Contre les violences faites aux femmes
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A l’initiative des Dézingueuses (collectif d’organisations féministes gersoises regroupant le Café féministe d’Auch, le Café féministe de Mauvezin, Solidaires Gers, Gers Antifa, Amnesty International du Gers), avec le soutien de la CGT du Gers et de la FSU, un rassemblement a eu lieu hier soir [25/11] place de la Libération à Auch, avec flambeaux. Après prises de parole, un cortège s’est déplacé dans la ville. C’était la façon choisie ici pour participer au grand mouvement général en cours et plus précisément en ce jour du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.
Sur les marches des allées d’Etigny, les Dézingueuses ont informé sur l’existence de ce collectif, qui organise cette marche aux flambeaux, une action le 14 février prochain (pour dézinguer la saint Valentin) et une journée de débats au camping le Mouton noir avant l’été. Il a été rappelé qu’à ce jour, 151 femmes ont été tuées (alors que samedi, lors du rassemblement listant les prénoms des victimes, on en était à 144). 97 % des assassins sont des hommes. Par ailleurs, on évalue à 160 000 le nombre d’enfants victimes d’abus sexuels. Pendant ce temps, les aides financières aux associations qui combattent ce fléau et soutiennent les femmes violentées sont en baisse. La justice est trop souvent encore « aveugle et sourde », les violences sexistes et sexuelles subsistent dans la famille, les lieux de travail, l’espace public, dans le secteur du soin, dans les milieux politiques. 26 % des victimes de féminicides sont des femmes âgées de plus de 70 ans mais elles ne sont pas prises en compte dans les enquêtes sur les violences [voir article du Monde du 25/11, où il est dit que la presse régionale présente le plus souvent ces meurtres comme des « drames de la vieillesse »].
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Les solutions passent par un combat contre l’extrême droite qui rogne les droits des femmes et des personnes LGBTQIA+ en Europe, par un financement d’une politique publique éducative (3 Md€ nécessaires pour l’Education à la vie affective relationnelle et à la sexualité, EVARS, dans l’Education Nationale), par l’arrêt immédiat des baisses de financements des associations et un relèvement des budgets de celles qui accompagnent les victimes et par l’éducation populaire sur les questions d’égalité femmes-hommes.
Nombreux slogans sur le parcours du défilé ont été lancés, dont "Violeurs on vous voit, Victimes on vous croit" ou "Pas de violeurs dans nos quartiers, Pas de quartier pour les violeurs". L’indignation et le ras-le-bol face à cette violence récurrente ont conduit les manifestantes à s’arrêter sur le pont du Prieuré et à pousser un immense cri de soulagement après compte à rebours partant de... 151 !
A noter que le commissariat de police avait dépêché deux policières pour suivre le cortège tout au long du parcours.
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[26 novembre]
Ne plus avoir à compter nos mortes
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Le 25 novembre est journée internationale pour l’élimination de la violence faite aux femmes et aux minorités de genre (décision de l’ONU en 1999). Le Café féministe d'Auch, depuis 5 ans, rend hommage sur la place publique aux femmes victimes de violence et de féminicides. Comme l’an dernier, ce matin les prénoms, âge et condition de décès ont été successivement lus par 80 femmes disposées en cercle : à ce jour, le nombre de décès provoqués par un conjoint, un ex-conjoint, un père, s’élève à 144 selon NousToutes (chaque jour, ce chiffre augmente, le 14 novembre, annonçant cette action, j’indiquais 138 décès). Après chaque lecture du prénom d’une victime, une paire de chaussures symbolisant cette disparition étaient déposée au centre du cercle. Puis plusieurs interventions ont relevé que le nombre de plaintes suite à des violences augmente tandis que le nombre d’enquêteurs reste stable, nombreuses affaires sont classées. Est dénoncée la violence masculine systémique, avec victimes collatérales (les enfants).
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Un témoignage est lu, cité par Camille Kouchner dans son livre Familia grande, qui décrit la façon dont une femme violentée est (mal) reçue, souvent, dans un commissariat, témoignage qui se conclut par le sentiment d’avoir été violée une seconde fois. Le combat pour le droit des femmes (sexe, reproduction) doit être mené à l’égal du combat pour une société plus juste. Marion a écrit un beau texte sur la domination masculine que l’on retrouve aussi dans le langage : « la planète a besoin de femmes vivantes », « avec d’autres raisons de vivre que de compter nos mortes ».
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. en 2024, le mouvement NousToutes comptait 141 décès, chiffre qui est déjà dépassé cette année. Le ministère de l’intérieur retenait le chiffre de 107 décès, qui était une hausse de 11 % par rapport à 2023 (93 décès) mais moins qu’en 2022 (118). Tendanciellement, le nombre de décès baisse depuis des années, avec parfois des remontées, mais il faut admettre que les luttes menées et certaines dispositions prises ont un effet. En Espagne, la baisse spectaculaire montre que lorsque le pouvoir met le paquet pour s’attaquer aux violences conjugales cela a un impact notable.
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[22 novembre]
Flambeaux pour migrants
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Hier [18 /12] c’était la journée internationale des migrants et migrantes. À Auch, l’Union gersoise pour le retrait de la loi immigration avait appelé à un rassemblement place de la Libération, en vue d’une marche aux flambeaux dans la ville. Une centaine de personnes avaient répondu à l’appel de cette union qui regroupe syndicats (ouvriers, employés et paysans), Coordination des migrants (CCM32), défense des droits humains et six partis politiques. Il s’agit plus que jamais d’affirmer une solidarité envers les personnes sans papiers partout dans le monde stigmatisées, réprimées, pourchassées, parfois emprisonnées ou ayant rencontré la mort (75 000 morts en Méditerranée en dix ans, et aussi dans les déserts, la Manche ou les Alpes).
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Une première prise de parole à plusieurs a lieu sur cette place de la mairie, alors que les flambeaux sont allumés (et qu’étrangement les lumières publiques s’éteignent). Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur, avait ouvertement déclaré qu’il fallait rendre « la vie impossible » aux migrants et migrantes. Et l’actuelle circulaire Retailleau abonde dans cette attaque incessante contre les exilés. Les OQTF, dont la validité durait un an, sont exécutoires désormais pendant trois ans. Toute personne frappée d’OQTF, même levée, sera recalée, et sous la menace lors du moindre contrôle d’être expulsée manu militari. Cette politique se fait au nom de la préférence nationale, théorisée par l’extrême droite. Il est revendiqué par les intervenants l’abrogation des lois racistes, la régularisation des sans-papiers, et un accueil digne.
Puis le cortège s’ébranle dans les rues de la ville, illuminées pour les fêtes, avec slogans ("Première, seconde génération, nous sommes tous des enfants d’immigrés"), aux sons des tambours de la batucada ‘Les Souris volantes’. La police nationale assure la sécurité de cette marche aux flambeaux, qui limite un peu la circulation, mais sans agressivité aucune.
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À l’arrivée, dans la halle Verdier, ouverte par la mairie comme convenu mais sans éclairage (!), dans le noir donc, une autre prise de parole a permis à Amnesty international d’exprimer les raisons de son soutien aux sans-papiers, dont beaucoup travaillent dans les secteurs essentiels (cuisines, hôpitaux, maisons de retraite, chantiers, aide à domicile), vivant parfois 20 ou 30 ans en situation irrégulière, leur vie dépendant d’un papier fragile : un titre de séjour. Par ailleurs, des dysfonctionnements à tous les niveaux font basculer des gens dans une situation irrégulière, ainsi l’État fabrique carrément la précarité.
L’attitude de la Préfecture est stigmatisée, elle qui fait pression sur les agences d’intérim pour qu’elles n’accordent pas de CDI qui pouvaient auparavant favoriser une régularisation. La plupart des personnes arrivées en France après avoir vécu tant dans leur pays que sur le parcours des épisodes extrêmement douloureux ne repartiront pas, même si elles n’obtiennent pas le statut de réfugiés délivré par l’Ofpra. Elles devront quitter le CADA (centre d’accueil des demandeurs d’asile) et c’est là que les collectifs d’aide aux migrants (13 dans le Gers et 5 associations de soutien) interviennent pour aider ces familles et tenter de faire en sorte que le refus préalable soit révisé.
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Les ‘Souris volantes’ sont remerciées ainsi que la chorale des femmes, animée par Katy qui interprète avec talent de beaux chants, émouvants. Vin chaud et soupe au pois chiche sont servis, dans la pénombre, mais le cœur y est.
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Extraits des chants :
. sur l’air des P’tits papiers (Gainsbourg et Régine) : « Laissez passer les sans papiers Les oubliés, les délaissés Les exploités, les refoulés du monde entier ».
. Invitation, Les Ogres de Barback et Tiken Jah Fakoly : « Je m’invite chez toi Je ne viens pas au hasard On ne se connait pas Racont’-moi ton histoire quelques mots écrits pour toi en français, mandingue ou bambara Une chanson qui nous emmène À mille lieues de la haine »
. « Ils ont construit des prisons Des centres de rétention Pour y enfermer les sans-papiers Des lois contre l’immigration Ils en vote à foison […] Non, ne me demandez pas De m’émouvoir puis d’rentrer chez moi ! Non, ne me demandez pas De n’pas me battre pour changer tout ça ! ».
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[19 décembre]
[Photos André Pégeot, avec son aimable autorisation, pour Social en question]
. Chroniques parues sur mon compte Facebook aux dates indiquées entre crochets.
Billet n° 897
Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et là. "Chroniqueur militant". Et bilan au n° 700 et au n° 600. Le plaisir d'écrire et de faire lien (n° 800).
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