Bêtisier / Grand Roissy n°6- Gouvernance : l’impossible envol d’un papillon sans tête

Agglutiner 50 communes comme autant de pièces de puzzle disparates posées sur un territoire, n’a aucune chance de constituer spontanément une image globale. Surtout au service du scénario unique d'un hypothétique développement du pôle de Roissy désormais bien menacé, censé booster un ensemble de 711 000 habitants.

N.B. Les statistiques citées - sauf indication contraire - sont issues du recensement INSEE de 2016.

En septembre 2007[1], le président Nicolas Sarkozy déclarait son ambition pour la région-capitale : « S’agissant de la région parisienne, je souhaite que nous réfléchissions (...) à un nouveau projet d’aménagement global du « Grand Paris ». Près d’une décennie d’attente plus tard, au 1er janvier 2016, la Métropole du Grand Paris (MGP) est enfin née. Une bien longue gestation pour accoucher de ce que certains appellent « un grand dessein » et d'autres « un monstre ingouvernable ».

La Métropole du Grand Paris créée sans Roissy, pôle métropolitain...

Le but initial des métropoles était à la fois la reconnaissance du « fait urbain » en France dont la gouvernance restait trop calquée sur le rural (des cantons issus des paroisses de l’ancien régime, des départements découpés en 1792 reposant sur le critère bien obsolète d’une « journée de cheval » depuis le chef-lieu - sauf ceux d’Ile-de-France créés en 1964 -) et la « simplification du millefeuille administratif ». Et pour la capitale, l’objectif était d’élargir le périmètre de Paris bien au-delà du périphérique, en la dotant d’une taille suffisante pour accéder au rang de « Ville-monde », comme New York, Shanghai ou Tokyo. Pendant ce temps, à l’échelle du territoire national, les lois MAPTAM et NOTRe avaient pour but initial de permettre le passage du trio « État, département, commune » à celui de « région, métropole, intercommunalité », dans une clarification des compétences et une nouvelle répartition des pouvoirs.

Au niveau national, le bilan est plus que mitigé : « Les régions demeurent des nains politiques en considérant leurs budgets, leur degré d’autonomie financière ou leurs marges de manœuvre »[2]. L’État a renforcé son pouvoir à travers les préfets et l’instauration de « grandes régions » par fusion de blocs entiers, sans revoir les périmètres, a encore davantage éloigné les citoyens des instances territoriales... Et au niveau de l’Ile-de-France, « l’exception francilienne » avec une mainmise de l’État à travers la loi Grand Paris et l’instauration d’une Métropole avec un régime particulier s’est révélée un échec patent, avec l’explosion de toutes les inégalités, comme en témoigne le rapport des sénateurs Philippe Dallier et Didier Rambaud en mars 2021 : « La métropole souffre de compétences moins complètes et moins claires que les autres métropoles françaises, le nombre de strates administratives est trop important, les enchevêtrements de compétences trop complexes. Le modèle choisi n'a aucun effet péréquateur et se révèle inefficace pour lutter contre l'aggravation des inégalités qui touchent le territoire francilien et leurs habitants. »[3]

Englobant 7 millions d’habitants, la Métropole du Grand Paris (MGP) s'arrête aux frontières des départements de petite couronne, excluant la grande couronne et ses 5 millions [4] de Franciliens. 46 communes limitrophes étaient potentiellement intégrables à la Métropole, mais seules sept candidatures furent ratifiées, dont une seule grande ville (Argenteuil dans le Val d’Oise, rattachée à T5, « Boucle Nord de Seine », Hauts de Seine), mais pour des raisons purement politiciennes [5]. Partout ailleurs, le découpage en 12 Etablissements Publics Territoriaux (EPT) a respecté scrupuleusement les frontières départementales intérieures et extérieures de la banlieue dense, aggravant les fractures territoriales.

Quant aux moyens financiers de cette nouvelle entité, les fées penchées sur le berceau de la Métropole se sont montrées peu généreuses : un budget de 3,4 milliards d'euros en 2016, à comparer à la dot de la Région Ile-de-France (4,9 milliards €), mais surtout à celle du Grand Londres (15 milliards €). De plus, malgré une gestation particulièrement longue, cette grande prématurée est restée en couveuse : bien que sa naissance officielle ait été déclarée au 1er janvier 2016, son fonctionnement a été reporté en 2017. A mesure de la construction de la MGP, les intercommunalités ont développé une fâcheuse tendance à l’obésité (T12, Grand Orly /Seine Bièvre : 696.000 habitants [6]), mais cantonnées dans des frontières départementales quasi immuables, alors qu’au départ il était question de les effacer, au bénéfice d’une seule entité [7]. Avec ce rajout métropolitain, jamais le millefeuille francilien n’a été aussi indigeste ! Le « choc de simplification » promis en 2013 par le président de la République François Hollande n’a pas frappé l’Ile-de-France, qui reste une exception nationale. Et l’élargissement des périmètres, non seulement n’a pas gommé les écarts de richesses entre les 12 territoires, mais les a encore aggravés, dans une pratique généralisée de « l’entre-soi »[8] : les communes aisées se sont agglutinées frileusement entre elles, laissant les communes pauvres s’associer par défaut. Déplorons qu’on n’ait pas profité de cette réforme territoriale pour redéfinir les périmètres, en les calquant mieux sur des espaces géographiques, ce qu’on appelle les « territoires vécus » par les populations [9]... On a au contraire fusionné des regroupements de communes par blocs entiers, constitués sur des critères politiques et institutionnels, dans le but unique d’augmenter le poids démographique de ces territoires, comme si atteindre une taille supérieure garantissait une meilleure performance...

Comble d’aberration : on observe en Ile-de-France que les pôles de développement éminemment métropolitains que constituent les aéroports internationaux… n’ont pas bénéficié au nord et au sud de la région d’un statut identique dans leur intégration à la Métropole [10]. Au sud du Val-de-Marne, Orly s’est vu rattacher une petite partie de son bassin de main-d’œuvre du nord Essonne (quelques communes du Val d’Orge), intégrée à la Métropole. A l’inverse, ce qu’on appelle le « Cœur de pôle de Roissy »[11] restait divisé entre trois départements. Et la communauté d’agglomération Roissy-Pays de France (350 400 habitants) représente désormais une entité en grande couronne sensiblement de même taille que sa voisine côté Seine-Saint-Denis « Paris Terres d’envol » (T7, 361 000 habitants). Alors que ces deux territoires, séparés désormais par une double frontière départementale et métropolitaine, appartiennent à un même espace géographique et historique : le Pays de France. Pour comprendre le processus d'élaboration d'un tel imbroglio spatial, il convient de rappeler l’historique de la constitution des alliances intercommunales qui se sont jouées dans l’Est-95, puis avec le Nord-Ouest-77.

Deux entités séparées du Val-d’Oise que tout oppose, accolées en mariage d'intérêts

a/ un ensemble rural centré sur l’aéroport de Roissy

La chronologie de la construction de l’intercommunalité organisée autour de la commune de Roissy et l’aéroport Charles-de-Gaulle, intitulée initialement « Roissy-Porte de France » révèle un parcours d’obstacles, riche en chicanes, nids de poule et autres ralentisseurs... Au départ, se créé en 1994 une modeste communauté de communes autour du village de Roissy : il s’agit d’un « collectif d’intérêts » entièrement dédié au développement économique de l’aéroport, destiné à profiter de la manne fiscale des activités implantées, dont l’importance est largement supérieure à la taille de la commune d’accueil (en 1975, un an après l’ouverture de l’aéroport, Roissy était un petit village de 1 400 habitants et de 620 actifs, tandis que la commune enregistrait déjà 15 800 emplois).  Mais pour se partager le gâteau, il ne faut pas être trop nombreux et il est souhaitable que les convives n’aient pas trop gros appétit. D’où le choix du tandem composé d'André Toulouse, maire de Roissy (DVD) - futur président de la structure - et de son premier adjoint Patrick Renaud (DVD), de s’allier à des localités rurales de taille réduite. C’est pourquoi est accueillie tout d’abord une cohorte de petites - voire très petites - communes (Chennevières-lès-Louvres, Epiais-lès-Louvres, Vaudherland, Puiseux-en-France et Le Thillay : respectivement 197, 80, 93, 3123 et 3421 habitants en 1990, ainsi que Louvres, 7500 résidents) de même couleur politique (positionnées à droite ou sans étiquette). La création de la structure permet aux communes d’accéder à un supplément de richesses fiscales en les mutualisant, tout en laissant le modeste village roisséen régner en maître sur ce territoire (la principale localité, Louvres, pèse économiquement bien peu au regard de la commune de Roissy [12], avec 2300 emplois en 1990 pour la première contre 33 000 pour la seconde). Puis est effectuée en 1996 une première extension, là encore fort prudente, élargissant l’espace au nord-est avec un bourg rural (Survilliers, 3650 habitants en 1990) et des localités qui restent des villages [13] (St Witz, 2070 habitants ; Vémars, 2100 ; Villeron, 360).

Le pactole de l’aéroport allant grossissant (56 000 emplois en 1999), Roissy-Porte de France s’entrebâille pour une certaine diversité politique en 2002, en intégrant sous pression préfectorale les communes communistes de Fosses et Marly-la-Ville, sans compter Fontenay-en Parisis. Ce nouvel élargissement sert d’alibi au maire-adjoint de Roissy, Patrick Renaud qui a pris la présidence de l’intercommunalité en 2001, pour prétendre s’ouvrir aux populations en difficultés sociales. Mais la taille modeste des localités (Fosses un peu moins de 10 000 habitants en 1999, Marly la Ville 5000) garantit la conservation d’une majorité de droite. De même, l’agrandissement de l’EPCI qui survient en 2009 répond aux mêmes critères : Le Plessis-Gassot, Bouqueval, Le Mesnil-Aubry sont des petits villages (respectivement 73, 300 et 900 habitants en 2008) ; quant à Ecouen, ville socialiste (7000), son rattachement à Roissy-Porte de France ne correspond à aucune réalité territoriale et repose uniquement sur des rivalités politiques [14]. La Figure 1 illustre la constitution progressive de l'EPCI Roissy-Porte de France.

Figure 1 Constitution de l'EPCI Roissy-Porte de France © M. Kajadjanian/ J. Lorthiois Figure 1 Constitution de l'EPCI Roissy-Porte de France © M. Kajadjanian/ J. Lorthiois

Ainsi, en une vingtaine d'années, l'intercommunalité Roissy Porte de France s'est étendue en tache d'huile par adjonctions successives de communes rattachées au pôle aéroportuaire. Personne ne semble s’offusquer qu’une communauté d’agglomération de 18 localités et de 56 000 habitants (en 2011) soit structurée non pas autour d’un pôle urbain, mais d’un village (Roissy atteint 2000 habitants en 1990 [15], 2900 en 2011) et d’un aéroport, par définition sans habitants. Personne ne proteste non plus que l’Etablissement Public de Coopération Intercommunale (EPCI) soit animé par un couple constitué par le maire de ce village et Patrick Renaud - son premier adjoint puis son successeur à la présidence - et que ce dernier dirige le territoire 38 ans durant, alors qu’il appartient au lobby aérien (cadre chez Servair) et qu’il réside à Paris. A aucun moment, ce double attelage n’a défendu les intérêts des populations locales, très minoritaires à travailler à Roissy (à l'époque, environ 15% de la main-d’œuvre en activité) ; au contraire, il s’est entièrement focalisé sur la promotion et le développement du pôle aéroportuaire et le partage des retombées financières qui en résultent. La fierté ultime du maire André Toulouse (resté 43 ans), visiblement frappé par une « inaugurite » aigüe [16] est d’avoir réussi à réaliser un golf, destiné aux dirigeants des sociétés implantées sur la plateforme et aux touristes, concurrençant le golf voisin de Gonesse et sacrifiant allègrement 90 ha les plus remarquables de l’espace naturel et agricole du Triangle de Gonesse. Un équipement qui ne répond aucunement aux besoins des habitants, qui pendant ce temps, doivent supporter l’aggravation des nuisances de bruit de l’aéroport, subir la galère croissante des transports du RER D pour aller rejoindre des pôles d’emplois extérieurs et se voient exclus d’un vaste espace de respiration et de détente de proximité désormais privatisé !!

b/ un ensemble urbain, correspondant à peu près au bassin de Sarcelles

Pendant ce temps, au sud du secteur Est-95, s’est organisée de son côté, en zone urbaine dense, une communauté de communes intitulée « Val de France » sur des bases totalement différentes, avec quelques villes fortement peuplées de classes populaires, positionnées à gauche. Au départ, en 1997, deux municipalités socialistes se fédèrent : Sarcelles, (près de 60 000 habitants en 1999) ; Villiers-le-Bel 26 000). Elles se caractérisent par un tissu urbain de grands ensembles et de quartiers sensibles, très déficitaires en emplois (pour les deux communes : 19 115 postes de travail en 1999, contre 36 377 actifs « totaux », soit un ratio couvert à 52%) avec des taux de chômage et de pauvreté élevés (revenu médian annuel [17] en 2011 : Sarcelles, 12 036 € ; Villiers-le-Bel, 11 880 €, contre 23 100 € en moyenne pour l’EPCI de Roissy-Porte de France). Ce tandem est rejoint en 2000 par la ville de Montmagny, pour une durée-éclair : dès 2001, le maire PS est remplacé par un élu RPR qui effectue alors un repli stratégique vers la communauté d’agglomération de droite de la Vallée de Montmorency (CAVAM). Deux communes de droite se rajoutent à cet ensemble : Arnouville en 1999 (même tissu urbain, même gare que Villiers-le-Bel) ; puis Garges-lès-Gonesse en 2002, ce qui permet à l’intercommunalité d’accéder au statut de communauté d’agglomération. Il est à noter qu’une « entente cordiale » s’est instaurée entre le PS de Sarcelles et la droite de Garges-lès-Gonesse pour empêcher le PC de reprendre son fief historique gargeois occupé durant 50 ans et perdu en 1995, qu'une union de la gauche aurait permis de regagner. La constitution progressive de l'EPCI est illustrée Figure 2.

Figure 2 Constitution de l'EPCI Val de France © M. Kajadjanian/J. Lorthiois Figure 2 Constitution de l'EPCI Val de France © M. Kajadjanian/J. Lorthiois

Dans l'Est-95, une ville candidate au mariage fait tapisserie, une autre rechigne à partager sa dot

Restaient en rade deux communes dites « orphelines » (en blanc sur les Figures 1 et 2) l’une par défaut, l’autre par volonté, situées toutes deux au nord-est du Val d’Oise. La première boudée par les communes plus aisées de droite de Roissy-Porte de France, parce que pauvre, très déficitaire en emplois, fortement peuplée et socialiste [18] : Goussainville (31 130 habitants en 2011). La deuxième, également socialiste, riche d’un tissu économique de vastes zones d’activités (Paris-Nord 2 - 300 ha -, Les Tulipes, La Grande Couture), dotée d’importants espaces agricoles, d’une taille démographique appréciable (26 500 habitants) : Gonesse, dont le député-maire Jean-Pierre Blazy répugne à s’associer à ses collègues pauvres au sud. Cette ville présente toutes les caractéristiques d’une « ville dissociée [19] » : de par la sociologie de sa population (classes moyennes et populaires), son tissu urbain avec un quartier sensible (La Fauconnière), la ville se rattacherait plutôt à Val-de-France. Mais les entreprises de ses zones d’activités se positionnent dans le sillage de l’aéroport. Bien que socialiste, le député-maire penche visiblement davantage au nord pour les richesses du pôle de Roissy, qu’au sud pour la solidarité avec ses villes voisines de Val de France. Mais problème au nord pour les élus de droite de l’EPCI Roissy-Porte de France : l’arrivée dans son escarcelle d’une commune supplémentaire de gauche de taille conséquente... risquerait de faire basculer leur majorité si patiemment préservée... La décision est finalement tranchée en préfecture, on coupe la poire en deux : au nord, Goussainville est rattachée à Roissy Porte de France, ce qui permet à cette dernière d’atteindre la taille requise pour accéder au rang de communauté d’agglomération de Roissy-Porte de France (CARPF) et des avantages financiers qui y sont liés ; au sud, Gonesse rejoint ses collègues socialistes de Val de France, tout en revendiquant d'appartenir au « Cœur de pôle de Roissy ». Précisons enfin que Bonneuil, petite commune dont l’essentiel du territoire est couvert par la plateforme de l'aéroport du Bourget (voir Figure 2) a réclamé – sans succès - d’être rattachée à celui-ci en Seine-Saint-Denis. Elle entre dans l'intercommunalité de Val de France par défaut.

Les élus rêvent de grandeur et d’excellence, les habitants veulent du local et de la proximité [20]

Bien que Dominique Strauss-Kahn ait quitté ses fonctions de maire de Sarcelles et de député du Val d’Oise pour devenir ministre dans le gouvernement Jospin, il conserve durant 10 ans (1997-2007) la présidence de Val de France, au départ une communauté de communes. C’est seulement en 2007, en devenant directeur général du FMI, qu’il est remplacé à la tête de l'EPCI par Didier Vaillant, alors maire de Villiers-le-Bel (poste qu’il a conservé 15 ans). François Pupponi, d’abord maire-adjoint de DSK, lui succède en 1997 à la mairie de Sarcelles et à l’Assemblée nationale, comme député-maire socialiste. Par-dessus le marché, il occupe un poste de conseiller général durant dix ans (1998-2008), sans compter la présidence de l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU, en 2014-2017) [21], avant d’être frappé par la loi de non-cumul de fonctions locales et parlementaires en 2017. Quant à Jean-Pierre Blazy, il doit quitter son fauteuil de député occupé de 1997 à 2017 (en raison de cette même loi) et exerce son 5ème mandat de maire de Gonesse (depuis 1995), réélu de justesse en 2020 avec 42 voix d'avance. Rien d’étonnant que ces dirigeants politiques, battant des records de cumul de mandats (dans le temps et dans l’espace) soient peu au fait des réalités des populations locales et se focalisent sur des grands projets métropolitains de prestige.

En effet, bien que se prétendant un « projet de territoire partagé », le Contrat de Développement Territorial (CDT) Val de France-Gonesse-Bonneuil, élaboré en février 2011 et signé en 2014, ne porte aucune ambition locale. Problème : censé durer 20 ans, ce CDT est structuré autour de deux projets métropolitains reliés par un axe le long de l’avenue du Parisis (voir carte, Figure 3) : le Dôme à Sarcelles (une Arena qui voit grand : 17 000 places) et Europacity (qui voit grand aussi : 12 000 emplois en première annonce) à Gonesse... tous deux finalement abandonnés. L’un par suite d’un appel d’offres déclaré infructueux, faute de candidat ; l’autre par décision gouvernementale. Les besoins de déplacements des populations qui réclament à cor et à cri l’amélioration des transports du quotidien orientés nord-est /sud-ouest (RER D dans le Val-d’Oise et RER B en Seine-Saint-Denis) ne sont pas pris en compte [22]. On leur propose une ligne de métro vers le nord Le Bourget-Roissy (dont l’échéance est sans cesse repoussée) soi-disant pour accéder aux emplois de l’aéroport. A l’époque, nos critiques sur l’inadéquation entre les compétences et les qualifications de la main-d’œuvre et les offres d’emplois du pôle n’avaient pas encore obtenu la validation qu’elles ont acquise lors du débat public de 2016. Enfin, précisons qu’en 2008, Roissy ne fournissait guère plus que 8% des emplois à la main-d’œuvre occupée de l’Est-95, avec des records d’inutilité pour Sarcelles (4,8%) ou Arnouville (5%). Certes, des besoins est-ouest existent, mais ils portent sur des demandes de dessertes locales qui ne réclament pas de transports lourds (bus, tramways ou tram-train) ; ils sont situés en zone dense (Villiers-le-Bel, Sarcelles, Garges-lès-Gonesse) et non à hauteur de Gonesse, une offre de type métro positionnée en périphérie d’agglomération étant d’une parfaite inutilité [23].

Figure 3 - Contrat de Développement Territorial Val de France/Gonesse/Bonneuil © Préfecture de la région Ile-de-France Figure 3 - Contrat de Développement Territorial Val de France/Gonesse/Bonneuil © Préfecture de la région Ile-de-France

 Nous ne revenons pas sur le giga-complexe de commerces et de loisirs Europacity promu par le maire de Gonesse, qui a fait l’objet de nombreux articles de ce blog [24]. Mais nous observons que le même syndrome de « granditude inutile [25] » sévit à Sarcelles. Pour accueillir le Dôme, il est envisagé sans état d’âme de sacrifier un vaste espace foncier, proche de la gare du RER : un projet peu créateur d’emplois, concurrent d’un équipement semblable programmé à Tremblay-en-France en Seine-Saint-Denis (Le Colisée) porté par François Asensi, alors député-maire communiste (36 ans député, actuellement détenteur d’un 6ème mandat de maire). Pendant ce temps, le cœur de ville de Sarcelles se désertifie, avec la fermeture progressive du centre commercial des Flanades détenu par l’enseigne Leclerc qui jette l’éponge, à l’annonce de l’implantation d’un centre commercial flambant neuf en périphérie de la zone dense, au nom peu couleur locale de « My Place » porté par la foncière Compagnie de Phalsbourg avec l’hypermarché Auchan en locomotive, inaccessible aux populations sans véhicule. Dérision suprême : des fausses vaches grandeur « nature » - si l’on peut dire - broutent un maigre gazon au pied de ce quadrilatère bunkerisé de béton gris, un exemple de laideur paysagère caractérisant de nombreuses entrées de ville, dont témoigne la Figure 4 (nous sommes en pleine bagarre contre Europacity et la société immobilière du groupe Auchan qui détruirait 80 ha d'excellentes terres agricoles à quelques encablures !). Résultat : la faiblesse du nombre d'emplois sur place et la concentration de l'offre sur quelques filières de métiers en tension obligent l’essentiel des actifs du bassin de Sarcelles à quitter chaque jour le territoire (tout comme leurs congénères de Roissy-Pays de France) pour aller travailler au sud, subissant la galère du RER D pour rejoindre le bassin de Saint-Denis, et surtout Paris. Contrairement à la fable qui continue d’être affirmée à longueur de discours, il n’est absolument pas nécessaire d’emprunter ces mêmes transports vers Paris pour rejoindre Roissy : on se reportera utilement à d'autres articles de ce blog qui réfutent cette infox [26]. Piètre consolation pour les opposants au « tout-béton » : l’abandon du projet de Dôme dès sa conception.

Figure 4 - centre commercial My Place, Sarcelles © photo CPTG Figure 4 - centre commercial My Place, Sarcelles © photo CPTG

Ainsi, en 2013, à l’aube de la mise en place des grandes réformes territoriales (lois MAPTAM et NOTRe), ces deux ensembles disparates Roissy-Porte de France et Val-de-France constitués au gré d’alliances par accointances et/ou rivalités politiques, mais sur une base commune d’intérêts financiers ne représente en rien ce qu’on appelle des « territoires vécus »[9] par les populations. Les négociations s’effectuent entre élus de même couleur (ou de couleur opposée pour éliminer un rival) qui se répartissent (ou se disputent) les places et à aucun moment les habitants ne sont consultés. Ils défendent des grands projets métropolitains « bling-bling » de type Europacity, le Dôme ou My Place à Sarcelles, ou encore un grand pôle de bureaux à Roissy sur la plateforme, intitulé « World Trade Center », vite rebaptisé fin 2011 « International Trade Center » toujours à l’état virtuel aujourd'hui [27].

Un schéma de cohérence territoriale (SCOT)... incohérent

En 2011, on aurait pu espérer que la révision du SCOT à l’échelle du Syndicat Intercommunal de l’Est du Val d’Oise (SIEVO), regroupant les 25 communes des EPCI de Roissy-Porte de France et Val de France, apparaisse comme une opportunité de « recoudre » ces deux instances ayant cheminé séparément, dans le but de « redéfinir le mieux vivre ensemble » comme le déclare le propos liminaire du rapport. A l'issue de son élaboration, le Schéma est soumis en 2014 aux différentes communes pour ratification. A l’époque, je suis chargée par le Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG) de formuler un avis et je découvre avec stupéfaction en lisant le rapport du SCOT une bourde énorme. Apparemment, nous avons été les seuls à nous rendre compte que le Schéma avait tout bonnement oublié les deux communes « orphelines » fraîchement intégrées à l’ensemble de l’Est-95 :

  • la commune de Goussainville, rattachée à l’intercommunalité de Roissy-Porte de France, qui atteignait désormais un chiffre de population de 86 640 habitants (en 2011), au lieu de 55 500 (comme indiqué dans le document)...
  • la commune de Gonesse, appartenant à l’intercommunalité « Val de France », dotée - non pas de 140 000 habitants comme comptabilisés en 2011 - mais de 166 500...

Ainsi, la population totale du SIEVO totalisait 253 200 habitants et non 195 500... Une « petite » erreur de près de 58 000 habitants, qui n’a pas semblé troubler le moins du monde ceux qui ont validé le rapport sans sourciller. Le bureau d’études qui avait fait l’analyse avait tout bonnement relevé des statistiques INSEE antérieures au rattachement des communes orphelines, en omettant de les rajouter ensuite au total. Et donc l’ensemble du rapport était entièrement faux. Comble de dérision, les deux conseils municipaux de Goussainville et de Gonesse avaient voté à l’unanimité en faveur de ce SCOT qui avait nié leur propre existence [28] !! Finalement, ce Schéma bourré d’erreurs reflétait parfaitement le territoire du Pays de France émietté, sans intérêt collectif, rassemblant des entités disparates, avec des projets portés par des élus coupés des besoins fondamentaux des habitants, uniquement soucieux d’accéder à une part du gâteau aéroportuaire, dans une ambiance générale de « peur de l’autre ». Le rapport table sur des perspectives d’emplois du pôle de Roissy triomphalistes, niant le déclin amorcé dès 2008 [29], contribuant à entretenir l'illusion du « potentiel exceptionnel du pôle », « moteur du développement économique du territoire » et « porteur d’avenir »[30]. Pour une fois, il n’a pas été difficile de faire invalider ce Schéma prétendument de cohérence [31] !! Abandonné, à la suite de l’avis défavorable de la Commission d’enquête, le SIEVO s’est alors auto-dissout.

 « Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille »

Cette élégante formule de Jacques Chirac apparaît particulièrement adaptée à un territoire habituellement survolé par 1700 avions par jour, qui constitue la scène de « crime de lèse-démocratie », où se déroule une super-série B, un mélange de drame et de comédie à plusieurs saisons et à nombreux épisodes... (Nous l'avons appelée "6%", en référence au nombre d'actifs du territoire qui travaillent à Roissy).

Saison 1, Épisode 1. Fin 2015, rien ne va plus au petit village « françois » de Roissy, menacé par de dangereux envahisseurs aux frontières du Val d'Oise. En effet le site aéroportuaire, pôle métropolitain par excellence, qui s’enorgueillit d’être « porte d’entrée de la France » devrait être logiquement rattaché à la Métropole, donc tenu... de partager ses richesses avec le 9-3. Aussi, de peur d'être frappé par une mesure « d’adjacence » autoritaire avec le département voisin, Patrick Renaud entreprend de déménager en hâte son siège social hors de l’unité urbaine de Paris, en effectuant un repli stratégique à Louvres, ancien bourg rural (8905 habitants en 2007 ; 10 337 en 2017, grossi par un illusoire écoquartier)[32]… Délocalisation de pure façade rapidement oubliée... dès le danger écarté avec la création de la MGP arrêtant son périmètre aux frontières de la Seine-Saint-Denis. Ouf, ont sans doute pensé les élus de l’Est-95, espérant souffler !...

Saison 1, Épisode 2. Mais venant confirmer la phrase de Jacques Chirac citée plus haut, un nouvel épineux problème se pose à nos édiles : l’obligation de regrouper les deux instances si laborieusement constituées... pour atteindre le seuil fatidique de taille des intercommunalités qui avait grimpé avec la réforme territoriale... à 200 000 habitants en grande couronne. Car en 2014, le président Patrick Renaud refusait l’union avec Val-de-France : « Nous n’avons ni envie d’intégrer la Métropole du Grand Paris, car onze de nos 19 communes sont contre, ni de nous marier avec nos voisins »[33].

Par bonheur quand localement, la situation est bloquée, les représentants de l’État ont ordre de prendre l’initiative, ce qui permet de relancer le jeu. C’est ainsi qu’après force injonctions du préfet du Val d’Oise, Roissy-Porte de France s’est finalement ouverte à la fusion avec Val-de-France. Notons au passage que c’est l’agglomération de Val de France (167 000 habitants en 2011) qui fait allégeance à celle de Roissy (87 000 habitants), deux fois moins peuplée, en perdant son nom, comme une épouse abandonnant son patronyme en système patriarcal... La justification de ce rapport de domination réside dans le différentiel de "poids" en emplois : 42 000 postes en 2010 pour Val de France ; 114 000 pour Roissy-Porte de France. Un mariage de raison permettant de sauver l’essentiel des meubles : conserver la muraille politique et économique entre les deux frères ennemis 95 /93. Re-Ouf ont dû sans doute se dire les élus de l’Est-95, se croyant désormais tirés d’affaire...

Saison 1, Épisode 3. C’est alors qu’un nouveau casse-tête se présente : en englobant dans un seul ensemble trois communes alors socialistes fortement peuplées, à nouveau l’équilibre « électoral » risquait d’être menacé : avec Villiers-le-Bel (27 000 habitants); Sarcelles (58 000) ; Gonesse (26 000) et par surcroît battant des records de pauvreté (revenu médian annuel 2016 : Garges-lès-Gonesse, 14 182 € ; Villiers-le-Bel, 14 903 € ; Sarcelles, 15 074 € ; à comparer à Roissy, 24 477 €). Comment contenir l’envahissement de ces populations pauvres et faire re-pencher la balance à droite, afin de sauvegarder une majorité jusqu’ici préservée, grâce à tant d’efforts successifs ?

Le prétexte est l’émiettement du « Grand Roissy ». Car expliquait à l’époque le président Patrick Renaud, « on risquait d'avoir trois Roissy »[34]: à l’ouest la partie Val-d'Oise du Cœur de pôle [35] (Roissy, Gonesse) ; au centre les communes de Seine-Saint-Denis liées à l’activité aéroportuaire (Tremblay-en-France, Villepinte, Le Bourget), rattachées à la MGP ; enfin à l’est la partie nord 77 (Mauregard, Mitry-Mory, Le Mesnil-Amelot) appartenant à la communauté de communes « Plaines-et-Monts-de-France ». Le plein de communes ayant été fait côté 95, il faut chercher ailleurs... C'est alors qu'un possible sauvetage se profile à l'est. D’où un lobby val d’oisien intense pour adjoindre à la partie 95 - avec les deux EPCI val d’oisiens désormais fusionnés – une partie 77, jouant à saute-mouton par dessus la Seine-Saint-Denis... Une annexion qui revient à dépouiller largement l’EPCI Plaines-et-Monts-de-France (37 communes, 110 000 habitants), en lui soustrayant 17 communes - les plus riches - représentant 57% de la population de l’intercommunalité seine-et-marnaise [36].

Voir le "territoire papillon" ainsi obtenu Figure 5, qui fait illusion sur le plan spatial, car il couvre des surfaces relativement équivalentes, mais est complètement déséquilibré en termes de poids de populations : à l'ouest côté Val d'Oise, 257 000 habitants ; à l'est côté Seine-et-Marne, 93 000. L’EPCI de Roissy ainsi bodybuildé avec 350 000 habitants peut affronter à quasi égalité sur le ring l’agglomération d’Aulnay-sous-Bois qui compte 361 000 âmes... Car l’enjeu est bien celui d’une compétition sportive où il faut atteindre un « poids » comparable à celui de l’adversaire et montrer la puissance de ses muscles, comme le déclare Patrick Renaud : « avec 350 000 habitants, nous pourrons peser sur les décisions de Paris Métropole ». 

 © CARPF © CARPF

Saison 1.Épisode 4. Le territoire n’ayant rien des rives d’un long fleuve tranquille, fin 2015, deux scuds sont lancés par les adversaires à cette fusion, à la fois par la Seine-et-Marne et par les communes de droite de Val de France. Tout d’abord dans le 77, la révolte gronde chez les élus de Plaines-et-Monts-de-France : leur président Bernard Rigault exprime son indignation, après la décision par arrêté préfectoral du 9 novembre 2015 de créer l’agglomération géante « Roissy-Pays de France » : « Nous déposerons un référé en suspension, ainsi qu’un recours sur le fond et une question constitutionnelle prioritaire ». Réaction également très négative de Jean-Jacques Brabaux, président (LR) du Conseil départemental 77 qui avait prédit des conséquences financières désastreuses pour le département et les communes « restantes »[37]. Un rattachement qui n’est même pas justifié par le seuil de 200.000 habitants requis par la loi NOTRe[38], déjà atteint avec la seule partie val d’oisienne du territoire (260.000 habitants).

Côté Val-d’Oise, ça rue aussi dans les brancards. Maurice Lefèvre, maire de Garges-lès-Gonesse (DVD) et Pascal Doll devenu maire d’Arnouville en 2015 (LR) attaquent l'État devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, pour protester contre la mise en place de la future agglomération-Roissy Pays de France : Ils déposent trois recours - tout comme leurs collègues du 77 - un référé-suspension, un recours en annulation et une question prioritaire de constitutionnalité. Premier motif invoqué par Pascal Doll : « Nous n’avons aucune information sur les compétences qu’auront les élus ou sur les transferts de budgets ». Et encore : « En 2014, pour la première fois, les conseils communautaires ont été élus au suffrage universel direct. Comment l'État peut-il dissoudre cette assemblée deux ans après ? »[39] Et Maurice Lefèvre de renchérir : « Le préfet veut créer un machin sans cohérence, sans substance, sans une véritable concertation démocratique »[40]... En attendant les recours administratifs, Patrick Renaud se retrouve un temps présider par intérim « une coquille vide »[41] géante de 350 000 habitants et de 42 communes, la plus grosse intercommunalité de grande couronne, frappé par l’interdiction de prendre la moindre décision. Finalement les recours n’ont pas abouti, grâce à l’action conjuguée des deux préfets du 95 et 77. Après quatre mois de situation bloquée, le rattachement des communes du 77 est enfin ratifié sans débat et le premier Conseil d’Agglomération se tient en grande pompe le 31 Mars 2016.

Saison 2, Épisode 1. Dans le nouveau territoire ainsi laborieusement constitué, on aurait pu croire désormais à une entente sans nuages. Mais c'était sans compter avec la forte personnalité de François Pupponi, député et anciennement maire de Sarcelles (PS, puis DVG en 2018, actuellement Modem). Sa succession à la mairie se révèle particulièrement chaotique, avec un défilé (2015-2020) de pas moins de « 4 maires en un seul mandat » [42]. Il reconnaît avoir assez peu laissé les mains libres à ses remplaçants : « J’ai naïvement pensé que je devais les accompagner jusqu’à la fin du mandat. Les électeurs m’ont élu, j’ai donc une responsabilité morale ». Finalement, les différents se règlent par les urnes : François Pupponi se présente en 2020 aux municipales contre le maire qu'il avait auparavant adoubé, mais les électeurs préfèrent reconduire l'élu sortant. En avril 2019 ça coince également, au niveau intercommunal cette fois,avec une nouvelle intervention tapageuse du député dans la presse. Il a démissionné de son mandat de conseiller communautaire et dénonce auprès du préfet du Val d’Oise les manquements de l’agglomération de Roissy Pays de France : « J'ai fait voter un amendement qui oblige les intercommunalités qui ne se sont pas dotées d'un pacte financier à verser une dotation de solidarité aux communes les plus pauvres de leur communauté. Celle-ci doit être au moins égale à 50 % de l'évolution de ses recettes fiscales sur l'année écoulée.[43]» Un manque de solidarité totalement contesté par Patrick Renaud. Une fois encore, le conflit porte sur la répartition des richesses et du pouvoir au sein de cette union assez éloignée du mariage d'amour...

Saison 2, Épisode 2. A l’inverse, étrangement, quatre ans après la création de la super agglomération Roissy-Pays de France, Pascal Doll, maire d’Arnouville (14 300 habitants), qui avait déposé moult recours contre la CARPF qu'il accusait autrefois de gigantisme, est désigné par Patrick Renaud comme son successeur en juillet 2020. Seul candidat en lice, il accède sans surprise à la présidence de la mégastructure [44]. Visiblement, les anciens « adversaires » ont fumé le calumet de la paix...

Épilogue des Saisons 1 et 2. Ainsi, la mise en place de ce patchwork territorial, aux antipodes d’une « communauté de destin », - c’est-à-dire « portée par une population relativement homogène partageant une histoire et des intérêts socio-économiques communs »[45] - permet de faire d’une pierre deux coups. Tout d’abord conserver la couleur politique initiale de droite du territoire, malgré ses extensions successives. Mais aussi récupérer d’importantes surfaces agricoles et boisées de la zone rurale seine-et-marnaise, manne foncière d’autant plus convoitée que côté Val d’Oise le sacrifice de terres agricoles est allé bon train et que la ressource se raréfie [46]. Personne ne semble s’interroger sur l’énorme danger d’une gare terminus de métro en pleine campagne, censée desservir le village du Mesnil-Amelot qui dépasse à peine 1000 habitants (1043 en 2018). Avec le scénario de l’horreur de la construction d’un immense parking accueillant les travailleurs du sud de l’Oise et de l’est de l’Aisne à destination de Paris, frappés par le déclin de leurs principaux centres urbains (notamment l’ancien pôle industriel de Creil), sans compter les actifs entraînant un mitage progressif du bijou écologique de la Vallée de la Goëlle. Un projet de gare qui incite dès à présent les promoteurs immobiliers à obtenir des maires ruraux du nord-ouest 77 la création par anticipation de nouveaux lotissements, à destination des salariés du centre d’agglomération, chassés par une hausse vertigineuse des prix des logements. En omettant totalement le risque d’un étalement urbain sans précédent, générant une explosion de la demande de transports [47].

Le « Grand Roissy », une entité statistique et une gouvernance sans gouvernail

 Notre inventaire ne saurait être complet, sans évoquer l’instance supérieure du « Grand Roissy », un concept « hors sol » né du rêve mégalomaniaque d’un « grand territoire d’excellence »[20], censé englober dans une même entité les deux intercommunalités rivales de Roissy-Pays de France et de Terres d’envol, cumulant 50 communes et 710 000 habitants. Ce vaste espace métropolitain a été lancé à l’occasion d’un gigantesque raout en Janvier 2011, sous la présidence du préfet de Région Canepa et rassemblant l’ensemble des élus et institutions des 3 départements. Finalement, - pour rester dans les expressions chiraquiennes - cette instance a fait pschitt !! Elle ne s’est pas réunie depuis des années et est devenue un simple périmètre statistique permettant aux équipes de l’IPR (ex-IAU) d’établir un inventaire des principales données socio-économiques du territoire. Seule, la région semble prendre en compte cet ensemble qualifié de « bassin socio-économique » [48] du « Grand Roissy-Le Bourget » (Voir Figure 6). Ici, le qualificatif « socio-économique » semble bien usurpé, en l'absence totale d'une dimension « sociale », c'est-à-dire prenant en compte les besoins des populations locales [49].

Figure 6 - Territoire du "Grand Roissy -Le Bourget" (GRLB) © IAU - GIP Emploi de Roissy Figure 6 - Territoire du "Grand Roissy -Le Bourget" (GRLB) © IAU - GIP Emploi de Roissy

L’explication de la désaffection pour cette super-structure est évidente : la CARPF ne veut à aucun prix partager ses richesses économiques avec le 9-3... Qu’on en juge :  en Seine-Saint-Denis, on trouve des communes ayant 3 fois moins d’actifs que d’emplois : Sevran, taux d’emploi de 0,35 ; Epinay-sur-Seine ou Drancy : 0,39, à comparer à la commune de Roissy, 47 fois plus d’emplois que d’actifs, soit un écart par tête d'habitant-actif de 1 à 157 entre les communes ! Par contre l’EPCI de Roissy veut bien s'accaparer le vaste patrimoine foncier du Nord 77, qui à la différence de la partie val d’oisienne, n’est pas frappé par les restrictions d’urbanisation liées aux plans d’exposition au bruit (PEB) des deux aéroports. Face à cette pression urbaine, les protections ( de type fronts urbains) mises en place par le SDRIF semblent bien fragiles. Rien n'empêche les communes de faire des petits lotissements : une extension de l'urbanisation de 10% de l'espace urbanisé (espaces à dominante bâtie et espaces ouverts urbains) est possible d'ici 2030. Même situation ubuesque pour la partie du bassin de Roissy située dans la MGP en Seine-St-Denis qui joue sur un intitulé "hors sol", avec un Établissement Public Territorial (estampillé T7) baptisé « Paris-Terres d’envol »... . En effet, la référence outrancière à Paris relève d’un « marketing territorial » mensonger, par ailleurs « l’envol » d’un tel territoire n’est nullement garanti.

Finalement le grand dessein de 2007 de Nicolas Sarkozy de « Paris-Ville monde » a accouché du « nain institutionnel » [3] qu’est la MGP. Et d’une caricature de démocratie, bien illustrée par les agissements des élus locaux qui se disputent places et retombées fiscales. Ou encore les rivalités entre départements de petite et grande couronne, exacerbées par le doublement des frontières, désormais à la fois départementales et métropolitaines. Le Grand Roissy n'est qu'un mariage « simulacre » de la carpe et du lapin, accompagné d'une suite de gesticulations politiques effectuées au seul profit des intérêts du marié (Roissy) sans le consentement des épouses successives (Val de France, Nord-ouest 77), mais aussi en l’absence de la famille (les habitants) qui n’est d’ailleurs pas invitée aux cérémonies. Une union bénie par l’État via Grand Paris Aménagement - GPA - (qui lui aussi a grossi par fusion de l'EPA Plaine de France et de l'EPA Orly Rungis Seine Amont). Un établissement « public », qui en raison de son statut serait censé défendre l’intérêt général, mais dont la taille excessive a contribué - là encore - à l'éloigner des besoins des populations locales, qui devraient être les premières bénéficiaires des aménagements prévus, alors qu'elles en sont les victimes (voir l'arrivée des pelleteuses détruisant les jardins ouvriers d'Aubervilliers) [50].

Le difficile envol d’un papillon abracadabrantesque

Ainsi, la nouvelle entité du Grand Roissy « façon puzzle » (dirait Bernard Blier dans les Tontons Flingueurs) forme désormais un invraisemblable papillon avec deux ailes totalement déséquilibrées, positionnées de part et d’autre de la Seine-Saint-Denis : une grande aile Ouest sur le Val d’Oise et une aile Est trois fois moins peuplée en Seine-et-Marne. Comble de malchance, la tête de ce malheureux lépidoptère est coupée en deux, avec les deux principales communes-pôles artificiellement séparées : Roissy située dans le Val d’Oise, en grande couronne ; Tremblay-en-France en Seine-Saint-Denis, rattachée à la Métropole du Grand-Paris. Au total, l’examen de la carte du Grand Roissy (Figure 7) est édifiant, montrant une juxtaposition d’espaces disparates, aux antipodes d’un ensemble spatial cohérent. On accuse les opposants à la bétonnisation du Triangle de Gonesse (CPTG) de « ne pas être DU Territoire ». Mais de quel territoire s’agit-il ? Le Grand Roissy regroupe pas moins de 8 entités spatiales différentes, bien repérables sur la Figure 7.

Figure 7 - Les 8 territoires du Grand Roissy © M. Kajadjanian/ J. Lorthiois Figure 7 - Les 8 territoires du Grand Roissy © M. Kajadjanian/ J. Lorthiois

N.B. On se reportera en annexe pour les définitions utilisées ci-après : pôles et bassin d'emplois, pôle d'activités, pôles et bassins de main-d'oeuvre, bassins de vie, aire directe, aire diffuse.

1/ On ne dénombre pas moins de 4 « bassins de vie » ruraux : 2 dans le Val d’Oise (Fosses, Louvres) ; 2 en Seine-et-Marne (Dammartin en Goëlle, Claye-Souilly...)

En Seine-et-Marne, certes, on peut aisément justifier le rattachement à Roissy de Mauregard, Le Mesnil-Amelot et Mitry-Mory, aux territoires partiellement situés dans l’emprise de la plateforme aéroportuaire. Sans compter les deux plus grosses villes de l’intercommunalité : Villeparisis (26 300 habitants) et Mitry-Mory (près de 20 000) qui possèdent des zones économiques fortement liées aux activités du pôle de Roissy.

Mais ce n’est aucunement le cas des deux bassins ruraux animés par les villes de Dammartin-en-Goële (9 600 résidents) au nord et de Claye-Souilly (12 400) au sud. Comme l’essentiel de la Seine-et-Marne, ces territoires constituent des « bassins de vie », organisés autour d’un bourg rural tête de pont, gérant un espace d’attraction de proximité, dans une autonomie relative au sein de l’Ile-de-France [51]. Peut-on ainsi dépecer ces deux bassins de vie seine-et-marnais (d’une dizaine de communes chacun) ? Dans le cas du premier, la CARPF englobe Dammartin et l’essentiel de sa zone d’attraction, abandonnant deux communes à l'est. Le deuxième cas est caricatural : la nouvelle agglomération a annexé le bourg tête de pont de Claye-Souilly, laissant en rade les autres communes du bassin désormais étêté, qui conservent leur rattachement d'origine à l'intercommunalité « Plaines et Monts de France », amputée de ses 17 communes les plus riches. D’où une aggravation des inégalités territoriales.

2/ Au centre, trône ce qu’on appelle le « Cœur de pôle de Roissy » : positionné sur 3 départements et deux intercommunalités, il ne constitue pas un « pôle d’emploi », car son attraction est extrêmement faible, bien insuffisante pour générer un bassin d’emploi. C'est pourquoi j'ai créé le concept de « pôles d’activités » (voir en annexe). Avec la création de la MGP, les deux principales commune-pôles (Roissy et Tremblay) sont séparées par une frontière doublement étanche départementale et métropolitaine. Le pôle de Roissy possède une zone d'attraction de proximité - dite « aire directe » - très restreinte (une quarantaine de communes, dont la moitié dans le Val d’Oise) et une « aire diffuse » gigantesque qui s’est étalée progressivement au nord [52], largement au-delà des frontières d'Ile-de-France.

3/ En zone urbaine dense, nous identifions 2 « bassins de main-d’œuvre » (le déficit d’emplois est bien trop élevé pour parler de bassins d’emploi), parce que les deux pôles d’habitat l’un dans le Val d’Oise (Sarcelles), l’autre en Seine-St- Denis (Aulnay) constituent une masse de travailleurs nettement plus élevée que leur masse d’emplois (63 000 actifs, contre 41 000 postes de travail). Les bassins de ces deux villes forment un grand arc déficitaire de 180 000 actifs, que j'ai appelé la « Banane Bleue ». Comme je l’ai démontré dans un précédent article de ce blog, la main-d’œuvre résidente du territoire se dirige vers le sud pour aller quérir ses emplois [53], non vers le nord.

Les promoteurs de grands projets bradent l’avenir du territoire, les opposants veulent le préserver

 Au sortir du déroulé de cette saga rocambolesque, constatons l’aberration que représente cette obsession du développement économique - qui a démarré dès l’implantation de Roissy en 1974 - basée sur l’illusion d'un grand projet qui serait supposé « sauver » le territoire, Cette quête impossible se poursuit encore aujourd'hui, à un niveau supérieur. Une nouvelle saison de notre série B intitulée « 6% » (toujours en référence au nombre d'actifs qui travaillent à Roissy...) démarre, mélangeant comédie et drame...

Saison 3, épisode 1 Un nouveau SCOT à l'échelle de la CARPF est établi, bouclé en mai 2019. Mais il fait l’objet d’un recours juridique, actuellement toujours en instance, car il intègre deux projets métropolitains abandonnés depuis : Europacity, mais aussi le terminal T4 de l’aéroport dont l'annulation a été prononcée par le gouvernement en février 2021, dans l'attente d'un nouveau projet plus cohérent avec des objectifs de lutte contre le changement climatique et de protection de l'environnement.

Saison 3, épisode 2. Les élus du Val d’Oise expriment leurs revendications auprès des autorités régionales et nationales : traumatisés par l’abandon le 7 novembre 2019 d'Europacity , ils exigent de compenser cette annulation par une manne tombée du ciel émanant des pouvoirs publics. Cette demande est entendue par Valérie Pécresse, appelée au chevet du « Grand Roissy » abandonné. Ainsi, quelques jours après la décision du gouvernement, la présidente du Conseil régional tient une conférence de presse entourée des partisans d'Europacity au grand complet, annonçant que la région Île-de-France n’abandonnait pas le territoire et promet, tel un père Noël les bras chargés de cadeaux [54] : « un milliard pour le Val d’Oise ». Mais à l'intérieur de l'enveloppe, elle a l'habilité de ne flécher aucune construction sur le Triangle : la seule proposition concrète concerne une « analyse des sols » que doit réaliser Grand Paris Aménagement (GPA)... nous l’attendons toujours ! Et dans le budget régional 2021, les mesures pouvant concrétiser le fameux « milliard » promis... brillent par leur absence, d'où la déception des élus val d'oisiens.

Saison 3, épisode 3. De son côté l’État, faisant suite à l'abandon d'Europacity, décide à la même époque de confier au haut-fonctionnaire Francis Rol-Tanguy la mission d'élaborer « un projet alternatif » pour le devenir du Triangle de Gonesse. Ce document, restitué en juillet 2020, n'est toujours pas rendu public un an plus tard, mais il a fuité dans la presse [55]. Apparemment, le gouvernement défend toujours le maintien de la gare du Triangle et de la ligne 17 Nord, mais il souhaite un projet structurant pour justifier un tel investissement public. Le rapport de Francis Rol-Tanguy propose 3 scénarios :

  1. Poursuivre la ZAC de 280 hectares, mais si elle est validée juridiquement, sa rentabilité économique se pose, quand il y a dans l’environnement pléthore de surfaces de zones d'activités disponibles à l'arrêt (Citons par exemple Aérolians à Tremblay et la friche PSA à Aulnay-Gonesse ; ou le pôle de bureaux d’ITC à Roissy qui n'est toujours pas sorti de terre...)
  2. Réduire l’urbanisation aux 110 hectares déjà acquis, mais à condition que soient relocalisées « des activités productives » qui justifient la gare. Le rapport ne précise pas lesquelles.
  3. Il n'est procédé à aucune urbanisation du Triangle, afin de préserver les terres agricoles et développer des productions bio en circuits courts. On pouvait lire entre les lignes que ce 3ème scénario avait les faveurs du rapporteur.

Bien entendu, les élus du Val-d'Oise estiment que de telles propositions sont inacceptables. Ils s’entêtent à mettre la charrue avant les bœufs : ils veulent à tout prix la gare, sans savoir pour quoi faire...

Saison 3, épisode 4. Le 7 mai 2021, le Premier ministre Jean Castex vient à Gonesse, avec « un Plan pour le Val d'Oise » pour rassurer les élus [56]. Il confirme le projet de gare du Triangle et le calendrier de la ligne de métro 17 Nord. Il évoque trois projets qui concernent l’Est-95 :

  • Sur le Triangle de Gonesse, une « cité scolaire avec internat, du collège à post -bac », dans les filières d’hôtellerie-restauration et de l’alimentation. Cette proposition fait l'impasse sur les Plans d'Exposition au Bruit (PEB) des aéroports de Roissy et du Bourget, qui interdisent sur le site le logement permanent, ce qu’est un internat.
  •  Sur le Triangle de Gonesse toujours, la délocalisation d’une « administration centrale », actuellement non désignée. Gageons qu'une telle implantation « au milieu de nulle part », si elle était matérialisée, aurait toutes les chances de susciter une opposition syndicale.
  • Une extension nord du Marché d’Intérêt National (MIN) de Rungis, porté par la SEMMARIS, dont une partie logistique s'installerait sur des zones déjà artificialisées à proximité du Triangle et une partie de production alimentaire (projet Agoralim) sur les 170 ha de la zone sud de la ZAC Triangle de Gonesse, ainsi que sur les espaces agricoles de la Plaine de France. Mais une inconnue subsiste : la volonté des exploitants agricoles d'évoluer vers des productions alimentaires. Et par ailleurs, ce type d'activité ne nécessite aucunement une gare de métro. Ce projet est censé générer 3000 à 5000 emplois, principalement de logistique, sur un territoire saturé dans ces filières d'activités, alors que la main-d’œuvre locale a besoin d'une diversification de l’offre d’emplois.

Ces annonces provoquent un concert de congratulations des élus val d’oisiens. « Ces beaux projets vont retomber sur le Val d’Oise » se félicite Marie-Christine Cavecchi, présidente du Conseil départemental (j'ai dénoncé dans un précédent article de ce blog le mythe du « ruissellement » d'un grand projet sur son espace environnant [57]). « On répare une injustice faite au territoire... » déclare Jean-Pierre Blazy, maire de Gonesse. Et de rappeler les maux dont souffre LE territoire (sans préciser lequel) : l'importance de la fracture territoriale (dont j’ai démontré qu’elle ne concernait pas Gonesse [58]), ainsi que la gravité du chômage des jeunes (dont j'ai démontré les surestimations statistiques, afin de dramatiser la situation [59])...

Ainsi, l’entité dite du « Grand Roissy » qui prétend être le support d’un vaste et enthousiasmant « projet de territoire » n’est en réalité qu’une coquille vide : on se contente de poser sur les terres du Pays de France un vrac de pièces de puzzle qui n’a aucune chance de pouvoir spontanément « faire image ». En 40 ans, le développement d’un aéroport international et de ses nombreuses activités induites n’a jamais constitué un objectif fédérateur pour l'ensemble des populations locales, qui en subissent les nuisances (28 mois de vie en bonne santé perdus pour un million de riverains), en profitant à la marge de ses retombées (6,2% des actifs y travaillent, 5% en intégrant les chômeurs).

Saison 3, épisode 5. Poursuivre le rêve impossible d'un grand projet structurant est d'autant plus irresponsable que le pôle de Roissy lui-même est en pleine récession... Depuis 2008, en effet, on observe sur la plateforme aéroportuaire un découplage entre les emplois qui décroissent et le trafic aérien qui augmente, faisant illusion sur le soi-disant « développement » du pôle. Pourtant, l’ensemble des responsables politiques (élus locaux et départementaux du Val d'Oise, Conseil Régional), décideurs publics (préfectures de départements et de région, ADP, EPA Plaine de France puis GPA...) et économiques (CCI, réseau de dirigeants « Roissy entreprises ») continuent à s'extasier unanimement sur un tel « moteur économique », véritable corne d'abondance « porteuse d’avenir »... Dans un aveuglement irresponsable, tous ces acteurs continuent à tabler sur le développement de l’aéroport, reposant sur le postulat insensé d’une progression exponentielle du trafic aérien, niant les signes de plus en plus visibles du dérèglement climatique (avant la pandémie, ADP spéculait sur un doublement du trafic mondial d’ici 2030 et souhaitait faire de Roissy le 1er aéroport européen). Alors que les faits viennent dès à présent démentir la faisabilité des promesses mirifiques prétendues.

Saison 3, épisode 6. C'est alors que la pandémie inflige une paralysie sévère à l'activité aéroportuaire, mettant un brusque coup d’arrêt aux rêves démesurés du développement du Grand Roissy... Jusqu'en décembre 2021, les mesures de sauvegarde (temps partiel de longue durée) peuvent maintenir le niveau des effectifs et retarder la mise en œuvre de plans sociaux (même si dès à présent, les contrats de milliers d'intérimaires n'ont pas été reconduits). Il est à craindre que la levée des garde-fous en 2022 oblige les décideurs à faire face à la réalité (voir à ce sujet notre étude qui vient d'être publiée sur le pôle d'Orly et plus généralement l'avenir du trafic aérien [60]). En conséquence, bien d'autres urgences risquent de se poser à l'échelle du Grand Roissy, plutôt que d'urbaniser le Triangle de Gonesse. Par ailleurs, financer une gare et une ligne de métro qui permettent d'accéder à un pôle d'emplois qui licencie, paraît une stratégie territoriale peu appropriée à la conjoncture.

Dès 2016, à l’issue du débat public, Christophe Dalstein, directeur d’Europacity, avait anticipé l’échec de ce projet en quittant le navire, Il a fallu attendre encore 3 ans pour qu’en 2019, face à l’incapacité du maitre d’ouvrage à déposer un permis de construire - faute de candidats à l’implantation - pour qu’enfin la décision politique soit prise d’abandonner le méga-complexe commercial et de loisirs. Finalement, les élus du territoire devraient remercier les opposants à Europacity d’avoir su anticiper dès 2011 le caractère « daté et dépassé » du projet, qui a fini par être reconnu par le gouvernement. Il y a fort à parier que si le chantier du super-centre commercial et de loisirs avait été lancé, le projet aurait explosé en plein vol.

Les évènements survenus au cours de la dernière décennie le prouvent. En 2017, l’éviction de Vianney Mulliez du staff familial du groupe Auchan (président de Ceetrus - la société immobilière d’Auchan, porteuse d'Europacity) n’a pas permis de redresser la barre. En 2019, le groupe a fermé 21 hypermarchés (dont ceux de Villetaneuse et de Bobigny en Ile-de-France). En 2020, le groupe accusait 5,2 milliards de dettes. Il y a quelques jours, le projet Gare du Nord porté par Ceetrus (qui tablait sur un triplement des surfaces commerciales) a été dénoncé par la SNCF en raison de l’explosion des coûts [61]. Une accumulation d’échecs qui rendait plus que probable le fiasco Europacity - avec une explosion des coûts et une surestimation des recettes - s’il n’avait pas été annulé. Le CPTG a probablement épargné au territoire une gigantesque faillite, une friche d’activités ayant sacrifié inutilement 80 ha d’excellentes terres agricoles qui peuvent aujourd'hui constituer une précieuse ressource pour le projet Agoralim..Le chantier de la gare du Triangle peut d'ailleurs parfaitement connaître le même sort... Au total, plus de 10 ans ont été perdus pour élaborer démocratiquement un « Contrat de Territoire » digne de ce nom.

Échange « profiteurs de malheurs » contre porteurs d’espoir

Cet été, un communiqué publicitaire porté par l’agglomération Roissy-Pays de France a fleuri dans la presse (Figure 8). Il se glorifiait des résultats d’un sondage IFOP, affichant 85 % des interviewés favorables à l’urbanisation du Triangle de Gonesse. Mais l’histoire locale nous a appris la valeur de certains sondages. (Voir mon article sur les manipulations statistiques d'Odoxa en faveur d'Europacity [62]). Au vu de ces résultats, Pascal Doll, président de la CARPF, se sent suffisamment conforté pour affirmer son positionnement : « personne "d’ailleurs" ne viendra nous dire comment faire, ici, chez nous ». Sous-entendu : les Collectifs de militants qui s’opposent à la bétonisation du Triangle et qui viennent de différents sites en lutte d’Ile-de-France (dont le Pays de France lui-même) n’auraient aucune légitimité pour parler au nom des populations, alors que notre contestation est devenue un symbole national de l’ensemble des combats contre les GPII, notamment au sein de notre région (on nous surnomme le « Notre-Dame des Landes » francilien).

Figure 8 - Publicité de l'agglomération Roissy-Pays de France © CARPF Figure 8 - Publicité de l'agglomération Roissy-Pays de France © CARPF

Déjà, le titre du communiqué pose question : « Nous restons les maîtres », alors que les élus ont toujours été à la remorque de projets "d’ailleurs", initiés par des grands groupes (Auchan évadé fiscal réfugié en Belgique, le groupe chinois Wanda, la société américaine de fret aérien Fedex qui s'oppose à l'instauration d'un couvre-feu à Roissy, la société Paris-Asia de commerce de gros de textiles chinois, etc...), qui se soucient de l’intérêt des habitants comme d’une guigne. Notons des oublis significatifs : « Nous travaillons avec l’Etat, la Région (...), les Conseils départementaux (...), ainsi qu'avec les acteurs économiques »... Dans les acteurs économiques - y compris agricoles toujours oubliés - les entreprises sont citées, mais où sont passés les syndicats, représentant la main-d'oeuvre qui produit les richesses économiques du territoire ? Et à côté des deux catégories de partenaires (institutionnels et économiques), il manque toute la société civile qui n'est pas invitée à la table des négociations : les collectifs d'habitants, les associations et les experts indépendants qui les accompagnent.

 Dans ces conditions, quelle légitimité peuvent revendiquer les élus du Val d’Oise, alors que tout au long de notre historique, nous avons démontré à quel point ils étaient incapables de porter les intérêts des habitants du Pays de France ? Leur méconnaissance des besoins de ceux-ci, tout comme le cumul des mandats - dans le temps et dans l’espace -, l’occupation de « places » par cooptation, un fonctionnement alternant « l’entre-soi » et les rivalités politiques, le soutien aux lobbies du BTP et autres grands groupes ont fait perdre toute crédibilité à ces acteurs qui persistent à assurer la promotion d'un type de société du « monde d’avant » de plus en plus contesté, basé sur le sacrifice du cadre de vie et du « vivant », y compris l'espèce humaine.

Ce comportement des élus val d'oisiens donneurs de leçons est d'autant plus choquant que nous avons pu observer à longueur d'analyse leur réticence constante à intégrer les villes les plus pauvres dans les instances intercommunales de décision, à défendre des Grands Projets Inutiles inaccessibles aux classes populaires (en quoi un grand stade, un mégacentre commercial et de loisirs, un métro au milieu de nulle part améliorent-ils la vie quotidienne des populations modestes ?). Les mêmes qui adoptent cette attitude frileuse ne craignent pas de pleurer misère et d'instrumentaliser les populations locales, en brandissant le spectre de la pauvreté et du chômage qu'ils ont contribué à aggraver, par leur politique de Gribouille. Comble d'audace : ils réclament un appui de l'Etat pour poursuivre leur politique mortifère... Leur bilan est accablant : depuis 1994, toutes les inégalités territoriales ont augmenté. Le pôle aéroportuaire a profité à trois communes : Roissy, Tremblay et Gonesse (même si le maire de Gonesse a réussi le tour de force d'augmenter à la fois le nombre d'emplois et le nombre de chômeurs[63]). Toutes les autres communes (celles de la Banane Bleue) ont vu leur déficit d'emplois augmenter : de 1975 à 2016, il est passé de -87000 à -103 000 postes de travail... (voir analyse détaillée dans un précédent article de ce blog).[64]

Quand le méga-complexe Europacity a été abandonné, Mme Cavecchi promettait une révolte dans les banlieues à côté de laquelle « les gilets jaunes auront été de la gnognotte au regard de la révolte des Val d'Oisiens »[65]... Car ne craignant pas de réécrire l’histoire, les élus ont prétendu que le projet Auchan avait été conçu « en réponse aux émeutes de Villiers-le-Bel en 2007... » Alors que tout le monde sait bien que la négociation a eu lieu directement au sommet de l’État, lors d’une entrevue à l’Élysée entre Nicolas Sarkozy et Vianney Malliez, alors un des dirigeants du groupe Auchan...  Et que la motivation de l'enseigne était de réaliser une plus-value considérable (des terres permettant de passer de 9 € le m² agricole à 350 € le m² aménagé et 1000 ou 2000 € le m² construit). Pour une culbute de 100 à 200 fois la mise initiale, un investisseur peut consentir à quelques concessions de green washing et afficher un lot de mesures prétendûment « sociales »..  Malgré la menace proférée par la présidente du CD 95, constatons un encéphalogramme plat de réactions des populations des quartiers, après la « perte » d'Europacity... A l’inverse, une manifestation organisée à Villiers le Bel sur les transports, réclamait clairement, non pas une gare de métro en plein champ, mais l’amélioration des transports du quotidien [66].

La publicité parue cet été affirmait encore « Nous restons les maîtres du destin de notre territoire ». Mais de quel « NOUS » s’agit-il ? Quel DESTIN du territoire ? Encore faudrait-il que ces élus aient été capables depuis la constitution de la première intercommunalité de l'Est-95 en1994, de créer une véritable « communauté de destin », c’est-à-dire « un ensemble de population vivant et agissant sur un territoire donné et partageant – dans le présent et dans l’avenir – des valeurs, des responsabilités, des relations analogues avec l’environnement et les contraintes extérieures et vivant des problèmes similaires » [45]. Tout d'abord redéfinir le périmètre du territoire, non pas en fonction des accointances politiques des élus, mais pour constituer ce que nous avons appelé une « zone cohérente »[67], avec une adéquation économique et sociale suffisante pour répondre aux besoins des populations locales. On a vu plus haut qu'un véritable projet « partagé » se construit avec trois catégories d’acteurs. Ils ne doivent pas seulement être consultés (que signifie un sondage, surtout biaisé ?), mais s’entendre sur une orientation commune, afin de co-construire le projet. Nous en sommes loin.

Ceci supposerait que les élus locaux changent leurs vieux modèles de représentation hérités des 30 glorieuses et troquent leur rêve de « grandeur » métropolitaine pour la valorisation des ressources locales d'un espace de proximité, dans un objectif général d'utilité sociale et écologique. Il faut prendre le chemin de la résilience et de la sobriété : dans ce domaine, les militants qui défendent le « vivant » dans son ensemble (du ver de terre à l'orchidée pyramidalis, en passant par l'espèce humaine) ont une conscience du "monde d'après" que devraient apprendre les élus locaux et départementaux. Au lieu de refuser le débat, de s'entêter dans une vision du "monde d'avant", de mettre la charrue avant les bœufs (Figure 9) en s’arqueboutant sur des solutions toutes faites sans avoir identifié les problèmes à long terme, il serait temps que ces derniers se remettent en question et quittent l'exercice solitaire du pouvoir.

Comme le déclare Philippe Subra, "Il faut que ces projets d'aménagements ou d'infrastructures s'inscrivent dans un projet de territoire construit collectivement avec l'ensemble des acteurs locaux (...) Autrement dit, en finir avec les projets qui atterrissent sur les territoires, pour passer à des projets qui émergent des territoires... » [68] Depuis 1994, il serait grand temps que les élus du Pays de France prennent enfin en compte l'intérêt général des populations locales, l'urgence des enjeux climatiques et écoutent la révolte grandissante des terres « d'ailleurs », mais aussi d'ICI, à Gonesse.[69]

Figure 9 © JA Figure 9 © JA

DEFINITIONS - ANNEXE

Actifs occupés /Actifs totaux

La « population active occupée » comprend l’ensemble des actifs ayant un emploi. Elle fait partie de la « population active totale » qui englobe les actifs occupés et ceux qui se déclarent à la recherche d’un emploi (les chômeurs).

A noter : Je préfère la définition INSEE des chômeurs, parce qu'ils se déclarent eux-mêmes comme tels, à celle de Pôle Emploi, parce que c’est l’administration qui accorde ou non le statut de « demandeur d’emploi ». Et que les règles d'attribution ne sont pas restées stables dans le temps.

Pôle d’emploi / Bassin d’emploi

Un « pôle d’emploi » est une concentration d’activités économiques et d’emplois sur un espace géographique restreint. Un « bassin d’emploi » est l’aire d’attraction d’un pôle d’emploi, qui génère une attraction positive de population en activité sur son territoire environnant (les flux sont centripètes).

Pôle de main-d’œuvre / Bassin de main-d’œuvre

Un « pôle de main-d’œuvre » est une concentration de population active (ayant un emploi ou en recherchant un) sur un espace géographique restreint. Un « bassin de main-d’œuvre » est l’aire de diffusion d’un pôle de main-d’œuvre occupée sur son espace environnant (les flux sont centrifuges).

Aire directe / Aire diffuse

L’« aire directe » d’un pôle désigne sa zone d’attraction principale. Plus le pôle est spécialisé, plus l’aire directe est restreinte. L’« aire diffuse » d’un pôle est sa zone d’attraction secondaire, qui s’étend au-delà de son aire directe. Plus le pôle est spécialisé, plus l’aire diffuse est vaste.

Bassin de vie

Un « bassin de vie » est un espace qui fournit l'essentiel des éléments nécessaires à la vie quotidienne de ses habitants : logement, consommation, loisirs, services publics et de proximité.

A noter :La définition que j'utilise depuis les années 90 s'écarte de ceux qui prennent en compte la dimension « emploi/travail » comme l'un des critères d'identification d'un bassin de vie. En effet, la plupart des déplacements effectués par les habitants pour leur vie quotidienne sont de type « choisis », à la différence des déplacements domicile-travail, qui sont essentiellement de type « contraints ». l'INSEE a cessé de prendre en compte l'emploi dans sa définition depuis 2012.

Pour en savoir plus, voir site de J. LORTHIOIS, in « Concept généraux » https//j-lorthiois.fr/concepts-generaux/distinguer-les-bassins-sans-les-confondre

NOTES

[1] Nicolas Sarkozy, discours du 17 sept 2017, Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Palais de Chaillot, Paris.

[2] Gérard-François Dumont « Les régions en France, géants géographiques, mais nains politiques ? », in Les analyses de Population et avenir n°8, décembre 2019.

[3] Rapport d’information de MM. Philippe Dallier et de Didier Rambaud : « Réformer la gouvernance du Grand Paris : une méthode, une grille de lecture, un calendrier », Sénat, 11 mars 2021.

[4] 5,3 millions au 1er Janvier 2015 (INSEE), auxquels il convient de retrancher 240 000 habitants pour les 7 communes de grande banlieue rattachées à la MGP.

[5] Une mésentente irréductible entre le nouveau maire d’Argenteuil (LR) et le maire battu (PS) resté président de l’agglomération d’Argenteuil-Bezons désormais dissoute, qui réunissait deux villes-sœurs longtemps communistes (mêmes caractéristiques de main-d’œuvre, même tissu économique, même continuité urbaine...) Un comble : Bezons, ville ouvrière et pôle de main-d’œuvre désormais orpheline, tournée par défaut vers le nord et l’est, devant se rattacher au sud et à l’ouest au bassin résidentiel aisé de Saint-Germain-en-Laye, à majorité de droite !...

[6] Si T12, avec ses 696.000 habitants, était une ville, elle serait la 3ème de France, devant Lyon… Et si c'était un département, sa taille serait équivalente à celle du Loiret ou des Pyrénées-Atlantiques.

[7] Philippe Dallier, Rapport d’Information n° 262, « Le Grand Paris : un vrai projet pour un enjeu capital », Sénat, 8 avril 2008.

[8] J. Lorthiois, « La métropole du MGP en 12 territoires », https://j-lorthiois.fr/la-metropole-du-grand-paris-mgp-en-douze-territoires/

[9] Définition des territoires vécus, voir https://j-lorthiois.fr/concepts-generaux/les-territoires-vecus/

[10] Le débat ne portait évidemment pas sur Le Bourget, à 11 km de Paris, au cœur de la zone dense du 93.

[11] Roissy et Gonesse (95) ; Tremblay, Le Bourget et Villepinte (93) ; le Mesnil-Amelot et Mitry-Mory (77).

[12] Les emplois du pôle aéroportuaire sont pour l’essentiel affectés par l’INSEE à la commune de Roissy, quel que soit le lieu géographique exact des emplois (majoritairement situés en Seine-Saint-Denis).

[13] L’INSEE considère qu’au-delà du seuil de 2000 habitants, la commune passe de « village » à « ville ».

[14] Bien que les communes d’Écouen et d’Ézanville soient deux villes-sœurs (même gare, même centre commercial, même collège, même marché…), les parlementaires rivaux, le sénateur-maire d’Écouen socialiste Bernard Angels et le député-maire de Domont, Jérôme Chartier UMP, ne souhaitaient pas cohabiter dans une même intercommunalité de l’ouest de la Plaine de France. 

[15] Donc cette commune acquiert théoriquement le statut de « ville » d’après l’INSEE.

[16] Camille, Le petit livre noir des grands projets inutiles, Le Passager clandestin, 2015. D’après cet ouvrage, « l’inaugurite est une maladie généralement contractée à l’occasion du 3ème mandat d’un député/maire/président »... Voulant « laisser une trace » pour la postérité, leurs dernières années sont accaparées par l’obsession d’inaugurer pléthore de monuments et équipements. Les symptômes sont « « une certaine forme de surdité démocratique et presbytie populaire », Le Passager clandestin, 2015.

[17] Revenu médian annuel par unité de consommation 2016 (recensement INSEE). Voir définitions et analyse dans l’article de ce blog https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/310321/betisier-du-grand-roissy-n-3-un-territoire-non-pas-pauvre-mais-inegalitaire 

[18] Il est à noter que dans l’intervalle d’un mandat où cette ville est passé à droite, les communes rurales de Roissy-Porte de France ont continué à pratiquer « l’entre-soi ».

[19] J. Lorthiois, livre numérique Balayer les idées reçues sur l’emploi et le travail, Profession Banlieue, 2017. Le cas de Gonesse, « commune dissociée » est étudié à partir de la page 10.  https://j-lorthiois.fr/balayer-les-idees-recues-sur-lemploi-et-le-travail/

[20] J. Lorthiois, voir article de ce blog sur « l’excellence » du Grand Paris https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/190820/betisier-des-poles-grand-paris-de-grandeur-demesure-d-excellence-competition 

[21] Malgré un emploi du temps plus que chargé, François Pupponi a trouvé encore moyen de s’impliquer dans le Cercle de jeu Wagram qui a défrayé la chronique judiciaire. Voir l’article « L’enquête sur le Cercle de jeu Wagram rattrape le maire de Sarcelles », in Le Parisien, 14 novembre 2011.                                                                                                                                                                                      

[22] J. Lorthiois, paragraphe intitulé « Dialogue de sourds entre élus et populations locales », dans un article du Bêtisier de la ligne 17 https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/020521/betisier-de-la-ligne-17-elle-transporte-pas-elle-dessert-pas-mais-elle-coute

[23] Voir cure de Désintox du professeur Isocèle, sur le site du Collectif pour le Triangle de Gonesse

https://ouiauxterresdegonesse.fr/agir/debat-agir/prescription-dune-cure-de-desintox-500-2-2/

[24] Voir sommaire de mes articles, https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/290321/sommaire-de-mon-betisier-du-global-grand-paris-au-local-triangle-de-gonesse 

[25] J. Lorthiois, article « Un surplus de granditude futile » https://j-lorthiois.fr/wp-content/uploads/2018/12/rouge_vert375jacqueline.pdf

[26] J. Lorthiois, voir Betisier d'Europacity n°7, article qui liste les différentes offres existantes de transports en commun pour rejoindre directement Roissy, avec cartes https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/061218/betisier-deuropacity-n-7-transports-eviter-les-deplacements-ou-subir-la-galere 

[27] Aujourd’hui, les terrains sont acquis, mais le projet est à l’arrêt, avec la crise de l’immobilier de bureaux en Ile-de-France (la demande placée s’est effondrée de 45% en 2020).

[28] Ce sont ces mêmes élus locaux qui ne cessent de contester la légitimité de notre Collectif d’opposition, au motif que « nous ne serions pas du territoire ». Visiblement, nous le connaissons mieux qu’eux...

[29] J. Lorthiois, voir courbe de l’emploi de la commune de Roissy, figure 5 du Betisier du Grand Roissy n°1, https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/260119/betisier-du-grand-roissy-n-1-utilite-locale-du-pole-pour-le-territoire-62 

[30] Novlangue utilisée dans la totalité des documents produits par l’ensemble de ces instances.

[31] Malheureusement, faute de ratification d’un SCOT, le PLU restait de niveau communal et le maire de Gonesse a pu faire voter en conseil municipal la révision du PLU permettant l’urbanisation. Voir « Gonesse : les projets d’urbanisme adoptés dans une ambiance houleuse », in Le Parisien, 26 sept 2017.

[32] L’écoquartier de Louvres (architecte R. Castro) prévoit d’ici 2028 la construction de 3400 logements, destinés à loger les salariés de l’aéroport. C’est pourquoi aucun projet d’activités et d’emplois n’a été prévu. Dès l’origine, cet objectif n’avait aucune chance d’être atteint, compte tenu de la faible attractivité du pôle ; a fortiori à présent avec la crise aéroportuaire. Résultat : un encombrement « amont » du RER D, dont les usagers situés en aval se seraient bien passés.

[33] « Roissy Porte de France refuse d’épouser Val de France », in Le Parisien, 8 mars 2014.

[34] « Grand Paris en grande couronne : blocage en vue autour de Roissy et d’Évry » in La Gazette des communes, 16 juillet 2015.

[35] J. Lorthiois, voir définition du « Cœur de pôle », partie III de l’article

https://j-lorthiois.fr/concepts-generaux/a-lecoute-des-bassins-franciliens/

[36] Alexandre Porcu, « Intercommunalité, le mariage entre Roissy et la Seine-et-Marne confirmé », VO News95, 10 novembre 2015.

[37] « Plaines et Monts de France attaquent le Grand Roissy », in Le Parisien, 20 novembre 2015.

[38] Loi du 7 Août 2015, portant sur la Nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe).

[39] « Garges et Arnouville déposent 3 recours contre l’agglomération du Grand Roissy », in Le Parisien, 30 novembre 2015.

[40] « Intercommunalité : Garges et Arnouville attaquent à leur tour la grande agglomération de Roissy », VOnews, 30 novembre 2015.

[41] « Grand Roissy : Patrick Renaud, président par intérim d’une coquille vide », in Le Parisien, 12 janvier 2016.

[42] Anne Collin, « Municipales à Sarcelles : 4 maires en un seul mandat », in Le Parisien, 19 décembre 2019.

[43] Maïram Guissé, « Le député Pupponi attaque l’agglomération Roissy-Pays de France », in Le Parisien, 3 avril 2019.

[44] Anne Collin, « Roissy Pays de France : Patrick Renaud quitte la tête de l’agglomération... et la vie politique », in Le Parisien, 11 juillet 2020.

[45] J. Lorthiois, Diagnostic local de ressources, 1996, Presses Universitaires de Lyon, chapitre : « D'abord, définir le territoire »,.

[46] La "Charte agricole du Grand Roissy" adoptée en 2016 a été portée par l'EPA Plaine de France, puis le suivi en a été confié à la CARPF. Elle prévoit une consommation de 1500 ha sur les 9500 ha restants agricoles à l'horizon de 30 ans, ce qui comparé à la consommation moyenne des terres agricoles de l'Ile-de-France représente un sacrifice 2 à 3 fois supérieur à la moyenne régionale, déjà d’un niveau plus élevé que la moyenne nationale.

[47] Jacqueline Lorthiois & Harm Smit, « Les écueils du Grand Paris Express », in Métropolitiques, 27 juin 2019. URL : https://metropolitiques.eu/Les-ecueils-du-Grand-Paris-Express.html

[48] « Portraits du Grand-Roissy Le Bourget, une vision partagée de l’économie et de l’emploi », GIP Emploi /IAU, in Portraits n°3, janvier 2019.

[49] Terme largement usurpé : ce territoire ne possède pas d’unité économique et aucune dimension « sociale », aux antipodes d’un « territoire vécu », cf. note n° 9.

[50] Jade Lindgaard, "JO 2024 : le sort des jardins d'Aubervilliers fera-til couler la piscine ? », in Mediapart, 21 septembre 2021.

https://www.mediapart.fr/journal/france/210921/jo-2024-le-sort-des-jardins-d-aubervilliers-fera-t-il-couler-la-piscine/

[51] Cf. carte p. 43, in Les Cahiers de l’IAU n° 172, « Coupes et Découpes Territoriales, Quelle réalité du bassin de vie ? », septembre 2015.

[52] Voir sur mon site www.j-lorthiois.fr, in Concepts généraux, « A l’écoute des bassins d’Ile-de-France », le paragraphe intitulé « Évolution du bassin du Grand Roissy », avec une animation en 5 cartes couvrant la période 1975-2008.

[53] J. Lorthiois, Bêtisier /Triangle de Gonesse n°1 - Gare les vers de terre ne prennent pas le métro

Voir notamment l'analyse de cas des besoins de transports des 4 principales villes de l'Est-95 : Gonesse, Sarcelles, Goussainville, Villiers le Bel avec cartes des principaux déplacements domicile-travail

https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/100120/betisiertriangle-de-gonesse-n-1-gare-les-vers-de-terre-ne-prennent-pas-le-metro 

[54] Anne Collin, « Val d'Oise, un plan d'urgence d'un milliard d'euros après l'abandon d'Europacity », in Le Parisien, 21 novembre 2019.

[55] « Val d’Oise, des pistes pour le Triangle de Gonesse après Europacity », in Les Échos, 24 décembre 2020 https://www.lesechos.fr/pme-regions/ile-de-france/val-doise-des-pistes-pour-le-triangle-de-gonesse-apres-europacity-1276391

[56] Discours de Jean Castex « Un plan pour le Val d'Oise », sur le site du Premier ministre

https://www.gouvernement.fr/partage/12265-presentation-du-plan-val-d-oise-discours-de-jean-castex-premier-ministre

[57] J. Lorthiois, Bêtisier d'Europacity n° 11 : « Arrosez deux milliardaires et ça va ruisseler en banlieue ? »

https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/041219/betisier-d-europacity-n-11-arrosez-2-milliardaires-et-ca-va-ruisseler-en-banlieue

[58] J. Lorthiois, Bêtisier du Grand Roissy n°2, « La fracture territoriale est sociale, non administrative »

https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/100321/betisiergrand-roissy-n-2-la-fracture-territoriale-est-sociale-non-administrative

[59] J. Lorthiois, Bêtisier du Grand Roissy n° 4, « Chômage des jeunes :1 sur 7 et non 1 sur 3 »

https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/110421/betisier-du-grand-roissy-n-4-chomage-des-jeunes-1-sur-7-et-non-1-sur-3

[60] Jean-Louis Husson, Jacqueline Lorthiois, étude « Les enjeux et perspectives socio-économiques et territoriales de l'aéroport d'Orly », 2e phase, Juillet 2021. Une synthèse d'une dizaine de pages est disponible sur le site, ainsi que le rapport de la première phase. Les parties sur l'évolution de l'activité aérienne et aéroportuaire et sur la gestion prévisionnelle des métiers et des compétences concernent aussi bien le pôle d'Orly que celui de Roissy.

https://ene91.fr/enjeux-et-perspectives-socio-economiques-et-territoriales-de-laeroport-dorly/

[61] Florian Maussion, Denis Fainsilber, « Gare du Nord : la SNCF part au contentieux contre Ceetrus », Les Echos, 22 septembre 2021.

[62] J. Lorthiois, Bêtisier d'Europacity n*9, « Pub douteuse, sondage truqué, manifestation parachutée »

https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/071019/betisier-d-europacity-n-9-pub-douteuse-sondage-truque-manifestation-parachutee

[63] Voir cure de Désintox du professeur Isocèle contre l'IMC sévère (Inutilité Mégalopathique Chronique)

https://ouiauxterresdegonesse.fr/agir/debat-agir/prescription-dune-cure-de-desintox-500/

[64] J. Lorthiois, Bêtisier du Grand Roissy n° 5, « 40 ans de fabrication d'un désordre urbain »

https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/100521/betisiergrand-roissy-n-5-amenagement-40-ans-de-fabrication-dun-desordre-urbain

[65] Grégoire Allix, « Europacity, le projet de mégacomplexe définitivement abandonné », in Le Monde, 7 novembre 2019.

[66] Jade Lindgaard, "Triangle de Gonesse : les transports doivent passer par les quartiers", in Mediapart, 14 février 2021.

https://www.mediapart.fr/journal/france/140221/triangle-de-gonesse-les-transports-doivent-passer-dans-les-quartiers

[67] J. Lorthiois et Harm Smit, « Zone cohérente », article du Dictionnaire du Forum Vies Mobiles, 10 mai 2021.

https://fr.forumviesmobiles.org/reperes/zone-coherente-13686

[68] Charlotte Chabas, interview de Philippe Subra, « L'abandon d'Europacity peut être surprenant, mais il est aussi très macronien, car très pragmatique », in Le Monde, 8 novembre 2019.

[69]  Mouvement des « Soulèvements de la terre », exprimé par la manifestation de la « Colère des terres de Gonesse et d'ailleurs », mais aussi par les « marches des terres », de Gonesse à Matignon des 9 et 10 octobre 2021. Voir site :

https://ouiauxterresdegonesse.fr/agir/la-colere-des-terres-de-gonesse-et-dailleurs-22-mai-2021-place-de-la-republique-a-paris/

https://ouiauxterresdegonesse.fr/agir/marches-des-terres-des-samedi-9-et-dimanche-10-octobre-2021/

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