Crise du Covid 19 : parce que la santé a été traitée comme une marchandise

Le coronavirus, l'infiniment petit, menace l'économie globalisée, l'infiniment grand. Il révèle aussi la dérive de la réification néolibérale à s'emparer de tout pour faire du profit : le savoir, les sciences, l'environnement, la vie et notamment la santé. Le Covid-19 est un produit de l'économie casino, qui ne favorise que quelques gagnants et fait beaucoup de perdants.

Le Covid-19 signale l'échec mondial d'un vieux modèle néolibéral  douteux et illustre le résultat désastreux de ceux qui promeuvent ce modèle pour conduire la société.

La santé, donc la médecine, comme la justice, donc le Droit, n'est pas un produit dont on fait impunément commerce. C'est sinon, par exemples, l'épidémie pour la première, la corruption pour la seconde.

La santé est un droit humain, un droit fondamental, dont il appartient aux Etats membres de l'OMS d'en garantir l'efficacité. Les sales coups sur les tarmacs d'aéroports pour du matériel de santé alertent sur le degré de débilité institutionnelle qui prive les hôpitaux de moyens et les patients de soins.

Au-delà des comportement inadaptés des dirigeants, la communication trahit leur indifférence aux réalités scientifiques et humaines qu'ils ont négligées pour le seul souci de satisfaire à l'impécuniosité insatiable d'un petit groupe d'excités du calcul financier.

 

Le Covid-19 dégonfle la start-up nation comme un cactus sur lequel se pose un ballon en baudruche.

Les sciences n'énoncent pas de vérités absolues ou définitives. Elles énoncent un état des connaissances " jusqu'à preuve du contraire ".

Le savoir, et l'humain, ne peuvent pas se réduire à un algorithme, vieille illusion d'homme prométhéen, d'homme mathématique.

C'est la collaboration de la communauté scientifique internationale qui a fait progresser le savoir et non pas les entreprises qui  se cachent par le secret des affaires et empêchent le débat  au mépris du bien-être général et de la santé publique (cf. les scandales de l'industrie du tabac, l'industrie alimentaire, de l'industrie de la chimie, de l'industrie de la pharmacie, etc.).

Les lobbyistes ont une lourde responsabilité dans cette dérive. Le Covid-19 l'illustre par la situation des populations confrontées à une pandémie prévisible  que les Etats ont négligée, mal conseillés (trompés),  et qui n'intéresse pas les laboratoires privés dont la logique est de s'intéresser aux molécules (très) profitables et qui investissent le marché du lobby auprès des institutions.

 

La médecine est une science empirique, fondée sur l'observation statistique :

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Les savoirs évoluent au jour le jour tant sur la contagion que sur les facteurs de résistance à la maladie.

Le Covid-19 rappelle donc tous les jours les limites de la science aux imposteurs  du storytelling et du clash qui encombrent la politique et la dénaturent. Voire abusent l'opinion en soutenant des menteurs qui tentent d'éluder leurs responsabilités pénales.

Les communicants bouffis de certitudes, plein d'arrogance et d'arguments d'autorité en sont pour leurs frais. Il n'est pas possible d'enterrer une pandémie par des éléments de langage parce qu'il n'y a pas de consultation ou de grand débat envisageable avec un coronavirus.

Une petite bestiole de quelques nanomètres anéantit leur technique et rhétorique, en dévoile la superficialité, et conduit à abaisser prudemment le pavillon, temporairement, dans l'attente que la bébête se calme et que les affaires reprennent comme avant.

Mais même les annonces qui se veulent prudentes ne résistent pas à une critique raisonnable

 

Le coronavirus éclaire dans ses effets la gestion à court terme - qui n'est pas de la politique - et l'obsession comptable partisane - fanatique jusqu'à rogner les libertés publiques et les droits sociaux - dans son affirmation, notamment en l'espèce, à réduire des budgets, comme ceux de la recherche et de l'hôpital publics, malgré les vaines alertes continues des professionnels :

La persistance dans l'erreur du pouvoir, malgré la crise, sans aucune considération stratégique, vision ou projection sur le long ou moyen terme, reste sensible dans les annonces ou leur improvisation.

Il semble en effet difficile et audacieux d'évoquer sérieusement dès à présent un déconfinement , même progressif, quant toute la planète est malade ; sauf à s'isoler de façon étanche, interrompre les échanges entre pays et redévelopper des économies locales, pendant deux ans, le temps que s'arrête l'alerte. Ce qui n'est pas du tout évoqué.

Tout cela risque de renvoyer la sortie de ce scandale à des échéances très lointaines. L'empire et l'emprise du concept des "marchandises fictives"* sont démontrés par l'épidémie du Covid-19.

 

Le coronavirus montre que l'existence - et pas seulement humaine - est réduite à une loterie.

La pandémie fait contraster ceux qui ont les moyens de jouer à la loterie de la vie, mais surtout d'y gagner - finançant la politique et claironnant les dons - même s'ils perdent provisoirement des fortunes - pour s'en faire de plus grandes encore - et, d'autre part, les autres, les perdants, toujours les mêmes, la grande majorité anonyme que le pouvoir ignore ou méprise : les "riens", les "fainéants", les "réfractaires", les "illétrés", les "sans-dent", les "pauv'con", ...

 

 

* La Grande Transformation, Karl Polanyi

 

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Vaccin contre le Covid-19 : Sanofi, ou la marchandisation extrême de la santé

14 mai 2020 Par Martine Orange

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