Professeure agrégée honoraire, Docteure de l'Université de Rouen, Qualifiée aux fonctions de maître de conférences, Chercheure en sciences humaines indépendante, poète à ses heures
DIEPPE - France
Pommes de Bailleul rougissant au soleil sur les branches. Trilles du rouge-gorge caché quelque part. Brise dans les grands hêtres. Feuilles encore vertes qui oscillent entre ombre et soleil. Calme après-midi d’éclatante lumière. Les moutons ruminent à l’abri. Le chien bondit en liberté, joyeux.
Ah tous ces rêves brisés, tous ces morceaux épars
Eclats de verre si brillants que je les pris pour diamants
Avatars d’espoirs échevelés qui furent grisants
A présent abandonnés, gisants, dans mon âme à feu et à sang !
Horizon illusoire d’une enfance choyée, je croyais être née au royaume solaire de l’amour entre les humains qu’était pour moi la Terre. L’enfer, c’était la punition des méchants, longtemps après leur départ d’ici-bas. Petit à petit, j’appris à voir plus clair. Les méchants étaient là, bien là, autour de moi.
Je suis de la race qui chantera toujours
Chantera dans la mort, chantera pour l’amour,
Tantôt le cœur léger, tantôt le cœur lourd,
Sur le chemin où mes pas mènent la danse
Je ne cesse de cueillir des mots étranges,
Toi l’absent très cher aux joies étrangères
Savais-tu comme les mots qui voyagèrent
De ta pensée à ta main, aux marges du livre offert,
Me guideraient, étoiles dans le soir, demain autant qu’hier,
Combien de journées encore d’impénétrable silence
Pour alourdir ce cœur déjà prêt à sombrer ?
Oh rompre toutes amarres ! Embarquer sur le premier navire en partance
Un rayon de joie s’est immiscé dans mon cœur ; paroles de vivants, ces messages de mes amis. Près de la maison, le soleil et le vent éveillent le paysage, jouent dans les hêtres, font danser et bruisser leurs feuilles, musique primordiale, respiration du monde.
En l’absence des vivants, reine déchue d’un domaine disparu, j’erre en grand désarroi parmi les ruines des vastes salles de ma jeunesse, hantées par les artistes, poètes, musiciens qui, aujourd’hui, d’outre-tombe, murmurent dans le silence de ma détresse, les paroles oubliées des jours de fête et de joie, célébrés ensemble, toi et moi.