Liberté de l'un et celle de l'autre ( suite et fin)

Dans la première partie du présent article, nous avons montré que M. Bouvet ne respecte ni la République, ni ses lois, ni la laïcité. Dans cette deuxième partie, montrons qu’il travestit l’Histoire, la Sociologie et l’Histoire des Religions.

Debut de l'article : https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/140219/liberte-de-l-un-et-celle-de-lautre-que-la-justice-dise-le-droit

M. Bouvet travestit l’histoire, la sociologie et l’histoire des religions

Reprenons les déclarations de M. Bouvet dans Marianne [11].

Citant Alain Finkielkraut - le juif qui oublie d’où il vient [1] – M. Bouvet déclare : « Il y a une incompatibilité fondamentale entre l’islam avec la civilisation française, avec notre manière de résoudre d’une certaine façon la question théologico-politique ».

Fable. Farfouillez dans les greniers de notre Histoire, relisez Thomas d’Aquin : ils - ces innommables !- ont été nos maîtres dans bien des matières. Plus prosaïquement, la civilisation française, c’est aussi les lois et la Constitution de sa République ; c’est aussi ses ex-colonies, ses ex-départements d’outre-mer, ses DOM et ses TOM ; c’est aussi la mémoire des morts pour la France dans laquelle se côtoient le Magrébin, l’Africain, l’Asiatique, le Caribéen, le Tahitien, le Réunionnais, le Pied-noir de toutes extractions et le Français ‘’de souche’’.

Rappelons, en sus, aux manœuvriers de toutes les chapelles et aux laïcistes au nom desquels s’exprime M. Bouvet, que le fait que certains compatriotes soient musulmans n’ôte rien à leur citoyenneté.

Maître Bouvet pérore [11] : « Dans l'islam, le théologique et le politique ne peuvent être séparés, c'est une différence fondamentale avec le christianisme ».

Fable également. Il n’y a rien à séparer, par « tapis vert » serait-on tenté de dire. Et ce dans la mesure où, faute de clergé, il ne peut pas y avoir de pouvoir spirituel constitué qui viendrait faire de l’ombre à la République : il ne peut tout simplement pas y avoir de contre-pouvoir. De tout temps, l’obédience malékite a été inféodée au pouvoir temporel des Rois, des Beys et des Républiques. La France ne saurait l’oublier : elle en a usé et abusé en Algérie.

Parmi les innombrables obédiences de l’islam mondial [22], il y a la malékite [23]. Du fait de nos liens historiques avec le Maghreb, l’islam de France est dans sa grande majorité d’extraction malékite. Contrairement au schisme shiite duodécimain [24] et à la secte wahhabite [25], l’islam malékite n’a pas de clergé : chaque croyant est en relation directe avec son dieu.

Les imams et oulémas n’y sont que des titres honorifiques qui confèrent tout au plus une autorité morale. Les premiers sont – normalement – élus par les adeptes de leurs mosquées. Vous devriez veiller à cet héritage, M. le Ministre de l’Intérieur, Ministre des Cultes (qui, j’en suis sûr, ne vous mêlez pas des affaires spirituelles de vos administrés) : il est la garantie de l’éradication des imams parachutés ou autoproclamés qui font tant de mal à la France et à ses musulmans.

l’Escarbille du Club Médiapart , rappelle « Comme tous les textes religieux, le Coran n’a jamais cessé d’être interprété, d’abord parce que la langue arabe, comme toutes les langues, évolue ,ensuite parce que les musulmans du monde ont des langues et des cultures différentes et qu’ il a bien fallu interpréter pour établir des dénominateurs communs : en établissant les Fiqhs des différentes écoles de pensée de l’Islam, les Abou Hanifa, Malek Ibn Anas, Ibn Hanbel et El Chafe’î n’avaient-ils pas interprété le Coran au bénéfice des cultures propres à telle région ou à telle autre ? » [26].

L’honnêteté force à dire que, de toutes les religions de l’hexagone, l’Islam de France est le moins apte à faire de l’ombre à la République. Il est loin de pouvoir prétendre à ce contre-pouvoir revendiqué, des siècles durant, par l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine.

Rappelons que cette dernière ambitionnait de codiriger les affaires de l’Etat ou du moins de les censurer. Ce fut au terme d’une querelle de 26 ans que la 3ième République imposa à l’Eglise Gallicane le divorce des pouvoirs spirituel et temporel. La loi du 09 décembre 1905, grava dans le marbre cette séparation, qu’on appelle depuis laïcité.

Remarque : ironie de l’histoire, la 3ième République, laïque, trouva son meilleur argument dans les évangiles synoptiques : «Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ».

La liberté religieuse a été proclamée par la première République ; aucune des suivantes n’est revenue sur ce principe. Quant à La neutralité de l’Etat, elle découle directement de l’égalité des citoyens, en droits et en devoirs, inscrite dans le marbre constitutionnel.

Les laïcistes feignent de croire que cet islam de France, inaudible, tétanisé, incapable d’esquisser une quelconque réponse concertée aux agressions médiatiques permanentes dont il est l’objet, puisse faire contre-pouvoir et imposer ses vues à l’Etat.

Dans sa déclaration dans Marianne [11] M. Bouvet ajoute : « Si l'on aborde la question sous l’angle historico-politique et non plus théologique, l'islam est né et s'est imposé dès sa naissance les armes à la main et non par la soumission à une autorité politique extérieure. Sans se battre, Mahomet n'aurait pas pu diffuser l'islam. ».

C’est vrai en partie. C’est faux pour ce qui concerne la grande majorité des musulmans : Le sud-est asiatique (où réside donc cette majorité des musulmans du monde) est venu à l’islam dans le cadre d’une conversion paisible menée patiemment par des marchands.
Signalons également que l’islam n’a pas inventé la guerre : elle est dans la nature de l’Homme. Aucune religion ne peut se targuer d’être un « long fleuve tranquille ». Elles se sont toutes - de leur propre chef ou de celui des rois et empereurs qui les instrumentalisent - propagées dans la douleur et le sang .Ceux qui en doutent n’ont qu’à esquisser une excursion dans l’Ancien Testament (la thora des juifs ou pentateuque), dans les annales de l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine, dans celles des orthodoxies, dans celles du bouddhisme, et même dans celles, de tradition orale, des animismes …

« Cachez ce sein que je ne saurais voir ».

M. Bouvet, la micelle laïciste à la main nous déclare avec componction [11]: « il faut se déprendre à la fois de toute visée idéologique et de toute illusion rétrospective lorsqu’on veut comprendre ce qui fut à l’œuvre au moment du vote de la loi de 1905. Ce qui permet de ne pas tordre la laïcité dans la direction que l’on voudrait à tout prix lui faire prendre».

Avouez que Molière lui-même n’a pas mieux trouvé pour son Tartuffe !

M. Bouvet ajoute onctueusement [11]:« Quand Briand dit que la loi de 1905 est une loi libérale (…) Il a en tête ce que l’on appelle le républicanisme modéré, contre le radicalisme, qui commande de ne pas insulter l’avenir et d’offrir la possibilité à chacun, croyant ou non, de trouver sa place dans la République » .

Cette tirade, extirpée de sa gangue de verbiage, montre bien que maître Bouvet a compris la pensée d’Aristide Briand : la loi de 1905 prône effectivement un républicanisme modéré qui commande de ne pas insulter l’avenir et d’offrir la possibilité à chacun, croyant ou non, de trouver sa place dans la République. C’est du reste ce que dicte la Constitution au principe de laïcité.

Mais cette tirade montre surtout la versatilité du sieur Bouvet qui dit une chose et écrit son contraire. D’un côté, Il peut définir la laïcité en une phrase – et de manière lumineuse ! -de l’autre, il lui faut, en bon bonimenteur, pas moins des 300 pages de son livre, "La nouvelle question laïque», pour soutenir la thèse contraire.

Du foulard à l’école.

A propos de ce couvre-chef, M. Bouvet se répand pour la nième fois [11]:« Le basculement vers une nouvelle question laïque est symbolisé par l'affaire dite des ‘’foulards ‘’, lorsque trois élèves musulmanes refusent d’enlever leur voile dans un collège de Creil à l’automne 1989. C'est la première confrontation avec cette nouvelle aspiration à la visibilité de l'islam qui va venir sur le devant de l’actualité, le premier moment où la religion musulmane devient un objet de débat public en France ».

Rappelons que les lobbies SHAF [9], s’appuyant sur le contexte international [27], avaient porté à incandescence cet évènement (qui n’en est pas un comme nous allons le voir) , et incendié les esprits par une campagne médiatique au très long-cours.

Dans une lettre ouverte, (envoyée également à son destinataire par LRAR) , l’Escarbille du Club Médiapart alertait le Président de la République Macron - au titre de garant de la Constitution - sur une arnaque trentenaire [28]: « (…) Ce jeu de bonneteau lexical, meurtrier pour le coup, fut initié lors de l’affaire du foulard de Creil [1989] et est entretenu depuis par les lobbies des intérêts particularistes – nos nouveaux maîtres-à-penser, faiseurs d’opinions - par les islamistes mais aussi par certains hommes et femmes politiques. Les deux premiers se font mutuellement la courte échelle dans l’escalade vers l’horreur, les troisièmes n’ont pour seule obsession que leur élection ou leur réélection et ne se soucient aucunement des intérêts de la France. Tout ce « joli monde » jette de l’huile sur le feu, pour rien, depuis 1989.En effet, l’affaire du foulard à l’école, source de passions malsaines, n’a d’autre raison d’être que la volonté maligne de créer le pataquès médiatique indispensable à la promotion des intérêts particularistes des uns et des autres. Contrairement à d’autres religions qui disent « Laissez venir à moi les petits enfants », l’islam est une religion de grandes personnes, exclusivement. L’enfant n’a pas de devoirs moraux envers Dieu : il ne répond à aucun des cinq piliers de l’islam (pas même la Chahada, l’article premier, pour ainsi dire). Ne sont assujettis aux Fiqhs que les moukalafoune  (moukellef au singulier = être qualifié, avoir l’âge de raison). Le garçon est certes circoncis [marque de l’appartenance à la lignée d’Abraham] mais ce seul critère est insuffisant pour faire de lui un musulman. Il demeure un musulman en devenir, comme il est citoyen en devenir et ce dans les moindres nuances. Cette affaire de voile [à l’école] n’avait donc aucune justification religieuse : elle n’aurait jamais dû prospérer (…) ».

Notre aversion pour « le musulman » – injustifiée, sinon par notre orgueil blessé, hier, en Algérie – a fini par tuer en nous cette prudence, cette circonspection, cette retenue qui fait le jugement de « bon père de famille ». Altérés, nous nous sommes abreuvés à satiété à la source du mensonge au quotidien et avons importé des problèmes qui ne sont pas les nôtres ; ce faisant, nous avons convié dans nos rues le meurtre de l’innocence.

« Plus le mensonge est gros, plus il a de chance de passer » disait Goebbels, maître en la matière. Il a manifestement raison : pour ce qui nous concerne, ce très gros mensonge dure depuis trente ans.

Pour l’avenir des petits Français, de toutes les origines, de tous les sexes, de toutes les confessions philosophiques ou religieuses, ce mensonge doit cesser. La justice doit dire la loi.

Et, sauf à donner cyniquement dans l’apartheid, la France s’honorerait à respecter et faire respecter ses lois et sa Constitution.

Documentation:

[1] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/021117/alain-finkielkraut-pris-au-collet-dans-une-boucle-de-logique
[3] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/011017/comment-val-et-malka-ont-amene-au-casse-pipe-l-equipe-de-charlie-hebdo
[9] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/170917/la-coalition-des-interets-particularistes-shaf-ou-l-aristocratie-du-moment
[11] https://www.marianne.net/societe/laicite-laurent-bouvet-loi-1905-liberale-fable
[22] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/270916/de-la-soi-disant-unicite-de-la-sharia-et-du-pseudo-monolithique-islam
[23]https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/130617/les-origines-de-l-islam-de-france
[24] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/130617/le-shiisme
[25] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/130617/b-4-le-salafisme-wahhabite
[26] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/130517/la-montagne-de-la-haine-de-l-autre

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