SNU : un service militaire financé par l'Education nationale

Les contorsions rhétoriques n’y changent rien : en lançant la phase d’expérimentation du SNU (service national universel), Attal, secrétaire d’état auprès du ministre de l’Education nationale et militaire confirme qu’avec ce temps d’enfermement obligatoire imposé aux jeunes de 15-16 ans, le service militaire et punitif fait son grand retour.

Les contorsions rhétoriques n’y changent rien : en lançant la phase d’expérimentation du SNU (service national universel), Attal, secrétaire d’état auprès du ministre de l’Education nationale et militaire confirme ( Le Point, 16/01/2019) qu’avec ce temps d’enfermement obligatoire imposé aux jeunes de 15-16 ans, le service militaire et punitif fait son grand retour.

Service d’inspiration militaire, encadré par des militaires, Attal n’en fait pas mystère : s’il croit bon d’assurer que le SNU « n’est pas un service militaire », c’est pour ajouter aussitôt que « [le président de la république] a toujours été clair aussi sur le fait que les militaires seront présents dans le SNU. D'ailleurs, l'architecture initiale a en partie été construite par le général Menaouine et son groupe de travail. Les militaires participeront à la formation des encadrants et à une partie de l'encadrement, ainsi qu'aux interventions notamment pour les modules défense, résilience ou cohésion en plein air. J'y travaille avec mes collègues Florence Parly, ministre des Armées, et sa secrétaire d'État, Geneviève Darrieussecq, et j'ai rencontré le chef d'état-major des armées, le général Lecointre, pour avancer avec lui sur ces sujets. »

De fait, comme je l’avais déjà signalé, le rapport Menaouine n’a jamais dissimulé son objectif : « … chaque génération doit, autour de sa majorité, prendre conscience des enjeux de la défense et de la sécurité nationale et s'approprier les moyens d'en comprendre les outils et de discerner le rôle que chacun peut y jouer. »  L’autre finalité du SNU, notamment à travers sa seconde partie, volontaire, met en avant l’engagement militaire : « il s'agit d'effectuer une sensibilisation approfondie par des personnels compétents en matière de défense et de sécurité nationales et européennes : connaissance des menaces, moyens et organisations pour y remédier, présentation des différentes formes d'engagement relevant de la sphère de la sécurité. » Autant que possible, le SNU doit fournir à l’armée le personnel dont elle a besoin et dont les choix budgétaires plus que généreux, en augmentation constante, assurent le financement.

Avec un encadrement composé en grande partie de militaires ou d’anciens militaires… mais aussi de personnels mis à disposition par l’Education nationale, les « conscrits », en uniforme, débuteront leur journée par un salut au drapeau aux accents de la Marseillaise, une pitrerie qui ne devrait pas poser trop de problèmes aux jeunes concernés, soumis depuis l’école primaire à un bourrage de crâne intensif autour des symboles nationaux.

Confirmation, également, du côté punitif du dispositif, avec, pour les réfractaires, l’interdiction de s’inscrire au bac, aux examens, aux concours de la fonction publique mais aussi au permis de conduire. Bref, une sorte de mort civile qui fait voler en éclats l’objectif constamment mis en avant – mais on n’était pas forcé d’y croire – d’un service universel destiné à promouvoir l’engagement des jeunes. Vide de sens et de contenu, le SNU ne peut dissimuler ce qu’il est vraiment : une période de conditionnement et de soumission imposée par la force à toute une classe d’âge.

La seule information vraiment nouvelle réside dans les modalités d’hébergement prévues pour les 15 jours collectifs – en « maisonnées » (sic) et non en casernes – hébergement organisé dans le cadre régional, jugé indispensable et suffisant pour garantir le dépaysement, l’ouverture d’horizons nouveaux, le brassage social des jeunes. Puisque, évidemment, les promoteurs du projet (ni personne d'un peu sensé) ne peuvent croire  un seul instant qu'un séjour de deux semaines en "maisonnée" à Nantes, pour les jeunes des Pays de la Loire, suffise à assurer la cohésion sociale dans un pays miné par les inégalités et les injustices, il faut alors convenir que l’abîme entre l’objectif affiché et la réalité est inhérent à la nature même d’une conscription qui, en cherchant à dissimuler les mécanismes de domination dans la société, a toujours confondu dans la même arnaque égalité et uniformité. Avec l’exigence de brassage social, on ne fait guère que brasser du vent.

Cette contradiction vient en renforcer une autre, passée sous silence, sur la faisabilité du dispositif. L’expérimentation prévue en juin 2019 avec une poignée de volontaires contourne la question de la généralisation du SNU à 800 000 jeunes (par principe non volontaires) d’une classe d’âge et de son financement. En dépit des certitudes affichées à destination de l’opinion publique, Attal se montre beaucoup moins sûr de lui à la fois sur le calendrier d’application du SNU (une généralisation envisagée pour 2026…) et le principe d’obligation, question qui « reste à trancher », confirmant ainsi les doutes exprimés il y a quelques semaines par son ministre de tutelle pour qui le caractère obligatoire du SNU « n’est certainement pas un sujet de court terme ». Tiens donc ? 

De fait, si la généralisation du SNU ne peut se concevoir indépendamment d’un certain rapport de force entre les différents protagonistes, il faut bien constater que, depuis un an que le sujet occupe la place publique, il n’a suscité que peu de réactions, notamment de la part des premiers concernés. Après en avoir fait un motif de contestation en décembre dernier, les organisations lycéennes dites représentatives, se montrent depuis beaucoup plus discrètes, pour des raisons sur lesquelles on en est réduit à des hypothèses... Il est vrai que les adultes qui les entourent ne leur favorisent pas la tâche, notamment à travers la complaisance (car il est difficile de croire à un défaut d’informations de leur part) que les milieux éducatifs ont massivement montrée pour un SNU dont le principe et les modalités d’organisation auraient mérité une contestation frontale qui n'est jamais venue : qu’en période de disette budgétaire, dont les conséquences pour la prochaine rentrée scolaire sont connues, l’armée puisse faire financer par le budget de l’Education nationale, à hauteur de 3 milliards d’euros chaque année, un gadget sans rapport avec l’éducation, paraît difficilement compréhensible.

Mais c’est pourtant ce qui se passe. Dans un contexte de contestation des pouvoirs publics, le fait que le SNU et l’armée restent à l’écart des critiques dit finalement beaucoup de choses sur les contestataires.

 

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Notes également consultables à l'adresse suivante : http://journaldecole.canalblog.com/tag/SNU

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