Blog suivi par 661 abonnés

Hubert Huertas

À propos du blog
"Qu'est-ce que tu ferais à ma place ?". Depuis lundi la question m'est souvent posée par des proches et des amis d'Avignon, Toulon, ou Marseille. Il se trouve que j'ai longtemps, très longtemps, vécu et travaillé en Provence Alpes Côte d'Azur. J'y ai voté Chirac en 2002. Ce dimanche, si j''étais encore inscrit là-bas, je ne voterais pas Estrosi. Je n'aime pas le journalisme à la première personne, mais que l'on me pardonne : cette fois nous sommes dans un moment exceptionnel, il faut sortir de sa réserve et je n'écris pas un article, je m'exprime sur un blog. Observer ne suffit plus. Depuis dimanche je m'interroge. Si je votais encore dans le Sud-Est, moi qui ne vote pas à droite, je choisirais quelle ligne ? Celle de Cambadelis, ou de la canne à pêche ? Le vote "républicain", comme ils disent, c'est à dire en faveur de Christian Estrosi, ou l'abstention qui ouvrirait la porte à Marion Maréchal Le Pen ? Le choix de Sarkozy ou celui de l'extrême droite ? Mon idée c'est que cette question n'a plus grand sens. Quelle différence entre les deux ? Ils sont en compétition, parfois féroce, mais c'est le même drapeau qu'ils essaient de s'arracher. Celui de la France qui se recroqueville dans ses souffrances, ses méfiances, ou ses rejets. Les Le Pen parce qu'ils se sentent propriétaires des des peurs, celle des étrangers entre autres, la droite forte parce qu'elle se croit dépossédée de son bien et compte récupérer ses électeurs en enfiévrant les mêmes colères. Le discours est identique : cinquième colonne, pain au chocolat, cantines, canalisations, famille réduite au refus des homos. Leur seul point de divergence, au fond, le Figaro l'écrit d'ailleurs chaque jour, c'est le programme économique ! Et encore... Marine Le Pen voudrait sortir de l'Europe tout en comptant y rester tandis que les Sarkozystes en appellent à un monde ouvert mais hérissé de frontières. Enfin le candidat, sa vie, son oeuvre... Un recours Christian Estrosi ? L'ultime rempart de la République ? Il a bonne mine ce mur de Jéricho avec ses couvre-feux pour les mineurs, ses arrêtés anti-mendicité, anti youyou, anti bivouac, ses 1250 caméras soit une pour 283 habitants, ses demandes d'incarcérations préventives, ses négociations successives avec Jean-Marie Le Pen, en 1992 et 1998 en vue d'accord pour les régionales avec vice-présidence à la clé. Ce rempart est aussi hermétique aux idées de sa jeune adversaire qu'un réservoir à son vase communiquant. Mais je sais, et tant d'amis me le répètent depuis lundi. Je ne vote plus en Provence Alpes Côte d'Azur, ils sont d'accord avec mes objections, ils les connaissent, il les partagent, mais eux ils votent ici, et s'ils suivent ce raisonnement Marion Maréchal Le Pen, petite fille de Jean-Marie et nièce de Marine deviendrait la Présidente de la Région. Présidente ! Pourtant je persiste. Je ne voterais pas Christian Estrosi. Non pas pour éviter la confusion entre la gauche et la droite, mais pour ne pas cautionner le mélange avancé de la droite et de l'extrême droite. Quoi, mardi, à Rochefort, Nicolas Sarkozy, président des Républicains a pu décréter qu'il n'y avait pas de différence entre le PS et le FN, et la gauche lui permettrait, dimanche soir, de distancer son modèle par la droite, puis de se croire autorisé à pavoiser en extrémisant encore son discours, pour battre les Le Pen sur le terrain des Le Pen ? Oui, insistent mes amis... Mais Marion Maréchal Présidente de la Région Paca, est-ce que ce ne serait pas pire encore, et pour cinq ans ? Cinq ans ! Peut-être. Mais il y a pire que ce pire là. Pire que Paca, pire que le Nord, pire que l'Alsace et la Lorraine. Il y a la France. Pardon du mot, mais l'infection marine depuis trente ans. Depuis trois décennies aucune digue n'a résisté. Les partis classiques ont sonné le tocsin pour éviter qu'un élu Front National ne s'empare d'un canton, et des cantons sont tombés, à l'unité puis par dizaines. Les villes ne devaient pas céder, et plusieurs ont succombé sans le regretter, des députés ne pouvaient pas être élus au scrutin majoritaire (cinquante pour cent des suffrages c'était parait-il inaccessible pour l'extrême droite) et des circonscriptions sont allées à l'extrême droite. Nous voici au bord des régions. De barrages passoires en barrages vermoulus faut-il aller jusqu'au pouvoir suprême en laissant à ce parti qui dit n'importe quoi, et qui concentre toutes les dérives qu'il dénonce, la dictature d'une parole non confrontée à la réalité, à la complexité, aux contradictions, aux dilemmes, aux oppositions, aux révoltes ? Faut il le mettre à l'abri du pouvoir jusqu'à ce que le fruit tombe et qu'il s'empare du pouvoir suprême, dans cette France où le Président de la République les concentre tous entre ses mains ? Le mouvement est trop ancien, trop ancré, pour buter sur nos obstacles en carton. Jamais dans l'histoire les barrages n'ont fait barrage à un mouvement exponentiel. Quand le vin est tiré il faut le boire. Souvenez-vous de la gauche dans les années 70. La droite avertissait, menaçait, annonçait les soviets et les chars russes sur la place de la Concorde, mais au bout de dix ans Mitterrand a quand même été élu, et des ministres communistes ont été nommé. Il y avait à l'époque un espoir irrésistible, il existe aujourd'hui, par nos fautes, nos dénis, nos commodités, nos abandons, et parceque le monde a changé, un désespoir exponentiel. Le FN, diabolique ou dédiabolisé, s'alimente à tous les malheurs, et à toutes les contrariétés. Pire encore il est maintenant légitimé par une colère raisonnable. Une colère républicaine. Au nom de quoi, depuis trente ans, un parti fort de dix, de vingt, de vingt-cinq, de trente pour cent des voix serait-il tenu á l'écart des responsabilités ? Ça ne peut pas tenir la route en démocratie. La droite ne peut pas passer son temps à légitimer les discours successifs de l'extrême-droite, le PS au pouvoir ne peut pas mettre en oeuvre le programme de la droite, la gauche alternative ne peut pas contempler ce désastre en s'enfermant dans sa protestation polyphonique, et leurs electeurs ne peuvent plus croire qu'un vote contre nature, une fois de temps en temps, stoppera la marche d'un mouvement que tout le monde alimente. Puisque dans certaines régions le FN est majoritaire, qu'il ait la majorité, c'est aussi bête que ça. Tout effet barrage ferait grossir sa colère, donc sa puissance, pour la prochaine élection, et la prochaine c'est la Présidentielle. Marion Maréchal Le Pen présidente en Paca, Marine Le Pen dans le Nord, Florian Filippo dans l'Est, c'est effrayant. Mais Sarkozy qui ramasserait la mise grâce à cette gauche qu'il vomit, c'est de la nitroglycérine pour le Front National. Entre deux maux il faut choisir le moindre. Dimanche, si j'étais inscrit sur les listes électorales de la région Provence Alpes Côte d'Azur, je ne voterais donc pas pour Christian Estrosi. Je voterais blanc, puis avalerais trois aspirines.
  • Albert Camus: mémoire en mille morceaux

    Par | 26 commentaires | 16 recommandés
    Pauvre Albert Camus, qui n’appartenait à personne, et que tout le monde s’est approprié, à l’occasion du centenaire de sa naissance, hier 7 novembre, sans qu’un hommage collectif ne puisse lui être consacré. Son extraordinaire présence (il est partout cinquante après sa mort) et cette extraordinaire absence sont à coup sûr le symptôme politique d’un problème national…
  • Bonnets rouges, Impôts, Mariage : ils finissent par faire peur

    Par | 27 commentaires | 21 recommandés
          Assemblée nationale debout pour soutenir Christiane Taubira, rappel de l’autorité de l’Etat face aux Bonnets rouges, quelque chose a basculé. Comme si, au moment où un François Hollande, en état d’extrême faiblesse, doit prononcer un discours sur les valeurs de la république, un cap avait été franchi.
  • Borloo-Bayrou : entre espace et stratosphère

    Par | 11 commentaires | 9 recommandés
          Il y a deux lectures possibles de l’alliance entre François Bayrou et Jean-Louis Borloo. La première dit qu’elle serait stratosphérique, et que tout le monde s’en fiche. La deuxième soutient au contraire qu’ils disposent d’un espace, et qu’il s’agit donc d’un évènement notable,  qui désarçonne les forces en place…
  • Hollande : après l'heure c'est plus l'heure

    Par | 49 commentaires | 26 recommandés
    « Pourquoi il ne changera rien » titre ce matin le journal Libération avec François Hollande en couverture, bouche pincée. Il ne changera ni d’équipe ni de ligne, même si tout change autour de lui. Hollande a-t-il raté le train qu'il avait mis sur les rails ?
  • Tempêtes sous un bonnet rouge

    Par | 66 commentaires | 34 recommandés
    C’est à la fois le sondage le plus stupide du millénaire, et le plus révélateur. Il est repris en boucle depuis hier, il dit que les Français sont 90% à attendre du changement, ce qui ne veut strictement rien dire, puisque cela consiste à additionner l’élevage intensif du porc, l’écotaxe, des patrons qui veulent moins de règlement, des salariés qui veulent plus de protection...
  • Otages : Marine Le Pen fait aussi dans le détail

    Par | 30 commentaires | 19 recommandés
             Une grave question dans l'actu de ce matin. Avec sa barbe taillée d'une manière qui était bien étrange, Landru était-il à l'avant garde du péril intégriste ? C'est la question qu'on doit  se poser après la sortie de la Présidente du Front National puisque la barbe c'est l'islamiste. En s'interrogeant hier matin sur la barbe et le costume des otages à peine sortis de trois ans de captivité dans le désert, Marine Le Pen a finalement appliqué son programme à la lettre : elle a dit tout haut ce qu'elle pensait tout bas.
  • Tapie et l'Elysée : Watergate ou Snowden ?

    Par | 36 commentaires | 39 recommandés
    « Scandale d’état » « Cabinet noir », « Cellule de l’ombre », l’UMP s’est emparée de l’enquête publiée aujourd’hui par le magazine Valeurs actuelles. L’Elysée aurait fouillé dans les archives de Nicolas Sarkozy pour donner à la justice et à la presse des informations, notamment sur l’affaire Tapie. Nadine Morano parle déjà de « Hollandgate », en référence au Watergate...
  • Et maintenant ? Faute de Sixième, la Quatrième sous la Cinquième...

    Par | 6 commentaires | 8 recommandés
    Et maintenant ? C’est la question du matin, dans toute la presse, avec une réponse dominante, celle du « pouvoir paralysé », comme se délecte la une du Figaro. Et maintenant ? En fait, maintenant, rien, car ça ne peut plus durer, mais ça va durer quand même. Ainsi le veut la cinquième république
  • Taubira face au racisme: silence on coule

    Par | 209 commentaires | 105 recommandés
    C’est sans doute un signe des temps. Les « inquiétudes » de Christiane Taubira sur la société française ne retiennent pas l’attention. La ministre de la justice a été insultée deux fois en une semaine, par des propos racistes, elle s’est émue hier d’un relâchement public, mais personne ne l’a noté.
  • Impôts: la sainte alliance des pigeons et des pigeonnés?

    Par | 102 commentaires | 31 recommandés
    Ce qui frappe avec la révolte fiscale, c’est son unité et sa diversité. Quel rapport entre l’inquiétude légitime d’un titulaire de plan d’épargne logement et l’indécence d’un joueur de foot à un million d’euro ? Quelle relation entre un agriculteur breton et un transporteur international ? La réponse ne saute pas aux yeux. Mais ils convergent dans un mouvement assez puissant pour bousculer, voire emporter un gouvernement.