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Billet de blog 31 juil. 2018

1968: toute une jeunesse transformée

N°90 de ma série "1968". C'est toute la jeunesse, et pas seulement étudiante et lycéenne, qui s'est radicalisée en 1968. Prochain article:"Le contexte international de 1968".

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Un fait à rappeler: Mai 68 n’a pas commencé à Paris ni en 68. Plusieurs article de cette série « 1968 » en rendent déjà compte, notamment 27 janvier 68: les lycéens font collection de képis de policiers, 14 février 68: combat pour le cinéma, 17-18 Février 68: La jeunesse européenne avec le Vietnam, ou 1968: le père De Gaulle et la tante Yvonne, ça suffit !.

Mai 68 a accéléré des changements dans le mode de vie des jeunes, car en fait, c’est tout au long des années 60 que se sont produits ces changements. Le reportage ci-dessous rend compte de l’évolution de la jeunesse avant 68, tout au long des années 60:

Avoir 20 ans © Les Chemins du Docu

Et la vidéo ci-dessous rend compte de la radicalisation d’une partie de la jeunesse dans les années précédant Mai 68:

Fête 68 - La radicalisation de la jeunesse dans les années précédant Mai 68 © Diffusion NPA

Dans son article  Une jeunesse rédemptrice. Interprétations et usages politiques de la contestation (autour de mai-juin 1968), l’historienne de la jeunesse Ludivine Bantigny dresse le tableau de la jeunesse  révoltée, contestataire voire révolutionnaire. L’article examine la construction sociale qui fait alors de  la jeunesse une entité à part entière. Il aborde aussi le problème posé au Parti communiste français, sommé de réviser son appréciation de « la jeunesse », alors même que l'extrême gauche s’efforce d’articuler marxisme et jeunesse comme force révolutionnaire. De son côté, Jean-Louis Moynot, alors secrétaire de la CGT, explique que la centrale syndicale n’était pas préparée à comprendre la jeunesse révoltée.  Regardant loin au delà de la jeunesse scolarisée, dans son article Que jeunesse se passe ? , elle examine les représentations de la jeunesse issues de Mai 68. Elle est certes contestataire mais aussi inquiète de s’insérer dans la société et son malaise est le fruit de la précarité face au chômage.

Par ailleurs, dans un échange avec Benjamin Stora, elle explique que c’est toute la jeunesse, et pas seulement étudiante ou lycéenne, qui ont déclenché Mai et Juin 68: « Certes, le 17 mai, les 3 000 étudiants qui partent du Quartier latin pour rejoindre Boulogne-Billancourt trouvent les portes de Renault closes. Mais, au-delà de cette image, partout dans le pays, des liens s’opèrent, des rencontres et des discussions s’organisent devant les piquets de grève, beaucoup de jeunes ouvriers participent aux débats dans les universités occupées. Il faut se souvenir que, à l’époque, il y a moins de 10 % d’enfants d’ouvriers et moins de 7 % d’enfants d’agriculteurs à l’université. En refusant d’être les futurs rouages privilégiés du système, les étudiants remettent en cause l’organisation du monde du travail et se rapprochent de la classe ouvrière… En consultant les registres des personnes arrêtées au Quartier latin, les 3 et 6 mai, il est frappant de constater qu’il ne s’agit pas que d’étudiants, mais aussi de jeunes prolétaires, comme ils le disent eux-mêmes, des OS, des manœuvres, des employés de bureau, des garçons de café, des coursiers, des plongeurs de restaurant… ». L’historienne rappelle ce fait avec beaucoup plus de données encore dans son ouvrage récent 1968-De grands soir en petits matins (Seuil, 2018). Elle souligne pages 55 à 58 les efforts de la CGT pour empêcher tout contact, et contamination par des idées de révolution sociale, suivis d’effet souvent, notamment à Renault Billancourt, mais elle relève en contrepoint les très nombreux contacts, solidarité, amitiés nouées et action communes dans beaucoup d’entreprises.

Dans Mai retrouvé, Jacques Baynac, ancien militant du Comité d’action travailleurs-étudiants (CATE) de la fac de Censier, revient sur les efforts déployés pour associer, malgré l’opposition acharnée des staliniens, la lutte étudiante et la lutte ouvrière. Dans un extrait accessible ici, il raconte ces événements aux usines Citroën de Paris 15e. On peut aussi lire un article de Kristin Ross, qui décrit le soulèvement de 1968 comme une extraordinaire jonction entre ouvriers et étudiants pour la remise en cause de l’ordre social.

Concernant spécifiquement les lycéens, il faut aussi lire le livre de Didiers Leschi et Robi Morder Quand les lycéens prennaient la parole - Les années 68 (Syllepse). Dans l’avant-propos que l’on peut consulter ici, les auteurs soulignent l’inédit que représente des adolescent·es manifestant, faisant grève, occupant leurs établissements scolaires. Ils abordent les évolutions vers l’autonomie, avec l’invention de la coordination comme mode d’auto-organisation dans les luttes », les « mutations profondes tant du lycéen que du lycée », « la massification scolaire », la mise en cause des « relations pédagogiques, la famille, la police, l’armée, y compris les organisations dites traditionnelles », le fait que cette massification ne fut pas « synonyme de démocratisation », la place des élèves du technique.

On peut aussi consulter le travail de C. Maroy Les jeunes de 1964, 1968, 1980 : trois générations vues par les sondages qui  essaie de reconstituer à travers eux, le portrait de plusieurs générations de jeunes depuis le début des années 60. 

En complément quelques témoignages qui contribuent a compléter le tableau de la jeunesse ou plutôt des jeunesses et de leurs transformations en 1968:

- Mai 68 dans les collèges et les lycées : «la levée d'une chape de plomb»

- "Les policiers les ont tabassés à coup de matraques..."!"

- "J'avais 9 ans, notre école était fermée, c'était la belle vie"

- « Cause toujours, mon vieux », par Chantal Ranger, en licence de Lettres modernes, Aix-en-Provence

- L’engagement de jeunes ouvriers et étudiants dans le mouvement contestataire clermontois en Mai-Juin 68, par Nathalie Ponsard

- « Étudiants-ouvriers-paysans, même combat », par Joël Bellenfant, clerc de notaire, membre de la MJC du Mans (Sarthe)

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50 ans plus tard...

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Ma série « 1968 »

  • Première partie « Mise en jambes »: 37 articles à consulter 
  • Deuxième partie couvrant Mai et Juin, « La plus grande grève générale en France ». 42 articles déjà parus à consulter ici
  • Troisième partie, « Bilans et secousses », qui comptera des dizaines d’articles d’ici la fin de l’année:
  1. Mai 68: une situation révolutionnaire ?
  2. Bilan et leçons de la grève générale de 68
  3. Lettre d'un enfant de 1968 à un jeune de 2018
  4. Un bilan de 68 par Ludivine Bantigny et Alain Krivine
  5. La deuxième vague féministe, fille légitime de 68 
  6. 18 Juillet 68: les CRS chargent les festivaliers d’Avignon
  7. 1968, année de l'autogestion ?
  8. Une féministe révolutionnaire ouvrière chez Renault Flins- vidéo
  9. 28 juillet 68: Mao dissout les « Gardes Rouges »

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