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Social en question a débuté il y a quatorze ans (le billet n° 1 est daté du 13 décembre 2011). À chaque centaine, j’ai dressé une sorte de bilan. Le 6 mai 2024, au 800ème, je livrais ce qui m’avait conduit à publier le premier billet et déclinais les thèmes abordés au cours des 100 dernières publications (1). Depuis cette date, 88 semaines se sont écoulées ce qui signifie un peu plus d’une mise en ligne d’un texte par semaine.
Sur le plan international et historique, j’ai traité de la Palestine (la destruction de Gaza et des Palestiniens, le silence d’une partie des polémistes et des belles âmes qui se sont épanchées sur le 7-octobre mais ont ignoré ce qui a suivi, les manifestations à Auch et la pose d’une plaque commémorative).
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J'ai évoqué aussi la Grèce (les luttes du quartier Exarcheia à Athènes avec Yannis Youlountas venu à Auch présenté son film), les massacres de Sétif en Algérie (8 mai 1945), le négationnisme de la droite extrême sur les crimes de guerre et contre l’humanité commis par la France en Algérie, la Syrie (la chute du bourreau), l’Ukraine martyrisée, le projet trumpien (laisser crever les pauvres en interne et, selon le document de stratégie de sécurité nationale récent, faire de l’Europe un conglomérat raciste si ce n’est fascisant au service du capitalisme américain), les "fake stats" (les statistiques truquées et tronquées de Trump).
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J’ai peu traité de la politique en France (sinon les promesses non tenues d’Emmanuel Macron, entre autres sur l’Aide Sociale à l’Enfance et sur les mineurs étrangers isolés), mais beaucoup de l’extrême droite (le national-lépénisme), les médias de droite et la galaxie Bolloré (C8 out, mais il serait logique que CNews, déroulant un racisme permanent, perde aussi son canal). J’ai publié de nombreuses chroniques décortiquant le traitement de l’information sur les médias mainstream (le dérapage de C ce soir en mars 2025, les fake news d’Alix Bouilhaguet sur France Inter, le mépris de LCI pour la prime de Noël, les amitiés de Ruth Elkrief avec la Sarkozie, les remous à Marianne).
L’instrumentalisation de l’antisémitisme, le discours du CRIF profitant de l’hommage rendu (à Auch) aux victimes du racisme de Vichy et aux Justes de France pour régler des comptes à l’encontre d’une gauche prenant la défense des Palestiniens exterminés, les injures d’Enthoven autorisées par un tribunal.
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J’ai abordé à de nombreuses reprises (c’est un des fils conducteurs de ce blog) la question de la pauvreté, de l’idéologie dominante de rejet des plus démunis, du discours sur le RSA, sur la chasse à la fraude sociale parallèlement à une stigmatisation des pauvres : le problème n’est pas seulement que des propagandistes, aux idées contraires aux valeurs de la République, qui font métier d’attiser l’exclusion sociale, aient droit de cité dans le débat public, mais que leurs affirmations farfelues ne soient que très rarement contestées. Plusieurs de mes articles ont démonté les infos (volontairement) erronées sur les prestations sociales, sur les retraites (comme les manipulations de Bayrou sur le montant du déficit).
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Autre fil conducteur : l’enfance en danger et la façon dont le thème est exploité par des politiques, des médias et des polémistes qui cherchent facilement à se faire une notoriété en faisant pleurer dans les chaumières, en désignant l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), et donc les professionnel·les qui s’y dévouent, comme bouc émissaire, au lieu d’aborder les questions de fond (une société et donc des familles qui vont mal, très mal). L’affaire de l’Abbé Pierre se situe à la croisée de la pauvreté instrumentalisée et de l’enfance abusée. Je me suis attardé sur les enfants maltraités en institution (Riaumont, Betharram). Le film Signalements, les mineurs du Nord placés et maltraités, les enfants de la Réunion, de la Creuse et d’ailleurs, le scandale de l’adoption internationale, les erreurs sur les bébés secoués, et l’élargissement des luttes pour l’enfance en danger, enseignants solidaires des enfants sans-abri…
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J’ai couvert des actions de terrain : en faveur des exilés, le mouvement Bloquons tout de septembre dernier, les manifestations syndicales, le malaise dans les Ehpad publics, j’ai suivi une grève de 23 jours dans un hôpital psychiatrique, planché sur la pédo-psychiatrie en péril, accompagné Les Envolées, clowns en milieu de soins hospitaliers. Un de mes tout prochains articles portera sur un centre d’accueil des demandeurs d’asile (et son label LGBT).
Sollicité, j’ai publié un appel public des travailleurs sociaux contre l’extrême droite lors des législatives de 2024. Je dois avouer que sans réellement me réjouir de son incarcération, j’ai bu du petit lait en apprenant non seulement la condamnation de Nicolas Sarkozy dans l’affaire libyenne en septembre dernier, mais aussi celle d’Alexandre Djouhri, avec incarcération immédiate (libéré deux mois et demi plus tard). En effet, en 2014, j’avais publié à son sujet des propos qui ne lui avaient pas plu (2) : son avocat, qui à l’époque était Pierre Cornut-Gentille, un ténor du barreau, m’avait intimé l’ordre de retirer ces éléments de phrases sous peine de poursuites. La mort dans l’âme, je les avais retirés n’ayant pas vocation à me retrouver seul devant un tribunal pour accuser un homme qui finalement a été lourdement condamné.
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J’ai publié régulièrement des articles sur la guerre d’usure qui se menait sur l’A69 (dont présentation des rapports de l’Observatoire des pratiques policières de Toulouse, sur la lutte contre les mégabassines, sur le maintien de l’ordre et les révoltes agricoles. Sortant de l’Occitanie, je suis allé à Guise, dans l’Aisne, pour rendre compte de l’épopée de Jean-Baptiste Godin et de sa manufacture de fourneaux qui a fonctionné à partir de 1846, en pleine Révolution industrielle. Le fondateur a conceptualisé un projet social pour les ouvriers, tant dans l’usine qu’à l’extérieur, avec le familistère, ancêtre du logement social. Cette utopie mise en œuvre capota, paradoxalement, au cours des événements de mai-68.
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J’ai raconté l’histoire d’un journal collabo en Franche-Comté et le procès en diffamation qu’avait intenté un ancien dirigeant pour un article dont j’étais l’auteur. J’ai fait le récit de ma visite d’Auschwitz, sous Jaruselski. J’ai participé à la dernière manifestation de soutien à Georges Ibrahim Abdallah, à la prison de Lannemezan, et en ai rendu compte dans un portfolio de Mediapart.
Social en question a publié de nombreuses présentations de films (je ne prétends pas parler de "critiques" de films, car cela suppose d’être cinéphile), rendant compte parfois d’une rencontre avec le ou la réalisatrice : L’Enlèvement, L’Histoire de Souleymane, Au boulot !, No Other Land, From Ground Zero, Un médecin pour la paix, Put Your Soul on Your Hand and Walk de Sepideh Farsi, La voix de Hind Rajab.
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The Wall, film de Philippe Van Leeuw, décrit à l’échelle d’un individu combien l’étranger peut être haï, rejeté, pourchassé, tué même, sans scrupules, dans une Amérique trumpienne. Plongée dans la vie paysanne : Vingt dieux, The Forest Maker et Anaïs, 2 chapitres. En rafale : En fanfare, Le Conte de Monte Cristo, The Brutalist. Un paese di Calabria et Un paese di Resistenza, tous deux réalisés par Shu Aiello et Catherine Catella, rendent compte de l’épopée d’un village Riace en Calabre accueillant pour les migrants. Sans oublier l’Iran : Les graines du figuier sauvage, Au pays de nos frères, Lire Lolita à Téhéran. Fanon, Les enfants rouges de Lofti Achour. Dossier 137 de Dominik Moll, Teresa (quelle charité ?)
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Et quelques vieux films, où je tentais de montrer la modernité du rétro : Le Terroriste de Gianfranco De Bosio, Welfare, Law and Order, Juvenile Court, Hospital (tous quatre de Frederick Wiseman), Punishment Park de Peter Watkins et 12 hommes en colère.
J’ai rendu hommage à Louis Martin (ancien secrétaire général CFDT de Besançon) et Michel Chauvière, sociologue. J’avais auparavant écrit sur Charles Piaget, le leader charismatique des Lip, sur François Marcot, historien bisontin de la Résistance, sur Marc Dreyfus, magistrat (un des tout premiers présidents du Syndicat de la Magistrature).
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Quelques chroniques sur des livres : Les Caractériels de Martial Cavatz (interview), Qui va nous nourrir ? d’Amélie Poinssot (interrogée par Noémie Calais), Comment la Palestine fut perdue et pourquoi Israël n’a pas gagné de Jean-Pierre Filiu (en sa présence), Les riches en France et La pauvreté en France (en 2024, rapports détaillés de l’Observatoire des inégalités), Le Charlisme de Daniel Schneidermann, Eux dont les noms sont inconnus de Sanora Babb, livre remarquable sur les sans-nom de la Grande dépression.
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Dans un tout récent billet, j’ai décrit une marche aux flambeaux en soutien aux migrants, et des manifestations en protestation contre les violences faites aux femmes.
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(1) 800ème billet : le plaisir d’écrire et faire lien
(2) Sarko élu en 2007, qui réparera cette injustice ?
Projet :
J’ai eu tendance à consacrer mes chroniques parues sur Facebook à l’actualité locale et mes billets de blogs à des questions plus générales. Malgré tout, à plusieurs reprises, j’ai regroupé sur un article de blog une suite de chroniques qui pouvaient avoir plus ou moins un fil conducteur, considérant que des lecteurs éloignés du Gers trouveraient intérêt à prendre connaissance de ce qui s’y passe concernant les migrants, les violences faites aux femmes, les hôpitaux, les Ehpad, l’agriculture paysanne.
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Je compte tout simplement accentuer cette démarche et pas seulement parce qu’un "post" sur Facebook a la vie courte (même s’il a beaucoup de lecteurs), alors qu’un billet de blog sur Mediapart a une audience plus large (bien qu’on n’en connaisse pas la portée en l’absence de compteur) mais surtout reste accessible bien plus longtemps. Mon but va bien au-delà de ces considérations de diffusion : ma présence dans le Gers me donne à voir (et à rendre compte) de ce que vivent un département rural et ses habitants, et, en demeurant à Auch, chef-lieu, ayant une dynamique certaine (militante et culturelle) que ne présupposent pas celles et ceux qui vivent dans les grandes métropoles, je peux me faire l’écho de cette activité de fourmis dans laquelle réside l’avenir. Sans négliger l’importance des échéances électorales, depuis longtemps j’ai privilégié le mouvement social, dans ses luttes mais aussi dans son travail patient au quotidien, en posant des actes de solidarité, d’entraide, de respect de l’environnement. Si j’ai évoqué des élections municipales c’était en présentant une liste d’élus qui avaient adopté un fonctionnement particulier et qui se renouvelait en cours de mandat (Démocratie active : la rotation des élus).
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Mais là où se joue réellement et efficacement des projets de transformation sociale c’est dans les associations, les syndicats, les collectifs, les comités, qui portent et défendent des valeurs sociales. De ce que j’ai pu observer (en m’en faisant l’écho quelques fois dans un billet) c’est l’importance, pour un monde meilleur, de l’engagement d’une multitude d’actrices et d’acteurs : agents des hôpitaux, des Ehpad, se battant pour améliorer les conditions de vie des patients, paysans œuvrant pour une alimentation de qualité, habités par un respect du vivant, rejoints en cela par des associatifs favorisant un accès à des aliments sains à des prix raisonnables (cantines solidaires, projet de sécurité sociale de l’alimentation), salariés et/ou bénévoles, de tous bords, travaillant inlassablement pour que la culture soit accessible au plus grand nombre (cinéma, théâtre, musique, livres), militants mobilisés contre un capitalisme prédateur, contre la souffrance des plus démunis, contre la violence du maintien de l’ordre, pour la solidarité avec les peuples opprimés, pour l’accueil des exilés, pour le partage, pour une économie des communs. Tous ces engagé·e·s luttent non seulement contre (le racisme, l’extrême droite qui ne vise qu’à exclure le différent) mais aussi pour (l’égalité, la fraternité et la liberté), c’est-à-dire tout simplement faire vivre la devise de la République (qui ne prévoit pas qu’une caste soit à la tête de fortunes exorbitantes, renforçant en permanence les inégalités). Il importe que ces révolutions tranquilles et silencieuses se fassent connaître.
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En terminant, je suis tenté de rajouter un point : dans ce qui m’est donné à observer en permanence c’est l’engagement important des femmes dans les nombreuses luttes ou activités qui sont de première importance dans cette question cruciale du changement social. Cette dynamique me semble associée à une solidarité entre femmes, une sororité, qui démultiplie l’impact des actions menées. Souvent les hommes sont là, observateurs, solidaires, parfois aussi très actifs. Je ne peux en dire davantage mais c’est une question qui mérite développement.
Enfin, la question de l’écriture que j’évoquais dans mon précédent bilan (au 800ème billet) : mon expérience ces dernières années me conduit à considérer que, dans un monde envahi par l’image et la photo, l’écrit conserve une place prépondérante. Si mes posts ont de l’écho sur Facebook (sur une manifestation par exemple, un rassemblement, une conférence), ce n’est pas tant pour les photos qui les illustrent (même si cela compte) que pour le texte (parfois assez long) qui permet de conserver l’événement en mémoire. Or il est plus facile de faire des photos qu’un compte-rendu, beaucoup se sentent en difficulté sur cet exercice. J’écrivais que ce n’est pas un des moindres sujets qui mériteraient d’être approfondis : comment aider chacun à coucher sur le papier l’événement qu’il vit, qu’il observe, pour informer la collectivité, pour mobiliser et aussi pour transmettre à son entourage, ou à sa descendance. La question reste posée. Des avis en privé (et des commentaires publics) m’ont remercié, invoquant le fait que mes écrits étaient immédiatement compréhensibles. Je veille effectivement à être le plus clair possible, avec vraiment le souci constant que le lecteur ne s’interroge pas sur le sens des mots, que tout soit suffisamment explicite. Cela découle de l’expérience, de l’entraînement, je ne sais d’ailleurs pas exactement comment je procède, et pourtant j’aimerais contribuer à aider à ce que le militantisme social puisse rendre compte de ses savoirs et de ses actions.
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Billet n° 900
Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et là. "Chroniqueur militant". Et bilan au n° 700 et au n° 600. Le plaisir d'écrire et de faire lien (n° 800).
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