La rentrée ! Quelques réflexions sur la formation des "maîtres"...

C'est la "rentrée", mot et phénomène très français, où après deux mois d'absence les élèves retrouvent l'Ecole, tous en même temps, les grandes surfaces se frottent les mains de voir les parents acheter en masse tous en même temps, les prix montent... et les journalistes parlent de l'Ecole. Souvent en découvrant des "études" plus ou moins douteuses sur le "mal de l'Ecole" qui est en fait le mal de tout un pays depuis des décennies. Hier c'était le titre: Les élèves sont victimes de la concurrence entre établissements scolaires. Les commentaires n'ont pas attendu... Ayant passé quelques heures à traduire un texte sur la formation des enseignants outre-Rhin pour répondre à quelques affirmations, j'ai choisi d'en faire un article de blog. Peut-être qu'Axel J. pourrait faire de même pour la Finlande et Yolaine pour l'Irlande ou d'autres pour d'autres pays, juste histoire d'élargir la réflexion et de ne pas tourner en cercles concentriques franco-français en accusant les uns et les autres du problème dont tous sont en fait co-responsables.  

C'est la "rentrée", mot et phénomène très français, où après deux mois d'absence les élèves retrouvent l'Ecole, tous en même temps, les grandes surfaces se frottent les mains de voir les parents acheter en masse tous en même temps, les prix montent... et les journalistes parlent de l'Ecole.

 

Souvent en découvrant des "études" plus ou moins douteuses sur le "mal de l'Ecole" qui est en fait le mal de tout un pays depuis des décennies. Hier c'était le titre: Les élèves sont victimes de la concurrence entre établissements scolaires. Les commentaires n'ont pas attendu...

 

Ayant passé quelques heures à traduire un texte sur la formation des enseignants outre-Rhin pour répondre à quelques affirmations, j'ai choisi d'en faire un article de blog.

 

Peut-être qu'Axel J. pourrait faire de même pour la Finlande et Yolaine pour l'Irlande ou d'autres pour d'autres pays, juste histoire d'élargir la réflexion et de ne pas tourner en cercles concentriques franco-français en accusant les uns et les autres du problème dont tous sont en fait co-responsables.

 

 

Ce n'est pas tant la "concurrence" le problème, c'est le RESPECT de l'enfant dans la société. Ceux qui ont fait du sport, notamment de l'athlétisme, savent combien la "concurrence" donne de l'énergie pour se surpasser. Tant qu'il y a ce qui est appelé "l'esprit sportif", c'est-à-dire le Respect de l'Autre. Quand la concurrence va avec le mépris de celui qui est plus faible, c'est là qu'elle devient un problème...

 

Il est clair depuis longtemps que le système français ne fonctionne pas. Des centaines de milliers d'adultes jeunes le quittent sans AUCUNE formation ni espoir.

 

Le pire étant la concentration et l'envoi de jeunes profs inexpérimentés dans les établissements les plus difficiles et l'engraissement des "élites" sur le dos de toute la société. L'article dit:

 

"Stigmatisés et fuis par les meilleurs élèves et les enseignants expérimentés, ces collèges concentrent les élèves les plus démunis et souvent en grande difficulté scolaire. "

 

Où l'on voit bien que ce ne sont pas les êtres humains dans leur enfance qui font l'objet de toutes les attentions du pays, mais les adultes, enseignants en particulier qui ont établi un système de points qui permettent aux plus expérimentés de surtout fuir les écoles difficiles, les laissant aux jeunes enseignants sans expérience.

 

On les envoie à travers tout le pays, dans des régions dont ils ne connaissent pas la culture. Un crime contre les générations futures.

 

Tout commence à vrai dire dès l'âge de 2 - 3 ans par la vision de cet âge par toute la société française, exprimée à merveille par son ministre de l'Education:

 


Darcos, la maternelle et les couches
Hochgeladen von rue89. - Nachrichtenvideos aus der ganzen Welt. Le RESPECT des enfants en bas-âge... © Ministre de l'Education Nationale

 

J'ai consacré pas mal de mon temps à ce sujet qui me tient très à coeur, car après plus de 30 ans à observer l'Ecole depuis la "maternelle" jusqu'à la fin de l'Université dans ses pratiques en Europe, et en France en particulier, j'ai acquis la certitude que c'est l'Ecole qui formate la pensée d'un pays et que l'Etat en France, hyper-centralisé, en use pour former de futurs "citoyens" dociles, plus faciles à manipuler, dominés par une "élite" qui dirige le pays - de gauche comme de droite - et qui ne souhaite pas partager ce "pouvoir".

 

Voici quelques liens qui traitent de l'Ecole, avec un regard venant de l'extérieur du pays, mais une profonde expérience personnelle de l'Education Nationale:

 

Les enfants français n'aiment pas l'école - Est-ce étonnant?

 

Les enfants français n'aiment pas l'école - Pourquoi ?

 

Certains n'utilisent que "20 mots de la langue" pour s'exprimer - Vision de l'être humain - Photos

 

A la base de toute société: son Ecole - Qui est le "3eme enseignant"? Photos et vidéo

 

Pourquoi les gens sont différents dans les différents pays ? - Photos

 

Engagement citoyen: Une triste cour d'école - transformée en paradis pour enfants - Photos

 

Un violon ou un violoncelle pour chaque enfant en CP - Comment est-ce possible ?

 

L'ascenseur et l'homme de ménage

 

Le système éducatif en France (de la «maternelle» au «primaire»)

 

La formation de la pensée française

 

Combien de temps les Français accepteront la domination de Paris?

 

La consommation citoyenne, qu'est-ce que c'est?

 

Les débats ont souvent été houleux...

 

Le problème n'est pas vraiment la structure ni les cours - pas besoin de vidéos - le problème c'est la reconnaissance de la place de l'enfant en tant qu'adulte en devenir dans la société.

 

Car tout, tout est une question d'Education, Sarkozy au pouvoir également: Pourquoi se dédouaner de ses responsabilités... ?

 

Quelques infos enfin concernant le financement et la structure sociale au niveau supérieur, ce qui se prépare dès la maternelle:

La dépense publique annuelle par étudiant en 2006 était de 9.370€, ce qui place la France en-dessous de la moyenne des pays de l'OCDE et masque une grande diversité puisque les chiffres varient de

- 7.840 € pour les universités à près de

- 20.000 € pour les « grandes écoles »...

 

Ceci entraîne cela et s'ajoute au reste...

 

Il faut vraiment passer quelques minutes à observer cette photo mise en Une de Mediapart:

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La cour - inhumaine et sans vie - les bâtiments tout autour, et ces enfants qui rentrent le soir - le soleil se couche d'après les ombres - après une journée faite de jugements, notes reçues, de déceptions, de sentiments d'être "nuls" quand ils ne se l'entendent pas dire texto, de violences parfois... le tout jusque vers 17h...

 

Ils rentrent chez eux, dans ces cages à poules où aucun des architectes qui les ont pondus n'iraient habiter, souvent sans pièces pour pouvoir trouver la tranquilité et pouvoir PENSER, car la TV marche depuis qu'ils sont rentrés...

 

J'ai essayé de montrer dans quelques liens ci-dessus, ce que j'ai vécu et ce que vivent les enfants juste derrière nos frontières, avec des photos et vidéo...

 

Il en ressort un tout autre respect pour ces tranches de vie... qui ont des conséquences sur tout le pays et la vie de tous ses adultes.

 

Mais comment y parvenir avec la structure - qualifiée de "mammouth" par un ministre (que je n'apprécie pas par ailleurs) - et le formatage des "maîtres" chargés de former les générations futures - et donc le pays dans son ensemble ?

 

Je répondais à shadokskaîa qui écrivait :

 

"Je pense qu'il vaut bien mieux être un jeune professeur pour pouvoir s'adapter... qu'un ancien, qui commence à ne plus comprendre trop bien (voire plus du tout) les réactions des élèves.

S'il est très difficile de commencer en Zep, c'est aussi la meilleure école de professeur - c'est un métier où rien ne remplace l'expérience. Par contre, qu'il y ait un accompagnement des enseignants qui reste aussi miteux que ce qu'il est, pose un vrai problème."

 

Pour avoir moi-même enseigné en France et avoir vu plusieurs membres de ma famille le faire, l'un envoyé par exemple depuis son Sud-Ouest natal au Blanc-Mesnil dans des établissements dits "difficiles", sans aucune expérience, je trouve ce système aberrant. Le système de "points" lui a permis de "redescendre" dans sa région où son épouse était restée travailler. Je vois d'autres de mes proches en formation actuellement...

 

J'ai préféré le système de formation des enseignants tel qu'il se pratique juste derrière la frontière. Je l'ai vécu en direct, plusieurs de mes amis étant "Referendar" quand je suis arrivée dans le pays. J'ai donc passé un certain temps à vous traduire le résumé de la formation d'enseignant pour que vous en ayiez une idée et pour écouter vos critiques. Voici donc le texte:
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"Le „Referendariat“ est un service de préparation (un temps de formation) pour les carrières de fonctionnaires de la haute fonction publique (collectivités territoriales, collectivités et fondations de droit public) ou autres institutions de l’administration de la République Fédérale d’Allemagne, dans la mesure où les aspirants ont été reconnus par la loi comme pouvant exercer les fonctions de cadres supérieurs de la fonction publique.

 

Le “Referendariat” dure en général 2 ans et doit donner des connaissances pratiques qui n’ont pas pu être données pendant les études universitaires.

 

Seuls les étudiants ayant passé le premier examen d’Etat après trois ans d’études universitaires peuvent commencer leur “Referendariat”. Il deviennent alors “Referendar”.

 

La formation des “Referendare” (apprentis) est assurée en règle générale par les administrations des Länder, qui ont défini les normes de la formation. Dans certains cas, ces “Referendare” sont “aspirants fonctionnaires” (pouvant être révoqués). La plupart des Länder leur ont cependant accordé le statut d’employés pendant la durée de leur formation.

 

Le "Referendariat" est la deuxième partie de la formation des enseignants. Ce qui est appelé la « première phase » a lieu à l’Université.

 

Alors que cette première phase a pour but de donner les bases scientifiques nécessaires au futur métier d’enseignant – tant dans les matières que dans les sciences de l’Education – la deuxième phase se concentre sur la pratique de l’action d’enseigner, sur une base scientifique.

 

L’objectif de la formation est l’acquisition d’aptitudes dont un enseignant a besoin. Le "Referendar" doit montrer une maîtrise du stress et une compétence à planifier ses cours ainsi qu’une solide préparation des cours qu’il dispense en toute responsabilité.

 

Ces dernières capacités sont mesurées par des « épreuves pratiques » qui servent d’examen, et par une note préliminaire. La planification et la pratique d’un cours sont dépendants de deux constatations :
Est-ce que les élèves ont appris quelque chose, et quelle est la qualité de ce qu’ils ont retenu ?

 

C’est pourquoi le "Referendar" doit faire ses preuves tant dans la didactique des matières qu’il enseigne – normalement 2 matières – que dans la pédagogie. Il a normalement un formateur et un responsable par matière.

 

Il a donc trois personnes qui l’accompagnent : le superviseur pédagogique, un formateur pour chaque matière.

 

Le "Referendariat" dure en règle générale 2 ans pour les cadres de la fonction publique, à l’exception du Baden-Württemberg, de la Basse-Saxe et de Hambourg où il dure 18 mois.

 

Les "Referendare" enseignent seuls un nombre d’heures allant jusqu’à la moitié d’un contrat d’enseignant et suivent différents séminaires dans lesquels ils doivent acquérir des compétences didactiques et pédagogiques.

 

Leur temps est partagé entre les cours d’autres enseignants auxquels ils assistent comme stagiaires, les cours qu’ils donnent eux-mêmes auxquels leur "tuteur" assiste et les cours qu’ils donnent seuls de manière autonome.

 

Après une phase plus ou moins longue pendant laquelle ils ne font qu’assister aux cours d’autres enseignants pour apprendre - de deux mois en Basse-Saxe jusqu’à six mois en Baden-Württemberg - les "Referendare" font ensuite cours eux-mêmes.

 

Pendant les séminaires, des modules traitant différents sujets sont travaillés et discutés. Par exemple la "compétence en matière de critique des médias" ou "la pédagogie interactive" (selon Pestalozzi, la "tête, le cœur et la main participant à l’acquisition du savoir", acquisition cognitive, affective et psychomotrice).

 

En outre, les compétences didactiques dans les matières enseignées font l’objet d’entraînement, par exemple la planification d’expériences (chimie, physique) et d’exercices.

 

La phase suivante est le "cours de formation", au cours duquel le "Referendar" donne ses cours en présence de l’enseignant spécialisé dans sa matière. Ce dernier discute avec lui avant le cours et après le cours.

 

Pendant le "cours autonome", le "Referendar" a toutes les tâches d’un enseignant, il fait cours seul, il prépare les travaux sur table et tests, donne des notes pour l’oral et l’écrit et répond aux questions des parents lors des réunions de parents d’élèves. Cette partie fait entre 8 et 17 heures par semaine, les "cours de formation" représentant à peu près le même nombre d’heures.

 

La formation est assurée par trois enseignants, un supervisant chaque matière enseignée par le "Referendar" et un supervisant le travail pédagogique et organisationnel.

 

Les futurs enseignants de toutes les différentes sortes d’écoles font donc cours de manière autonome pendant leur formation, assistent aux cours d’autres enseignants de l’école où ils font leur formation et sont supervisés par un enseignant pendant toute la première année de "Referendariat".

 

Pendant les journées de séminaire, des exemples de cours sont analysés sous différents aspects et les bases théoriques du métier d’enseignant sont posées (par exemple le droit scolaire et la formation citoyenne). Les responsables de ces séminaires viennent rendre visite aux enseignants en formation et leur donnent leur avis sur leurs prestations.

 

La capacité à l’autocritique doit se renforcer pendant ces entretiens et doit être démontrée dans un mémoire portant sur la planification, la pratique d’enseignement et la réflexion, durant une série d’examens de deux ou trois heures. Cette phase de "Referendariat" se termine par le deuxième examen d’Etat, le "Staatsexamen".

 

Le "Staatsexamen" se compose de trois parties. Le cours de formation proprement dit, le mémoire, un cours dans les deux matières enseignées et un examen oral.

 

La note d’examen se compose de cinq parties. La note du premier examen d’Etat passé avant le Referendariat n’est pas intégrée dans la note du "Staatsexamen".

 

Lorsqu’un élève-enseignant pose sa candidature à un poste dans une école, c’est la moyenne des deux notes qui est prise en compte."

 

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Les candidats ayant le "Staatsexamen" posent candidature et ce sont les écoles qui recrutent en fonction de leurs besoins, en accord avec l'administration qui gère l'Education au niveau du Land.

 

J'ai d'abord enseigné en France, puis ai passé un an comme assistante en Allemagne. Pendant cette année scolaire, j'avais un prof de Français qui assistait à mes cours pendant les premières semaines au fond de la classe, venait après le cours discuter avec moi sur la réaction des élèves, la structure de mon cours et répondre à mes questions. Elle était appelée mon "tuteur". J'ai beaucoup apprécié ce comportement collégial et responsable. Après, elle ne venait plus que de manière sporadique, après m'avoir prévenue, à la fin je faisais cours seule, elle m'a même confié un remplacement d'un prof en congé maladie - ce qui ne faisait pas partie de mon contrat, mais m'a fait très plaisir.

 

Voilà, je sais le texte est long, mais je voulais vous donner une impression de l'ensemble.

 

Au plaisir de voir comment sont formés les "maîtres" en Finlande et en Scandinavie en général, pays qui sont à la pointe au niveau mondial, tant au niveau de l'Education que celui de la liberté de la presse, domaines qui vont de pair.

 

Car seuls ceux qui sont éduqués à la critique constructive dans le respect mutuel (respect de l'Autre) et non à la soumission ont une vraie liberté.

 

 

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