SEMANTIQUE POLITIQUE

Les mots ont un sens. Mais ce sens n'est pas le même suivant qu'il s'agit de la vie normale ou de la vie politique (en fait : politico-médiatique tant les deux sont liés !). Petit dictionnaire. Ce billet est mis à jour régulièrement, suivant l'actualité. Dernières entrées : antisémitisme, valeurs de la République, fillonnerie ...

Abolition des privilèges (synonyme : conte à dormir debout) 

Episode mythique de la Révolution française qui aurait eu lieu dans la nuit du 4 août 1789.

Il s'agit en réalité d'un conte, les privilèges n'ont jamais été abolis !

Seuls les mots ont changé : le roi est devenu président, les seigneurs s'appellent parlementaires et les journalistes remplacent les courtisans. Quant aux sans-culottes on les appelle désormais "électeurs" quand il s'agit de voter pour assurer la carrière des politiciens, et ensuite ... "pov'con" ou "sans-dents" suivant les monarques !

Antisémitisme  (arme de dissuasion massive)

Formulé vers la fin du XIXe le terme désignait à l'origine le racisme à l'encontre des peuples sémites mais ne visera en réalité que les Juifs.

La création d'un Etat juif (Israël), puis ses exactions permanentes : colonisation, racisme anti-arabe, apartheid, non respect du droit international, massacres, etc ... a amené de nombreuses voix dans le monde à dénoncer cette politique criminelle.

Celle-ci étant totalement indéfendable il fallait trouver comment faire taire ces voix à tout prix. Ce sera l'accusation d'antisémitisme dès lors qu'on osera critiquer le régime d'extrême droite israélien ! 

Ainsi, que ce soit en Israël même, chez les politiciens français ou dans les media, tout démocrate, tout humaniste, risque de se voir désormais traité d'antisémite par un lobby aux dents longues et sa propagande honteuse. 

Cette dérive sémantique est tout à fait symbolique de l'utilisation qui est faite du sens des mots par ceux qui sont au pouvoir et qui tentent là de transformer systématiquement une opinion (critiquer la politique d'Israël) en un délit (l'antisémitisme). Ainsi le "délit d'opinion", propre des dictatures, s'est peu à peu infiltré dans la République. 

Avec des conséquences :

- en parlant d'antisémitisme pour tout et n'importe quoi ils ont fini par en affaiblir le sens, et même le ridiculiser, tout en confortant les vrais antisémites

- le caractère obsessionnel de leur croisade, leurs propos souvent délirants, vont jusqu'à produire de fausses agressions antisémites !

- mais surtout cette chape de plomb prive les Français des informations et des prises de position qui leur permettraient de mieux comprendre la situation : l'horreur en Palestine, la guerre coloniale, le mouvement BDS, les résistants israéliens, la complicité des dirigeants français, leur soutien aux assassins, etc ...

Cadeau fiscal  (synonymes : escroquerie, vol, fraude fiscale)

Contrairement à la vraie vie où le fait de voler de l'argent public ou de ne pas le déclarer au fisc est un délit, dans la vie politique la pratique est courante. Les voleurs d'aujourd'hui et ceux d'hier se serrent les coudes et ne se dénoncent pas les uns les autres. Quelques exemples :

- le fisc passe l'éponge sur les impôts de Tapie

- sur ceux de la Société générale 

- un conseiller de l'ex-Président se sert des primes qui n'existent plus et ne les déclare pas au fisc au motif que "ce n'était pas l'usage" (on appréciera l'élégance très "Ancien Régime" de la formule ! )

- un ministre/marquis/sénateur reçoit chaque mois "à la bonne franquette" 4 000 € au black du groupe UMP du Sénat via la banque HSBC spécialisée dans le blanchiment et l'évasion fiscale. Il justifie ses exactions par la nécessité (entre autres) d'acheter ... du papier-toilette lors des campagnes électorales ! 

- les parlementaires refusent de déclarer et justifier une partie de leurs revenus (IRFM)

 Casseurs 

Se dit de salariés qui manifestent pour garder leur emploi et qui PEUT ETRE (on l'espère, on l'attend ?) vont "casser" quelque chose. Pour être tout à fait honnête il arrive que parfois ces malheureux, qui n'ont que leur travail (et leurs yeux pour pleurer), s'énervent un peu, cassent des pots de fleurs, déchirent dcs chemises ou mettent le bazar dans une Préfecture. Mais pour le Figaro il n'y a pas à s'énerver pour défendre de si petits salaires.

 En revanche s'il s'agit de camionneurs bretons ou de fachos qui ont VRAIMENT cassé un bien public on parlera plus volontiers de "dégradation" , leur motivation étant, par nature, plus noble, puisqu'il s'agit d'échapper à un impôt, l'Ecotaxe. Et ça c'est une démarche que peuvent mieux comprendre les lecteurs du Figaro, sans doute familiarisés avec "l'optimisation fiscale" et les "comptes off shore".

Cisjordanie  (pays qui n'existe pas) 

Il s'agit en réalité de la Palestine occupée par Israël.

Mais ces mots sont tabou pour politiciens et media car alors il faudrait reconnaitre que les Palestiniens abattus par Israël sont des "résistants", que leur pays est occupé, colonisé etc  

Celà remettrait totalement en question le soutien massif des dirigeants français au régime fachiste et raciste israélien. 

Et surtout attirerait les représailles du puissant lobby qui fait ici office d'ambassade. 

Clientélisme (synonymes : frais de campagne, corruption, abus de pouvoir) 

Le clientélisme est constitué d'un ensemble de cadeaux accordés par les politiciens à des catégories d'électeurs bien ciblées afin d'obtenir leurs voix pour mener leurs carrières. Exemples : la Réserve Parlementaire et la Réserve Ministérielle

Dans un cas exceptionnel ces cadeaux proviennent de la poche personnelle de l'élu (Dassault) qui s'enrichit toutefois grâce aux commandes de l'Etat ! Mais en général ils sont puisés directement dans l'argent public

 Conflit d'intérêt (fondement même de la vie politique française)

Normalement le terme désigne le non-respect de règles de déontologie qui font qu'une personne est à la fois décideur et bénéficiaire d'une décision. En politique c'est le contraire : il est communément admis que le conflit d'intérêt fait partie intégrante de la fonction. Ainsi :

- la "déontologue" de l'Assemblée Nationale était elle-même ... avocat d'affaires !

- un ministre du budget chargé de lutter contre la fraude fiscale était ... évadé fiscal

- un sénateur qui vote le budget de l'armement est ... fournisseur de l'Etat

- la palme revenant à François Rebsamen, à la fois sénateur (législateur), Maire (exécutif local), et administrateur grassement rémunéré de Dexia, banque qui prêtait en les escroquant aux collectivités locales et a coûté 7 milliards aux contribuables en renflouements successifs !

- mais le conflit d'intérêt le plus flagrant est celui qui consiste pour les politiciens à décider, eux-mêmes, des privilèges qu'ils s'accordent : revenus, cumuls, régimes exorbitants du droit commun, immunités judiciaires ... 

Ce qui a des conséquences :

- attirer des personnages avides de pouvoir, d'argent, de privilèges et préoccupés davantage par leurs intérêts personnels que par celui du pays et de ses habitants

- un clientélisme coûteux destiné à "acheter" les voix nécessaires à leurs carrières 

- corrompre les éventuels honnêtes citoyens égarés dans ce marigot

- engendrer abstention et vote FN chez les électeurs scandalisés

Contre vérité (synonyme : mensonge éhonté)

Allez savoir pourquoi lorsqu'il s'agit des mensonges des politiciens leurs "adversaires" et les media utilisent cet euphémisme : contre vérité ?

 Exemple : pendant 24 h l'UMP a menti effrontément s'agissant du rejet des comptes de campagne de son candidat. Pour "le Monde" il s'agit de quelques contre vérités

Après une enquête fouillée il s'avère qu'il s'agit tout simplement d'un geste de pudeur, une élégance. Dire qu'ils mentent pourrait ternir leur image et altérer la confiance des citoyens. Alors que dans "contre vérité" il y a comme une excuse, un mensonge un peu involontaire, voire une erreur, pardonnable donc !

Cette très légère altération du sens permet de dénoncer mais pas trop. Courtisanerie et allégeance obligent. Imaginez le Monde titrant "les mensonges de l'UMP" ! 

Constitution

Une Constitution est normalement un texte qui fixe l'organisation d'un Etat et protège les droits et libertés des citoyens contre les abus de pouvoir potentiels des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire).

En France les politiciens ignorent totalement le sens de ce mot (sans doute n'est-il pas enseigné à l'ENA ou alors ils ont tous séché le cours ! ) ce qui les mène à de graves erreurs d'interprètation :

- adopter le Traité Constitutionnel Européen pourtant rejeté massivement par les Français par référendum

- envisager de modifier ce texte fondateur pour en faire un outil au service des projets de carrière d'un Président et des fantasmes totalitaires d'un Premier Ministre 

 Cumul des mandats (synonyme : délit d'emploi fictif) 

Privilège que s'octroient les politiciens de profession afin d'exercer un très grand nombre de fonctions et en tirer avantage en terme de rémunération et de concentration des pouvoirs.

Dans la vraie vie on parlera plus volontiers "d'emplois fictifs" lorsqu'une même personne est ainsi rémunérée à temps complet pour des fonctions exercées en réalité à mi temps, tiers temps, quart de temps ... ce qui constitue un délit, aggravé dans ce cas puisqu'il s'agit d'argent public.

Pour justifier cette pratique, quasi unique au monde, les bénéficiaires reconnaissent que leurs fonctions de parlementaires ne prennent pas beaucoup de temps mais les tiennent très éloignés de la vie réelle et que ce sans leurs mandats de maires, conseillers généraux ou régionaux ils ne sauraient rien du montant du SMIC, du prix des loyers, du niveau du chômage etc

Ils n'ont convaincu que 8 % de nos concitoyens puisque 92 % rejettent le cumul des mandats 

 Dérapage (synonymes : insulte, injure, propos raciste, sexiste, ordurier, de caniveau ...)

Exemples :

- quand Mr Devedjian traite une collègue député de "salope" ce n'est qu'un "dérapage"

- quand Rachida Dati dit "allez vous faire foutre" à des journalistes ce n'est pas vulgaire, grossier, c'est un "dérapage"

- quand un ex Président traite un citoyen de "Casse toi pov con" c'est un dérapage. L'inverse est un délit sanctionné par la Justice !

- toujours "dérapage" lorsqu'un député dit "Hitler n'a peut-être pas tué assez de Roms"

A noter : traiter les femmes d'objets sexuels, de "matériel" ou de "marchandise" n'est même pas considéré comme un dérapage dans l'enceinte du Sénat. Voir l'accueil d'un expert.

Eléments de langage (synonymes : mensonges, clichés, énormités ...)

Clef de voûte du règne sarkozyste. La pauvreté, la paresse et l'allégeance des media en ont fait le mode de communication politique de référence depuis plusieurs années. Répétés à l'infini ils finissent par paraitre pour ce qu'ils ne sont pas : de l'information.

Exemple : alors que les comptes de campagne de Sarkozy ont été retoqués par deux juridictions dont le Conseil Constitutionnel, les éléments de langage diffusés par son entourage parlent "d'affaire Dreyfus" ! Rien que ça ! 

Alors qu'il avait triché en toute connaissance de cause en se rendant coupable de présentation de faux comptes, il fallait frapper fort pour le faire apparaitre comme une  victime, d'où cette scandaleuse comparaison. Et même si aux yeux de certains la comparaison sera exagérée, le curseur aura été déplacé. Il ne sera peut-être pas innocent, mais un peu moins coupable.

A noter : il est important de placer la barre très haut afin de disposer d'une marge de rétropédalage.

Ainsi "la mise en examen pour financement illégal de campagne électorale" d'un ancien Président de la République devient pour ses potes : « L’honnêteté et la probité de Nicolas Sarkozy sont reconnues. » (sic !)

Fausses factures, fausse comptabilité, détournement de fonds, faux, usage de faux, abus de confiance, abus de biens sociaux ...

Dans la vraie vie ce sont des délits mais pas en politique.

Un ex candidat à la présidentielle peut parfaitement avoir truqué ses comptes pour tromper les électeurs, tenté d'usurper un poste convoité, bénéficier illégalement de l'argent public ... toutes choses parfaitement immorales en plus d'être illégales.

Et bien certains de ses camarades de jeu et des media unanimes le présentent tranquillement comme un candidat potentiel à ... la prochaine élection présidentielle ! Sans honte aucune ils envisagent comme possible qu'un escroc notoire postule au plus haut sommet de l'Etat alors qu'on sait de quoi il est capable !

Pas un politicien, pas un "journaliste" pour dénoncer ce scandale. Personne pour dire STOP ! 

Fillonnerie (synonymes : filouterie, escroquerie, vol ...)

Particularité française qui doit son nom à François Fillon, ancien Premier Ministre et candidat à la Présidence de la République en 2017.

Consiste à enrichir une petite entreprise familiale prospère grâce à l'argent public et à un statut de parlementaire très privilégié.

Emplois fictifs grassement rémunérés de femme et enfants, avoués par les intéressés et les proches, "cagnotte" du Sénat, conflits d'intérêts rémunérateurs ... tout celà n'empêchera pas le candidat Fillon de continuer à briguer la Présidence de la République.

Pour sa défense : mensonges, insultes à la presse, à la Justice qui a le culot de le poursuivre. Et pour couronner le tout appel à un rassemblement de soutien organisé par des catholiques intégristes !

Tout ça à la stupéfaction de la presse étrangère.

Et les autres candidats à la présidentielle ne se bousculant pas pour proposer les mesures nécessaires pour mettre fin à la corruption du personnel politique.

 Joker

Contrairement aux jeux de cartes, politiciens et media disposent de 4 jokers pour faire taire les voix qui s'opposent au matraquage de l'idéologie dominante ou pour défendre l'indéfendable :

1 - le Point Godwin

2 - la théorie du complot

3 - l'accusation de populisme

4 - l'accusation d'antisémitisme

Très souvent d'ailleurs dans une même partie ou pour une même personne ils utilisent plusieurs jokers.

On en trouve un excellent exemple dans l'émission "Répliques" sur France Culture (Service Public ! ), où des propos ouvertement racistes se "justifient" par le "complot" et "l'antisémitisme".

Ainsi on y entend parler des "populations musulmanes" qui vivent en France  comme "d'un autre peuple au sein de la nation française, qui fait régresser un certain nombre de valeurs démocratiques". On y entend aussi que "dans les familles arabes en France, l'antisémitisme on le tête avec le lait de la mère" (sic !)

Les citoyens scandalisés par de tels propos n'osent même pas faire remarquer que ce racisme biologique qui condamne au délit, dès sa naissance, une partie de la population française est de même nature que celui des tortionnaires nazis pour justifier l'extermination ... des juifs !

"Point Godwin" oblige !

Justice (synonyme : enfumage total) 

La justice est la même pour tous, ça c'est le principe républicain issu de la Révolution ! Qui souffre toutefois de notables exceptions puisque subsistent encore des privilèges "d'ancien régime" comme en bénéficiaient les monarques et les princes du passé :

- le Président de la République bénéficie de l'immunité totale lors de son mandat. Qu'il ait commis des crimes ou des délits il n'aura pas à en rendre compte.

- les ministres sont eux jugés par un Tribunal d'exception, la Cour de Justice de la République, composée de 12 parlementaires et 3 vrais juges. Toujours très clémente avec ses pairs. Un peu comme si les chauffards en état d'ivresse étaient jugés par ... leurs potes de bistrot !

- députés et sénateurs bénéficient d'une immunité qui doit être levée par leurs assemblées respectives avant d'être poursuivis.

- et même en matière civile un ancien ministre comme Bernard Tapie fera appel à la bienveillance d'un tribunal privé, avec la complicité du pouvoir en place, pour pouvoir se servir dans les caisses de l'Etat.

Laïcité (évolution fulgurante du concept ! )

Alors qu'à l'origine il s'agissait de séparer le politique du religieux, c'est devenu exactement ... le contraire. Chaque fois qu'un politicien évoque la laïcité c'est pour parler ... de religion. Le plus souvent c'est d'ailleurs l'occasion de prendre parti pour une secte et d'en rejeter une autre.

Comme l'école : 17 % des écoliers français fréquentent un établissement religieux (9 000 écoles catholiques, 280 juives et 20 musulmanes) ... mais c'est le financement qui est laïque, puisque payé par l'ensemble des citoyens !

Liberté d'expression (désormais scindée en deux)

- d'un côté "liberté" totale pour politiciens et media, incluant même apologie du racisme, appel à la délation et au meurtre ! 

- et de l'autre juste une "expression", très encadrée, pour le commun des mortels, sommés de se taire, de ne pas dire de conneries, sous peine de poursuites

Maréchal nous voilà ! (synonyme "je suis Charlie", texte remanié en 2015 )

Contrairement à une idée reçue, entre 1940 et 1944, il est arrivé que certains instituteurs ne fassent pas chanter cet hymne à la gloire du Maréchal dans leur classe sans que nous ayons connaissance de sanctions.

En revanche la nouvelle version doit impérativement être respectée à la lettre sous peine de poursuites pour "apologie du terrorisme" pour le professeur et pour les élèves.

 Majorité (synonyme : pas beaucoup)

Contrairement au sens habituel du mot qui signifie "la moitié plus un", un politicien peut être dit "élu à la majorité" alors qu'un très petit nombre de citoyens (autour de 15 % en général) l'ont choisi et que la majorité (autour de 85 %) l'a rejeté.

Et ce grâce à un mode de calcul subtil : on ne tient pas compte des citoyens qui votent blanc, de ceux qui se sont abstenus, et de ceux qui ne sont même pas inscrits tant le procédé leur paraît malhonnête. 

Le record étant établi par un des 11 députés des Français de l'étranger, Meyer Habib, déclaré élu à la majorité avec seulement 4,27 % de voix (des inscrits ! ) et que plus de 95 % des citoyens de sa circonscription n'en veulent pas !

Notez que quand politiciens et media annoncent des résultats sans tenir compte des abstentions et bulletins blancs, c'est comme s'ils s'attribuaient à chacun une part de ces électeurs, proportionnelle à leur résultat réel.

Exemple lors des dernières élections départementales : l'UMP est annoncé à 34 % mais n'a recueilli en fait que 17 % des voix des citoyens, on lui a d'office ajouté 17 % des abstentionnistes et votes blancs !

Idem pour les autres 

Mais annoncer les chiffres réels les amènerait à plus de modestie, et nous à s'interroger sur leur légitimité.

Surtout quand le parti au pouvoir, le PS, peine à obtenir 10 % des voix ! Et que donc 90 % des citoyens rejettent ! Ce qui est pourtant la réalité.

Peine de mort (privilège présidentiel)

La peine de mort a normalement été abolie depuis 1981 mais en réalité elle n'a jamais cessé. Ce privilège hérité de l'Ancien Régime qui donne au Chef de l'Etat le droit de vie ou de mort sur ses sujets perdure encore aujourd'hui.

Pendant des années cantonné à des opérations de barbouzeries, il a été assumé au grand jour en 2015 par le Président François Hollande, qui l'a appliqué à des terroristes français avec pour conséquences éventuelles des représailles sur notre sol sous forme d'attentats sanglants.

Mais, protégé par l'immunité présidentielle, il n'aura jamais à en rendre compte devant la Justice. 

Un riche vocabulaire a alors été utilisé pour parler de ces meurtres prémédités de citoyens français : peine de mort, cibles prioritaires, assassinats, exécutions cibléesopération "homo" (pour homicide !) pour les initiés au langage des Services Secrets ...

Un cas unique dans ce dictionnaire où les mots employés dans la vraie vie ont cotoyé ceux, moins anxyogènes, des politiciens ! 

Bien qu'il s'agisse là d'actes prohibés par le droit français et le droit international l'ensemble de la classe politique a apporté son soutien au Chef de l'Etat lui reprochant par contre avec véhémence ... de l'avoir avoué

Un seul a rappelé le Droit !

Et personne ne s'est inquiété de voir un jour ces exécutions extra-judiciaires appliquées à des opposants politiques !

Populisme (synonymes : démago, poujadisme)

Se prononce avec une moue de mépris, voire de dégoût. C'est une insulte !

D'abord utilisé pour qualifier les propositions de l'extrême droite le terme l'est désormais par les politiciens qui se partagent le pouvoir et les media pour signifier aux citoyens (le peuple) qu'ils n'en n'ont rien à cirer de leurs exigences. Exemple : appeler à voter NON au Traité Constitutionnel Européen c'est du populisme. 

Pour les politiciens c'est devenu l'ultime recours lorsqu'ils campent sur des positions indéfendables.

Qu'il leur soit suggéré d'aligner leurs retraites sur le régime général, de déclarer l'ensemble de leurs revenus, de justifier de leurs dépenses, d'être jugés par un Tribunal ordinaire, de ne pas cumuler mandats et fonctions, etc ... et immédiatement sort l'insulte suprême : c'est du populisme !

Suite à une étrange dérive sémantique est donc qualifié aujourd'hui de "populisme" tout ce qui fait référence à la Révolution, la République ou la démocratie comme l'abolition des privilèges, l'égalité des citoyens, ou le respect du suffrage universel.

 D'où un retour à son sens étymologique : populus (peuple) isme (partisan, en faveur du)

A noter : les politiciens étant très attachés à leurs privilèges, et les citoyens y étant très opposés, la palette des termes péjoratifs à leur égard s'est considérablement élargie. A l'accusation de "populisme" est venu s'ajouter "la démagogie" et même parfois ce terme vieillot de "poujadisme" qui permet d'ajouter une notion de ringardise à l'insulte. 

 Présomption d'innocence (synonymes : connivence, complicité, reclassement)

La "présomption d'innocence" c'est le fait de ne pas considérer comme coupable, et donc de ne pas ostraciser, une personne soupçonnée de crimes ou de délits tant qu'elle n'a pas été jugée.

Ce droit (tout à fait légitime) est utilisé par les politiciens et les media afin de "couvrir" les auteurs d'actes répréhensibles ou de propos nauséabonds, en leur accordant des tribunes visant à les réhabiliter. 

L'exemple de DSK est emblématique. On ne saura jamais ce qui s'est passé dans son hôtel new-yorkais (il a payé pour ne pas être jugé). En revanche, ce qu'on sait c'est qu'il a traité des femmes de "marchandise", de "matériel". Pas question ici de "présomption d'innocence", ce sont des propos qu'il a effectivement tenus, qu'il ne nie pas. Et qui devraient suffire à l'écarter définitivement de la vie publique.

Et bien non, des sénateurs ont jugé bon d'inviter ce sale type à venir leur donner des leçons d'économie !

Tout comme Roland Dumas, qui a reconnu avoir cautionné les comptes FAUX de deux candidats à la présidentielle, et qui a ensuite tranquillement écumé les plateaux pour faire la promo d'un bouquin.

Idem pour toute une série de politiciens, dont les actes et les propos sont connus (et le plus souvent "reconnus" d'ailleurs), constamment promotionnés par les media et par leurs camarades de jeu, alors qu'ils devraient en être écartés, pour l'image déplorable qu'ils donnent de la démocratie et de la République.

Responsabilité

Dans la vraie vie c'est le devoir de répondre de ses actes y compris d'en assumer les conséquences et sanctions éventuelles. 

C'est sans doute ce concept qui illustre le mieux la dichotomie entre le sens commun et le sens politicien.

D'autant que pour le commun des mortels il s'agit désormais, non seulement de répondre de ses actes, mais de son profil (réel ou supposé) ou des "intentions" dont vous aura accusé une "note blanche" (ni sourcée, ni signée) : Kafka et Minority Report réunis ! 

Les politiciens en revanche n'ont quasiment JAMAIS à répondre de leurs actes.

Ainsi les Bush, Blair, Sarkozy, BHL, Hollande et consorts ont déstabilisé et bombardé de nombreux pays : Afghanistan, Irak, Libye, Syrie ... avec comme conséquences la création de sectes tueuses, de longs cortèges de réfugiés, des représailles sous forme de massacres terroristes, bref des souffrances et des morts ici et là bas, et bien personne ne leur réclame de comptes ! Ce n'est pas prévu ! 

Saute-cadavre 

Ce "jeu" a été créé le 5 mars 2015 par deux "journalistes" de Médiapart. 

Il consiste à manipuler un texte pour lui faire dire autre chose que ce qu'il disait afin de démolir publiquement un homme politique de gauche.

De mauvais joueurs ont tenté de s'opposer à ces pratiques dégradantes. Sans doute les mêmes qui s'opposent aux lancers de nains, aux corridas, aux décapitations publiques et autres distractions de bon goût !

On a tenté de les faire taire en les qualifiants d'idiots, d'incultes, de sectaires, de scélérats, de grenouilles, de racistes, de FN, de pétainistes, de sanguinaires ... rien n'y a fait. Ils ont persévéré dans leur refus de ce jeu morbide

Valeurs de la République  (se mesurent ... sur la plage ! )

Pour tout un chacun ces valeurs sont essentiellement : liberté, égalité et fraternité

Mais pour un Premier Ministre en exercice c'est sur les plages que la mode estivale nous fournit un bon exemple de ce qui est "incompatible avec les valeurs de la République" : porter un vêtement couvrant le corps ! 

Sont donc "compatibles" : bikinis, seins nus, strings, corps de femmes dénudés sur les affiches, dans les magazines, les films, à la télévision ...

Mais attention, la République est tatillonne, et un "dress code" sévère est imposé aux femmes à l'Assemblée Nationale par une majorité masculine titillée sans doute par sa testostérone : pas de robes à fleurs !

A noter que seules les femmes sont concernées : nous n'avons pas connaissance d'un arrêté ou d'une loi qui vise à interdire ou obliger à un vêtement masculin spécifique. Ainsi sur les plages ils peuvent paraitre en short, bermuda, pantalon, combinaison de surf, soutane, slip moulant (dit "moule-couilles ! "), etc ... sans qu'on les accuse de porter atteinte aux "valeurs de la République".

Alors étant donné que seules les femmes, et les femmes musulmanes exclusivement, sont ainsi sommées d'aller se déshabiller, on pourrait y voir là une grave atteinte aux valeurs de la République qu'étaient naguère la liberté, l'égalité et la fraternité. Certains osent le dire et nous engagent à combattre ce racisme d'Etat

Mais face à la bêtise, la haine, (et le ridicule ! ), véhiculés au plus haut sommet de l'Etat c'est encore l'humour qui nous rappelle le mieux le sens des mots : la liberté c'est aussi se baigner dans la tenue de son choix y compris en pyjama !

Victime 

Les media se sont interdits de nommer "victimes" les ... victimes justement de "l'état d'urgence" instauré en France par le Gouvernement PS et les députés et sénateurs. Par pudeur, crainte de blacklistage, ou peur déjà, ils préfèrent parler d'abus, de dommages collatéraux, de bavures, de dérives etc ... 

Voyous

Alors que dans la vraie vie on parle de "voyous" pour désigner des voleurs, des truands, des escrocs et autres délinquants comme Balkany ou Guéant par exemple.

Pour un premier ministre en exercice le vocable s'applique à des salariés qui risquent de perdre leur emploi et qui ont ... déchiré deux chemises !

On voit là une parfaite illustration de la dérive sémantique en cours : le terme de "voyou" ne s'appliquant plus à la nature des délits commis mais à l'origine sociale de celui qui les commet ! 

 

Ce billet est mis à jour régulièrement, suivant l'actualité.

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