Ça fait 100 fois que je vous le dis !

Le nombre de billets publiés est inscrit dans la colonne droite de ce blog et quand j’ai lu 99, j’ai pensé que ça valait bien de fêter avec vous ce 100e. Même si je me répète parfois, j’aime beaucoup vous écrire, ça me défoule et ça fait du bien, mais j’en suis encore à me demander, après tant et tant de billets…

J’avais commencé par une adresse au président en janvier 2019, alors que les Gilets jaunes faisaient trembler l’exécutif et que la répression était En Marche ! J’étais déjà très en colère, mais la révolte a pris le dessus et ne m’a pas lâchée depuis. Si je me demande encore à quoi ça sert d’écrire, je sais que c’est pour moi le meilleur moyen de survivre dans ce monde. Raconter ce que je vois ou entends, ce que je ressens, dénoncer les conditions de vie des plus démunis, les violences institutionnelles et tous les autres trucs horribles que l’on subit, en particulier depuis l’arrivée des hipsters au sommet de l’État.

Et puis il y a eu les petites phrases du président : le pognon de dingue, la rue à traverser et les contreparties que les plus pauvres devraient à la société. J’ai un toit, mais je fais partie de ceux qui refusent de traverser n’importe quelle rue pour accéder à un boulot coûte que coûte. À quoi ça sert de bosser après tant et tant d’années ? Je préfère coûter un pognon de dingue plutôt que de payer de ma santé un boulot de merde, il n’y a pas de troc possible.

 © La rue ou rien © La rue ou rien

Des fois, je raconte ma vie et quand mon frère de droite m’a dit : « Nous, on est contre les Gilets jaunes… Ils détruisent l’économie, ça coûte une fortune leurs conneries… », j’ai eu envie de vous le raconter, tout comme quand ma belle-sœur, quelques mois plus tard, aura un cri qui m’ira droit au cœur. Je ne me vanterai pas de les avoir convaincus, mais de voir, de subir et de dénoncer permet de faire face, et parfois de persuader.

Ensuite, il y a eu les larmes. Nous n’étions pas encore au printemps que les lacrymos ne cessaient de nous brûler la peau, de déclencher des détresses respiratoires et de nous faire chialer. Les LBD crevaient des yeux, arrachaient des mains, brisaient des vies. La mort de Zineb, les blessures de Geneviève, l’œil de Jérôme frappaient les esprits et toutes les autres victimes commençaient à se faire entendre. Et la Résistance de fleurir un peu partout dans le pays.

Souscription - 1927 © gueules-cassees.asso.fr Souscription - 1927 © gueules-cassees.asso.fr

 Presque cent ans après la création de l'Union des Blessés de la Face et de la Tête (UBFT), surnommée les Gueules cassées, j’aurais aimé que toutes les cagnottes en faveur des blessés du macronisme ne mènent pas à tant de polémiques. Au lieu de ça, le président a vendu la Française des jeux, héritière de l’UBFT et mon appel à la reconnaissance des nouvelles Gueules cassées n’a reçu que 7 recommandations. À quoi ça sert de se faire défoncer la tête ou ses cabanes si y’a pas un peu de solidarité derrière ? En bref, à quoi ça sert tout ça ?

 

 

Je me suis une nouvelle fois vengée sur le président après une manifestation mémorable à Paris, celle du 16 mars, alors qu’il venait de réunir des intellectuels pour un « grand débat des idées ». À quoi ça sert d’avoir des idées si ce n’est pas pour les défendre dans la rue plutôt que d’en causer dans les salons ? La lutte paie et malgré les algorithmes qui nous gouvernent, c’est cela qui compte.

 Mais ce qui comptait le plus pour le président, c’était de reconstruire Notre-Dame au plus vite avec l’argent de ses amis, pendant que d’autres revendaient leurs bons de réduction accumulés plusieurs mois durant pour se payer le train et venir manifester à Paris. Ça branle dans le manche disais-je, mais à quoi ça sert si tous les pauvres ne s’y mettent pas ?

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Certains me prennent pour une râleuse et je crois qu’ils ont raison. Je réclame les droits, des conditions de vie décentes, des salaires permettant de se nourrir, de se loger et de ne pas faire que cela. Je râle et nous sommes beaucoup à le faire, cumulant les petits riens qui feront avancer les causes. Celle des femmes me tient à cœur et les lutteuses des ronds-points forcent mon admiration. Les femmes sont en première ligne de la précarité comme des manifs. Elles ont parfois peur, mais elles sont là pour se défendre, pour réclamer leurs droits, l’égalité, un avenir pour leurs mômes, du boulot, contre toutes les violences, mais à quoi ça sert si on ne les entend pas ? On verra ce qu’il adviendra et si en juin 2021, lorsque je m’autoriserai à ouvrir ce billet secret, les choses auront évolué.

À quoi ça sert d’être en guerre si ce n’est pas pour la gagner ? Alors que le président s’est rendu à l’évidence de cet état de guerre il y a peu, c’est le 1er juillet que je lui ai vraiment déclaré la mienne et l’ai prévenu. Vous paierez pour tous ces crimes, lui ai-je hurlé. J’étais vraiment énervée ce jour-là et les mesures à passer à la hussarde au cours de l’été n’allaient certainement pas me calmer, surtout qu’on n’avait toujours pas retrouvé Steve.

Ceux qui suivent ce blog auront compris que je vis à la campagne après plusieurs dizaines d’années au cœur de la capitale. Autant dire qu’y manifester, c’est comme une balade à travers mes souvenirs, j’adore ça. Ce 14 juillet, Paname m’a fait honte et je lui en veux encore des insultes reçues des bourgeois en terrasse, alors que les images du tour du pays montraient à quel point les colères étaient toujours aussi vives.

Le 13 juillet, la caravane des caravanes jaunes se dirige vers Paris © Caravanes des caravanes Le 13 juillet, la caravane des caravanes jaunes se dirige vers Paris © Caravanes des caravanes

En être ou pas ? Et dire qu’il y en a encore tellement qui se posent la question. Oui, mais non, parce que les fachos, parce que les casseurs, oui, mais non parce que c’est pas vrai, qu’il ne faut pas exagérer. Oui, mais non, pas comme ça, surtout l’Arc-de-Triomphe, oui, mais non, regardez ces pauvres policiers, etc. Pauvres de vous, gens de gauche, pauvres de vous. Et je me désole encore au lieu de louer le « Grenelle des violences conjugales », la bonne blague ! Un an après, le nombre de femmes mortes sous les coups de leur conjoint ou ex n’a pas diminué.

Manif sauvage - Paris, le 8 septembre 2019 Manif sauvage - Paris, le 8 septembre 2019

J’avais presque perdu la part encore disponible de mon cerveau quand la rentrée des femmes a été annoncée. La manif sauvage du 8 septembre, partie du Palais de la femme pour arriver sans encombre jusqu’au métro Saint-Paul, a été une belle réussite, mais c’était avant, quand on pouvait encore faire une sauvage sur plus de 500 mètres. À quoi tout cela a servi ? À rien, mis à part qu’à force de mobilisations devant ce fameux Palais de la femme, de nombreux logements ont été attribués aux résidentes.

Paris, le 21 septembre 2019 © Bsaz Paris, le 21 septembre 2019 © Bsaz

C’est durant ce même mois de septembre que la police a commencé à cibler de plus en plus les femmes, comme si le pouvoir commençait à comprendre ce qui risquait de lui arriver. Des tigresses déchaînées, prêtes à en découdre la tête haute. On sentait les vents tourner, mais l’avantage a profité aux pollueurs et les opérations d’Extinction Rebellion n’y ont rien changé. Au contraire, elles ont bien servi les autorités pour semer la zizanie entre les rebelles.

Stayin' alive in Melbourne, le 12 octobre 2019 © XR Australia

Peu importe les controverses, les XR se sont éclatés à Melbourne, Londres ou Paris où ils ont réussi à occuper la place du Châtelet et les alentours toute la deuxième semaine d’octobre. Les femmes, les jeunes, les Gilets jaunes, ATTAC, le Rojava, les routes nationales privatisées, Lubrizol, Steve, les violences policières… Toujours pas fatigués, disais-je, mais deux semaines plus tard, la question me taraudait : Qu’est-ce qui nous retient ?

En me relisant, je remarque qu’une autre question revient sans cesse : à quoi sert tout cela ? Et la question du travail contraint se pose, et avec elle, celle du revenu de base inconditionnel. À la mort du chômeur et de ses droits, je déclare la mort du travail pendant que les guerrières de la vie ne lâchent rien et bossent sans relâche. Les portraits de ces femmes Gilets jaunes m’ont bouleversée. On dit les femmes et les enfants d’abord ! Mais pour les sauver ou pour les assassiner ? Après la mort de Steve, noyé par l’action de la police, la tentative de suicide d’un étudiant devant le Crous de Lyon, plongé dans sa misère, ce sont mes enfants que ce système a détruits. Vive le socialisme, vive l'autogestion, vive la sécu.

La fresque en hommage à Steve Maia Caniço sur le quai Wilson à Nantes - Août 2019 © Nantes révoltée La fresque en hommage à Steve Maia Caniço sur le quai Wilson à Nantes - Août 2019 © Nantes révoltée

Ça allait faire un an que les Gilets jaunes battaient le pavé et j’étais admirative, alors on a fêté l’anniversaire et regardé des vidéos en attendant la manif du 23 novembre, contre toutes les violences faites aux femmes. Quelques jours plus tard, la publication de #BalanceTonPresident a suscité plein de commentaires et reçu encore plus de recommandations. C’est vrai quoi, à la fin, il fait vraiment chier ce président !

On peut toujours rêver, il faut continuer à se battre et pour ce faire, rien de tel qu’une bonne grève générale. Le 5 décembre, même les plus anciens des militants disaient que l’on n’avait jamais vu cela à Rennes. Partout en France, des millions de personnes ont défilé, presque à l’unisson, et les grèves ont suivi, surtout à la Scnf. C’est comme ça qu’on a annulé Noël.

Et puis j’ai eu envie de vous causer un peu de ce qui se passe par chez moi à travers une nouvelle édition : Il était une fois dans l’Ouest. Pour rappel, vous pouvez y participer, tout comme à cette autre toute nouvelle édition : Dans quel État j’erre ?, destinée à relayer les témoignages de celles et ceux qui subissent les injonctions, les restrictions, les interdictions, dans leur vie quotidienne, parce que ça sert toujours de dire les choses.

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Franchement, je ne comprends pas ! Tout le monde était là. Les cheminots, les mécanos, les soignants, les enseignants, les Gilets jaunes, les pompiers, les petits rats de l’Opéra, l’orchestre, et quoi ? C’est quoi le problème pour que vous ne descendiez pas TOUS dans la rue et qu’on en finisse avec cette bande de branquignols ? Je fais tout ce que je peux pour vous motiver, mais même avec les retraites, on n’était pas assez. Faites ce que voulez après tout, avec les copines, on a continué à s’indigner, mais des fois, j’en ai marre et je m’en reprends au président.

Les grèves contre la réforme des retraites ont continué, les violences policières et les menaces de licenciement aussi, et j’ai essayé une nouvelle fois de trouver des mots pour le dire. Et vous tous là, les vieux révolutionnaires, vous aussi j’ai essayé de vous faire sortir avec une compil’ des quinze derniers mois en vidéos ou en vous faisant peur avec GendNotes. Mais cette fois là encore, ce sont les femmes qui sont sorties dans la rue et se sont fait massacrer. À Rennes nous étions 5 000, du jamais vu !

Rennes, le 8 mars © Patricia Tutoy Rennes, le 8 mars © Patricia Tutoy

C’était la veille du confinement et le 70e samedi des Gilets jaunes. On ne pouvait pas se douter de tout, mais on savait que ce serait long avant de pouvoir retourner dans la rue. J’avais passé le week-end avec mes enfants et on s’était bien marré. C’est ce qui m’a donné l’envie de prendre tout ça à la rigolade. Pendant plus de trois semaines, presque quotidiennement*, j’ai rassemblé des vidéos, des blagues, des histoires tordues et petit à petit, ce confinement et ce virus n’ont plus fait rire personne. Des fois, je me suis même demandé si ça ne faisait pas rire que moi, mais bon, c’était le confinement et moi aussi, fallait bien que je m’occupe.
* J1 - J2 - J3 - J4 - J5-6 - J7 - J8 - J9 - J10 - J11-12 - J13-14 - J15 - J16-17 - J18-19 - J20-21 - J22-23

Souvenirs de l'époque © DJ'stif & Co

Il faut dire qu’avec tous ces vieux qui tombaient comme des mouches dans les Ehpad à 3000 balles, les femmes à la rue, les soupes populaires et l’enfermement, ce n’était vraiment plus drôle du tout. C’est sans honte, aucune, que des ministres, préfets et maires, l’AP-HP et la Fondation de France ont alors lancé leurs appels aux dons. À quoi ça sert d’avoir un État ?

Plutôt que de chercher des sous, j’ai préféré essayer de trouver un ou une volontaire pour nous sortir de la mouise. Je vous le confirme, ça n’a pas marché et le 1er mai sous confinement est arrivé. Tandis que quelques camarades tentaient des sorties en ville, je me suis acharnée sur les mauvaises herbes, ce qui a entraîné une tendinite dont je souffre encore. Alors le confinement, ça va, merci, j’ai donné, sans compter les « prises de position » d’un comédien à côté de la plaque.

Il était déjà question de rouvrir les écoles, mais il y avait de la résistance dans l’air. Les appels fusaient pour autre chose, un Nouveau Monde, une autre vie, tout, mais pas ça ! Je déprimais depuis un moment quand un matin, 8 à 15 000 manifestants (selon les sources) se sont retrouvés à Maubeuge pour la sauvegarde des emplois de l’usine Renault. À Paris, le même jour, la marche des solidarités faisait un tabac, l’espoir pouvait renaître.

Devant le TGI de Paris, le 2 juin 2020 © Bsaz Devant le TGI de Paris, le 2 juin 2020 © Bsaz

Nous n’allions plus nous laisser étrangler. La mort de George Floyd allait déclencher une telle vague de protestations dans le monde, que notre ministre de l’Intérieur fut sommé de revoir ses méthodes par le président qui aurait dû nous faire cette déclaration, avant de changer d’avis au dernier moment.

Au lieu de se tenir à carreau, le préfet a envoyé ses troupes et c’est sur Farida l’infirmière qu’elles sont tombées, et en guise de nouvelle vague, on a remis ça avec les copines parce que ça suffit vraiment les violences policières, en particulier sur les femmes ! Le 14 juillet, on a fait la manif avec les soignants, les syndicats et les Gilets jaunes, sous les yeux des Parisiens toujours aussi investis. Heureusement, la lutte paie toujours et si parfois, on se décourage, c’est pour mieux rebondir.

Arrestation de Farida, Paris, le 16 juin 2020 Arrestation de Farida, Paris, le 16 juin 2020

La stratégie de la peur était une ultime façon pour le pouvoir de nous faire entendre raison, mais à force d’être terrorisés, méprisés, infantilisés, les gens se sont bien rendu compte qu’on se foutait d’eux, surtout avec le plan de relance destiné principalement aux entreprises. Mais que font-ils de tout cet argent ?

Je me demande vraiment ce qu’ils ont dans le crâne au gouvernement. Après les GJ, les femmes, les soignants, les cheminots, il a fallu qu’il s’en prenne aux mômes avec les masques à l’école et tout le bazar que ça a entraîné. Même les instits ont hurlé leur désespoir de devoir faire la classe dans ces conditions

Géraldine, instit en maternelle craque © Géraldine Carlier

Et les limitations et les interdictions se sont multipliées, tout était désormais interdit, mais ça n’a pas empêché de nouvelles manifestations où la presse et les médics ont été séquestrés. Adieu les Droits de l’homme, bonjour la peine (avec 6 ans de sursis) d’un an d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende pour avoir demandé avec insistance un aménagement du port du masque en classe pour un enfant asthmatique.

Incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, le 26 septembre 2019 Incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, le 26 septembre 2019

Ce week-end, Rouen célèbre un an de mensonges, le couvre-feu tombera ce dimanche soir sur Marseille, Paris fermera à 22 heures à partir de lundi, et personne ne sait plus quoi penser des chiffres et des médecins, mais une chose est certaine, nous en sommes là du quinquennat et franchement, j’en suis encore à me demander…

À bientôt quand même !

Tranche de vie © François Béranger

 

Une bonne partie des vidéos du blog est disponible sur cette chaine Youtube

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