Le Covid met fin au mythe d'une économie autonome de la biosphère

800 000 virus menacent l'humain et la perte de biodiversité favorise l'émergence des nouveaux virus, comme le COVID-19. Malgré ces évidences et réclamée depuis un an, un spécialiste de la santé animale vient seulement d'être intégré au conseil scientifique français sur le Covid-19. En effet, 60 % des maladies humaines sont issues du monde animal, et 75 % des maladies émergentes aussi.

https://www.francetvinfo.fr/sante/enquete-apres-le-covid-19-dautres-virus-dorigine-animale-nous-menacent_4312331.html

Les virus, bactéries ou parasites "sautent" la barrière d’espèces et infecte l'humain en transitant par des animaux domestiques. D’où le concept d’associer les disciplines appelé One Health (" une seule santé ") lancé par la recherche au début des années 2000.

Le Covid-19 n'est que le début d’une épidémie de pandémies.

"Avant le XXe siècle, le monde connaissait une pandémie environ tous les cent ans, explique Benjamin Roche, éco-épidémiologiste à l’IRD (Institut de recherche sur le développement). Or depuis le début du XXIe siècle on en a déjà connu six !"

  • En 2003 émergeait le premier SARS-CoV-1 (un coronavirus, donc), à l’origine du "syndrome respiratoire aigu sévère", ou SRAS, apparu en Chine avant de provoquer la panique dans le monde entier.
  • En 2009-2010 émerge au Mexique la grippe A (H1N1), dite "grippe porcine", vite élevée au rang de pandémie par l’OMS. Elle sévit depuis dans le monde entier.
  • En 2012 le MERS-CoV (un autre coronavirus) surgit en Arabie saoudite puis s'étend à plusieurs autres pays du Moyen-Orient. On le retrouve également en Corée du Sud.
  • En 2013 en Polynésie puis en 2015 au Brésil, la fièvre Zika fait des ravages.
  • En 2014 enfin, l’Afrique de l’Ouest subit la plus grande épidémie de fièvre Ebola jamais encore connue dans le continent (où la maladie se maintenait à bas bruit depuis son apparition au Soudan et au Congo en 1976).

La liste va s’allonger à un rythme soutenu.

En effet, en octobre 2019 un groupe de 22 experts internationaux de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) dont fait partie Benjamin Roche, alertait en ces termes :

" On estime à 1,7 million le nombre de virus 'non découverts' actuellement présents dans les mammifères et les oiseaux, dont 827 000 pourraient avoir la capacité d'infecter les êtres humains. "

Parmi les causes de nouvelles maladies : la perte de biodiversité.

Le Covid-19 doit son émergence à l’intensification des activités humaines.

La déforestation pour l'augmentation des terres cultivables que réclame l'expansion et l'intensification de l'agriculture, ainsi que le commerce globalisé, la production et la consommation non durables supprime les barrières sanitaires naturelles et protectrices entre la faune sauvage, le bétail, les agents pathogènes et les êtres humains.

Ce modèle économique est le chemin qui conduit droit aux pandémies, explique le rapport final de l’IPBES.

Dans une nature vierge, ou peu perturbée par les activités humaines, une forme d'équilibre se maintient entre la faune sauvage et les microbes (virus, bactéries et parasites) dont elle est porteuse. On appelle cela l’effet de dilution.

" Une forte biodiversité permet de 'diluer' les microbes dans la variété des espèces sauvages, explique Benjamin Roche. On l’a observé à de multiples reprises aux États-Unis où l’on voit progresser en flèche la maladie de Lyme [transmise par les tiques] dans les États où la biodiversité est la plus détruite. Pour ce qui est de la fièvre du Nil occidental [arrivée aux États-Unis à la fin des années 90 et transmise par des moustiques aux oiseaux avant le passage au cheval et à l’homme], on a observé que les États où il y avait le moins de cas étaient ceux qui conservaient la plus riche diversité d’oiseaux. Dans le cas du virus Ebola en Afrique, poursuit l'éco-épidémiologiste, on s’est rendu compte qu’il se propageait tout particulièrement dans les zones déforestées, car les chauve-souris originaires des écosystèmes forestiers sont contraintes de se déplacer de plus en plus près des villages et des villes à proximité de ces écosystèmes : c’est là que se fait la transmission à l'homme, puis la transmission interhumaine prend le relais."

En l'état actuel de la politique économique au service de l'optimisation immédiate des profits, et en l'absence de volonté de l'exécutif à en changer, il est raisonnable d'affirmer que les pandémies risquent donc de se multiplier à l’avenir.

Tout dépend de la volonté des gouvernements à le prévenir efficacement en décidant maintenant - c'est l'évidence - de prendre les mesures environnementales qui s'imposent et financer comme il faut les services de contrôle, la recherche publique, l'hôpital public. La survie de l'humanité réside dans la volonté politique à encadrer et planifier l'économie, et non pas réduire les libertés publiques ou imposer une politique d'austérité et de régression sociale qui favorisent les profits de quelques uns et la mortalité des autres.

La recherche d'un vaccin dans les conditions de précipitation et de bricolage - du fait d'un désarmement de la recherche publique fondamentale une gestion d'optimisation des résultats financiers de la recherche privée - n'est qu'une illusion, un sparadrap, une politique du coup par coup, qui sacrifie les populations.

Si l'articulation entre médecine humaine et vétérinaire commence enfin, elle ne le fait QUE dans les pays de l’hémisphère nord, leS pays riches qui dominent l'économie de la planète et font des profits sur le dos des pays du sud. Ceux-ci sont contraints de faire appel à l’OMS, mais celle-ci est privée du budget nécessaire, que lui refusent les pays riches, pour être pleinement efficace sur toute la planète.

Le concept de One Health se heurte donc aujourd’hui à un problème d'égoïsmes financiers qui font obstacle à la solidarité internationale nécessaire à la pérennité de l'humanité.

Rien de plus favorable aux virus qui, eux, voyagent sans contrôle et ne connaissent pas de frontières.

 

 

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