L’hebdo du Club: une France à deux visages

De l'affaire Fillon à droite aux vœux d'union chimérique à gauche, les abonnés du Club ont largement commenté l'actualité politique. Sans pour autant oublier les choses qui font mal, qu'on ne veut pas voir. Cette France qui peut avoir honte de cette misère installée, enkystée dans une société à deux têtes, à deux vitesses. Une France des privilégiés et une France des pauvres.

Et maintenant chantait Bécaud, qu’allons-nous faire ? A droite comme à gauche. Pas un jour sans une nouvelle révélation sur François Fillon, sa famille, ses amis qui interroge sur le devenir du candidat de la droite et du centre à l’élection présidentielle. Raide dans ses bottes, le châtelain de la Sarthe crie aux loups, dénoncent des boules puantes et maintenant un complot institutionnel. L’homme aux sourcils broussailleux reste, comme il le martèle, le seul et l’unique candidat à l’élection suprême, envoie tous les plans B crédibles ou pas aux orties; mais le mal est fait, le masque est tombé. Dans le club, nombreux sont les abonnés à réagir. Celui qui a rallié à son panache blanc les électeurs de la droite et du centre lors de la primaire en faisant campagne sur sa probité, allant même jusqu’à déclarer « Je pense qu’on ne peut pas diriger la France si on n’est pas irréprochable» devient l’arroseur arrosé.

Annick Vignes dans son Opprobre sur le probe François Fillon lui demande «d’appliquer ses principes de probité et d’austérité à lui-même et de renoncer de son plein gré à candidater…» M Bentahar ajoute au développement sur le même thème. François Serrano, quant à lui, nous livre un billet  Fillon, le nouveau Cahuzac, sur le mensonge dont le titre pourrait se suffire à lui-même. Dans sa version courte puisque l’auteur nous crédite aussi le 1er février d’une version longue, ce professionnel de la lutte contre la fraude campe le décor : «il n'aura vraisemblablement convaincu que ses partisans les plus acharnés, toujours dans le déni freudien de la faute morale indéfendable de leur idole. Les autres ne pourront pas ne pas penser à Cahuzac et à ses fameuses dénégations droit dans les yeux...» Un parallèle avec Cahuzac pour la posture, une réflexion sur la justice et morale et surtout comme l’atteste ce commentaire de Charles-Hubert de Girondiac qui synthétise l’avis du plus grand nombre, une histoire aux relents d’Ancien régime :

capture-d-e-cran-2017-02-02-a-10-44-24

La presse d’information libre et indépendante a ouvert la boîte de Pandore. La pelote de laine se défait. Revue Frustration  n’oublie pas d’élargir le débat sur l’impact de l’affaire Fillon dans une France républicaine où les privilèges demeurent. D’où cette question posée en introduction : «comment se fait-il que nos représentants s’enrichissent autant, au point de perdre toute notion de la réalité de ce qu’il gagnent ?» Conflits d’intérêt, transparence : quelles mesures comptent prendre les candidats pour rendre la politique enfin exemplaire La question posée par Denis C., lecteur de Mediapart, et relayée par notre partenaire Whybook  qui interroge les candidats à la Présidentielle  et qui a déclenché dès sa mise en ligne sur Facebook 2000 likes et plus de 200 commentaires.

A gauche pendant ce temps, Benoît Hamon vainqueur de la primaire PS et candidat désigné du parti à la Présidentielle se voit lâcher par une partie des vallsistes et des hollandais qui préfèrent emboîter le pas de la marche libérale de Macron. Et ne pas reconnaître le résultat de la primaire malgré les promesses. Relisons Nicolas Machiavel dans son Prince écrit au début du XVI e siècle ou brandissons l'adage «Les promesses n'engagent que ceux qui y croient.» Dans le club, la nomination d’Hamon a donné lieu à une littérature importante. A commencer par le décryptage de Jacky Dahomay excédé par la formule «gauche de gouvernement». «Le plus souvent, une telle formule est utilisée pour  distinguer une gauche réaliste capable de gouverner à une gauche, sans doute rêveuse, mais incapable d’assumer une responsabilité gouvernementale. Ainsi, dans une tribune publiée dans le Monde du 26 janvier dernier, Alain Bergounioux présente Manuel Valls comme un véritable réaliste qu’il oppose à Benoît Hamon».  Le philosophe pose l’équation et tente de la résoudre. Jusqu’à affirmer : «La « gauche gouvernementale » n’est rien d’autre qu’une  manière de désigner sans le dire une façon de gouverner obéissant à des « principes » ou plutôt à des règles de gouvernance dictées par la logique néolibérale».

Déçu par le quinquennat Hollande, Jean-Marc Adolphe nous invite à lire son «essai improbable de science politique» comme il l’affiche et dans lequel il se dit contraint de faire son coming out. «Bien qu’ayant dit, et écrit, que je ne voterais plus jamais socialiste (entre autre ulcères provoqués par le règne de François Hollande, l’attitude de certains élus socialistes et du gouvernement de Manuel Valls a l’égard des populations Roms a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : on peut relire ici mon billet « France 2013 : régime d’apartheid ? Lettre ouverte à Manuel Valls, ministre de l’intérieur », mis en ligne en février 2013), j’avoue avoir participé aux deux tours de la primaire de gauche, et chaque fois glissé dans l’urne le nom de Benoît Hamon. Je précise, si besoin est, que je suis loin de me désintéresser des candidatures de Jean-Luc Mélenchon et de Yannick Jadot, qui portent l’une et l’autre d’intéressantes propositions…»  Ce billet a ouvert un débat fort riche, sur le parti, le culte de la personnalité… Avec des échanges parfois musclés entre pro Mélenchon et les autres qu’ils soient ou non pro Hamon. D’où ce commentaire raisonné  et raisonnable de Philippe Ody :

capture-d-e-cran-2017-02-02-a-12-30-14

Dans la même veine, Shartemann quant à lui se pince pour savoir s’il n’a pas rêvé d’où son billet la primaire de gauche n’a pas eu lieu. Une prose qui fait un état des lieux et pose des questions.

Reste les appels de celles et ceux qui espèrent voir demain un seul candidat pour représenter la gauche d’Hamon, Mélenchon et Jadot. Une pétition à l’initiative de citoyens et citoyennes appelant à la coalition a été mise en ligne et dans la tribune qui la relaie il est mis en exergue : «vos points de vue sont plus convergents que divergents. Vous devez travailler dès maintenant à la mise en place d’une équipe progressiste, écologiste et novatrice autour d’un projet commun et d’un représentant pour le rassemblement». Pourtant à lire les 335 commentaires, l’alliance reste impossible. Même son de cloche dans le billet de Marie 1978 qui relaie dans Gauche : pour un front solidaire et écologique la parole d’une cinquantaine de chercheurs et militants de mouvements sociaux et citoyens.  Inc57 résume encore une fois les positions des uns et des autres sur le sujet :

capture-d-e-cran-2017-02-02-a-15-06-55

La réponse à ce commentaire est faite par stephane@lavignotte.org qui propose comme alternative une conférence nationale pour l'unité à la présidentielle et pour des législatives citoyennes.

Pendant ce temps, perdurent les inégalités. Et les situations extrêmes. Comme cette mère désespérée retrouvée perchée en haut d’une grue à Lille. Un fait d’actualité relayé par Vilmauve qui nous relate le désespoir de cette femme qui n’a trouvé d’autre moyen pour alerter l’administration pour une affaire de non-versement de l’allocation d’éducation d’enfant handicapé. Que dire de ce billet de Marcel Nuss sur les dérives du médico-social. Dans le chapô, il nous explique que «L'accompagnement médico-social est vital pour des millions de personnes en France, il rapporte des millions à beaucoup de monde, et il emploie des centaines de milliers de professionnels. C'est ce qu'on peut appeler une cause fructueuse. Problème : la maltraitance y est une denrée très fréquente sans que cela ne perturbe grand monde...» Pour donner de la chair à ses dires, il nous livre le très long témoignage rempli de souffrances et de désespoir d’une jeune aide médico-psychologique.

«Les hommes politiques ne connaissent la misère que par les statistiques. On ne pleure pas devant les chiffres.» Celui qui le déclare n’est autre que l’Abbé Pierre, le fondateur de la communauté Emmaüs. La fondation éponyme vient de sortir son rapport annuel qui donne la nausée. Christophe Lasterlé pousse un coup de gueule et nous oblige à ouvrir les yeux sur cette pauvreté ordinaire. 63 ans après l’appel de l’Abbé Pierre, les chiffres sont édifiants :

« 4 millions de mal logés dont :  143 000 SDF (+ 50% depuis 2001) ; 643 000 hébergements contraints chez un tiers (+ 19% depuis 2002), 110 000 personnes en hôtels ou habitations de fortunes ce qui fait 896 000 sans logement personnel. S’y ajoutent 245 000 en foyers de travailleurs migrants et résidence mobile et 2 819 000 souffrant de « surpeuplement accentué » ou « privation de confort ». 12 millions de personnes fragilisées qui souffrent  « d’effort financier excessif », « de surpeuplement modéré »,  de « précarité énergétique », « de locataires en impayés de charges ou de loyers » et même de « propriétaires  en difficultés »….

A ce bilan, Lasterlé ajoute «les 6 millions de chômeurs, 1 million de travailleurs pauvres (- de 800 €/mois pour du temps partiel très souvent subi), 1.9 million de personnes au RSA, 4 millions d’allocataires des minimas sociaux, 17% de la population active au SMIC (qui a plus augmenté sous le quinquennat de Sarkoléon que sous celui de Hollande…), 14% de la population française sous le seuil de pauvreté

Cette France reste embourbée dans la misère. Cette France qui propose une vie mortifère à des millions de personnes doit avoir honte de ses responsables politiques privilégiés.  

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.