L’Hebdo du Club #39: être ou ne pas être végan?

Si vous avez suivi la polémique de cette semaine autour du véganisme avec intérêt, effarement, ou incompréhension (ou si vous êtes complètement passé·e à côté ! ), cet Hebdo est pour vous. Florilège des billets, pro et anti-végans, publiés dans le Club depuis 2008.

L’Hebdo de cette semaine est un peu différent, il recycle ! Il traite de la question végane dans le Club, des billets les plus récents, en réaction à la tribune de Libé, « Pourquoi les végans ont tout faux », aux plus anciens (il y en a même un datant de 2008 !). Car si le sujet a pris une couleur très polémique cette semaine, il n’en reste pas moins que le débat soulevé par le véganisme, au cœur même de la planète écolo, passionne notre agora depuis longtemps, avec des contributions parfois très fouillées. Alors bien sûr, je n’ai pas pu reprendre toutes les archives du Club, mais un maximum d’entre elles en les regroupant par types d’arguments, et non par ordre chronologique, ce qui n’aurait eu aucun sens.

Personnellement, je suis une omnivore classique à tendance « flexi », mon alimentation est plutôt méditerranéenne donc je cuisine naturellement beaucoup de légumes, de céréales et peu de viandes, et je consomme de plus en plus de cuisine asiatique, dont l'offre végétarienne est nombreuse. Enlever la viande de ma table ne me cause pas d’angoisse insupportable, mais cela ne me semble pas facile à appliquer dans sa version absolue (tout ce qui vient de l'animal), et a priori plutôt compliqué dans la dynamique sociale qu’implique cette démarche. Et en même temps, son potentiel révolutionnaire pour changer la donne écologique me paraît assez puissant pour ne pas arrêter mon questionnement à mes premières réactions. J’ai donc abordé cette exploration du véganisme, sans religion particulière, avec le souci de mettre en lumière les arguments des pro comme des anti-végans (pas tous, forcément !) qui se sont exprimés dans le Club pour alimenter cette discussion qui nous concerne tous. Le refus de la souffrance (l’exploitation ?) animale est-elle la solution pour recréer de l'harmonie entre l’être humain et les autres espèces ?

Tout faux les végans ?

« Ils sont peu nombreux, mais ils ont une audience impressionnante. Comme ce qu’ils disent semble frappé au coin du bon sens, celui de l’émotionnel et d’une morale binaire, le bien, le mal, c’est que ça doit être vrai. D’où le succès de la propagande végane, version politique et extrémiste de l’abolitionnisme de l’élevage et de la viande, que l'on mesure simplement : aujourd’hui, les opinions contraires, pourtant majoritaires, doivent se justifier par rapport à elle. » Ainsi commence la tribune cosignée par le politologue et chantre de la décroissance Paul Ariès, le journaliste Frédéric Denhez et la sociologie Jocelyne Porcher (les deux premiers sont blogueurs dans le Club) qui a allumé le feu, sur libé.fr, le 18 mars. Et que le journal a justifié après coup en redonnant la parole à Jocelyne Porcher, chercheuse à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) qui dit être « une cible des végans, et pas seulement des théoriciens du mouvement » et être régulièrement insultée lors de ses apparitions publiques. Structurée autour des « fausses croyances » véhiculées par le véganisme (censé nous sauver de la famine, sauver l’agriculture, sauver l’alimentation, notre santé, l’écologie, etc.), la tribune a l'ambition de les démonter une à une, et nous alerter sur le danger de cette idéologie : « le véganisme est l’ambassadeur de l’industrie 4.0 », une agriculture sans élevage, produisant de la viande de laboratoire, qui va irrémédiablement nous couper de la nature.

Après cette publication, le site internet de Libé n’a pas tardé à exploser et les réactions sur les réseaux sociaux, comme souvent sur ce sujet, ont été immédiates. Dans le Club, c’est la chanteuse Elli Medeiros qui a ouvert le bal, dès lundi, avec un billet très personnel. « Végans versus rien, ou pourquoi Libération a tout faux ».  « Les "attaques" contre les véganes, c'est vraiment, si c'est sincère, de la paresse intellectuelle. Ou alors c'est de la malhonnêteté tout aussi ridicule si ça ne faisait des dégâts parfois, malheureusement (ne serait-ce que sur la digestion de mon petit déjeuner )… » Ne comprenant pas comment on peut lui reprocher de vouloir éviter « la souffrance d’autrui », elle refuse catégoriquement d'être cataloguée parmi les extrémistes. « Je suis végane, j'ai plein de véganes autour de moi, mais aussi plein de végétariens, des fléxi et des omnivores / carnivores, et ça va, on ne se fout pas sur la tronche. Ils viennent tous manger chez moi de la nourriture végane, TROP ravi-e-s de la vie, car je cuisine tellement bien (mes recettes vidéo Vegan Punk à partir du mois de Mai dans Subjectif , la pub en passant !) Donc calmez-vous et assumez vos choix, comme les végans assument les leurs. Je vous embrasse mes petits choux verts. »

Quelques minutes plus tard, ce fut le tour de Florence Dellerie, « autrice et illustratrice scientifique engagée pour la justice sociale » contributrice régulière du Club sur le véganisme, de décocher son billet. « Véganisme : pourquoi Paul Ariès, Frédéric Denhez et Jocelyne Porcher « ont tout faux » qui connaît depuis un record d’audience. Elle y décrypte la stratégie des auteurs de la tribune : ils « éludent, détournent ou travestissent les arguments réels avancés par le mouvement antispéciste pour se concentrer – à dessein – sur des arguments satellites avancés (ou supposément avancés) par certaines personnes véganes ; ce qui est bien différent ». Et déconstruit ensuite point par point leurs arguments : le véganisme n’aurait nullement l’intention de « sauver les animaux », mais exige que « ces derniers puissent disposer d’eux-mêmes en n’étant pas la propriété d’autrui », la question de « la répartition des ressources mondiales est hors-sujet », le véganisme n’a pas l’ambition de sauver l’alimentation, ni de défendre la santé humaine, etc. Bref, cette tribune est « une farce » et les auteurs n’ont rien compris au véganisme. « Les arguments avancés dans ce texte sont donc tous erronés, ou fallacieux, ou excessifs ou mal attribués. Certains sont à eux seuls une synthèse de tout cela. Ceux qui contiennent des données techniques étant affirmés sans aucune preuve, ils peuvent donc tout aussi bien être réfutés sans preuve. Il peut être utile que les militant·e·s remettent d'ailleurs en cause l'usage de certains d'entre eux [lire à ce propos son billet publié le 18 février 2018 sur ce que dit la science sur le végétalisme]. Tout cela semble révéler un certain affolement face au mouvement de revendication des droits des animaux ; exigence de justice que notre société tente, avec un succès grandissant, de porter dans le débat public. » 

Mais à lire les fils de commentaires de ces billets, on peut constater que le concept de véganisme n’est pas clair pour tout le monde.

C’est là qu’un petit tour dans les archives se révèle intéressant pour comprendre de quoi et de qui on parle au juste.

Végan is beautiful ?

Pour sortir des fantasmes, regardons déjà à quoi ils ressemblent. Comme le dit la tribune de Libération, les végétariens auraient-ils une longévité supérieure parce que « ces publics consomment aussi peu de produits transformés, peu de sucres, ils font du sport, boivent peu, ils ont une bonne assurance sociale, etc. » ? Bref, dit autrement, sont-ils une bande d'extrémistes de bobos moralisateurs ?

La publication d'elisa13 du 18 mai 2016, « Je suis végé et je vais bien » – photos à l’appui », nous offre ainsi une série de photos de végétariens, végétaliens et végans rassemblée par un collectif de libération animale et de promotion du végétarisme montpelliérain. Le but étant de « démontrer aux sceptiques que nous sommes de toute condition, de tout âge, gros ou maigres, grands ou petits, mais tous beaux… Puisque nous sommes pour le respect de la vie. »

laura

Dans cette série, on peut ainsi découvrir que même des chats et des chiens peuvent être végans.

groupe

capture-d-e-cran-2018-03-22-a-16-31-35

Pour une compréhension de base du sujet, on peut commencer par lire les définitions données par Ludovic Belhomme, étudiant en physique-chimie, en août 2017, dans « Pourquoi je suis devenue "vegetarien" ». « Petit rappel de la différence qu'il y a entre végétarien, végétalien et végane. De nombreuses personnes m'ont dit qu'en étant végétarien je pouvais manger du poisson or ceci est faux. Un végétarien est une personne ne mangeant aucun animal c’est-à-dire aucun organisme constitué d'un système nerveux (mais il peut porter du cuir, etc.). Un végétarien ne mange pas de poisson ni aucun fruit de mer. Un végétalien ne consomment que des produits issus du monde végétal (miel, lait, œuf sont bannis). En plus des choses dites précédemment, un végane n'utilise aucun produit animal (le cuir ou la laine) ou tester sur les animaux (les produits cosmétiques). » 

Elisa13, dans un billet encore un peu plus vieux, le 17 août 2015 « Véganisme et prosélytisme : les mécanismes de défense de l’ordre social dominant » , revenait quant à elle, sur les origines du mot végan et la stratégie politique qui va avec.

« Le terme vegan fut utilisé pour la première fois en 1944 par Donald Watson, cofondateur de la Vegan Society, à partir du mot vegetarian dont il a proposé de supprimer les lettres centrales. La Vegan Society définit en 1979 dans ses statuts le véganisme comme "une philosophie et une façon de vivre qui cherche à exclure, autant qu’il est pratiquement possible, toutes les formes d’exploitation et de cruauté envers les animaux, que ce soit pour se nourrir, s’habiller, ou pour tout autre but". C’est à la fois un choix éthique et une pratique quotidienne consistant donc à bannir de sa consommation tout produit de l’exploitation animale : la viande, le poisson, les œufs, le lait et l’ensemble des produits laitiers, le miel et les produits de la ruche. Le végétalisme s’en tient, lui, à l’alimentation. À mesure qu’elle gagne de nouveaux adeptes, la pratique, bien que minoritaire, devient davantage visible (1). Ce gain de visibilité du véganisme mettant conséquemment en évidence le carnisme (2) en tant qu’idéologie, il n’est pas surprenant que les carnistes (3) contre-attaquent. »

Alors reprenons, il y a les végétariens (sans viande, sans poisson), les végétaliens (sans viande, ni lait, ni œufs) et les végans (un végétalien qui ne porte ni cuir, ni laine et qui n'utilise pas de produits testés sur les animaux). Mais en lisant la définition même d'Elisa13, on comprend que le véganisme est une philosophie « qui cherche à exclure, autant qu’il est pratiquement possible, toutes les formes d’exploitation et de cruauté envers les animaux », alors on se demande bien pourquoi les catégories sont aussi rigides. C'est là qu'une ressource trouvée à l'extérieur du Club, se révèle indispensable pour éclairer notre lanterne. « Il arrive que les antispécistes ne soient pas d'accord entre eux », avoue Aymeric Caron dans son livre Antispéciste publié chez Don Quichotte. L'antispécisme, terme plus scientifique pour parler du véganisme, se définissant selon lui par le fait de militer pour l'intégration de tous les êtres vivants sensibles dans une même famille de considération morale.

« L'éthique animale n'est pas un enseignement dogmatique qui proposerait une grille de réponses déjà élaborées. Elle est simplement un champ de réflexion ouvert. (...) On distingue ainsi deux courants qui s'opposent : les welfaristes et les abolitionnistes. Les welfaristes ne sont pas opposés par principe à l'exploitation des animaux. Ils s'intéressent au “bien-être animal”, c'est à dire qu'ils réclament que les conditions dans l'élevage voire dans l'expérimentation, soient optimisées afin que toute souffrance inutile soit épargnée aux animaux et qu'ils puissent mener une vie “heureuse”. Le philosophe Peter Singer [souvent cité comme le pape du véganisme] est le leader de la tendance welfariste. Il est végan, car il considère que l'élevage idéal auquel il aspire n'existe pas, mais l'idée de manger de la viande n'est pas en elle-même une aberration pour lui (...) Les abolitionnistes, quant à eux, estiment que l'“élevage heureux” ne peut exister, qu'aucun animal ne doit jamais être un moyen au service de l'homme, et ils réclament donc la fin de toute forme d'exploitation animale. Selon eux, les animaux ne sont pas des choses et, par conséquent, nous devons leur accorder des droits. »

Pour approfondir l'argumentaire végan (tendance abolitionniste), on peut aussi lire thibault75, « doctorant en Microbiologie évolutive, Ingénieur Agronome, et jeune autiste »publié le 24 mai 2016 : pourquoi les veggies ont raison. Mieux encore, se plonger dans tous les autres billets de l'édition « Droits des animaux », animée par 14 rédacteurs.

Enfin sachez que les arguments les plus alléchants sont regroupés dans l’édition « Délices et saveurs végétaliens » consacrée aux recettes végans, où vous découvrirez comment faire une « omelette sans casser des œufs ». Et aussi comment inviter des végans à sa table sans se prendre la tête quand on est soi-même omnivore (plus facile à vivre qu'à discuter dans un fil de commentaires visiblement).

Pour finir avec les billets pro-végan et après je vous promets, on passe à la phase critique, vous pourrez lire une longue série de citations de penseurs célèbres portant sur le refus de la souffrance animale, de Siddhartha à Voltaire en passant par Milan Kundera…, dans « Bon appétit ! » publié par REG le 18 juillet 2015.

Claude Lévi-Strauss : « Un jour viendra où l’idée que, pour se nourrir, les hommes du passé élevaient et massacraient des êtres vivants et exposaient complaisamment leur chair en lambeaux dans les vitrines, inspirera sans doute la même répulsion qu’aux voyageurs du XVIe ou du XVIIe siècle, les repas cannibales des sauvages américains, océaniens ou africains. » 

Insupportables les végans ?  

Pour démarrer cette série anti-végane, je vous propose de vous pencher sur « Pensées magiques, encyclique et parano : l’obscurantisme se porte bien en habit vert » un billet de Frédéric Denhez, un des auteurs de la fameuse tribune de Libé. Publié le 1er février 2016, après avoir fait l’objet de l’édito du mois de l’Association des journalistes pour la nature et l’écologie, le texte balançait déjà à l’époque assez fort sur l’usage de la Nature comme nouvelle norme du Bien : Ils « recherche[nt] une réponse simple qui explique tout, d’autant plus simple qu’elle s’inscrit dans notre manichéisme si français. Cela autorise à se sentir moins seul. L’autre qui ne croit pas n’a rien compris, il faut le convaincre. Et puis, cela se conjugue bien avec une déification de la nature qui a du mal à dire son nom : la Nature a toujours raison, elle saura se venger des hommes qui l’ont meurtrie, car nous avons transgressé ses règles. La théorie de Gaïa de James Lovelock a été détournée, pour aboutir à celle d’une Nature transformée en Providence grâce à sa prétendue immuabilité que l’homme, ce parasite, perturbe. La Nature, c’est la nouvelle norme du Bien, c’est le nouveau Sacré. »

Et dans le fil de commentaires, Denhez en profitait pour enfoncer le clou :

capture-d-e-cran-2018-03-22-a-14-57-15
« Et les brebis bordel ! » Optant pour un autre point de vue, Le Père Vert Pépère, le 18 septembre 2015, attaquait aussi frontalement les végans, « ces écologistes de pacotille » qui défendent le loup, sans se soucier de ce qu’il advient des brebis.

Avec « leur culture environnementale expérimentée sur le périph de leur métropole régionale ou nationale, agrémentée il est vrai d'une petite expédition de temps en temps dans les campagnes environnantes, ils partent en croisade pour défendre le loup, ce qui est bien sympathique, mais pour ce faire, s'en prennent à ceux sans qui ils ne pourraient pas faire leurs expéditions campagnardes, tant ils ne sont guère habiles pour se frayer un chemin à la machette au travers d'une nature laissée à elle-même, telle qu'elle serait s’il ne subsistait pas quelques personnes pour s'y acharner à y vivre. »

Avec un ton moins véhément, mais tout aussi critique, le long billet (15 pages) publié le 18 juin 2016 par Abdel B, proposait une synthèse du livre de Lierre Ketih The Vegetarian myth ; food, justice and sustainability, dans lequel l’ex-végan (qui a développé une maladie génétique) explique que le vrai problème ce n’est pas la souffrance animale que l’on provoque en mangeant de la viande, mais l’agriculture intensive et l’élevage industriel.

« Le mouvement des droits des animaux est de l'individualisme libéral appliqué aux animaux. C'est une réflexion des désirs et besoins humains, et non pas des désirs et besoins des animaux eux-mêmes. Les animaux, eux, ils veulent chasser. Ils veulent la bouffe auquel ils ont été désignés pour [sic]. Les militants pour les droits des animaux finissent par avoir des problèmes avec la nature animale même des animaux parce qu'ils argumentent à partir d'une base philosophique de l'humanisme. Qu'ils arrêtent l'élevage industriel des animaux et la vivisection, les animaux en bénéficieront, mais s'ils imposent leur diète aux autres humains et aux autres espèces, ça sera un cauchemar pour la planète. L'idéologie leur empêche de voir les faits, les besoins du sol, la vérité sur le cycle du carbone et les exigences nutritionnelles du corps humain sont une réalité brute et physique que tu ne peux pas changer. Il y a la mort qui détruit la vie, et il y a la mort qui fait partie de la vie. »

Ainsi d’après lui, la seule question qui vaille, c’est : « Est-ce que votre bouffe aide ou détruit le sol ? Est-ce que ça utilise que de la pluie et du soleil, ou requiert-elle un sol fossile, du combustible fossile, de l'eau fossile, des marais drainés et des rivières endommagées ? Peux-tu marcher jusqu'à où ta bouffe est produite ou as-tu besoin plus de pétrole pour la faire venir à toi ? »

Dans le même registre, mais en beaucoup moins long, Irma-Afrani, « sociologue, militante, zadiste » dans « Une mammifère se mire dans une coquille de Fipronil : comment penser le « bio » ? », le 14 août 2017, développait une critique sévère de l'antispécisme.  « Le végétalisme (ou véganisme) est à première vue un régime alimentaire parmi d'autres. Parfois, il est sous-tendu d'antispécisme. Selon cette idéologie, aux ramures théoriques plus ou moins raffinées, le mammifère humain, doué d'empathie, parce qu'il reconnaît chez l'autre animal – fût-il vache ou bien poule – sa vulnérabilité et sa dignité d'être vivant, se refuse à le manger ou à l'exploiter d'aucune manière. L'antispécisme est lui aussi structuré par une opposition : eux et nous. Nous : les animaux. Eux : les végétaux. Eux : les consommables. L'antispéciste a raison de faire valoir que, comme toute taxonomie, distinguer l'homo sapiens des autres mammifères suppose une part d'arbitraire. Ce que l'antispécisme ne voit peut-être pas, c'est que distinguer l'animal du végétal n'est pas moins arbitraire et que du moins ce partage présuppose d'imposer un critère d'exclusion, en séparant par exemple les animaux doués de nociception (la perception de la douleur) des végétaux indolores. »

Pour finir, je signale ce billet de Thomas Heams, datant du 28 juillet 2008 « Êtes-vous spéciste ou antispéciste ? (chimpanzés médiapartiens bienvenus) », où il proposait une réflexion sur le spécisme, suite à la décision du parlement espagnol de conférer aux grands singes certains droits humains, notamment en termes de liberté individuelle. La qualité des échanges dans le fil de commentaires laisse rêveur au regard de ceux d’aujourd’hui, où la hargne et la violence sont si présentes, que l'on voit mal comment l'humain, pro ou anti-végans, welfariste ou abolitionniste, va pouvoir se réconcilier avec l'animal et la nature, tant qu'il se tiendra lui-même en si peu de respect. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.