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Le Club de Mediapart mer. 28 sept. 2016 28/9/2016 Édition de la mi-journée
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Hubert Huertas

À propos du blog
"Qu'est-ce que tu ferais à ma place ?". Depuis lundi la question m'est souvent posée par des proches et des amis d'Avignon, Toulon, ou Marseille. Il se trouve que j'ai longtemps, très longtemps, vécu et travaillé en Provence Alpes Côte d'Azur. J'y ai voté Chirac en 2002. Ce dimanche, si j''étais encore inscrit là-bas, je ne voterais pas Estrosi. Je n'aime pas le journalisme à la première personne, mais que l'on me pardonne : cette fois nous sommes dans un moment exceptionnel, il faut sortir de sa réserve et je n'écris pas un article, je m'exprime sur un blog. Observer ne suffit plus. Depuis dimanche je m'interroge. Si je votais encore dans le Sud-Est, moi qui ne vote pas à droite, je choisirais quelle ligne ? Celle de Cambadelis, ou de la canne à pêche ? Le vote "républicain", comme ils disent, c'est à dire en faveur de Christian Estrosi, ou l'abstention qui ouvrirait la porte à Marion Maréchal Le Pen ? Le choix de Sarkozy ou celui de l'extrême droite ? Mon idée c'est que cette question n'a plus grand sens. Quelle différence entre les deux ? Ils sont en compétition, parfois féroce, mais c'est le même drapeau qu'ils essaient de s'arracher. Celui de la France qui se recroqueville dans ses souffrances, ses méfiances, ou ses rejets. Les Le Pen parce qu'ils se sentent propriétaires des des peurs, celle des étrangers entre autres, la droite forte parce qu'elle se croit dépossédée de son bien et compte récupérer ses électeurs en enfiévrant les mêmes colères. Le discours est identique : cinquième colonne, pain au chocolat, cantines, canalisations, famille réduite au refus des homos. Leur seul point de divergence, au fond, le Figaro l'écrit d'ailleurs chaque jour, c'est le programme économique ! Et encore... Marine Le Pen voudrait sortir de l'Europe tout en comptant y rester tandis que les Sarkozystes en appellent à un monde ouvert mais hérissé de frontières. Enfin le candidat, sa vie, son oeuvre... Un recours Christian Estrosi ? L'ultime rempart de la République ? Il a bonne mine ce mur de Jéricho avec ses couvre-feux pour les mineurs, ses arrêtés anti-mendicité, anti youyou, anti bivouac, ses 1250 caméras soit une pour 283 habitants, ses demandes d'incarcérations préventives, ses négociations successives avec Jean-Marie Le Pen, en 1992 et 1998 en vue d'accord pour les régionales avec vice-présidence à la clé. Ce rempart est aussi hermétique aux idées de sa jeune adversaire qu'un réservoir à son vase communiquant. Mais je sais, et tant d'amis me le répètent depuis lundi. Je ne vote plus en Provence Alpes Côte d'Azur, ils sont d'accord avec mes objections, ils les connaissent, il les partagent, mais eux ils votent ici, et s'ils suivent ce raisonnement Marion Maréchal Le Pen, petite fille de Jean-Marie et nièce de Marine deviendrait la Présidente de la Région. Présidente ! Pourtant je persiste. Je ne voterais pas Christian Estrosi. Non pas pour éviter la confusion entre la gauche et la droite, mais pour ne pas cautionner le mélange avancé de la droite et de l'extrême droite. Quoi, mardi, à Rochefort, Nicolas Sarkozy, président des Républicains a pu décréter qu'il n'y avait pas de différence entre le PS et le FN, et la gauche lui permettrait, dimanche soir, de distancer son modèle par la droite, puis de se croire autorisé à pavoiser en extrémisant encore son discours, pour battre les Le Pen sur le terrain des Le Pen ? Oui, insistent mes amis... Mais Marion Maréchal Présidente de la Région Paca, est-ce que ce ne serait pas pire encore, et pour cinq ans ? Cinq ans ! Peut-être. Mais il y a pire que ce pire là. Pire que Paca, pire que le Nord, pire que l'Alsace et la Lorraine. Il y a la France. Pardon du mot, mais l'infection marine depuis trente ans. Depuis trois décennies aucune digue n'a résisté. Les partis classiques ont sonné le tocsin pour éviter qu'un élu Front National ne s'empare d'un canton, et des cantons sont tombés, à l'unité puis par dizaines. Les villes ne devaient pas céder, et plusieurs ont succombé sans le regretter, des députés ne pouvaient pas être élus au scrutin majoritaire (cinquante pour cent des suffrages c'était parait-il inaccessible pour l'extrême droite) et des circonscriptions sont allées à l'extrême droite. Nous voici au bord des régions. De barrages passoires en barrages vermoulus faut-il aller jusqu'au pouvoir suprême en laissant à ce parti qui dit n'importe quoi, et qui concentre toutes les dérives qu'il dénonce, la dictature d'une parole non confrontée à la réalité, à la complexité, aux contradictions, aux dilemmes, aux oppositions, aux révoltes ? Faut il le mettre à l'abri du pouvoir jusqu'à ce que le fruit tombe et qu'il s'empare du pouvoir suprême, dans cette France où le Président de la République les concentre tous entre ses mains ? Le mouvement est trop ancien, trop ancré, pour buter sur nos obstacles en carton. Jamais dans l'histoire les barrages n'ont fait barrage à un mouvement exponentiel. Quand le vin est tiré il faut le boire. Souvenez-vous de la gauche dans les années 70. La droite avertissait, menaçait, annonçait les soviets et les chars russes sur la place de la Concorde, mais au bout de dix ans Mitterrand a quand même été élu, et des ministres communistes ont été nommé. Il y avait à l'époque un espoir irrésistible, il existe aujourd'hui, par nos fautes, nos dénis, nos commodités, nos abandons, et parceque le monde a changé, un désespoir exponentiel. Le FN, diabolique ou dédiabolisé, s'alimente à tous les malheurs, et à toutes les contrariétés. Pire encore il est maintenant légitimé par une colère raisonnable. Une colère républicaine. Au nom de quoi, depuis trente ans, un parti fort de dix, de vingt, de vingt-cinq, de trente pour cent des voix serait-il tenu á l'écart des responsabilités ? Ça ne peut pas tenir la route en démocratie. La droite ne peut pas passer son temps à légitimer les discours successifs de l'extrême-droite, le PS au pouvoir ne peut pas mettre en oeuvre le programme de la droite, la gauche alternative ne peut pas contempler ce désastre en s'enfermant dans sa protestation polyphonique, et leurs electeurs ne peuvent plus croire qu'un vote contre nature, une fois de temps en temps, stoppera la marche d'un mouvement que tout le monde alimente. Puisque dans certaines régions le FN est majoritaire, qu'il ait la majorité, c'est aussi bête que ça. Tout effet barrage ferait grossir sa colère, donc sa puissance, pour la prochaine élection, et la prochaine c'est la Présidentielle. Marion Maréchal Le Pen présidente en Paca, Marine Le Pen dans le Nord, Florian Filippo dans l'Est, c'est effrayant. Mais Sarkozy qui ramasserait la mise grâce à cette gauche qu'il vomit, c'est de la nitroglycérine pour le Front National. Entre deux maux il faut choisir le moindre. Dimanche, si j'étais inscrit sur les listes électorales de la région Provence Alpes Côte d'Azur, je ne voterais donc pas pour Christian Estrosi. Je voterais blanc, puis avalerais trois aspirines.
  • Racisme ou islamophobie ?

    22 juil. 2016 | Par Hubert Huertas | 240 commentaires | 51 recommandés
    Parmi les terribles questions soulevées par l'attentat de Nice, ainsi que par les tueries de janvier et novembre 2015, et au milieu des surenchères d'une droite qui court après son extrême, on entend monter un commentaire, plutôt venu de la gauche. Il redoute une montée de « l'Islamophobie ». Je comprends cette inquiétude, mais je me démarque de ce vocabulaire.
  • Bilan de l’Euro: la France n’est pas terrorisée

    12 juil. 2016 | Par Hubert Huertas | 20 commentaires | 15 recommandés
    Les Bleus n'ont pas gagné l'Euro et le peuple est déçu… Voilà le message répété depuis dimanche soir après la victoire du Portugal. L'information majeure de cet Euro est peut-être différente, et plus réconfortante : elle dit aussi que la France ne se sent pas en guerre.
  • Pourquoi je ne voterais pas pour Christian Estrosi

    10 déc. 2015 | Par Hubert Huertas | 44 commentaires | 31 recommandés
    «Qu'est-ce que tu ferais à ma place ?». Depuis lundi la question m'est souvent posée par des proches et des amis d'Avignon, Toulon, ou Marseille. Il se trouve que j'ai longtemps, très longtemps, vécu et travaillé en Provence Alpes Côte d'Azur. J'y ai voté Chirac en 2002. Ce dimanche, si j''étais encore inscrit là-bas, je ne voterais pas Estrosi.
  • Après les attentats, la droite en mille morceaux

    20 nov. 2015 | Par Hubert Huertas | 38 commentaires | 13 recommandés
    Depuis les attentats du 13 novembre, la droite française est prise entre deux peurs. L’angoisse de soutenir le pouvoir, et l’inquiétude de s’opposer à lui en période d’unité nationale. Résultat : elle donne dans la cacophonie, en passant de La Marseillaise à Versailles aux sifflets à l’Assemblée.
  • Trente ans après ? Nous sommes encore français...

    28 oct. 2015 | Par Hubert Huertas | 108 commentaires | 53 recommandés
    Attention, un anniversaire peut en cacher un autre. Il y a dix ans, la mort de Zyed Benna et Bouna Traore à Clichy-sous-Bois déclenchait la révolte des banlieues françaises. Vingt ans plus tôt, en octobre 1985, Le Figaro Magazine publiait une enquête apocalyptique : « Serons-nous encore Français dans 30 ans ? » Nous y sommes, et tout est faux dans cet état des lieux.
  • NON, le 11 janvier ne fut pas une imposture

    1 mai 2015 | Par Hubert Huertas | 388 commentaires | 59 recommandés
    Pour une fois Emmanuel Todd n’est pas à l’avant-garde. On le connaissait iconoclaste, rétif à toute pensée formatée, et voilà qu’il s’inscrit dans un registre archi-fréquenté. Voilà qu’il fait cortège, ou plutôt contre-cortège. En publiant un livre où il qualifie d’“imposture” les immenses manifestations du 11 janvier (“Qui est Charlie?” , Seuil), il confond la saine indignation publique et la récupération politique. Il prête aussi main forte à un courant qui relativise à voix de plus en plus décomplexée les assassinats de janvier.
  • Manuel Valls ou la mystique de La Redoute

    19 févr. 2015 | Par Hubert Huertas | 200 commentaires | 89 recommandés
    Manuel Valls est convaincu d'incarner la France, seul contre tous. Il est sûr que les partis censés représenter la gauche ne représentent plus rien, et que les partis  représentant la droite sont vampirisés par l'extrême droite. Il a la certitude que les schémas de 1789 vont exploser, qu'il n'y aura bientôt plus de droite et de gauche mais des lucides et des illuminés, des entreprenants et des planqués. Sauf que...
  • Ce que révèle l'affaire Jouyet-Fillon

    13 nov. 2014 | Par Hubert Huertas | 130 commentaires | 57 recommandés
    Parce qu'elle est minuscule, mais qu'elle est ravageuse, l'affaire Jouyet met en lumière le malaise de la Cinquième République. Les affaires d’État y deviennent un vaudeville, les politiques ne font plus de politique, la vertu se réduit à l’habileté, et l’action à la manœuvre. Retour sur un plongeon national.
  • Les amalgames de Mediapart

    27 sept. 2014 | Par Hubert Huertas | 72 commentaires | 68 recommandés
    Mediapart, c'est l'amalgame et le réquisitoire sans preuve. Voilà ce que disent ses procureurs, au moment où le journal fête son cent millième abonné. Conscients de nos fautes, nous avons décidé de faire amende honorable. Les dernières aventures de Nicolas Sarkozy nous en fournissent l'occasion.
  • Macron-bashing, délit de faciès, et CV anonyme...

    27 août 2014 | Par Hubert Huertas | 36 commentaires | 21 recommandés
    Il y a des moments de grâce dans la vie politique. Des anecdotes parfois, des mots lâchés sans y penser, mais qui en disent beaucoup plus long que tous les développements. A ce titre, le communiqué de presse de Didier Guillaume, président du groupe socialistes du Sénat, est une forme de chef d’œuvre.