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Les djihadistes centrasiatiques sur la ligne de front

Journaliste indépendant
FRANCE
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09/04/2017 | par Ely KARMON (Dr.), publié dans Perspectives on Terrorism, Vol. 11, N°4 (2017) - http://www.terrorismanalysts.com/pt/index.php/pot/article/view/624/html Traduit de l’anglais par David GAÜZERE (post-face rédigée par David GAÜZERE) Résumé Depuis le début de l’année 2017, une série d’attaques terroristes djihadistes ont impliqué des citoyens centrasiatiques, principalement d’origine ouzbèke et kirghize, notamment en Turquie, en Russie et en Suède. Un autre élément, qui ne doit pas être sous-estimé, sont les djihadistes ouighours, originaires de la région du Xinjiang en Chine. La disparition définitive de l’État Islamique (EI), la disparition de son assise territoriale et la pression des diverses forces de la coalition en Irak et en Syrie sur les combattants étrangers survivants les contraindront à fuir vers des États faillis, comme le Yémen et la Libye, mais pour les divers djihadistes centrasiatiques, l’Afghanistan et les zones tribales du Pakistan semblent un refuge plus approprié. A partir de là, ils peuvent en cas de besoin multiplier leurs attaques en Europe, en Asie centrale, en Chine, en Inde et au-delà. Introduction Depuis le début de l’année 2017, une série d’attaques terroristes djihadistes ont impliqué des citoyens centrasiatiques, principalement d’origine ouzbèke et kirghize. Les dernières attaques notables ont été les explosions d’avril 2017 dans le métro de Saint-Pétersbourg et la course folle d’un camion volé dans la foule à Stockholm en Suède. Fait intéressant, dans les trois cas principaux il y a une connexion turque aux terroristes impliqués. L’attaque du métro de Saint-Pétersbourg Le 3 avril 2017, un engin explosif contenu dans une mallette a explosé dans le métro de Saint-Pétersbourg, tuant 15 personnes et en blessant au moins 45 autres. Un deuxième engin explosif a été trouvé et désamorcé. Les autorités kirghizes ont informé que l’auteur présumé, Akbardjon Djalilov, était d’ethnie ouzbèke né dans la ville méridionale d’Och (Vallée de Ferghana, Kirghizie) mais qu’il était un citoyen de la Fédération de Russie et qu’il y vivait depuis l’âge de 16 ans. Tchinara Esengoul, une experte de l’islamisme radical basée en Kirghizie, a déclaré que, selon les chiffres officiels, environ 850 personnes de Kirghizie avaient rejoint l’EI en Syrie et en Irak. Il y a des centaines de milliers d’émigrés centrasiatiques vivant et travaillant en Fédération de Russie. [1] Une perquisition dans l’appartement loué par Djalilov a permis de découvrir du ruban adhésif double-face, des feuilles métalliques et d’ « autres objets » semblables à ceux comprenant le dispositif non explosé, ce qui indique que Djalilov avait assemblé les 2 engins explosifs dans l’appartement. L’Agence Fontanka.ru a indiqué que Djalilov avait voyagé en Syrie en 2014 et avait été formé avec les militants de l’EI. Le rapport indiquait que les enquêteurs russes avaient établi que le dispositif utilisé dans l’attentat dans le métro réunissait les stéréotypes du « savoir-faire syrien », spécifiquement des traces de sucre caramélisé. [2] Une théorie, étudiée en collaboration avec le Comité de Sécurité Nationale Kirghize, est que Djalilov pourrait avoir commis l’attaque sous l’influence du Djamaat al-Tawhid wal-Djihad (TWD), un groupe terroriste, qui opère en Syrie. Le groupe comprend des centaines d’Ouzbeks, y compris ceux qui vivaient dans la région d’Och en Kirghizie. En 2016 les services de sécurité kirghiz avaient effectué une opération de grande envergure dans la région contre des militants qui étaient revenus de Syrie et qui étaient entrain de recruter activement de nouveaux membres et de préparer des attaques terroristes. La Cour d’Och a interdit le groupe, en tant qu’organisation terroriste. Alors, les militants ont rejoint la clandestinité et ont mis en place des opérations de recrutement en ligne. Le Service Fédéral de Sécurité de Russie (FSB) a détenu près de Moscou Abror Azimov, issu d’Asie centrale ex-soviétique, né en 1990. Il était accusé comme étant l’un des organisateurs de l’attentat et d’avoir été celui qui avait formé Djalilov. [3] Cependant, Azimov refusait d’admettre sa culpabilité au Tribunal pendant l’audience. A la fin du mois d’avril, le FSB a arrêté 12 personnes issues d’Asie centrale, lors d’une descente dans la région de Kaliningrad soupçonnées d’avoir participé avec le groupe extrémiste Djihad-Djamaat Moudjahidin. Le chef présumé de la cellule avait été placé par l’Ouzbékistan sur une liste de personnes recherchées pour crimes extrémistes. 2 sympathisants présumés de l’EI, qui avaient planifié une attaque terroriste de « haute envergure » dans l’Extrême-Orient russe, ont été arrêtés le 26 avril à Ioujno-Sakhalinsk, une ville sur l’île de Sakhaline. L’un des 2 suspects est issu d’un Etat d’Asie centrale, tandis que l’autre est un citoyen de la Russie. [4] Stockholm, Suède Le 7 avril 2017, Rakhmat Akilov, un homme ouzbek âgé de 39 ans, a percuté avec un camion volé la foule dans le centre de Stockholm, tuant 5 personnes et en blessant 15. Les artificiers ont trouvé un engin explosif, emballé dans une valise à l’intérieur du camion de bière détourné. On ne sait pas pourquoi l’IED n’a pas pu exploser. S’exprimant dans un mélange de russe et de suédois, le suspect a avoué le crime dès qu’il a été appréhendé. La résidence suédoise d’Akilov avait été rejetée en 2016, mais selon la police il n’y avait rien pour indiquer qu’il aurait pu avoir l’intention de planifier une attaque. Akilov était connu des policiers et avait posté de la propagande djihadiste de l’EI sur les réseaux sociaux. Un homme ouzbek, vivant à la même adresse qu’Akilov, dirigeait une entreprise de nettoyage qui avait fait l’objet d’une enquête policière en 2015 dans une affaire criminelle « ouzbèke » dans la région de Stockholm, qui avait été soupçonnée d’avoir généré des sommes importantes d’argent pour l’EI. 5 personnes avaient été inculpées et 3 avaient été condamnées pour des motifs d’irrégularité financière. [ 5] Les informations d’une radio suédoise ont permis de découvrir sur le média social russe Odnoklassniki des liens entre le terroriste présumé de Stockholm et un réseau autour d’un leader djihadiste, Abou Saloh, qui était recherché par Interpol pour le financement d’un attentat-suicide terroriste en 2016 en Kirghizie. Les extrémistes utilisent des comptes sur Odnoklassniki comme « écrans » pour connecter les djihadistes violents et des recrues possibles - en particulier en se concentrant sur les travailleurs migrants centrasiatiques comme Rakhmat Akilov. Selon une source au sein de la police russe, l’organisateur présumé de l’attaque n’est autre qu’Abou Saloh. [6] En novembre 2015, un groupe de citoyens ouzbeks arrêtés dans la capitale de l’Ouzbékistan, Tachkent, avaient prétendument l’intention d’aller en Syrie pour rejoindre le groupe Djannat Ochiklari (« le paradis aimant ») en Syrie. Le Djannat Ochiklari est également connu sous le nom de Djamaat al-Tawhid wal-Djihad (TWD), un groupe dirigé par un Ouzbek basé dans la province d’Alep en Syrie. Le TWD avait juré allégeance à al-Qaïda et conduit une opération de propagande qui diffusait ses activités en Syrie. Le groupe dispose de 2 sites web, d’une page Facebook et d’une chaîne YouTube où il affiche des vidéos professionnellement conçues avec des séquences de batailles dans lesquelles des militants du TWD se battent, ainsi que les discours du le chef du groupe, Abou Saloh. ]7] La connexion turque Selon un haut fonctionnaire turc, Akbardjon Djalilov, l’homme qui s’est fait exploser le wagon du métro de Saint-Pétersbourg, était entré en Turquie à la fin de l’année 2015 et avait ensuite été expulsé vers la Russie en décembre 2016 pour immigration illégale. Alors qu’en Turquie, Djalilov « était considéré comme suspect en raison des liens qu’il avait, aucune mesure n’avait été prise car il n’avait rien fait d’illégal et il n’y avait aucune preuve d’acte répréhensible ». [8] Les autorités turques avaient arrêté Rakhmat Akilov, de nationalité ouzbèke, soupçonné d’avoir fauché des piétons avec un camion à Stockholm le 7 avril, alors qu’il essayait de rejoindre les rangs de l’EI en Syrie en 2015. Compte tenu de son statut de réfugié, il avait été renvoyé en Suède. Les autorités ouzbèkes avaient ajouté Akilov à une liste internationale de personnes recherchées fin février, après qu’une affaire pénale fondée sur « l’extrémisme religieux » ait été ouverte contre lui. Cependant, les racines turques des djihadistes centrasiatiques sont plus profondes et plus larges que les cas de Saint-Pétersbourg et de Stockholm en attestent. L’attaque de l’aéroport principal d’Istanbul Le 28 juin 2016, 3 assaillants, armés de fusils AK-47, ont été impliqués dans un échange de tirs avec la sécurité et la police près du point de contrôle de sécurité aux rayons x de l’aéroport Atatürk d’Istanbul, à la suite de quoi au moins 2 des hommes armés se sont fait exploser dans un attentat-suicide, faisant 43 morts et quelques 200 blessés. Un haut fonctionnaire turc a identifié les 3 kamikazes comme étant des ressortissants de la Russie, de l’Ouzbékistan et de la Kirghizie. 2 kamikazes ont été identifiés comme Vadim Osmanov et Rakhim Boulgarov, tandis que le troisième n’a jamais été nommé. Le « député » américain (U.S. Rep.) Michael McCaul, Président de la Commission de la Chambre des Représentants sur la sécurité intérieure, a prétendu qu’Akhmed Tchataev, Commandant du bataillon tchétchène en Syrie, avait dirigé cette attaque à l’aéroport d’Istanbul. La CIA et la Maison blanche ont refusé de commenter l’affirmation de McCaul. Les officiels turcs n’étaient pas en mesure de confirmer le rôle de Tchataev. Le journal Sabah, qui est proche du gouvernement turc, a affirmé que la police avait lancé une chasse à l’homme contre lui. Le militant âgé de 35 ans avait combattu en Tchétchénie contre les forces russes dans les années 2000 avant de s’enfuir à l’Ouest. Il avait été placé sur la liste américaine des personnes suspectées de terrorisme en 2015. Bien que personne n’ait revendiqué la responsabilité de l’attaque de l’aéroport, le Président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré que l’EI était « très probablement » derrière elle. [9] Après l’attaque de l’aéroport, les autorités ont arrêté 42 personnes soupçonnées, tandis que 4 autres restent toujours en fuite. Celles détenues, y compris les suspects originaires de Russie, d’Algérie et de Turquie, doivent passer en jugement en novembre 2017. Les autorités ont déclaré qu'un grand nombre de celles liées à l’attaque sont issues d’Asie centrale ex-soviétique ou de la région nord-caucasienne principalement musulmane de la Russie. [10] L’enquête sur l’attaque de l’aéroport d’Istanbul a révélé que l’EI a dirigé un centre de formation en Turquie, auquel avait assisté l’assaillant de l’aéroport Vadim Osmanov. Ce centre avait été utilisé pour la formation initiale des combattants étrangers venant en Turquie avant de rejoindre l’EI et aussi pour organiser leur transfert vers la Syrie. [11] L’attaque de la discothèque Reina d’Istanbul Contrairement à l’enquête sur l’attaque de l’aéroport d’Istanbul, l’attentat contre la discothèque Reina à Istanbul, le 31 décembre 2016, a fourni des informations importantes sur le large réseau et la profonde implantation des djihadistes centrasiatique sur le territoire turc. L’attaque avait été menée 8 semaines après que le dirigeant de l’EI Abou Bakr al-Baghdadi ait appelé à une guerre contre la Turquie par un enregistrement audio diffusé le 2 novembre 2016. Le 16 janvier 2017, après une massive chasse à l’homme, l’assaillant du Reina, Abdoulkadir Macharipov (alias Moukhammed Khorasani), identifié comme ethniquement ouzbek, issu d’une petite ville de Kirghizie avec une population ouzbèke prédominante, a finalement été capturé vivant à Istanbul. Les enquêtes ont révélé qu’il avait été choisi pour lancer l’attaque par un « cadre opératoire » de l’EI à Raqqa, en Syrie et qu’il avait reçu un soutien logistique et financier à Istanbul de la part d’un large réseau de l’EI opérant clandestinement dans la ville. [12] Né en 1983, Macharipov avait obtenu un diplôme de l’Université d’État de Ferghana en Ouzbékistan avec une spécialisation majeure en physique et une mineure en informatique. Il a été associé à des organisations terroristes djihadistes depuis 2011, selon les informations fournies à Interpol par l’Ouzbékistan, où il était un terroriste connu et sujet à un mandat d’arrêt national. Il parle ouzbek, russe, arabe et chinois. Macharipov a déclaré aux enquêteurs qu’il avait reçu un entraînement militaire dans un camp d’al-Qaïda en Afghanistan après avoir voyagé là-bas en 2010. À un moment, plus tard, alors qu’il était au Pakistan, Macharipov est devenu membre de l’EI, après avoir prêté allégeance à Abou-Bakr al-Baghdadi. [13] Environ un an avant l’attaque du Reina, il avait reçu l’ordre d’un émir de l’EI à Raqqa de se rendre en Turquie pour s’établir lui-même, avec sa femme et ses 2 enfants, à Konya - une ville en plein cœur de la Turquie - et d’y attendre d’autres ordres. Il apparaît qu’à un certain moment, alors qu’il était au Pakistan, il avait pris contact à distance avec la direction du groupe en Syrie. Selon sa déclaration à la police, après avoir voyagé à travers le Pakistan, Macharipov avait été arrêté à l’intérieur de l’Iran et détenu là pendant plus d’un mois avant que les autorités iraniennes l’aient déporté en janvier 2016 à travers la frontière irano-turque, sans en informer les agents de police ou des douanes turques. Macharipov est arrivé à Konya, au centre de la Turquie, avec sa famille au début de l’année 2016, en assumant le nom d’Ebou Moukhammed Khorasani. La police aurait retrouvé Macharipov avec son fils de 4 ans au domicile d’un ami kirghiz dans la ville. Son ami a également été arrêté, ainsi que 3 femmes. Dans l’appartement, la police a trouvé 2 drones aériens, 2 armes de poing, plusieurs cartes SIM de téléphone portable et 197 000 dollars en espèces. [14] Macharipov était censé faire partie d’une cellule dormante à laquelle plusieurs Ouïghours, Syriens et Daguestanais appartenaient aussi. [15] Selon le témoignage de Macharipov relevé le 25 décembre 2016, il a été dirigé, via l’intermédiaire de l’application de messagerie Telegram, par l’Emir de l’EI à Raqqa, Abou Chouhada, responsable des opérations de l’EI en Turquie, pour lancer une attaque pour le réveillon du nouvel an à Istanbul. Macharipov a prétendu qu’il lui avait été fourni avant l’attaque un fusil d’assaut AK-47, 6 charges explosives et 3 grenades assourdissantes par un membre de l’EI, dont le nom ne lui avait jamais été connu. La femme de Macharipov a été arrêtée au cours d’une opération qui a capturé 11 suspects le 12 janvier 2017. Nouroullaeva a déclaré que son mari avait quitté leur logement pour Istanbul 3 jours avant l’attaque et que leur fille et elle avaient alors été transférées vers un « lieu sûr » d’une cellule de l’EI par des membres de l’EI. Il a été révélé plus tard que les autorités russes avaient arrêté Nouroullaeva en 2011 sous l’inculpation d’appartenir à une organisation terroriste. [16] Hurriyet a rapporté qu’une cellule d’Ouzbeks de l’EI, opérant dans la région centrale de Konya, avait fourni et pris en charge Macharipov. Les combattants ouzbeks ont profondément imprégné l’EI et ont combattu aux côtés des Taliban en Afghanistan. Aussi, on dit qu’ils ont des avant-postes secrets dans certaines grandes villes russes ainsi que des liens avec des extrémistes musulmans en Chine. [17] En mars 2017, la police turque a arrêté dans le quartier de Kağıthane à Istanbul 2 suspects de l’EI, de nationalité ouzbèke. Ils étaient entrain de planifier une « attaque majeure semblable à la celle de la discothèque Reina ». La police a saisi dans leur appartement 2 kalachnikovs avec 2 chargeurs pleins de 500 balles et a également trouvé de nombreux documents écrits et numériques contenant des informations sur le groupe terroriste. [18] Les djihadistes d’Asie centrale en Syrie et en Irak Déjà à la fin de l’année 2014, on estimait qu’il y avait entre 1 000 et 3 000 Caucasiens combattant aux côtés des groupes armés au sein de la Syrie et de l’Irak (qu’ils soient affiliés à l’EI ou, avant, à al-Nosra). Les Caucasiens sont divisés entre ceux qui sont arrivés de Tchétchénie, de Géorgie, du Daghestan ou d’Azerbaïdjan et ceux qui ont émigré de pays d’asile comme l’Europe et la Turquie. La plupart des combattants tchétchènes vivant en Europe sont allés dans le monde arabe en 2012 et 2013. Certains sont arrivés de Grozny en Turquie, alors que d’autres ont utilisé la Bosnie et le Kosovo, comme leurs routes de transit. Les Tchétchènes sont devenus un élément important de l’EI, malgré leur petit nombre par rapport aux autres groupes ethniques. En Syrie et en Irak il y a 4 groupes actifs, certains sous la bannière de l’EI et d’autres appartenant au Front al-Nosra (la faction d’al-Qaïda en Syrie), tandis que d’autres encore fonctionnent indépendamment. [19] Selon des rapports récents, 6 000 militants d’Asie centrale et du Caucase ont déjà été enrôlés dans les rangs de l’EI. Le plus grand groupe radical en Ouzbékistan, le Djamaat Imam Boukhari a rejoint l’EI en Syrie. Les experts disent il y a plus d’un millier de militants ouzbeks et tadjiks qui continuent à se battre sous la bannière de l’EI. [20] Les Tchétchènes en Syrie représentent un problème de sécurité intérieure en Europe et en Turquie, car beaucoup sont issus de la diaspora. Un grand nombre provient de Géorgie et de Turquie, mais il y en a aussi des dizaines venus d’Autriche et de France et moins de Belgique, de Scandinavie et d’Allemagne. En octobre 2016, la police en Allemagne avait mené des raids dans 5 régions dans le cadre d’une enquête sur l’extrémisme présumé des demandeurs d’asile de Tchétchénie. Une part de cette enquête était dirigée contre un Russe d’origine tchétchène de 28 ans qui était suspecté de « préparer un acte de violence contre l’Etat ». La mouvance djihadiste tchétchène à Berlin est importante et de « haute envergure ». Les groupes de Tchétchènes en Syrie ont formé des étrangers, y compris des Allemands issus de différentes origines ethniques, suivant une longue tradition de sympathie pour la Tchétchénie parmi les djihadistes allemands. [21] Les combattants provenant d’Asie centrale vers la Syrie, notamment les Ouzbeks, possèdent une vaste expérience pratique de la guerre en raison de leur participation à différents théâtres de guerre, comme l’Afghanistan et le Pakistan. Beaucoup d'entre eux ont entrepris de nombreuses activités aux niveaux local et régional dans le passé. Le Mouvement Islamique d’Ouzbékistan (MIO) a été le plus important groupe centrasiatique actif en Afghanistan et au Pakistan. Il a été décimé après que la coalition américaine ait occupé l’Afghanistan. La plupart des combattants ouzbeks prenant part au djihad en Syrie sont venus de leur pays d’exil, particulièrement de Russie, de Kirghizie, de Turquie et d’Arabie saoudite. [22] Un autre élément, qui ne doit pas être sous-estimé, est les djihadistes ouighours, originaires de la région du Xinjiang en Chine. Rami Abdourrahman, qui dirige l’Observatoire syrien pour les Droits de l’Homme basé en Grande-Bretagne, a déclaré qu’il y avait environ 5 000 combattants chinois en Syrie, qui, avec leurs familles, ajoutaient jusqu'à 20 000 personnes. Li Wei, un expert en terrorisme à l’Institut des Relations Internationales Contemporaines de Chine, croit que leur nombre réel est bien plus bas, soit environ 300 combattants chinois qui apportent avec eux environ 700 membres de leur famille. Certains ont rejoint la branche d’al-Qaïda dans le pays, l’ex-Front al-Nosra, d’autres ont prêté allégeance à l’EI et un plus petit nombre a rejoint des factions telles que les islamistes d’Ahrar al-Cham. La majorité des djihadistes chinois sont avec le Parti Islamiste du Turkestan (PIT), une organisation très secrète. Ils sont organisés, endurcis à la guerre et ont joué un rôle important dans des offensives au sol contre les forces du régime. Ils sont actifs dans certaines parties d’Idlib et dans la ville stratégique de Djisr al-Choughour, ainsi que dans les montagnes kurdes dans la province occidentale de Lattaquié. [23] Christina Lin, un expert sur les relations Chine-Moyen-Orient à l’Université SAIS-Johns Hopkins, soutient que des années 1990 à la fin des années 2000, les menaces terroristes en Chine étaient en grande partie localisées dans le Xinjiang et les pays limitrophes, notamment en Afghanistan et au Pakistan. Après que des militants ouïghours basés en AfPak aient commencé à émigrer vers la Syrie en 2012, le Moyen-Orient est devenu le « un front avancé pour la guerre de la Chine contre le terrorisme ». Il y a eu une augmentation des attaques terroristes en Chine (par exemple en 2013 à Pékin et à Kunming et à Urumqi en 2014) dirigées depuis l’étranger. Lin mentionne l’accord du 14 août 2016 par la Chine de fournir de l’aide humanitaire, une formation militaire et le partage du renseignement avec le gouvernement syrien, comme un déclencheur possible de l’attentat-suicide commis le 30 août à l’Ambassade de Chine en Kirghizie. Selon les autorités de Bichkek, l’attaque terroriste avait été ordonnée par des djihadistes ouïghours en Syrie, financée par l’ex-Front al-Nosra (rebaptisé Front Fatah al-Cham (FFC), coordonnée depuis la Turquie et réalisée par un membre du PIT. [ 24] L’Afghanistan comme nouvelle/ancienne base Après la disparition de l’EI et la destruction du califat comme entité territoriale, beaucoup de combattants étrangers, notamment ceux du Caucase, d’Asie centrale et du Sud-Est soit rentreront chez eux ou plus probablement reflueront vers les territoires « libérés » en Afghanistan et les zones tribales du Pakistan - soit un renouveau de la situation des années 1990. Ils essaieront de construire une base territoriale de l’EI mais beaucoup renforceront probablement les rangs d’al-Qaïda dans la région comme de leur allié, les Talibans, qui ont affaibli avec succès les groupes pro-EI qui avaient tenté de les défier dans la région. [25] Le 26 janvier 2015, Abou Mouhammed al-Adnani, porte-parole du chef de l’EI, a déclaré la mise en place de la Wilayat Khorasan, une province de l’EI « englobant l’Afghanistan, le Pakistan et d’autres terres à proximité ». La Wilayat Khorasan a mené une campagne d’expansion et de consolidation dans la région, surtout dans l’est et le sud-est de l’Afghanistan. Le groupe, cependant, a connu plusieurs revers sur le champ de bataille. La plus cuisante défaite subie par la Wilayat Khorasan a été l’anéantissement du MIO, qui avait juré allégeance à l’EI en août 2015. En octobre 2015, les Talibans ont créé une unité spéciale composée de militants hautement qualifiés et expérimentés, pour lutter contre l’EI et en décembre 2015 avaient tué des centaines de combattants du MIO à Zaboul, y compris son Emir, Outhman Ghazi. Les militants talibans, les forces de sécurité afghanes et les milices locales sont également entrain de reprendre le territoire tenu par la Wilayat Khorasan, dans la Province de Nangarhar le long de la frontière pakistanaise. [26] Le Général John Nicholson, le plus haut Commandant américain en Afghanistan, a déclaré que les efforts américains avaient tué environ un tiers des combattants de l’EI, dont son chef, Hafiz Saïd Khan, dans une frappe de drone en août 2016 et réduit son territoire en Afghanistan des deux-tiers. [27] Cependant, l’EI n’a pas renoncé à sa tentative de s’implanter en Afghanistan et a récemment mené une série d’opérations meurtrières. Il a revendiqué la responsabilité d’une attaque (avec plus de 80 tués) sur une manifestation pacifique de Hazaras dans la capitale afghane Kaboul en juillet 2016, ainsi que sur une mosquée chiite à Kaboul en juin 2016, avec l’intention d’attiser les tensions sectaires. En mars 2017, des hommes armés de l’EI déguisés en infirmiers ont combattu les forces de sécurité pendant des heures dans une attaque contre un hôpital militaire dans la capitale afghane, en en tuant 38. À la fin de mai 2017, dans l’une des pires attaques terroristes de l’Afghanistan, au moins 150 personnes ont été tuées et 300 autres personnes, dont des femmes et des enfants, ont été blessées dans une énorme explosion-suicide dans le quartier diplomatique de Kaboul, près de l’Ambassade d’Allemagne et du Palais présidentiel afghan. La montée de l’EI en Afghanistan pose des problèmes de sécurité graves pour la Russie, selon un communiqué de septembre 2016 signé par Zamir Kaboulov, le Directeur du Département d’Asie centrale et d’Afghanistan au Ministère russe des Affaires étrangères. Kaboulov a déclaré qu’environ 2 500 combattants de l’EI se trouvaient en Afghanistan et que l’organisation était entrain de se préparer à s’étendre d’Afghanistan à d’autres pays d’Asie centrale et à la Russie, donnant à Moscou des raisons de s’inquiéter. [28] La Province du Khorasan de l’EI se compose principalement d’ex-Talibans mécontents et d’insurgés d’Asie centrale et du Sud, qui représentent les principaux soutiens à l’affiliation à l’EI. Parmi eux, les militants ouzbeks montrent un autoritarisme croissant. Le fils de Takhir Iouldachev, le puissant chef ouzbek du MIO interdit, qui avait été tué dans une attaque de missiles américaine au Pakistan en 2009, est entrain de mener des efforts pour aider à étendre l’influence de l’EI en Afghanistan. Selon Anatol Lieven, un expert régional au Campus du Qatar de l’Université de Georgetown, le nombre d’Ouzbeks, de Tadjiks, de Turkmènes et d’autres combattants de l’ex-URSS vivant en Afghanistan varierait de 6 000 à 25 000 hommes, nombre d'entre eux étant mariés à des Afghanes d’une origine ethnique similaire. [29] L’empreinte croissante d’Ouïghours Depuis 2010, des Ouïghours ont été impliqués dans plusieurs complots terroristes internationaux. En juillet 2010, 3 hommes ont été arrêtés en Norvège pour des attaques terroristes en préparation en Europe, dont un Kurde irakien nommé Chawan Sadek Saïd Boujak. Boujak, un citoyen ouzbek nommé David Jakobsen et un citoyen norvégien d’origine ouïghoure nommé Mikael Davoud sont arrivés en Norvège en 1999. Un fonctionnaire européen pour le renseignement a affirmé que les 3 hommes étaient membres du PIT. [ 30] Bahroun Naïm, un djihadiste indonésien important, a préparé plusieurs attaques terroristes contre la police et d’autres cibles en Indonésie depuis 2015. Il a créé en septembre 2015 une cellule terroriste à Bekasi, à l’ouest de Java, qui comprenait Arif Hidayatoullah et Faris Abdoullah Couma, alias Ali, un Ouïghour. Naïm a aussi dirigé une cellule à Batam, dédiée à la contrebande de terroristes ouïghours venus (illégalement) en l’Indonésie pour leur formation à Poso et des opérations d’attaques à Java. Cette cellule a aussi organisé des voyages à l’étranger pour les Indonésiens qui voulaient rejoindre l’EI en Syrie. [31] À Bangkok, le 17 août 2015, 20 personnes ont été tuées dans un attentat à la « bombe-tuyau » (pipe-bomb) dans le sanctuaire d’Erawan, une destination populaire pour les touristes chinois, et la plupart des victimes des explosions étaient ethniquement chinoises. Cependant, même après que 2 suspects aient été capturés - 2 Ouïghours ethniques - les autorités thaïlandaises ont initialement refusé de confirmer leur nationalité chinoise et ont insisté sur le point qu’ils faisaient simplement partie d’un gang de contrebande frustré par des opérations de police contrevenant à leurs affaires. Cette histoire officielle est restée inchangée à ce jour, malgré la découverte de grandes quantités de matériaux de fabrication de bombes dans le même appartement où Mohammed Bilal, le premier suspect, avait été appréhendé. Plus tôt, en 2015, la Thaïlande avait expulsé environ 100 Ouïghours vers la Chine après qu’ils se soient échappés en Thaïlande dans l’espoir de trouver refuge en Turquie. [32]. L’attaque contre le sanctuaire d’Erawan est susceptible d’avoir été commise pour se venger de cette expulsion. En décembre 2016, 5 personnes ont été tuées dans le District isolé de Karakach, au Xinjiang, après que les assaillants aient conduit un véhicule dans l’enceinte du parti communiste et déclenché un engin explosif. Les 5 victimes comprennent les 4 assaillants, qui ont été abattus lors de l’incident. [33] A la mi-février 2017, 8 personnes ont été tuées dans le District de Pichan dans le sud du Xinjiang, y compris les 3 agresseurs aux couteaux, dans l’une des dernières flambées de violence dans la région. Les forces de sécurité locales ont mis Pichan sous état de siège. Au moins 2 Ouïghours ont été détenus pour des partages de vidéos de la scène. La déclaration officielle de l’incident n’a pas dit si les assaillants étaient liés au PIT. [34] Deux semaines plus tard, des djihadistes ouïghours ont posté une vidéo depuis l’ouest de l’Irak dans laquelle ils juraient à rentrer chez eux et de « verser le sang comme les rivières » - la première menace de l’EI contre des cibles chinoises. La vidéo a montré des combattants, y compris des enfants lourdement armés, donnant des discours, priant et tuant des « informateurs ». [35] Michael Clarke, un spécialiste du Xinjiang à l’Université nationale d’Australie, a affirmé que c’est la première fois que des militants ouïghours ont prêté allégeance à l’EI. Il a suggéré que cette vidéo pourrait indiquer une possible scission parmi les combattants ouïghours, étant donné qu’elle comprenait un avertissement à l’adresse de ceux qui se battent avec al-Qaïda et son allié, le PIT, en Syrie. En avril, un terroriste présumé, accusé par les autorités d’organiser des opérations terroristes à l’étranger, a été arrêté lors d’un raid armé dans la Province chinoise de Hainan. Il aurait été reproché au suspect d’avoir dirigé un grand groupe en Turquie. « Quand il était en Turquie, il avait une équipe de plus de 100 personnes sous ses ordres », dixit à la télévision d’État Wu Tengfei, un membre de l’équipe de lutte contre le terrorisme, qui a effectué l’arrestation. La Chine est préoccupée qu’un nombre croissant d’Ouïghours soient allés en Syrie et en Irak pour recevoir une formation terroriste via l’Asie du Sud-Est et la Turquie après avoir illégalement quitté le pays par ses frontières méridionales. [36]   Conclusion Il est possible que l’implication de combattants étrangers d’Asie centrale dans les attaques en Europe et en Russie soit le résultat du grand réservoir de ces djihadistes expérimentés au combat en Syrie, en Irak, en Turquie et en Afghanistan ; la relative facilité de recevoir le statut de demandeur d’asile en Europe ; et la difficulté des autorités de police de surveiller cette grande masse de djihadistes parlant des langues « étranges ». La disparition définitive de l’EI, la disparition de son assise territoriale et la pression des diverses forces de la coalition en Irak et en Syrie sur les combattants étrangers survivants les contraindront à fuir vers des États faillis, comme le Yémen et la Libye, mais pour les divers djihadistes centrasiatiques, l’Afghanistan et les zones tribales du Pakistan semblent un refuge plus approprié. A partir de là, ils peuvent se répandre (si ordre d’attaquer) en Europe, principalement en Scandinavie et en Allemagne, en Russie, dans les républiques musulmanes d’Asie centrale, en Chine, en Inde, en Asie du Sud-Est et au-delà. La Russie devra accorder une attention particulière à cette nouvelle/ancienne menace. L’un des graves défis rencontrés par la Russie et ses voisins européens concernés est cependant le problème du partage du renseignement et de la coopération opérationnelle contre un ennemi commun dans les circonstances actuelles à la lumière des tensions créées entre la Russie et l’Occident à la suite des interventions de la Russie en Ukraine et en Syrie et des sanctions contre la Fédération de Russie. A propos de l’auteur : Ely KARMON est chercheur principal à l’Institut International pour la Lutte contre le Terrorisme (ICT) et à l’Institut de Politique et de Stratégie (IPS) au Centre interdisciplinaire (IDC) à Herzliya en Israël. Le Dr. KARMON donne des conférences sur l’étude du terrorisme International et du contre-terrorisme à l’IDC. Ses domaines de recherche comprennent la violence politique, le terrorisme international, le terrorisme et l’influence stratégique du terrorisme et de la subversion au Moyen-Orient et dans le monde. Post-face : La faiblesse identitaire des périphéries, source de la radicalité islamiste en Asie centrale post-soviétique (David GAÜZERE, chercheur associé au Centre Montesquieu de Recherche Politique (EA 4192 CMRP) - Université de Bordeaux) Qu’elle soit géographique, économique ou culturelle, la périphérie a partout dans le monde été le lieu de toute reconfiguration identitaire. Cela fut plus particulièrement le cas en Asie centrale post-soviétique depuis 1991. Les réseaux djihadistes ont bien saisi ce concept dans toutes ses acceptions. La périphérie géographique : Elle fut utilisée en 1999 par l’occupation des enclaves de la Vallée du Ferghana par les combattants djihadistes du MIO. Dans les enclaves ouzbèkes de Chakhrimardan et de Sokh, les djihadistes sont rapidement venus à bout d’une armée kirghize déficiente, avant d’être chassés des enclaves par l’aviation ouzbèke. Pendant leur bref contrôle de l’enclave de Sokh, ils se sont affirmés comme « porteurs de solutions » aux problèmes d’une population locale tadjikophone délaissée, enfermée dans une enclave ouzbèke uniquement accessible par des routes kirghizes et non directement accessible depuis le Tadjikistan proche. L’écart des populations locales des grands axes du développement économique ajouté aux imbrications ethniques et frontalières est à la source du désœuvrement local, de l’émigration vers la Russie ou la Turquie et de la radicalisation. Ce phénomène est analogue à la périphérie des villes (dans les capitales ou les villes d’immigration). La périphérie économique : Présente dans la Vallée du Ferghana, la périphérie économique est encore plus criante dans les capitales d’Asie centrale ou les villes d’immigration (Moscou, Saint-Pétersbourg, Istanbul…). Elle regroupe là encore des phénomènes communs. Les populations radicalisées y squattent le plus souvent les « trouchëby », ces bidonvilles poussés çà et là comme des champignons et en dehors de toute infrastructure publique et sanitaire à la périphérie des villes. Bien évidemment, les professions exercées, lorsque ces populations ont un travail, sont les plus déclassées et l’entraide communautaire y est forte. La précarité et les besoins criants de ces populations les attirent d’autre part vers tout fonds social privé, mis en place par des institutions caritatives et religieuses musulmanes, notamment les Frères musulmans ou encore le Djamaat-i-Tabligh qui, en contrepartie de l’aide sociale, entreprennent un long travail continu de « rééducation culturelle et religieuse » de ces populations selon les standards de la radicalité islamiste. La périphérie culturelle : Ce travail de « rééducation » leur est facilité par l’absence d’adhésion des populations périphériques à l’une des 2 cultures urbaines, nationale identitaire ou russophone. Les centres-villes centrasiatiques sont habituellement les lieux des habitations aisées et des professions élitistes d’une classe sociale embourgeoisée et russifiée. Les campagnes connaissent certes encore un certain retard économique, mais les structures familiales y sont encore très fortes et une identité culturelle nationale marquée y est ainsi préservée. La radicalité islamiste y est donc extrêmement faible. La périphérie des villes centrasiatiques ou d’immigration connaît à l’inverse une radicalisation avancée, puisque le lien social y est déstructuré par la précarité économique et l’affaiblissement des relations familiales (coupure économique avec les racines rurales, alcoolisme, drogues et violence domestique, mères seules…). La connaissance de soi et de son identité y est donc altérée (par exemple, il se parle à la fois dans ces milieux une langue nationale et le russe, mais sans qu’une langue ne soit suffisamment bien connue pour faciliter toute insertion sociale et transmission culturelle). Exclue de ses racines rurales comme de l’eldorado économique du centre qu’elle essaie vainement d’approcher, cette population périphérique crée dès lors une « sous-culture » identitaire propre, composée de rudiments des 2 cultures alentour, et devient fortement sensible aux sirènes de la radicalité islamiste. En Kirghizie, il en va de même de la population ouzbékophone de la Vallée du Ferghana, marginalisée par le pouvoir politique kirghiz et refoulée par l’Ouzbékistan voisin. La situation est encore plus critique dans les périphéries urbaines d’Och, de Djalal-Abad, de Kyzyl-Kiia, de Kara-Sou, d’Ouzguen…: centres-villes kirghizophones, périphéries paupérisées ouzbékophones, présence d’une ségrégation ethnique, sociale et spatiale enracinée, pogroms en 1990 et en 2010... Ce n’est donc pas par hasard que la plupart des djihadistes ci-dessus cités en proviennent. Notes [1] “St. Petersburg subway blast was suicide attack, officials say”, Associated Press, 4 avril 2017. URL: http://www.cbc.ca/news/world/st-petersburg-russia-explosion-investigation-1.4054197 [2] FILIPOV David, ROTH, Andrew, “Russia arrests possible accomplices of presumed St. Petersburg bomber”, The Washington Post, 6 avril 2017. [3] “St Petersburg attack: Russian police question new suspect”, Reuters, 17 avril 2017. URL: https://www.theguardian.com/world/2017/apr/17/st-petersburg-attack-russian-police-question-new-suspect [4] “Russia Arrests 12 Central Asians On Extremism Charges in Kaliningrad”, Radio Free Europe/Radio Liberty, 27 avril 2017. URL: http://www.rferl.org/a/russia-arrests-12-central-asians-extremism-charges-kaliningrad-sakhalin-islamic-state-/28454312.html [5] “Police arrest SIX more suspects over the Stockholm truck attack as three are bundled out of a car linked to the atrocity and special forces raid a property 20 km from the scene where four were killed”, MailOnline, 8 avril 2017. URL: http://www.dailymail.co.uk/news/article-4392736/Homemade-BOMB-hijacked-beer-truck-Stockholm.html [6] “Akilov linked to network around jihadist leader”, Swedish Radio News, 12 mai 2017. URL: http://sverigesradio.se/sida/artikel.aspx?programid=83&artikel=6694525 [7] “Uzbeks Arrested For Allegedly Trying To Join Al-Qaeda Group In Syria”, Radio Free Europe/Radio Liberty, 6 novembre 2015. URL: https://www.rferl.org/a/uzbekistan-al-qaeda-group-syria-jannat-oshliqari/27349840.html [8] “Terrorists who attacked in Stockholm and St. Petersburg deported by Turkey”, Stockholm Center for Freedom, 13 avril 2017. URL: http://stockholmcf.org/terrorists-who-attacked-in-stockholm-and-st-petersburg-deported-by-turkey [9] SOGUEL Dominique, FRASER Suzan, “Attention in Istanbul bombing focused on Chechen extremist”, The Associated Press, 01ier juillet 2016. URL: https://apnews.com/fad6ca6eda9142bead29b11b7b259981/turkish-official-mastermind-feb-terror-attack-killed [10] “Turkey remembers Istanbul airport attack blamed on ISIL”, Agence France-Presse, 28 juin 2017. URL: http://www.hurriyetdailynews.com/turkey-remembers-istanbul-airport-attack-blamed-on-isil-.aspx?pageID=238&nID=114880&NewsCatID=341 [11] YAYLA Ahmet S., “The Reina Nightclub Attack and The Islamic State Threat to Turkey”, CTC Sentinel, Combating Terrorism Center, Vol. 10, Issue 3, 10 mars 2017. [12] Ibid. [13] Ibid. [14] “Istanbul Reina attack suspect says nightclub was chosen at random”, BBC News, 19 janvier 2017. URL: http://www.bbc.co.uk/news/world-europe-38673154 [15] SÖNMEZ Göktuğ, “Reina Attack, Masharipov and Radicalization in Central Asia”, Orsam Review of Regional Affairs, N°56, janvier 2017. URL: http://www.orsam.org.tr/files/Degerlendirmeler/56/56eng.pdf [16] YAYLA Ahmet S., op. cit. [17] BAKER Neal, HODGE Mark, “Inside the Killer’s Lair”, The Sun, January 17, 2017. [18] “Two Daesh suspects planning Reina-style attack nabbed in Istanbul”, Daily Sabah, 16 mars 2017. [19] BADAWI Tamer, “Daesh in Eurasia”, Al-Jazeera Centre for Studies, 4 décembre 2014. URL: http://studies.aljazeera.net/en/dossiers/decipheringdaeshoriginsimpactandfuture/2014/12/201412311921865343.html [20] BERGER Martin, “Radical Islamic Terrorism Spreading Across Central Asia Like Fire”, New Eastern Outlook, 9 juillet 2016. URL: http://journal-neo.org/2016/07/19/radical-terrorism-is-spreading-across-central-asia-as-fire/ [21] “Germany Probing Possible Extremism Among Chechen Migrants”, Radio Free Europe/Radio Liberty, 25 octobre 2016. URL: http://www.rferl.org/a/germany-extremism-chechen-migrants/28074011.html [22] BADAWI Tamer, op. cit. [23] “Chinese Jihadis’ Rise in Syria Raises Concerns at Home”, Dawn, 23 avril 2017. URL: https://www.dawn.com/news/1328675 [24} LIN Christina, “The Changing Nature of Terrorism in China”, The Cipher Brief, 37 septembre 2016. URL: https://www.thecipherbrief.com/article/asia/changing-nature-terrorism-china-1089 [25] KARMON Ely, “The Demise of the Caliphate: Quo Vadis ISIS?”, International Institute for Counter-Terrorism (ICT) website, 19 décembre 2016. URL: https://www.ict.org.il/Article/1878/the-demise-of-the-caliphate-quo-vadis-isis [26] BARR Nathaniel, “Wilayat Khorasan Stumbles in Afghanistan”, Terrorism Monitor, The Jamestown Foundation, Vol.15, Issue: 5, 3 mars 2016. URL: https://jamestown.org/program/wilayat-khorasan-stumbles-in-afghanistan/ [27] SAFI Michael, “ISIS militants disguised as doctors kill 38 in Kabul hospital attack”, The Guardian, 8 mars 2017. [28] “10,000 ISIS fighters in Afghanistan ‘trained to expand to Central Asia, Russia’”, RT News, 19 avril 2016. URL: https://www.rt.com/news/340200-isis-afghanistan-threaten-russia/ [29] “ISIS letter reveals tribal rifts in Afghanistan faction amid war with Taliban and US”, Associated Press, 7 juin 2017. URL: http://www.ibtimes.co.uk/isis-letter-reveals-tribal-rifts-afghanistan-faction-amid-war-taliban-us-1625127 [30] SHANE Scott, SCHMITT Eric, “Norway Announces Three Arrests in Terrorist Plot”, New York Times, 8 juillet 2010. [31] TAUFIQURROHMAN Muh, PUTRA PRASETYA Ardi, “From radical to terrorist: The man behind five terror plots in Indonesia”, Today, 15 décembre 2016. URL: http://m.todayonline.com/commentary/radical-terrorist-man-behind-five-terror-plots-indonesia [32] HEAD Jonathan, “The surreal investigations into Thailand’s unresolved bombings”, BBC News, 17 août 2016. URL: http://www.bbc.com/news/world-asia-37091825 [33] WEN Philip, “Xinjiang attack: vehicle rams into government compound killing several”, The Sydney Morning Herald, 29 décembre 2016. [34] “Eight dead after knife attack in China’s western Xinjiang region”, Associated Press, 15 février 2017. URL: http://www.telegraph.co.uk/news/2017/02/15/eight-dead-knife-attack-chinas-western-xinjiang-region/ [35] “Bloody Islamic State video puts China in cross hairs”, South China Morning Post, 01ier mars 2017. [36] GAN Nectar, “Details emerge of ‘terrorism suspect’ arrest during armed raid in China”, South China Morning Post, 17 avril 2017.