde, car le rapport de la CC ne le dit pas. En effet, à la lecture, le rapport consiste surtout à dénoncer l’incapacité, selon la Cour, des caisses (retraites, assurance-maladie, familles) à con-trô-ler. La Cour met une telle pression sur ces organismes qu’ils sont conduit à redouter plus que tout des erreurs en faveur des assurés et allocataires, souvent au détriment de leurs droits.

Il est certain que Valeurs actuelles, Le Point ou Le Figaro, qui font sans cesse des gorges chaudes sur la fraude sociale (quitte à publier de fausses infos sur le sujet) ne diront rien sur ces retraités lésés. Quiconque a approché un peu le sujet, sait que les erreurs relatives au déroulement de carrière sont fréquentes (des années non prises en compte, jamais des années supplémentaires comptées par erreur). Et il ne s’agit que des pensions Sécu. En ce qui concerne les retraites complémentaires, je persiste à penser que, pour certaines, l’assuré n’a aucun moyen de connaître avec précision le mode de calcul (attributions de points) et… de s’assurer qu’il n’est pas lésé.

[20 mai]

Jean Castex, le maquignon de Matignon

Les intermittents déroulent leur banderole tandis que M. Castex officie dans la Halle du Mouzon transformée en vaccinodrome et en bunker inaccessible. [Photo et montage YF] Les intermittents déroulent leur banderole tandis que M. Castex officie dans la Halle du Mouzon transformée en vaccinodrome et en bunker inaccessible. [Photo et montage YF]
Lors de la venue de Jean Castex, premier ministre, dans le Gers le 14 mai, le Préfet a interdit hier soir toute manifestation à Auch. Il venait voir le vaccinodrome installé dans la Halle du Mouzon. 25 intermittents, délégués par leurs camarades occupants les lieux de culture (Circa-Ciné 32) se sont ainsi mobilisés mais des CRS lourdement armés et des policiers en civil de la BAC empêchaient tout approche du Mouzon si on n’avait pas le blanc-seing pour se faire vacciner. J’en sais quelque chose : l’un d’entre eux, m’empoignant par le bras, était prêt à m’embarquer manu militari au commissariat si je ne dégageais pas au plus vite. Ma « carte » de blog Mediapart ne l’amadouait nullement. Les syndicats agricoles y compris la Confédération paysanne ont été reçus par les ministres : dans un premier temps, la Conf’ n’avait pas été invitée, mais suite au communiqué de cette dernière sur cet « irrespect », le premier ministre s’est ravisé.

Sur les corps dénudés : Stop à la réforme assurance-chômage ! Beau contraste avec la tenue des Robocop., prêts à affronter une armée de contestataires. [Ph. YF] Sur les corps dénudés : Stop à la réforme assurance-chômage ! Beau contraste avec la tenue des Robocop., prêts à affronter une armée de contestataires. [Ph. YF]
Côté quartier (populaire) du Garros, les intermittents pouvaient dérouler une immense banderole sous réserve que l’on ne voit pas la Halle que Jean Castex devait parcourir. Ils et elles poussaient le vice jusqu’à se déshabiller, malgré le temps frisquet, pour montrer leurs slogans écrits à même le corps (car, on l’aura compris, la lutte qu’ils et elles mènent, c’est pour tenter de sauver leur peau). Malgré les entraves, l’action était plutôt réussie. Il s’agit encore et toujours de protester contre une réforme de l’assurance chômage inique, qui va pénaliser tant de chômeurs plongés dans le marasme à cause de la politique économique menée par ceux-là même qui décident de telles lois.

A noter qu’un policier disposait de la liste complète des personnes inscrites pour la vaccination et vérifiait si ceux qui se présentaient y figuraient bien, ce qui relève d’un certain accommodement avec les règles du secret médical.

On a eu droit aux trémolos habituels liés au fait que Castex a vécu son enfance à Vic-Fezensac (dans le Gers). Son déplacement a évidemment mobilisé une kyrielle d’agents des forces de l’ordre, tellement le pouvoir redoute la confrontation avec la population.

Policier avec la liste des candidats au vaccin Pfizer [Ph. YF] Policier avec la liste des candidats au vaccin Pfizer [Ph. YF]
Comme il se doit, lors de sa nomination à Matignon, Jean Castex avait susurré lui-même dans les médias qu’il était de modeste extraction. Un père directeur industriel dans le secteur du matériel agricole, ayant hérité de son propre père, Marc Castex, sénateur radical valoisien du Gers, conseiller général et maire de Vic-Fezensac, une mère institutrice, on doit pouvoir faire pire ou mieux en matière de modestie. La municipalité de Vic-Fezensac a soudain décidé de donner le nom de Marc à une école (on se demande, si cela est justifié, pourquoi il a fallu attendre que le petit-fils, devenu premier ministre, vienne en visite officielle pour honorer le grand-père mort depuis près de 20 ans).

Par ailleurs, il a validé le soutien financier de l’État pour un nouveau tronçon de la N124 (depuis, des années, l’État lâche des petits bouts de 2X2 voies au gré des visites officielles et électoralistes dans le Gers). A Vic, où il est né, il a largué 6,5 millions d’euros (l’hôpital + les arènes), pour faire pâlir de jalousie toutes les communes qui n’ont pas l’heur d’avoir vu naître un grand homme d’État dans leur enceinte (même si pour l’hôpital c’est justifié et que la décision était prise depuis longtemps mais le pouvoir ne craint pas de faire de telles annonces, finalement, à mon sens, contre-productives). Bref, de la politique traditionnelle, électoraliste et paternaliste, moins start-up que stop-up ! Pour un peu, il bénissait des comices agricoles.  

Le Monde a titré : « Jean Castex en campagne pour rester à Matignon » (que ne ferait-on pour tenter de contrer la menace Ferrand ou Bayrou ?). La Dépêche a d’abord titré : « Jean Castex en terre conquise », puis a rectifié : « en terrain conquis ». Nuance. 

[14 et 16 mai]

Luna, humaine, tout simplement humaine

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Outre l’angoisse due à une traversée de tous les dangers, ce migrant s’inquiète pour un ami qu’il croit mort. La secouriste le console et le rassure. Bien sûr, la photo provoque un élan de sympathie parce qu’elle exprime l’humanité à l’état pur, mais il y a tout lieu de penser que ce geste de réconfort n’est pas rare. Mais d’ordinaire ni photographié ni diffusé. En réalité, la vraie info ce sont les insultes et les menaces que cette image "normale" fait naître : nos sociétés sont malades, gangrenées par l’extrême-droite et des courants fascisants (dont certains ont pignon sur rue dans les médias). Elles filent vraiment un mauvais coton.

[23 mai]

Réfugiés : le Danemark sous-traite

Le Danemark envisagerait de passer accord avec un ou des pays d’Afrique pour qu’ils traitent les demandeurs d’asile. Ces derniers, arrivant au Danemark, seraient contrôlés pour vérifier qu’ils n’ont pas demandé l’asile ailleurs en Europe, puis envoyés par avion en Afrique. Sauf si le pays africain d’accueil est susceptible de les condamner à mort ou de les soumettre à la torture (on a sa pudeur). La demande d’asile sera effectuée dans le pays tiers, en cas de refus, c’est ce pays qui devra se charger de l’expulser. La justification officielle de ce système se fonde sur les risques encourus par les réfugiés et migrants qui meurent en Méditerranée. Le Rwanda est pressenti pour jouer ce rôle (déjà il a passé un accord secret avec l’Israël de Netanyahu pour récupérer les demandeurs d’asile moyennant 5000 euros par individu).

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En somme, le Danemark se débarrassera de ses réfugiés en payant le Rwanda. Ce qui n’évitera pas les drames en mer : en effet, dans un premier temps, ce sont bien les réfugiés arrivés au Danemark qui seront ainsi déportés, ils auront auparavant connu la traversée de tous les risques. Le Danemark espère surtout dissuader leur venue.

Ce projet dépasse l’entendement. On ose espérer que les instances internationales (dont le HCR) lui feront obstacles. Faut-il préciser que le ministre danois qui a eu cette idée folle, Mattias Tesfaye, est fils d’un migrant éthiopien ?   

. Le Danemark veut sous-traiter les demandes d’asile au Rwanda

. Rwanda : Le Danemark conclut un accord de principe avec Kigali sur les réfugiés et la migration

. Photo Charlotte de la Fuente, pour Le Monde : Manifestation devant le Parlement danois contre la décision du gouvernement danois de révoquer les visas des Syriens au Danemark, à Copenhague le 21 avril 2021.

[12 mai]

Les geôles d’Assad ou la "syrianisation" du monde

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Najah Albukai, professeur de dessin en Syrie, n’était ni djihadiste ni membre de la rébellion contre le pouvoir confisqué par la caste des Assad. Mais dénoncé pour avoir participé à une manifestation en 2012, il a été incarcéré dans des conditions effroyables, comme des milliers d’autres (enfermé sans lumière, distinguant à peine les silhouettes des autres). Puis à nouveau en 2014 pour avoir tenté de quitter le pays. Là, il y a de la lumière et il assiste à des scènes qu’il va représenter une fois parti en exil (il lui était impossible de réaliser ces dessins en Syrie sinon cela aurait été la fin pour lui). La vie, sur 1,4 m² chacun, consistait en un repas (pommes de terre et olives) et séances de coups. Les gardiens les plus violents étaient ceux qui avaient été eux-mêmes internés auparavant pour irrespect envers la hiérarchie militaire, ils faisaient du zèle.

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Il évoque aussi les massacres et les pillages des hommes de Bachar dans les villes réputées rebelles. Ses dessins resteront le témoignage, digne de Goya ou de Zoran Music (Dachau), sur l’horreur que le boucher de Damas a instauré dans son pays, avec le soutien de Vladimir Poutine et grâce, chez nous, au silence de certains et la honte de ceux qui se bousculent pour aller lui serrer la main, fermant les yeux sur près de 400.000 morts.

. Sources : Le Monde du 16/17 mai et site de la Galerie Fait & Cause, Paris [l'exposition a pris fin le 22 mai]. Un ouvrage est paru en co-édition Actes Sud et l’association Pour que l’Esprit vive : il réunit les dessins de prison  de l’artiste syrien Najah Albukaï, et, en résonance avec l’émotion suscitée par ces dessins, les textes d’une vingtaine d’écrivains (Alaa el Aswany, Laurent Gaudé, Nancy Huston, Daniel Pennac…) exprimant leur  solidarité  face à ce que Farouk Mardam Bey appelle la “syrianisation du monde”, symbole des drames qui se multiplient aux quatre coins de la planète : "car la Syrie est progressivement devenue la métaphore de toutes les dérives, de tous les désastres humanitaires et écologiques, de la Chine à la Russie et de l’Amérique du Sud au Moyen Orient, en passant, aujourd’hui, par Beyrouth".

[16 mai]

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. Ces petites chroniques, reproduites ici avec de légères variantes, sont parues sur mon compte Facebook aux dates indiquées entre crochets.

Billet n° 622

Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et "Chroniqueur militant". Et bilan au n° 600.

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr ; Lien avec ma page Facebook ; Tweeter : @YvesFaucoup

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