Ce billet illustre modestement la difficulté de la liberté d'expression confrontée aux stratégies de disqualification. Le banditisme prospère - aussi - à Grenoble parce qu'il y est difficile d'énoncer des réflexions ou des appréciations sur une situation manifestement anormale. Le non-dit participe à la propagande. Affirmer un point de vue original suscite la réaction - une seule en l'espèce mais symptomatique - dont l'effet - voulu ou non - entrave la réflexion en disqualifiant celui qui pourrait bousculer la doxa, les apparences. Nous vivons ainsi dans le déni de l'évidence, ce qui donne raison à Bourdieu. Cette réflexion se conclut sur l'émergence d'un domaine d'étude des sciences politiques auquel l'actualité grenobloise invite à s'interroger : "la psychopathologie socio-politique" (néologisme) pouvant être une branche inexplorée de la psychologie politique.
Le festival du "Grand n'importe quoi" continue et a atteint un sommet dans les dernières minutes de l'entretien organisé par Michael Thébault sur France Inter ce matin entre Eric Ciotti et Jean-Jacques Urvoas.Eric Ciotti - député et "secrétaire national de l'UMP en charge des questions de sécurité" - déclare ce matin que "trop d'emploi augmente la violence".
A qui appartient une pétition ?A personne. Il y a ceux qui l'ont initiée et ceux qui l'ont signée.Ceux qui l'ont initiée ont exposé un appel au respect et à la garantie d'une justice indépendante.Ceux qui l'ont signée l'ont fait en faisant confiance à ces spécialistes émérites du droit à mettre en oeuvre la procédure la plus efficace.Ils se sont engagés personnellement, dont de nombreux fonctionnaires, et n'ont pas hésité à s'impliquer.Les initiateurs avaient négligé de préciser la voie d'action qu'ils envisageaient.Il a fallu demander ce qu'ils comptaient en faire.La déception est grande de découvrir qu'ils vont adresser leur supplique à ceux là-même qui font obstacle à l'objet même de la pétition.
Une pétition est ouverte à la signature sur Mediapart mais personne ne dit ce qu'il est question d'en faire.Les commentaires politiques se résument à cela : "C'est injuste, mais on ne peut rien faire."C'est faux et ne rien faire dissuadera qui que ce soit de signer quoi que ce soit à l'avenir.
Le déplacement présidentiel à Grenoble pour installer un policier à la tête du département, après l'avoir fait en Seine saint Denis, rappelle le film de John Carpenter, "New York 1997". La promesse de villes surveillées comme des prisons. Ambiance d'occupation, le discours ayant déjà introduit l'idée de couvre feu. Se dessine l'édification d'un mur autour des cités. Il aurait été plus cohérent de nommer Ariel Sharon préfet de l'Isère si la politique sécuritaire prenait la tournure du plomb durci.
Un député UMP de l'Isère et la garde des Sceaux apportent une réponse aux lecteurs médiapartiens qui s'interrogent sur les voies de recours offertes aux justiciables contre le fonctionnement défectueux de la justice.
La ville de Grenoble a la particularité d'avoir eu un maire-ministre condamné pour corruption, d'avoir vu passer le Garde des Sceaux en 2008 suite à l'exécution au fusil à lunettes d'un détenu dans la prison (qui devait témoigner devant le juge), et la visite du ministre de l'intérieur précédant celle du président de la République au milieu d'une guérilla urbaine ayant connu une montée de violences après un braquage de casino ayant mal tourné. Le tout dans une atmosphère de règlements de compte sanglants, une réputation de milieu et de mafia. Ce n'est pas du cinéma ni une série télé. C'est en France, en 2010.Le discours sur les cités de non droit a des limites qu'il faut savoir dépasser pour comprendre un tel phénomène. La police et la justice à Grenoble portent une responsabilité dans ce qui se passe, pas tant les fonctionnaires en place que ceux qui les dirigent, hauts-fonctionnaires et politiques.
Alain Finkielkraut nous interpelle: pouquoi tant d'antipathie pour un président ?Parce qu'il est l'héritier d'une mentalité, d'une idéologie épuisées.Il est le porteur d'un discours qui a fini de désespérer l'opinion depuis deux cents ans, à l'entretenir dans l'illusion d'un bonheur fondé sur l'accumulation, "la satisfaction des instincts de masse" (Einstein - Comment je vois le monde). Le comportement jugé caricatural du chef de l'Etat et ses excès font sentir la limite du modèle et la nécessité de réfléchir à un autre (Giorgio Agamben y appelle clairement).