Le jardin naturel (12)

Douzième et dernier billet de la série : Le jardin naturel (1) ; Le jardin naturel (2) ; Le jardin naturel (3) ; Le jardin naturel (4) ; Le jardin naturel (5) ; Le jardin naturel (6) ; Le jardin naturel (7) ; Le jardin naturel (8) ; le jardin naturel (9) ; Le jardin naturel (10) ; Le jardin naturel (11)

 

Le tas de bois

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 © julien populin © julien populin

Que ce soit sous forme de branches mortes, de bûches ou de souches, et même dans certains cas, d’un arbre mort sur pied (à condition évidemment qu’il ne présente pas de danger en cas de chute), le bois mort peut trouver place au jardin. On pourra y observer tout le processus de recyclage de la matière organique morte.

Difficile de trouver plus vivant que le bois mort : mousses, lichens, champignons, coléoptères, abeilles et guêpes solitaires, animaux se nourrissant des insectes et de leurs larves, nids de certaines espèces d’oiseaux, chauve-souris, petits mammifères… tous peuvent trouver place dans le bois pourrissant.

Merle noir (Turdus merula) © julien populin Merle noir (Turdus merula) © julien populin

 

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Vieille souche laissée en place Vieille souche laissée en place

 

Un exemple : les coléoptères du bois mort

 Avec près de 350 000 espèces connues dans le monde, l’ordre des coléoptères constitue le groupe le plus riche en espèces parmi le règne animal. Parmi ceux-ci, les coléoptères à caractère « saproxyliques » (= qui dépendent de la décomposition du bois mort) assument des fonctions importantes dans l’écosystème forestier où ils contribuent largement à la décomposition du bois et à la remise en circulation des nutriments dans les écosystèmes naturels. En outre, et cela est souvent méconnu, les coléoptères saproxyliques adultes jouent également un rôle non négligeable comme pollinisateurs en milieu forestier. Ils sont cependant en déclin à cause de l’exploitation intensive de nos forets. Pourquoi ne pas les accueillir?

Carabe (famille des Carabidae) © julien populin Carabe (famille des Carabidae) © julien populin

Au verger, tout comme dans le jardin potager, on aime beaucoup les carabes. Ces insectes carnassiers sont capables de trouver et de dévorer les larves du balanin des noisettes enfouies dans le sol (responsables des petits trous dans les noisettes !). Ils mangent aussi pas mal de limaces et de chenilles du carpocapse des pommes et des poires quand elles descendent dans le tapis herbacé pour leur nymphose. Autant de bonnes raisons de laisser traîner l’un ou l’autre tas de bois !

Balanin des noisettes (Curculio nucum) © julien populin Balanin des noisettes (Curculio nucum) © julien populin

Tôles et Vieilles portes

 

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 Un désherbage sans pesticides

Déposées sur le sol, elles offrent une méthode de désherbage efficace et naturelle : la végétation, privée de lumière, disparait complètement au bout de six mois. Lorsque l’on souhaite diversifier la végétation d’une pelouse tondue ou d’une prairie fauchée, la surface sous la plaque est prête pour accueillir un semis ou l’installation de plantes cultivées en pot.

 Des refuges pour un tas d’animaux

Les tôles et portes posées sur le sol deviennent un lieu d’accueil d’une faune diversifiée souvent difficile à observer parce que discrète et/ou nocturne :

Des insectes et des araignées ;

Des serpents et des lézards : orvet, lézard vivipare, couleuvre à collier, coronelle ;

Des batraciens : crapaud commun, tritons, salamandre. ;

Des petits mammifères : mulot, campagnol, musaraigne, belette,…

 

salamandre tachetée (Salamandra salamandra) salamandre tachetée (Salamandra salamandra)

 

Orvet fragile (Anguis fragilis) Orvet fragile (Anguis fragilis)

 

probablement campagnol commun (Microtus arvalis) probablement campagnol commun (Microtus arvalis)

 

Attirer des papillons

 

Nourrir le papillon 

Les plantes mellifères que vous sèmerez serviront aussi aux abeilles en leur fournissant du pollen. Même si les papillons ne sont pas au rendez-vous la première année soyez patients. Inutile de faire pousser des espèces exotiques spectaculaires, mal adaptées au sol et au climat.

Machaon (Papilio machaon) © julien populin Machaon (Papilio machaon) © julien populin

Les buddleias ou « arbres à papillons » sont reconnus comme plantes exotiques envahissantes. Les fleurs horticoles n’ont généralement pas de nectar, et sont donc inutiles aux papillons. Ne semez donc que des plantes sauvages.

Liste des espèces sauvages : l’Achillée millefeuille, l’Ancolie, la Centaurée noire, la Verveine, toutes les ombellifères, le Lotier corniculé, la Valériane, la Grande marguerite, le Millepertuis, la Digitale pourpre, les Compagnon rouge et blanc, Tous les trèfles, l’Onagre, le Séneçon, le pavot, la Sauge et toutes les aromatiques.

 

Nourrir la chenille

Beaucoup de papillons ne pondent que sur des plantes bien définies dites espèces- hôtes. Il suffit donc de les planter pour pouvoir observer facilement le cycle de développement du papillon, de la chenille à l'adulte, en passant par la chrysalide.

Quelques espèces de plantes et leurs chenilles associées :

 © julien populin © julien populin

  • Machaon (voir dessin) : Ombellifères : persil, carotte, fenouil ;
  • Flambé : Aubépines, prunelliers, cerisiers, arbres fruitiers ;
  • Piérides (du chou, navet, de la rave) : Brassicacées;
  • Aurore : Alliaire et Cardamine des prés ;
  • Citron : Bourdaine ;
  • Bronzé : Oseille et Petite oseille ;
  • Carte géographique, Paon du jour, Robert le diable, Petite tortue, Vulcain, Argus bleu : ORTIE 
  • Tous les Lycaenidés (Tristan, Tircis Amaryllis….) : Légumineuses (lotier, bugrane, trèfle blanc…) ;
  • Demi-deuil : Graminées.

 

Le mur végétalisé

 

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Certains jardins sont trop petits pour l’installation d’un bosquet ou d’une haie permettant d’accueillir la faune locale. Les plantes grimpantes sont une alternative intéressante. Elles peuvent même rendre de grands services :

Elles protègent les murs du froid, de la pluie, du vent et les maintiennent frais en été ;

Elles atténuent les bruits ;

Elles retiennent les polluants atmosphériques ;

Surtout, elles apportent abris et nourriture aux oiseaux, araignées, insectes et mammifères.

 

Les espèces de plantes grimpantes indigènes sont les suivantes :

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  • Le lierre (Hedera helix) est le choix idéal. Il se fixe grâce à des racines crampons qui se développent tout le long de la tige. Facile à vivre et peu exigeant il préfère les zones ombragées et les sols riches. Attention, si le mur est déjà endommagé ou est construit avec un mortier ancien et tendre et non avec un ciment moderne, il vaut mieux recourir à un autre support pour le faire grandir. Grâce à son feuillage persistant et dense il offre un abri à de nombreux insectes, à des escargots, et un milieu idéal pour que le merle ou le troglodyte installe son nid. Au bout de quelques années il va devenir fertile. Ses fleurs mellifères apparaissent en fin d'automne quand peu de plantes fleurissent encore: énormément d'insectes sont alors attirés; des abeilles, des bourdons, des syrphes, des mouches... Après les fleurs viennent les fruits noirs qui nourrissent les oiseaux à la sortie de l’hiver.

 

  • Le chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum) grimpe en s'enroulant autour d'un support. Il apprécie les endroits ombragés mais fleurira plus volontiers au soleil. A la tombée de la nuit, ses fleurs dégagent un parfum très doux qui attire les insectes, notamment des papillons de nuit comme les sphinx. Les fruits sont toxiques pour les humains mais appréciés des oiseaux.
  •  La ronce (Rubus fruticosa) nécessite également un support. Grâce à ses épines elle repousse le chat qui délaisse de ce fait papillons et oiseaux.
  •  Le houblon (Humulus lupulus) est cultivé depuis le 8ème siècle pour parfumer la bière. Il apprécie l’ombre et l’humidité et pousse mieux dans une terre riche. Il existe des plants mâles et des plants femelles et ce sont ces derniers qui porteront les fleurs en forme de cône.
  •  La bryone dioïque (Bryona dioica) appartient à la même famille que le potiron ou la courge. Comme ceux-ci, elle s’accroche à l’aide de vrilles. Ses petites fleurs, d’un blanc verdâtre attirent les butineurs. Les baies rouges portées par les pieds femelles sont toxiques pour l’homme mais au menu des oiseaux en fin d’été. La plante disparaît en hiver et ne subsiste alors que la grosse racine enfouie dans le sol.
  •  Enfin, citons la morelle douce-amère (Solanum dulcamara) ou la clématite des haies (Clematis vitalba): leurs fleurs ou leurs fruits (très toxiques pour la Morelle) sont assez spectaculaires et colorent agréablement une haie ou un mur trop monotone.

 

 

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Bibliographie et lectures suggérées :

 

Le site www.natagora.be/reseaunature est une mine d’informations, grâce à ses « fiches de gestion », claires et pratiques.

Les documents SPW sont téléchargeables sur le site environnement.wallonie.be (choisir Info-citoyens puis Brochures et publications DGARNE).

 SPW, Votre jardin au naturel, SPW éditions, 31 pages

SPW, Composter les déchets organiques, les guides de l’éco-citoyen, SPW éditions, 38 pages.

 SPW, créer une mare dans son jardin, SPW éditions, 30 pages.

 Christiane Percsy, Des haies pour demain, Collection «nature et forêts» n°1, SPW éditions, 60 pages.

SPW, Fleurs sauvages et prairies fleuries pour nos pollinisateurs, SPW éditions, 36 pages.

 SPW, 2009, L’environnement au jardin, les guides de l’éco-citoyen, SPW éditions, 66 pages.

 Jean-Luc Coppée et Claudy Noiret, Les vergers traditionnels et les alignements d’arbres têtards, Collection « nature et forêts» n°2, SPW éditions, 70 pages.

Jacques DUPRET, Abris-nichoirs pour les auxiliaires du jardinier bio, NATURE ET PROGRÈS Belgique, 121 pages.

 

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