Se découvrir malgré l’effroi

La France a froid. Surtout dans le dos. L’état d’urgence perdure, les sans-abris et les migrants souffrent d’indifférence… Heureusement, les frissons d’effroi ne font pas courber l’échine des plus mobilisés. A quatre jours du premier tour de la primaire PS et après deux débats télévisés entre les 7 candidats qui ne sont ni mercenaires ni samouraïs, le Club recense cette semaine dans son hebdo des prises de position, des hauteurs de vue, des mises en demeure ou encore des choix arrêtés et motivés. 

Ils sont 7 comme le nombre de péchés capitaux, les sept rayons de la couronne de la statut de la Liberté à New York,  le nombre d'années de malheur auquel doit faire face celui qui aura cassé un miroir, les sept formes sous lesquelles le Graal peut apparaître (pierre, plat, épée, coupe, livre, lance, émeraude), les "7 couleurs" de l’arc-en-ciel… Ils sont 7 effectivement mais n’y voyons ni mythe, ni symbole, ni croyance ou superstition.

La preuve par 9 dans le club traversé cette semaine par une bouderie de la primaire et l'affichage de blogueurs, à la fois dans les billets et les commentaires, de faire en mai ce qu'il leur plait. Dans cette France où la famille de gauche éclatée est appelée à voter ou pas - on verra le résultat de la participation du premier tour de la primaire PS ce dimanche -  l’état d’exception s’est installé voire banalisé. Pas pour tous. Surtout pas pour l’avocat Paul Cassia qui nous a servi son dernier développement sur l’ignominie d’un tel système. Lequel comme le souligne Paul Calamé qui adresse une demande de bon sens à Dominique Versini, adjointe à la mairie de Paris pour la solidarité, les familles, l’enfance, la lutte contre l’exclusion, «pour qu’un gymnase soit immédiatement mis à la disposition des exilés, hommes, femmes et enfants, qui errent dans les rues du 18e arrondissement de Paris, pourchassés par la police», laisse les misèreux pour les uns ou misérables pour les autres dans la misère.

Pour rappeler à ceux qui auraient oublié, un message adressé le 16 janvier aux sénateurs et sénatrices nous interpelle sur un sujet trop souvent maltraité dans notre cher pays colonialiste. Dans l’édition Les mémoires des esclavages et de leurs abolitions Loïc Céry secoue le cocotier et dénonce la volte face de sénateurs qu’il cite et qui veulent réintroduire des dispositions prévues par l’article 20A dans le projet de loi Egalité réelle Outre Mer.  Il l’explique dans son billet : «Nous, signataires de ce courrier, et porte-paroles des milliers d’Ultra-Marins qui s’opposent à cet article, nous nous élevons avec vigueur contre les pressions exercées sur les parlementaires par des groupements disant parler au nom de tous les descendants de cette histoire douloureuse de l’esclavage. Il s’agit là pour le moins d’un détournement de l’action associative, d’une usurpation et d’une supercherie par laquelle on tente de faire plier le Parlement[… ]L'amendement des sénateurs Larcher, Cornano, Antiste et Gillot tend à faire croire qu'il y aurait besoin de conforter le 10 mai, ce qui est un pur mensonge, puisqu'ils prétendent en changer l'intitulé comme l'inspiration, et en profitent pour scinder la commémoration avec une autre journée, le 23 mai. Dans l’inspiration de la Loi Taubira de 2001 reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité, cette journée nationale du 10 mai serait non seulement vidée de sa substance mais surtout dévoyée, si elle venait aujourd’hui comme y aspire cet amendement, à devenir une célébration des abolitionnistes, alors que le 23 mai célébrerait les victimes de l’esclavage colonial.»

Autre sujet, autre thème développé dans cet appel de plusieurs dizaines d’artistes, chercheurs et militants.Ils implorent «le Louvre à mettre immédiatement un terme à ses liens avec l’industrie fossile au nom de sa responsabilité morale face au changement climatique. Parmi les premiers signataires : Naomi Klein, Bill McKibben, Emma Thompson, Vivienne Westwood, ainsi que Geneviève Azam, Amélie Canonne, Christophe Bonneuil, Dominique Plihon et Aurélie Trouvé». Le fil de commentaires – une trentaine - sous cette tribune nous interroge sur le fait qu’on ne touche ni aux bijoux de famille en France, ni à son patrimoine prestigieux.  

Mais revenons à notre gauche, comme Panurge à ses moutons. Alors que Macron marche vite avec ses techniques marketing et ses raisonnements algorythmiques, Mélenchon s’adonne à la politique en hologrammes comme le décrypte Vingtras dans son billet et le NPA rame à trouver les signatures pour la Présidentielle comme le souligne cet appel : «celles et ceux qui soutiennent la candidature de Philippe Poutou (NPA) sillonnent les routes du pays à la recherche des signatures. Mais au rythme où vont les choses, avec moins de 200 parrainages récoltés, cette candidature anticapitaliste sera retoquée par un système politique privilégiant l'entre-soi ».

Recentrons le débat sur la primaire et ces billets qui donnent du grain à moudre aux commentateurs de Mediapart. Dans sa Primaire du PS, la farce tranquille, Noel Mamère n’y va pas que par le dos de la cuillère pour taper sur cette élection qui doit désigner le candidat PS à la Présidentielle. Dans le chapô de son article, le député de Gironde qui votera Yannick Jadot en mai plante sa démonstration : «Sept personnages en quête de scénario s’acharnent à nous persuader que le PS peut encore créer la surprise. Aucun d’entre eux ne croit à cette fable et pourtant, courageusement, chacun joue son rôle dans une pièce sans public autre que celui qui croit encore aux promesses d’un PS disqualifié par ce quinquennat tragique». S’en suivront plus de 100 commentaires sur un fil où on retrouve pêle-mêle ceux qui ne voteront pas dans le cadre de cette «farce». Et qui ouvrent un débat sur le nom de l’homme non pas lige mais franc tireur émancipé et sorti du système qu’on le nomme Macron, Mélenchon ou Jadot. Pas étonnant donc de découvrir ce billet d’Alex Mahoudeau, Doctorant en science politique à l'université de Durham en Angleterre qui annonce une déroute du PS et ne croit pas aux alternatives à gauche : «La gauche social-démocrate est quasiment morte politiquement. L'émergence de « figures alternatives» à gauche pourrait donner espoir, si elle ne se faisait pas sur l'autel d'un renoncement.» Une position qui va lui imposer à répondre aux réactions nombreuses des pro-Mélenchon, comme l’atteste une de ses mises au point :  

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A contario, Yannis Zeghbib nous raconte une histoire, la sienne dans En 2017 : L’insoumission, un choix. Il y expose les arguments qui font qu’in fine il votera Jean-Luc Mélenchon. «Après dix années de militantisme au sein du Parti Socialiste et du Mouvement des Jeunes Socialistes dont j'ai été le Secrétaire Général pendant un an, je choisis aujourd'hui de quitter ces organisations pour rejoindre la France Insoumise et participer à faire élire Jean-Luc Mélenchon à la présidence de la République en avril et mai prochain». Et déclencher le compteur des commentaires.Mais comme d’habitude, la discussion est quasi vaine, chacun campant sur ses positions et sur le choix d’un candidat. Comme dans la tribune signée par 100 personnalités, dont Edgar Morin, Christiane Hessel, Marie-Monique Robin, Robin Renucci… et intitulée Nous pouvons vivre des jours heureux en rappel au «nom du programme lancé en 1944 par le Conseil National de la Résistance pour élaborer une société plus juste et plus libre...» par des candidats à l'élection présidentielle, et appeler à une mobilisation collective «afin que renaisse l'espérance», les commentaires au lieu d’être constructifs débouchent sur celui de Marielle Billy qui résume tout :

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Le vivre ensemble ne conclura pas cet hebdo puisque cette semaine Eric Fassin, etJacky Dahomay, appuient où cela fait mal. A 24 heures d’intervalle, ils ont posté un billet sur cette l’hostilité manifestée à l'égard des étrangers, de ce qui est étranger. Dans La xénophobie à tout prix, l’enseignant-chercheur et sociologue démontre que «L'accueil des réfugiés a dopé la croissance de l'Allemagne. Les valeurs d'Angela Merkel convergent donc avec l’intérêt du pays. À l'inverse, Theresa May renonce au marché unique pour fermer la porte aux migrants. La xénophobie n’est donc pas déterminée par une nécessité économique. Cette passion coûteuse peut même contredire la rationalité économique». Alors que de nombreux commentateurs remettent en cause le raisonnement de l’auteur, B. Girard prend le contrepied et apporte un éclairage complémentaire.

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Le philosophe guadeloupéen quant à lui nous invite à nous interroger dans La xénophobie et l’angoisse du politique et encourage le débat autour de la notion de populisme.

 

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