Assassinat de Samuel Paty : les responsables ?

Le coupable de l'assassinat de Samuel Paty a été abattu par la police le jour même. Mais on peut s'interroger sur les responsables.

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Les faits

   L'assassinat de Samuel Paty, enseignant en collège de 47 ans à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 17 octobre 2020, a fait la une des médias français.

   L'auteur de ce crime, Abdoullakh Anzorov, âgé de 18 ans, a été abattu par la police peu après son crime. Il résidait en France depuis que sa famille, russe d'origine tchétchène, y avait obtenu le statut de réfugié en 2008. Il disposait depuis sa majorité d’un titre de séjour personnel délivré le 4 mars 2020, et résidait à Évreux.

   Il s'était comme on dit "radicalisé", comme l'illustre son dernier message sur son compte Twitter (supprimé depuis), juste après le crime :

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   Oui, l'image floutée est la tête de l'enseignant.
   Le terme "Al Ansâr" qu'il avait choisi pour nommer son compte se référait aux compagnons médinois (de souche wink) de Mahomet, référence salafiste s'il en est.

   Mais la question qui se pose est : au-delà du coupable, y a-t-il des responsables ?

L'intervention du père d'une élève

   Le 5 octobre, Samuel Paty, dans le cadre d’un cours d’instruction morale et civique dans une classe de classe de 4ème, avait présenté des caricatures de Charlie Hebdo représentant Mahomet, en prenant soin d'avertir ses élèves que cela pouvait avoir pour certains un caractère choquant.

   Le père d'une des élèves avait les jours suivants publié sur un de ses comptes Facebook un appel à la mobilisation contre l’enseignant.

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   Il exhortait sur Facebook à plusieurs reprises ses lecteurs, relayé par nombre de ceux-ci, à écrire au CCIF, le "Collectif contre l’islamophobie en France" (allo, Edwy, pourquoi tu tousses ?...)
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   Et il publiait sur Facebook le 8 octobre une vidéo où il donnait sa version des faits et appelait à une mobilisation pour l'exclusion de Samuel Paty. Il qualifiait ce dernier de voyou à plusieurs reprises :
   «…son prof, je veux même plus employer ce mot "prof", c'est un voyou, c'est un voyou de l'histoire »
    […]
   « ce voyou ne doit plus rester dans l'éducation nationale, il ne doit plus éduquer les enfants, il doit aller s'éduquer lui-même »

   Cette vidéo a été repostée le 16 octobre, vers 15 h, moins de deux heures avant l'égorgement de Samuel Paty par le sympathique petit musulman d'origine tchétchène.

   Le 8 octobre, le père de l’élève, accompagné d’un second individu, a été reçu par la principale du collège du Bois-d’Aulne. Il exigeait le renvoi du professeur, sous peine de manifestations.
   Il a également déposé plainte au commissariat de police de Conflans-Sainte-Honorine pour diffusion d’images pornographiques.
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   Le 12 octobre, Samuel Paty a été auditionné, il contestait la version du père de l'élève et déposait plainte pour diffamation publique. Convoqués le 14 octobre au commissariat, le père et sa fille ne se sont pas présentés.
   Ce même 12 octobre, une vidéo d’une dizaine de minutes a été mise en ligne sur YouTube, et relayée par le père de l'élève sur son compte Facebook :
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   S'y expriment l'élève qui dit avoir été choquée, son père, et un troisième individu.
   La vidéo est intitulée : « L'islam et le prophète SwS insultés dans un collège ». Pour info, "SWS" (ou SAW, ou SAWS, ou autre SAAS) est une eulogie abrégée ("ṣallā l-lāhu `alay-hi wa-ṣallam" : "que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui", pouvant donner lieu aussi à l'abréviation PBSL) que tout musulman rigoriste appose obligatoirement à une mention de Mahomet.
   Cette vidéo a été retirée de Youtube, mais j'en reproduis un extrait plus loin.

L'intervention d'Abdelhakim Sefrioui

   Il n'est pas utile de s'en prendre personnellement au père de l'élève.
 . Premièrement, il peut être assez ballot pour avoir cru devoir défendre sincèrement ses convictions religieuses.
 . Deuxièmement, il est déjà l'objet sur Facebook d'un déferlement d'injures, hélas compréhensible.
 . Troisièmement, si les "J'aime" et les "Partager" de son principal compte Facebook ont explosé dès lors qu'il s'en est pris à Samuel Paty, c'est peut-être que d'autres intervenants sont en jeu…

   Qui est l'individu qui l'accompagnait lorsqu'il a rencontré la principale du collège du Bois-d’Aulne ?
   Qui est l'individu qui intervenait, à la suite de sa fille et lui, dans la vidéo intitulée « L'islam et le prophète SwS insultés dans un collège » ?
   Qui est l'individu à qui il emprunte le terme "voyou" pour désigner l'enseignant ciblé ?

   Il s'agit d'Abdelhakim Sefrioui, d'origine marocaine comme le père de l'élève, et qui l'a accompagné dans ses démarches contre l'enseignant. Au moment où j'écris ce billet, ils sont tous deux en garde à vue.

   Abdelhakim Sefrioui, membre du bureau de l'obscure association "Conseil des imams de France", est surtout un islamiste militant, fiché S, bien connu des services de renseignement français.

   Lui aussi, dans la vidéo Youtube retirée, exigeait à propos de l'enseignant Samuel Paty « la suspension immédiate de ce voyou », et stigmatisait « le cours de ce voyou ».
   Mais il y a plus grave.

   Comme on peut le constater dans l'extrait qui suit de la vidéo, après avoir fait référence à deux reprises à « ce voyou », Abdelhakim Sefrioui enchaîne :
   « Je vous dis tout simplement que nous sommes dans une ligne droite, effectivement, nous voyons cette machine qui s'emballe, et demain, peut-être, si jamais on accepte ça, demain, on arrivera peut-être à ce qui s'est passé à Srebrenica, à ce qui s'est passé en Yougoslavie. »

Abdelhakim Sefrioui et Charlie Hebdo © Jean-Paul Richier
 

   Pour ceux qui ne s'en rappellent pas ou qui étaient trop petits pour s'en rappeler, les guerres de Yougoslavie durant les années 1990 donnèrent lieu à des affrontements ethnico-religieux. Ces affrontements aboutirent notamment en 1995 à Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, à la tuerie de milliers de Bosniaques (musulmans) par les Serbes (chrétiens). Les instances onusiennes comme le TPIY ou la CIJ ont qualifié cette tuerie de "génocide".

   Donc, selon Abdelhakim Sefrioui, nous sommes dans une ligne droite qui, si on accepte ce que fait Samuel Paty, nous conduit au génocide des musulmans en France.
   Dans ces conditions, comment en vouloir à Abdoullakh Anzorov, qui, en tuant héroïquement l'inacceptable enseignant, a simplement voulu éviter un génocide ?...

Bref

   Et les musulmans de France, dans tout ça ?
   Comme d'habitude, nos concitoyens musulmans sont encore les victimes des extrémistes ou des déséquilibrés.
   Les musulmans sont de gens comme les autres : ils regroupent cinquante nuances de gris, du plus sombre au plus clair, des plus cons aux plus éclairés. Il en est de même pour tous les groupes humains, quelles que soient leur nationalité, leur couleur, leur culture ou leur religion.
   Certains citoyens musulmans sont magnanimes envers ce crime, mais la plupart sont horrifiés, comme tout le monde.

   Ce drame, qui fait suite à l'attaque au hachoir, trois semaines auparavant, par un jeune Pakistanais devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, va être instrumentalisé :
   . par LREM, qui va y trouver l'occasion de regrouper contre l'ennemi islamo-terroriste une nation plus que jamais divisée,
   . par la droite LR et RN, qui va y trouver l'occasion de brandir l'étendard identitaire.

A propos, rappel de mes billets sur le sujet :

- Billet prémonitoire wink en décembre 2014Diallo ? Non mais Diallo, quoi !?

- Billet après les attentats janvier 2015Charlie Hebdo et les idiots utiles de l'islamo-terrorisme

- Billets après les attentats de novembre 2015 :
  . Daech et le dernier tube francophone des islamopithèques
  . Houellebecq parfois prophète
  . Daech et les musulmans

- Billets de réflexion générale, à l'occasion de l'attaque au marché de Strasbourg en décembre 2018 : :
  Que désigne le terme « radicalisation » ?
  Islam, islamisme, fondamentalisme, salafisme et djihadisme
  . Que désigne le terme « islamisme » ?
  . 
Que désigne le terme « fondamentalisme » ?
  . Que désigne le terme « salafisme » ?

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