Ça va mal ici, et ailleurs

Cette semaine dans l’Hebdo, nous vous proposons un voyage. Pas référencé dans les guides touristiques. Celui qui anime le fil du club est anxiogène. Ce pourrait être de nouvelles versions de Voyage au bout de l'enfer ou d'Apocalypse Now. Ou simplement une descente dans ces coins du monde où la liberté et la paix n’ont plus droit de cité.

Avant de prendre les méandres d'une route imaginaire dessinée par les billets sans frontière, le Club nous impose une halte en Calaisie. 

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A 295 kilomètres de Paris, trois heures en voiture, le gouvernement va démanteler la «jungle» de Calais. Une opération inédite et à haut risque sur les plans humain, sécuritaire et politique. Commentée sur Mediapart par Christian Salomé, le président de L’Auberge des migrants, interrogé par Carine Fouteau. La mobilisation continue mais ne freine pas un processus qui semble inéluctable. Qu’à cela ne tienne, un appel en ligne, appelle à la mobilisation générale pour empêcher : «De Vintimille à Calais en passant par Paris et toutes les villes et villages, nous appelons à nous organiser, aux côtés des migrantEs pour la liberté et contre la jungle qui vient.» Une tribune mise en ligne ce mercredi 12 octobre renforcée par le coup de gueule de Stephano. Ou le lancement de cette édition participative baptisée «La jungle et la ville» dans laquelle la colonne vertébrale soutient une tentative de déconstruction des imageries politiciennes et de réouverture des imaginaires politiques. Un espace coordonné par les deux chercheurs Camille Louis et Etienne Tassin.

Les appels fleurissent. Pourtant ce n’est pas le printemps. Ils ne se chassent pas les uns les autres mais s’additionnent. Un cumulatif qui en dit long sur le décalage grandissant entre les citoyens et leurs dirigeants. Appeler l’autre à… prouve la nécessité de se réapproprier une liberté de parole et de pensée bafouée par une société du mépris. Cette fois c’est sur un terrain législatif qu’il faut se mobiliser. Avec l’appel lancé par Sylvie Glissant et Loïc Céry de l'Institut du Tout-Monde, ainsi que Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique, spécialiste du Code noir. Ils demandent ici le retrait de l’amendement 132 à l’article 20 du projet de loi sur l’Égalité réelle outre mer, qui prétend corriger les imperfections de l’inscription dans la loi, de cette mémoire de l’esclavage. 

Des Caraïbes, partons pour un pays du Moyen-Orient dévasté par la guerre. Pour cette Syrie, à feu et à sang, devenue un théâtre de désolation. A l’heure d’accusations de crimes contre l’humanité, les grandes puissances jouent au chat et à la souris. On bombarde, on tue. Les civils laissés pour compte meurent ou fuient.

Noël Mamère  pose le problème qu’aucun ne veut résoudre: «Sommes-nous entrés dans la troisième guerre mondiale ? … De l’ex-Yougoslavie à l’Ukraine, du Moyen Orient à l’Afrique, les guerres sont devenues une des données permanentes de la mondialisation. A la peur de la guerre de masse de 14 - 18, puis de la destruction mutuelle, engendrée par l’arme nucléaire, a succédé la guerre sans fin et sans limites, dont nous sommes tous acteurs et spectateurs, à notre insu».

Vincent Presumey rappelle que cela fait «quatre ans qu'une insurrection populaire pour la démocratie éclatait en Syrie, dans le prolongement des révolutions tunisienne et égyptienne. Quatre ans. Plus long que la guerre d'Espagne». Et «ce naufrage politique atteint son sommet aujourd'hui, avec l'assassinat public de la ville d'Alep par l'impérialisme russe, l'armée du régime syrien et les milices (islamistes chiites) du Hezbollah». Au-delà des commentaires et analyses, il reste la mobilisation, le soutien, les appels… Comme cette marche citoyenne pour Alep tous les jeudis soir à 19 heures au métro Saint-François Xavier à Paris. Relayée dans le Club par Stephane@lavignotte.org

En marge de ces initiatives citoyennes, on peut trouver des témoignages. Venus d’ailleurs. Comme ce blog de Ray Elsa, Bourguignonne convertie à l’islam qui fut un temps porte-parole du Collectif contre l'Islamophobie en France (CCIF), et qui s’est lancée dans un projet personnel en Palestine. Le chapô de son premier billet campe sa démarche : «A Jérusalem depuis deux semaines et pour une durée de trois mois, je sillonne la Palestine pour rencontrer des hommes, des femmes et des enfants afin de retranscrire leurs témoignages, de décrire l'injustice de leur quotidien, de transmettre leur mémoire et d'encourager le soutien à ce peuple hors du commun». Un premier texte qui en appelle d'autres car notre blogueuse va tenir un carnet de route.

Des témoignages ou des soutiens comme celui de Mediapart – toujours prêt à défendre la liberté d’informer – qui a pris position sous la plume de François Bonnet pour soutenir un média indépendant marocain menacé comme l’indique ce communiqué: «Un an après son lancement, Le Desk est à bout de souffle, faute de moyens financiers nécessaires à son existence et à son développement. Il cessera ses activités à la fin du mois si la situation à laquelle il fait face demeure inchangée». Pour poursuivre, Le Desk a besoin de «300.000 dirhams par mois, soit 30.000 euros». «Ce ne sont pas des sommes énormes quand on voit les budgets engloutis dans certains sites par des proches du Palais… », insiste Ali Amar, le fondateur de ce pure player.

Du Maroc à la Hongrie, il n’y a pas qu’un pont à passer. Lepeltier.ludovic se fait le relais dans son blog de la situation de journalistes hongrois qui dénoncent un «putsch» à Népszabadság. «Depuis samedi matin, la parution du titre et le site internet du principal journal de gauche en Hongrie sont suspendus, les journalistes n’ont plus accès à leurs bureaux ni à leur messagerie électronique. Cette nouvelle suscite de très vives inquiétudes en Hongrie. Plusieurs milliers de personnes manifestent en ce moment à Budapest, devant le Parlement.»

On pourrait terminer ce voyage qui n'a aucun sens en continuant soit vers l'est avec ce billet de JesuisIldarDadin qui dans son dernier billet nous invite à réfléchir sur les répressions policières à Moscou et sur les libertés réduites et bafouées de la contestation. Soit vers l'Ouest, de l'autre coté de l'Atlantique car il y en a pour tous les continents si on veut s'attarder. Cette fois c'est au Brésil que nous amène le texte de PindoramaBahiaflaneur. Là pas de football ou de salsa mais la traduction d'une chronique du romancier Luiz Ruffato qui, au lendemain du premier tour des élections municipales du 2 octobre, livre «ses réflexions aiguës sur le présent et devenir de la "jeune démocratie" nommée Brésil, perclue d’insatisfaits, d’abstentionnistes et dirigée par le président non élu Michel Temer, "parrain" du coup d’Etat institutionnel récent».

La terre tourne rond, pas le monde.

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