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Billet de blog 17 juillet 2023

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La faillite du pouvoir

Le gouvernement se targuait d’une réussite économique pour faire passer sa loi chômage et ses exigences sur le RSA. En réalité, les faillites s’accroissent. Les caisses complémentaires disposent d’un « magot » 7 fois supérieur au déficit éventuel des retraites. Rapport de la Cour des comptes sur les cabinets conseils. Un chroniqueur de la droite extrême quitte France inter. Et autres chroniques.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On vient de nous annoncer 13266 faillites au deuxième trimestre soit + 35 % par rapport à la même période l’an dernier. Ce serait l’effet crise sanitaire : des entreprises ne peuvent pas rembourser les prêts accordés par l’État. Cela concerne 55700 emplois menacés. J’ai plusieurs fois écrit que le taux de chômage à un niveau plutôt bas intriguait les observateurs : en effet, la conjoncture économique (dont une balance commerciale déficitaire comme jamais) n’explique pas les 7 % de chômage annoncé. L’apprentissage a été très développé mais ne suffit pas à justifier les résultats qui permettent au gouvernement de dire que tout va bien, d’imposer sa loi chômage du fait "des bonnes performances de l’emploi" et de pousser les gens au RSA à accepter tout emploi sous le prétexte (à mon avis non démontré) que tant de postes ne seraient pas pourvus. Il y a eu une embellie, certes, mais grâce aux sommes énormes qui ont été injectées dans l’économie. Rien ne permet de dire que cette embellie factice perdurera.

Illustration 1

Un commerçant me confiait récemment qu’il était stupéfait des subventions (car ce n’était pas seulement des prêts remboursables) que certains indépendants ont perçues : tels restaurateurs, 10.000 euros par mois pendant les confinements. Ils étaient eux-mêmes surpris des largesses de l’État. Un jour peut-être on en saura davantage sur ce qui s’est réellement passé. Mais l’histoire retiendra certainement qu’en ces années-là un pouvoir en place a lâché des milliards et des milliards sans beaucoup de contrôles puis a exigé… que les citoyens retardent de deux ans leur départ en retraite.

[12 juillet]

Le « magot » des retraites

Pendant la lutte contre la contre-réforme des retraites, on n’a pas cessé d’être confronté à des chiffres imprécis et des prévisions approximatives : le gouvernement voulait pour des raisons politiques plus que financières avoir gain de cause (pour satisfaire la droite et la commission européenne en pratiquant une politique sociale droitière). Il traficotait de ce fait certaines informations pour qu’elles collent avec son argumentation, quitte à être désavoué de belle façon, par exemple sur le nombre de bénéficiaires de la pension minimale ou sur l’impact sur les pensions des femmes.

Illustration 2
[Photo site Agirc-Arrco]

Les caisses complémentaires Agirc-Arrco, gérées de façon paritaire (syndicats/patronat) dans un cadre privé (pas de déficit, même provisoire, possible) ont décidé en 2017, applicable en 2019, un bonus-malus afin d’inciter les salariés à partir plus tard en retraite en réduisant de 10 % le montant des trois premières années de pensions complémentaires. Si étrange que cela puisse paraître, à l’heure qu’il est, avec un départ progressif au-delà de 62 ans, on ne sait pas (et les très prochains retraités ne savent pas) si cette clause sera maintenue. Les syndicats réclament sa suppression. Ils ont de forts arguments pour cela : les caisses complémentaires Agirc-Arrco ont un excédent cumulé de 89,7 milliards d’euros (si l’on intègre le fonds de roulement de 20,7 Md€). Sur la seule année 2022, l’excédent a été de 5,1 Md€ (93,8 Md€ cotisés auprès de 26 millions d’actifs, 88,3 Md€ versés à 13 millions de retraités du privé). Le dernier rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (le COR) de juin 2022, dont le gouvernement s’est servi pour pousser à sa contre-réforme ("contre-réforme" car recul en matière de droits sociaux) indiquait que les complémentaires devraient rester excédentaires durant des décennies !

Ce « magot » (selon le mot du Monde du 12 juillet) devrait permettre aux administrateurs d’accorder une augmentation des pensions (elles ont augmenté de 5,12 % en novembre 2022 pour tenir compte de l’inflation élevée) et la suppression du bonus-malus en septembre, au moment de la mise en œuvre de la loi, non votée au Parlement, réformant les retraites. Notons en passant, pour un ordre d'idée, qu’un excédent d’environ 70 milliards, déjà à ce jour engrangés dans les caisses, aurait permis au système des retraites, en admettant qu’il ait été déficitaire comme l'affirmait le gouvernement (environ 10 Md€ autour des années 2030), de fonctionner 7 années sans modifier le droit des salarié·es de partir en retraite à 62 ans. 

. Sources des chiffres : Le Figaro (29/03), Les Échos (5/07), La Dépêche (6/07), Le Monde (12/07).

[12 juillet]

Abus de cabinets de conseil

Illustration 3

La Cour des comptes publie un rapport sur les cabinets de conseil que la gouvernance Macron a sollicités. Plus de 200 millions d’euros pour des prestations que les services de l’État auraient pu assurer en partie (contre 11 M€ en 2014). Si l’on prend en compte des prestations qui, selon la Cour, peuvent difficilement être réalisées en interne, cela dépasse le milliard d’euros. Les sages reprochent au gouvernement d’invoquer un peu facilement la crise sanitaire et considère qu’il n’y a « aucune explication d’ensemble » justifiant un tel recours aux cabinets privés. Parfois les commandes sont si imprécises que les recours, suite à une prestation litigieuse, ne peuvent aboutir. Les inspections générales des administrations pourraient le plus souvent effectuer le travail.

La Cour en reste au niveau technique, mais ne soulève pas l’éventualité de malversations. Pensons cependant à ces kyrielles de cabinets d’audit qui, après la décentralisation des années 1980, ont conseillé les collectivités locales, parfois pompes à fric pour tel ou tel parti politique dans le pire des cas, ou moyens d’imposer aux agents des réorganisations prétendument justifiées puisque résultant d’un regard extérieur. Quelques fois, quand même, conseils judicieux, car diagnostic élaboré en concertation avec le personnel.

Illustration 4

[11 juillet]

Projet de loi RSA au Sénat

J'écrivais dans une tribune publiée par Le Monde le 26 juin, à propos du projet de loi sur le RSA : « La règle des 15 à 20 heures d’activité obligatoires est irréalisable, et le pouvoir le sait très bien » (article reproduit : ici). Le quotidien avait d'ailleurs fait de cette phrase le titre de mon texte. J'ajoutais : « S’il l’agite comme un hochet dans l’espoir d’en tirer profit auprès de "ceux qui travaillent", il ne semble pas qu’il ait l’intention de l’inscrire précisément dans la loi. » Comme de juste, c'est ce qui se passe : le débat au Sénat a débuté le 10 juillet. Des sénateurs ont demandé en commission que cette durée d'activités obligatoires soit inscrite dans la loi, le projet actuel du gouvernement ne le prévoyant pas. Pire, le gouvernement a préparé un amendement pour que ce ne soit pas inscrit alors qu'il n'a cessé d'agiter cet épouvantail pour jouer les gros bras et satisfaire les idéologues de la droite dure et de l'extrême droite, amendement qui « a pour objet de limiter les précisions apportées par la loi sur l’intensité de l’accompagnement prévue dans le contrat d’engagement afin de permettre la prise en compte de la réalité des besoins des personnes, pour l’ensemble desquelles un tel accompagnement ne sera pas nécessairement adapté. »  Je considère que c'est plutôt une bonne chose que cette durée ne soit pas précisée (je le répète : c'est irréalisable), sauf que le projet n'indique pas non plus les moyens qui seront apportés pour que l'accompagnement des personnes au RSA soit bien réel. Emmanuel Macron n'ayant rien fait depuis six ans qu'il est pouvoir, il y a fort à craindre qu'il ne fera rien ou pas grand-chose dans ce domaine.

Illustration 5

Pour le reste, de ce que je comprends du texte soumis au Sénat, je ne vois pas en quoi la loi sera fondamentalement modifiée, sinon que France Travail, remplaçant Pôle emploi, sera davantage impliquée dans le suivi des allocataires du RSA. Dans un précédent billet (Simulateur et à travers, chronique Zig-zag du pouvoir sur le RSA), je disais que le projet du ministre du travail, Olivier Dussopt, de faire recevoir le demandeur du RSA par un employé de France Travail et un travailleur social du Département, lors d'un entretien commun, ne me paraissait pas acceptable car les travailleurs sociaux d’un Département n’ont pas à être embarqués dans une stratégie d’orientation systématique vers l’emploi, avec des orientations imposées comme l’a déclaré la première ministre en direct de La Réunion, avec sanctions à la clé si non-respect du "contrat". Le projet de loi, sauf erreur, ne prévoit pas cet entretien commun.

Illustration 6

Ainsi, grosso modo tout ce qui est prévu, avec quelques variantes, est déjà dans les textes depuis sinon 35 ans au moins 15 ans. Ce que le pouvoir ne veut surtout pas aborder c'est le montant du RSA (la moitié du seuil de pauvreté pour une personne seule) et l'argent qu'il faudrait investir en accompagnement social et professionnel, en formation, en création d'emplois aidés (sabotés dès l'arrivée de Macron au pouvoir), en amélioration des salaires (et pas seulement par une prime d'activité qui est une aide sociale puisque conditionnée aux ressources du ménage). Gageons que le "débat public" va être saturé sur des points marginaux (même s'il est vrai que le diable se cache bien souvent dans les détails), mais que ces sujets essentiels ne seront pas abordés.

[10 juillet]

« Laissez-nous réaliser nos rêves »

 Le nombre de jeunes majeurs pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance (ASE) a augmenté de 30 % entre 2019 et 2020 (pour atteindre 35000) : le reproche fait à certains Conseils Départementaux de rejeter les jeunes ayant relevé de l'ASE quand ils ont atteint la majorité explique peut-être cette évolution positive. Il n’empêche que beaucoup de ces jeunes continuent à galérer s’ils veulent entreprendre des études supérieures ou dans la recherche d'une activité. Alors même qu’ils ont été confrontés à d’importantes difficultés dans leur jeunesse, ils ne bénéficient pas des moyens que d’autres peuvent actionner. Interrogés, ils expriment un sentiment d’abandon. Une loi du 7 février 2022 a rendu obligatoire la proposition faite aux majeurs âgés de moins de 21 ans d’être aidés (ce qui était déjà dans les textes il y a près de… 50 ans, après la loi sur la majorité à 18 ans du 5 juillet 1974, mais des collectivités locales ont cherché à faire des économies sur ce registre).

Illustration 7

Un rapport du Conseil d’orientation de la jeunesse (COJ) et du Conseil national de la protection de l’enfance (CNPE), s’appuyant sur les avis de nombreuses associations et réseaux professionnels, formalise 48 propositions. Il s’agit de mesures plus effectives sur l’aide aux jeunes majeurs sortant des dispositifs de protection y compris au-delà de 21 ans. Et aussi sur la fragilité de la situation des pupilles de l’État, ainsi que sur les inégalités de traitements des situations des mineurs non accompagnés.

 Le rapport de 88 pages apporte des éléments précieux pour mieux percevoir cette problématique et envisager des amélioration de la situation. Il reste cependant axé sur les jeunes concernés par l’ASE. D’une part, en invoquant le fait que 23 % des personnes sans-abris ont été accueillis par l’ASE alors que l’enquête ancienne de l’Insee est plus nuancée : elle précisait qu’il s’agissait de ceux qui utilisent un hébergement temporaire et une restauration rapide (d’accord, c’est presque SDF, mais l’étude ne dit pas SDF) et l’Insee ne cite pas l’ASE mais des personnes ayant été placées dans leur enfance, sachant qu’en dehors de l’ASE beaucoup d’enfants sont placés en institution, que ce soit des instituts médico-éducatifs (IME) ou des instituts thérapeutiques éducatifs et pédagogiques (ITEP), et bien d’autres structures. Ce sont celles et ceux qui, ces dernières années, sont partis en campagne virulente contre l’ASE, avec la complicité de quelques médias, qui ont fait cet amalgame, car cela confortait leur dénigrement. Il y a certainement beaucoup d’anciens de l’ASE sans domicile, mais l’enquête de l’Insee manque de précision et est basée sur du déclaratif. Le Monde (Solène Cordier), qui a rendu compte de ce rapport en avant-première le 28 juin, écrit que près d’un SDF sur 4 (23 %) est un enfant « protégé », ayant semble-t-il voulu éviter de généraliser à l’ASE.

 Depuis longtemps, j’émets le vœu que cette enquête soit approfondie et plus précise sur les parcours des SDF afin que l’on sache quel type de placement ou d’éloignement de leur famille ils ont connu. Ce qui m’amène tout naturellement à un deuxième point : les jeunes qui galèrent n’ont pas tous été pris en charge, accueillis ou aidés, par l’ASE. Une politique publique digne de ce nom devrait se préoccuper des jeunes majeurs qui, sans avoir été placés en établissement ou en famille d’accueil avant leur majorité mais ne bénéficiant d’aucune aide de leur famille, ni morale ni matérielle, n’en justifient pas moins d'être accompagnés pour parvenir à une vie autonome.

[2 juillet]

Un chroniqueur de la droite extrême quitte France Inter

Illustration 8

Guillaume Roquette, directeur du Figaro Magazine, a tenu hier sa dernière chronique du mardi sur France inter (dans l’émission En toute subjectivité, 3 mn à 7h20, qui voit défiler dans la semaine Cécile Duflot, Anne-Cécile Maillefert, Anne Rosencher, Hugo Clément, Dov Alfon). Il avait remplacé le journaliste Alexandre Devecchio, également du Figaro Magazine, invité sur les plateaux de télé pour ses positions conservatrices et droitières. Guillaume Roquette a débuté au Figaro, puis a dirigé Valeurs actuelles avant de retourner au Figaro. Il parcourt lui aussi les plateaux de télé, non seulement LCI, RTL, Europe 1 mais aussi France 5 (C dans l’air) ou Arte (28 minutes), toujours avec cette façon de s’exprimer en circonvolutions qui signe soit une timidité soit une difficulté à assumer avec franchise ses positions plus que réactionnaires. Au moment où des personnalités se lèvent pour contester la venue au JDD de Geoffroy Lejeune, viré de Valeurs actuelles car trop à droite, on n’a pas vu les mêmes s’insurger contre la présence d’un journaliste qui n’hésite pas à proclamer qu’il est l’ami de Zemmour (sur LCI récemment), qui déroule des chroniques contre les défenseurs de l’environnement, contre les lois sociales, contre les migrants, qui a été pour un rapprochement LR/RN, qui était clairement pro-Poutine jusqu’à ce que ce dernier dépasse les bornes dans la conduite de la guerre faite à l’Ukraine.

Sa dernière chronique hier, comme par hasard, était un plaidoyer en faveur de Zemmour qui serait le seul à appliquer une stratégie qui marche ailleurs en Europe : l’alliance des droites. En effet, il milite pour que l’extrême droite fasse alliance avec la droite LR. Roquette considère que « jamais les idées de droite n’ont été aussi populaires dans l’opinion (on le voit bien sur l’immigration, la sécurité ou l’éducation) » mais se lamente que les droites s’entredéchirent. Il a espoir cependant : faisant comme tant d’autres son petit Gramsci, il lâche hier sur la radio publique que ce qui compte c’est l’hégémonie culturelle et « sur ce registre-là Zemmour n’est pas le plus mauvais ». Comme Trump et Meloni, « il a un discours très clivant mais clair, sans ambiguïté » qui plait aux électeurs qui en ont assez du socialisme et du macronisme. Puis il annonce qu’il ne viendra plus : Demorand le remercie lui assurant que « ce fut un plaisir », et gna gna gna.

On ne sait pas pourquoi il ne fera plus s achronique sur la radio publique, trop pris sur d’autres plateaux qui payent mieux ? Agacé des messages d’auditeurs qui protestent ? Il est déjà parti de France Inter, en juin 2013, où il participait régulièrement à une émission d’Audrey Pulvar, ne supportant plus l’avalanche de courriers hostiles. Peut-être qu’il a voulu faire plaisir à son autre copain, l’avocat polémiste d’extrême droite Gilles-William Goldnadel (intervenant sur CNews), qui ne cesse de vilipender France Inter qu’il nomme de façon obsessionnelle la « radio de sévice public ». Ira-t-il sur CNews où prolifèrent les thuriféraires de l’extrême droite et où étrangement il n’a pas encore eu son rond de serviette, sauf erreur ? Sera-t-il remplacé à France Inter, alors qu’il était la voix la plus à droite et que la direction de Radio France cherche manifestement à gommer les diversités d’opinion ? Un ancien cadre du Front National, l'an dernier, considérait que son camp ne devait pas se contenter d’une courte chronique hebdomadaire mais réclamait carrément 30 à 35 % de journalistes d’extrême droite sur France inter ?

[28 juin]

JDD : l’extrême droite essaime

Illustration 9

On ne va pas bouder notre plaisir : le fait que Geoffroy Lejeune, directeur de Valeurs actuelles (VA), soit viré pour avoir trop entraîné l’hebdomadaire vers l’extrême droite est plutôt une bonne nouvelle. Rapidement réfrénée quand on apprend qu’il va prendre la direction du Journal Du Dimanche (JDD). Je ne reviens pas sur le patron de VA, Iskandar Safra, milliardaire franco-libanais qui n'a pas craint jusqu'alors de financer un média qui passe son temps à déverser une haine viscérale à l’encontre des migrants (1). Geoffroy Lejeune c’est cette nouvelle jeune garde qui n’a aucune retenue pour exprimer une xénophobie, un racisme récurrent, une islamophobie débordante et une haine anti-pauvres (se gargarisant de prétendus dossiers sur la fraude sociale) partout où il passe, dans VA ou sur le plateau de CNews (depuis qu’il a été viré de LCI suite à la BD raciste mettant en scène la députée LFI Danièle Obono en esclave). Ses ami·es sont Marion Maréchal Le Pen, Patrick Buisson, Eric Zemmour, Dimitri Pavlenko (Europe 1 et CNews), Mathieu Bock-Côté (journaliste canadien qui assène à longueur de chroniques sa morale rétrograde que les Français devraient gober) et Charlotte d’Ornellas qui le rejoint au JDD et qui larmoyait avant-hier sur CNews annonçant qu’elle ne pouvait plus rester à VA suite au licenciement de Geoffroy.

Vincent Bolloré, qui possède Canal Plus, C8 et CNews, contrôle en sous-main la galaxie média de Lagardère : JDD, Paris-Match et Europe 1, dans un projet total (papier-radio-télé) où l’extrême droite peut s’exprimer librement. Si quelques médias s’en offusquent, beaucoup ferment les yeux : c’est le cas du JDD, qui, à ma connaissance, n’a jamais critiqué les unes et les articles racistes de VA dirigé par Lejeune, jusqu’à ce que la rédaction vote à 96 % une grève reconductible (pas de parution ce week-end) parce qu’on veut lui fourguer ce jeune militant d’extrême droite.

Là est sans doute le vrai danger : si la réaction de la rédaction du JDD est salutaire, réconfortante même, il importe de mesurer combien la fachosphère a investi le monde politique et médiatique. Pour ne citer qu'un exemple, Guillaume Roquette, ancien directeur de Valeurs actuelles, qui a embauché jadis Geoffroy Lejeune, est passé au Figaro Magazine, et il chronique sur LCI et même une fois par semaine sur France Inter [voir chronique précédente]. Valeurs actuelles, appartenait, avant Safra, à la famille Dassault qui possède… Le Figaro. La boucle se boucle, où comment les identitaires, rétrogrades et antisociaux essaiment.

[25 juin]

(1) Voir ci-dessous un extrait d’un post du 15 août 2019 (paru sur mon compte Facebook) :

Les vraies valeurs de VA

Début août, Valeurs actuelles a publié un « dossier » sur Edwy Plenel et Mediapart. L’hebdo de l’extrême-droite n’hésite pas à faire appel à toutes ses têtes de Turc habituelles pour dézinguer Plenel (Rugy, Schiappa, Minc et bien d’autres), Dupond-Moretti déverse sa hargne, Péan est appelé à la rescousse (son négationnisme du génocide rwandais devait plaire à VA). Et plusieurs anecdotes connues, sassées et ressassées. En gros, on sent que le fait que Mediapart puisse avoir parfois des sources policières défrise les « enquêteurs » de Valeurs actuelles, alors même que ce canard ne se prive pas de faire des révélations qui émanent du vivier Rassemblement National au sein de la Police. On n’apprend donc rien si ce n’est que Mediapart est agaçant parce qu’il donne des leçons de morale à ceux qui voudraient trafiquer ou corrompre en rond. […]

Il importe de rappeler que les « valeurs » de VA c’est la finance (il a pris la succession d’un magazine qui traitait de la finance et des « valeurs boursières ») et ne cache pas son soutien à l'ultralibéralisme économique et aux idées conservatrices. Il a appartenu un temps à Dassault d’où les liens entre VA et Le Figaro et les journalistes transfuges allant de l’un vers l’autre. Le patron actuel est Iskandar Safa, homme d’affaires franco-libanais, ce qui est pas mal pour un canard qui déverse inlassablement sa haine contre les migrants. Il possède également les chantiers navals de Cherbourg. Fortune estimé par Challenges à 1,1 milliard (dernier barème d’août). Il a fait affaire avec le clan Kadhafi et on notera que Valeurs actuelles alpague particulièrement Mediapart sur les accusations du média en ligne à l’encontre de Nicolas Sarkozy qui serait blanc comme neige dans l’affaire libyenne. Impliqué dans les Panama Papers, le patron de Valeurs actuelles est poursuivi depuis ce mois d’août par la justice du Mozambique dans un scandale financier de deux milliards de dollars. C’est sûr que si Mediapart se penche sur le sujet, VA ne va pas aimer.

"Jean Moulin, un homme de liberté"

L’émission Rembob’Ina sur LCP diffusait le 9 juillet un documentaire de Bernard Lambert et Alain Périsson datant de 1983 : Jean Moulin, un homme de liberté. Quand on a lu Daniel Cordier (qui fut secrétaire de Moulin pendant les 18 mois de sa mission de représentant de De Gaulle auprès des mouvements de résistance français), on mesure qu’une partie essentielle de la Résistance consistait à recueillir de l’information, à en diffuser (journaux clandestins) et à organiser les mouvements et leur coordination. Quelques-uns passaient à l’action violente (en particulier ceux des FTP-MOI, dont le chef Manoukian devrait prochainement entrer au Panthéon). Ce que l’on mesure aussi en lisant Cordier (ainsi que bien d’autres auteurs : Pierre Péan, Henri Noguères, Claude Bourdet) ce sont les tensions extrêmes qui régnaient au plus haut niveau de la Résistance, surtout leur refus d’être chapeauter par un représentant de De Gaulle et de ne pas recevoir assez d’argent de Londres, le plus virulent étant Henri Frenay, dirigeant de Combat, avec Pierre Bénouville, hommes de droite, le premier, officier, ayant eu longtemps ses entrées à Vichy. Ils redoutaient que les communistes prennent le pouvoir à la Libération et reprochaient à Moulin de favoriser leur place dans le CNR (regroupement des mouvements de résistance, des partis politiques et des syndicats, destiné à montrer aux Américains que De Gaulle était bien plus représentatif de la France que le général Giraud).

Illustration 10

Au moment de la dénonciation qui provoque l’arrestation de Moulin à Caluire puis sa mort, Frenay demandait à De Gaulle de le désavouer et de le remplacer. Les propos rapportés dans divers ouvrages sont d’une violence inouïe. Bénouville trouve le moyen de se marier le 22 juin 1943, à Pessan, dans le Gers, le lendemain des arrestations de Caluire alors que cet événement est une déflagration pour toute la Résistance française. Dans ses mémoires, il raconte cette fête près d’Auch et son insouciance, comme s’il ne s’était rien passé de tragique la veille à Lyon !

Dans Rembob’Ina, l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon considérait que la trahison de René Hardy [du mouvement Combat de Frenay] ne fait pas de doute, « mais ses intentions restent mystérieuses ». Elle ajoute que ces arrestations résultent des tensions extrêmes qui régnaient au sein des mouvements de Résistance, Jean Moulin était inquiet, il avait confié que ses jours étaient comptés et qu’il devrait être au plus vite remplacé. Frenay et Bénouville étaient les seuls à savoir que Hardy avait été arrêté par la Gestapo, qu’il aurait dû être mis en veilleuse, or ils l’ont incité à participé à la réunion de Caluire alors qu’il n’y était pas invité : ce jour-là, il est le seul à avoir échappé au coup de filet nazi.

Tout ça c’est bien loin, c’est sûr. C’est compliqué, on devine qu’on ne connaît qu’une partie de la vérité (on voit dans certains récits des personnages étranges, jouant double jeu, je pense, entre autres, à Edmée Deletraz, à Lyon : certains s’en tirent très bien, d’autres sont fusillés à la Libération). Il n’empêche que ces temps anciens ne doivent pas être oubliés : des hommes et des femmes ont accompli des gestes héroïques, tout en étant pris dans les filets des intérêts et des rapports de force qui sont au cœur de nos sociétés.

[10 juillet]

Billet n° 743

Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et "Chroniqueur militant". Et bilan au n° 700 et au  n° 600.

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