Hebdo #88: être en colère avec… Zazaz!

La colère gronde. De toute part, ça craque, ça fulmine, ça grince des dents. La dystopie sanitaire, la vampirisation économique, la démocratie Potemkine, et ces satanés mots qui ne veulent plus rien dire… L’hiver risque d’être chaud ! Zoom sur Zazaz, une abonnée qui vient de publier son 100e billet, avec ses coups de gueule, ses espoirs et son regard sur notre agora. Avec elle, la colère taquine un autre mot : révolution !

Demain le discours sur le séparatisme d’Emmanuel Macron va faire couler beaucoup d’encre. Tel un jour sans fin, on va encore parler des dangers de l’islam, oups ! de l’islamisme, du rappel hypocrite à ne pas mélanger les deux, du communautarisme, de la haine des indigénistes, etc, etc. Le tout animé sur des plateaux télé en furie, où l’ignorance du réel est bien souvent un gage pour avoir la parole, et surtout, le dernier mot.

À la veille de cette foire d’empoigne dont on peut déjà craindre les effets délétères, retour sur un thème bien plus terre à terre, et sans aucun doute plus universel, qui a dominé le Club cette semaine : la colère ! Grandes et saines colères…

Car oui, elle gronde de toute part. Les gens en ont marre, ils se sentent déboussolés (par les contradictions sanitaires), maltraités par des autorités sans humanité (pas de FFP2 pour les profs, pas de protection pour les vulnérables), dégoûtés par le rétrécissement de la vie (Mourir du Covid, de faim ou d'ennui), ou plus banalement encore, en colère d'être vampirisés sans vergogne par les plus gros (les nouveaux malandrins). 

Et pour dire ces indignations, les mots claquent de plus en plus fort, s’envolent de plus en plus haut, tant ceux du pouvoir ne s’embarrassent plus du réel. Lui aussi semble en instance de liquidation. Tout comme la démocratie (et le respect de l’intelligence collective), déjà bien mal en point avant l’arrivée du virus, mais désormais complètement covidée par une politique de la peur qui nous traite tous comme des enfants irresponsables. (La fête est finie ? Soyons vigilants ensemble).

Quand j’ai commencé cette semaine d’édition (avec mes deux collègues, Livia Garrigue et Guillaume Chaudet-Foglia nous tournons sur ce poste tous les mercredis), je dois avouer que j’avais le moral dans les chaussettes. Le virus qui rôde, la réalité de plus en plus ubuesque, les nouvelles plus déprimantes les unes que les autres, et puis la pluie pour couronner ça ! Diable, l’hiver s’annonce bien long…

Je la finis, rassurez-vous, un peu ragaillardie (me voilà en colère !), en vous lisant j’ai bien vu que ma tristesse ne m’isolait pas, bien au contraire. Elle est désormais si partagée, qu’elle a le goût du pain quotidien. Et puis surtout, il y a eu ce billet de Zazaz, le 100e de son blog, Ça fait 100 fois que je vous le dis ! qui retrace les grands évènements et ses états d’âme (et bien souvent les nôtres) depuis janvier 2019. Avec sa fougue et son verbe, elle m’a rappelée combien ça vaut le coup d’aller toquer à la porte de l’autre pour faire un brin de causette et imaginer… les luttes d’après !

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 Entretien :

zazaz
Vous venez de publier votre 100e billet, bravo ! Vous avez vraiment le don pour choper l'air du temps. Et en l’occurrence le désespoir qui rôde en ce moment. Est ce que ça va mieux ? Les commentateurs vous ont-ils inspiré des pistes pour agir ? 

Merci ! Oui ça va, ce n’est pas ma situation qui est en péril, mais plutôt l’air du temps. Je crois qu’être loin, je veux dire isolée dans ma campagne, me permet de regarder le monde avec plus de sérénité que ceux qui en chient vraiment. Dans leur boulot ou à l’école, à la maison ou dans la rue. J’ai une misère pour vivre, mais la situation des “sans” (papiers, travail, logement...) et de tous les laissés-pour-compte est bien plus terrible, on ne peut pas laisser faire ça.

Oui, ça va mieux, surtout quand les commentaires sont aussi élogieux, ça me donne de la force pour continuer. Savoir que je ne suis pas seule, même si l’on n’est pas beaucoup dans la rue. Et puis, je n’y vais pas si souvent que ça dans la rue, comparée à certains. Je préfère écrire que de défiler. Parce que défiler, ça ne sert pas à rien mais… on en a un peu marre ! Les choses n’avancent pas, ou si lentement. On ne sait plus par quel bout prendre ce gouvernement pour le faire bouger. Enfin, voilà je dis ça, mais quand même, rien de tel qu’une bonne manif pour respirer cet air du temps. 

Aujourd’hui, je préfère écrire pour essayer de faire prendre conscience de ce qui se passe, de ce que je rencontre. L’écrit est un soutien pour l’action. Si j’étais juste allée en AG (des Gilets jaunes) à Rennes, ça serait rentré dans une oreille et sorti de l’autre. L’écrit laisse des traces, et au bout d’un moment ça paye. Pendant les manifs sur la Loi travail, avec quelques amis, on a sorti un journal, les gens nous interpellent encore aujourd’hui dans la rue. Il faut dire que rien n’a changé depuis ce moment-là...

Pourquoi avoir commencé ce retour sur billets en janvier 2019 ? Et Comment voyez-vous la suite de votre blog ?

“À quoi ça sert en bref d’être né ?” C’est ce refrain de François Béranger qui m’a fait démarrer ce billet, sans savoir où il me mènerait. Je raconte déjà pas mal ma vie, l’idée de dérouler celle du blog est venue toute seule... À quoi il sert ? À quoi ça sert tout ce que j’écris ? À quoi ça sert de faire naître un blog ? 

Je me posais la question de la suite justement ! Mais la vraie question est : qu’allons-nous faire de ce président ?
En attendant de le bouffer…

Le bouffer ! vous voulez le renverser ? 

On est trop près de l’élection présidentielle, ça ne sert plus à rien de rêver de le renverser. L’insurrection en fait, on l’a ratée à l’Arc de triomphe, et chez Griveaux. Aujourd’hui, ce qu’il faut c’est maintenir la flamme pour garder cet esprit de rébellion. Ne rien lâcher. Personnellement, je suis prête à rester en apnée pendant 1 an et demi pour continuer à le bombarder. Pas en manifestant toutes les semaines, une fois par mois, c’est bien suffisant. En octobre, il y a la marche des sans-papiers sur Paris, en novembre les NousToutes qui remettent ça, le 2e anniversaire des Gilets jaunes, mais en travaillant au niveau des consciences. Y’a du boulot, il suffit d’ouvrir les yeux.

Vous gardez donc espoir sur le fait que le jeu politique puisse changer d’ici là ?

Si on considère que ce match Macron / Le Pen  est inéluctable, c’est sûr, pas la peine de lutter ! On n’est quand même pas obligé d’accepter tout ce que l’on nous balance dans la gueule. Depuis 3 ans, on nous bassine avec ça, comme si c’était déjà plié. C’est insupportable !

Qu'est ce que vous lisez en ce moment ? Qu'est ce qui vous a touché ces derniers temps dans le Club, le journal ou ailleurs ?

En ce moment, je lis les Mémoires de Louise Michel. On m’a offert ce livre. C’est incroyable de ne pas l’avoir lu avant, mais c’est ainsi. J’aime beaucoup, cela rejoint les luttes de ces dernières années et les bouquins sur lesquels j’ai bossé avec mon frère sur l’histoire de notre arrière arrière grand-mère qui habitait à Montmartre en 1870… Je raconterai tout ça un jour dans l’édition Nos ancêtres les Gauloises.
Et à part ça, je lis Mediapart (beaucoup Macko ces derniers temps…) et ça prend pas mal de temps, en plus des autres sites et des journaux papier, sans oublier le temps passé à écouter les éditocrates déblatérer leur propagande. On me dit que c’est mauvais pour ma santé, mais il faut savoir de quoi et de qui on parle.

Qu’est-ce que vous trouvez dans le Club ? De l’émulation, du compagnonnage ? 

Il y a de tout dans le Club ! Mais je trouve que c’est un peu trop restreint aux habitués. Ce n’est pas facile de trouver sa place dans le salon. Personnellement, j’ai mis 4 ans avant d’écrire la moindre ligne. J’arrivais pas à comprendre ce Club et je ne voyais pas qu’il existait une petite communauté. J’ai l’impression qu’il manque un truc, quelque chose de convivial qui donne envie de participer. Peut-être, comme certains l’ont suggéré, une présentation différente des commentaires, la possibilité (de façon simple) de prévenir ses abonnés et contacts d’un billet publié...  En dehors de ceux qui s’invectivent à longueur de commentaires, quelle place peut-on trouver dans le débat ? Il y a beaucoup trop d’agressivité, de commentaires hors sujet. Faudrait peut-être créer des salons particuliers pour ceux qui veulent se défouler !

Vous avez créé deux journaux collectifs, des éditions participatives dans notre jargon (lire ici ce que c'est et comment ça fonctionne), quel retour pouvez-vous nous en faire ?

J’ai souvent une idée et hop ! je fais le truc (ou pas). C’est sur des coups de tête que j’ai décidé de créer les éditions Il était une fois dans l’Ouest et Dans quel État j’erre ? La difficulté est de motiver de nouveaux rédacteurs. J’ai fait un effort pour la dernière en invitant personnellement des abonnés de mon blog, mais mine de rien, je suis plutôt timide, alors je ne vais pas aller les supplier non plus. Ceux qui veulent viennent et les autres nous liront ! C’est fastidieux d’avoir à leur écrire à chaque fois, ça me paraît déplacé de faire ma pub. 

En ces temps incertain et bousculé, qu'est-ce qui vous aide à tenir ? Est-ce que vous avez changé vos habitudes ? Rapport au temps, aux amis (à votre bulle sociale, comme on dit)…

Ce qui m’aide à tenir, c’est d’écrire. Je me lève, je suis énervée, et quand je me couche, c’est pire, alors si je n’évacuais pas un peu, ma santé en pâtirait. De savoir que d’autres se battent ici ou là fait du bien, le Club sert aussi à donner un peu d’écho à toutes les actions des Résistants.

Les temps sont incertains et bousculés, mais cela fait plusieurs années que cela dure, non ?
Le virus ne fait qu’amplifier les incompétences de nos gouvernants, ça ne change pas grand-chose dans ma vie, à part le port du masque. Mon rapport au temps se détend, car chaque jour nous rapproche d’un autre monde.

Ah oui, et vous le voyez comment cet autre monde ?

J’aimerais bien que tout ça se casse la gueule ! j’y crois pas vraiment mais j’aimerais bien que ce soit vraiment la merde. Qu’il y ait plus d’internet ! Que les hackers fassent tout péter, que tout soit effacé et qu’on arrête d’être fiché. Ça serait la merde, hahaha mais je serai contente. Le Covid ça ne suffit pas, ça sert seulement à nous enfermer un peu plus. Je sais que de mon vivant, je ne le verrai pas cet autre monde, mais j’ai envie de préparer le terrain pour les prochaines générations. Jusqu’ici, on a aménagé le système, mais ça ne sert à rien, je ne vois pas où ça nous mène. Je mets plus d’espoir dans les hackers. D’ailleurs, je me demande bien ce qu’ils font… Pourquoi ils ne font pas tout sauter ? Pas le système social, bien sûr, mais tout le reste ! Nous on est à la surface, on fait ce qu’on peut, mais eux ils ont vraiment le pouvoir de changer les choses en profondeur. C’est en eux que je mets le plus d’espoir. Si, si !

Vous avez écrit que vous n’aviez peur de rien désormais, ce reconfinement possible vous fait-il peur ? qu’est-ce qu’il faudrait faire pour le vivre mieux ?

Si on m’avait dit tout ce qui allait passer, j’aurais peut-être eu peur, mais là, de quoi pourrais-je avoir peur, maintenant que le mal est fait ? Une guerre civile ? Une guerre mondiale ? Oui, une guerre mondiale me ferait certainement peur, mais certainement pas le reconfinement. Ce sont les dirigeants qui ont peur du reconfinement, nous, on se débrouille avec nos ausweis (laisser-passer, terme pas mal utilisé pendant le confinement pour désigner les auto-autorisations). Beaucoup de gens ont trouvé leur intérêt d’arrêter de bosser comme des fous (même si ça été dur pour ceux qui étaient enfermés avec des enfants en ville, bien sûr). 

Le confinement, c’est beaucoup de restrictions, d’interdictions, mais quand je vois qu’en sortie de confinement, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue, je trouve qu’il y a beaucoup de monde qui n’a plus peur.
Je conçois qu’il soit difficile de ne pas avoir la trouille, entre le vrai virus, la désinformation et toutes les conspirations qu’elle engendre, et pire si on a une grand-mère en Ehpad. Ne nous laissons pas abattre. Les initiatives locales d’approvisionnement, d’entraides diverses ont fleuri durant le confinement. Les gens se sont exprimés, les colères ont monté d’un cran, mais la peur est dans l’autre camp. Profitons-en pour faire naître d’autres envies, d’autres besoins et surtout d’autres solutions.

Comment appréhendez-vous le grand débat sur le séparatisme ? Beaucoup de contributeurs dans le Club considèrent que c'est surtout une stratégie pour diviser la société... 

Je suis profondément athée et j’ai beaucoup de mal avec les guerres de religion que l’on nomme aujourd’hui communautarisme ou séparatisme, je ne me sens pas vraiment concernée. Ce n’est pas terrible comme position, car nos mondes sont construits là-dessus, mais je pense que notre pays, soi-disant laïc (mais en réalité absolument catholique) ferait bien d’arrêter de jouer à cette guerre-là. Les bras m’en tombent. Arrêtez les gars, arrêtez d’attiser le feu… 

Personnellement, j’ai plus envie d’alerter sur les conditions d’accueil de tous les réfugiés, de réclamer des papiers pour tous, et des conditions de vie décentes. Si depuis des décennies nos dirigeants avaient été capables d’autre chose que de fournir des armes aux intégristes de tout poil et d’alimenter la peur et la haine de l’autre, nous n’en serions pas là. 
Mais si dans le Club, ils pensent que c’est une stratégie pour diviser la société... Je pense que la société fait très bien ça toute seule, elle n’a besoin de personne. De toute façon le principe de cette société c’est de se diviser sur tous les sujets, et le rôle des politiques et des médias, c’est d’attiser le feu. Plus on divise les gens et plus on garde le pouvoir. La stratégie de la division elle est générale, elle n’est pas que sur ce sujet.

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