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Billet de blog 27 nov. 2021

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Les communautés masculinistes (1/12)

Cet article présente un dossier de recherche sur le masculinisme. Pendant 6 mois, je me suis plongé dans les écrits de la manosphère (MGTOW, Incel, Zemmour, Soral etc.), pour analyser les complémentarités et les divergences idéologiques. Alors que l'antiféminisme gagne en puissance tout en se radicalisant, il est indispensable de montrer sa dangerosité pour faire cesser le déni.

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Introduction

Sur ce blog, je mets en ligne chaque semestre un dossier de recherche sur des phénomènes sociaux en reposant mes analyses sur le croisement de plusieurs disciplines : la sociologie, la psychologie, l’histoire et les sciences politiques. Après avoir étudié le phénomène de la délinquance, de la pédocriminalité et du sans-abrisme, je m’intéresse ici à l’androsphère (manosphère), en d’autres termes aux communautés masculinistes. Cet article est une présentation de ce dossier de recherche.

Plusieurs raisons expliquent le choix de ce sujet. Dans un premier temps, les idées masculinistes gagnent en popularité tout en se radicalisant. Ensuite, la manopshère est un univers très hétérogène où les théories et les pratiques peuvent être complémentaires, antagonistes ou contradictoires. Dans un troisième temps, certaines idées masculinistes se diffusent dans la société et sont parfois reprises par des hommes, moins souvent par des femmes, sans pour autant que ces personnes s'inscrivent dans la grille de lecture masculiniste des relations entre les sexes. Pour finir, il y a peu d’enquêtes qui traitent du masculinisme à partir de leurs textes de références. C’est sur ce point que ce dossier est essentiel.

Voici donc les quatre raisons qui expliquent ce travail : la radicalisation de l’antiféminisme, la complexité de la manosphère à cause de l’hétérogénéité des courants, l’euphémisation des idées misogynes qui ont un écho grandissant chez les hommes, et le manque d’analyse des textes de référence.

Ainsi, ce dossier est principalement une « investigation littéraire ». Pendant 6 mois, je me suis plongé sur les écrits idéologiques de la manosphère à travers de nombreux ouvrages, comme ceux d’Eric Zemmour, d’Alain Soral ou de Patrick Guillot pour la France, mais également les nombreux sites internet masculinistes (MGTOW, Pick-Up Artist, antiféminisme). Ce dossier est constitué d’une centaine de pages pour rendre compte de 1400 pages masculinistes. Il sera présenté en 12 articles distincts (dont celui-ci), et chaque billet traitera d’un sujet précis.

En revanche, je termine sur une alerte. Peu importe les divergences au sein des mouvements masculinistes, leur idéologie commune repose sur la misogynie et l'homophobie. Pour illustrer mes propos, il y aura de nombreuses citations d'auteurs de la manosphère. Je signale donc que certains passages sont difficiles à lire : propos homophobes, célébration du harcèlement sexuel, relativisation et apologie du viol etc.

Je vais maintenant présenter les 11 articles.

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1. L’univers de masculinisme (partie 1) (partie 2

Ce premier article est fondamental puisqu’il propose un aperçu des différentes communautés masculinistes. Les quatre principales seront présentées : les M.R.A (Men’s Rights Activist), les MGTOW (Men Going Their Own Way), les Incels, et les Pick-Up Artist (PUA). En ce qui concerne le masculinisme français dont les pionniers sont Eric Zemmour et Alain Soral, ils sont difficilement catégorisables.

Dans cet écrit, je montre les points communs, les complémentarités et les contradictions des groupes et des figures de l’androsphère. Par exemple, j’expose les conceptions différentes sur le patriarcat. Si certains considèrent la domination masculine comme une nécessité, d’autres affirment que la domination s’est inversée. Ainsi les hommes seraient aujourd'hui structurellement dominés au profit des femmes. Dans un deuxième temps, je montre comment les groupes masculinistes essentialisent les hommes et les femmes afin de justifier les inégalités de genre. Malgré leurs divergences théoriques et stratégiques, ils développent tous des idées dont la finalité reste la même pour tous : les hommes doivent pouvoir se justifier d’exister comme ils existent, c’est-à-dire de rendre légitime les rapports de domination dans lesquels ils sont positionnés comme dominants.

2. Le masculinisme d’Alain Soral

Alain Soral est – avec Zemmour –, l’auteur misogyne qui a fait émerger la pensée masculiniste en France. Il a influencé un grand nombre de personnes à partir de ses ouvrages et de ses nombreux passages télévisés. Cet article reprend ses principaux arguments antiféministes. Dans un premier temps, je montre comment Soral utilise des acquis de la psychanalyse pour justifier l’infériorité de la femme, entre le naturel et le constructivisme. Ensuite, j’expose sa théorie principale sur la féminisation de la société : celle-ci serait un complot organisé par les dominants pour soumettre la société à ses intérêts. Pour finir, j’expose ses apologies du harcèlement sexuel et du viol, textes à l’appui, et ses discours homophobes.

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3. Le masculinisme d’Eric Zemmour

Dans cet écrit, j’expose l’une des théories essentielles d’Eric Zemmour. Pour lui, nous vivons une mutation anthropologique : l’effacement des hommes et des femmes sous le modèle égalitariste, et dans lequel les hommes doivent devenir des femmes. Entre misogynie et homophobie, ce changement de « nature » des hommes se réaliserait à travers une féminisation et une homosexualisation de la société. Comme Soral, il utilise la psychanalyse pour donner une légitimité scientifique à ses idées. Ensuite, je montre comment l’auteur se livre à une apologie des violences sexuelles, notamment par sa critique des textes de loi sur le harcèlement sexuel au travail, qui constitue pour lui une « criminalisation du désir masculin. » Pur finir, j'expose comment Zemmour justifie l’inaptitude « naturelle » des femmes pour la politique et la pensée intellectuelle.

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4. L’hominisme, un courant francophone du masculinisme

L’hoministe est un courant francophone du masculinisme qui gagne en popularité, notamment parce qu’il avance en se dissociant des autres discours antiféministes. Je présente ce mouvement principalement à partir des ouvrages et articles de Patrick Guillot, figure M.R.A en France. Après l'avoir défini, j'expose ses deux thèses principales. Premièrement, le rapport de domination entre les sexes se serait inversé. Désormais, ce sont les hommes qui seraient oppressés par les femmes et qui subiraient les principales discriminations structurelles de notre société. Deuxièmement, notre société serait sous emprise du féminisme misandre et victimaire qui criminaliserait l’homme et le père dans leurs fonctions, jusqu'à leur droit d'exister. A travers cet écrit, je mets en évidence que l’hominisme est un courant du masculinisme, d’une part en déconstruisant ses principales thèses et d’autre part en démontrant son caractère antiféministe.

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5. Alain Soral, apologiste du harcèlement sexuel

En France, c’est Alain Soral qui apporte le thème de la drague avec son livre « Sociologie du dragueur », qui reste encore aujourd’hui le plus vendu de l’auteur (plus de 50 000 vendus). Dans cet ouvrage, Soral disculpe les harceleurs sexuels. Selon lui, leurs comportements est une réaction pathologique en réponse à l’absence d’amour maternel. En dernière analyse, ce sont toujours les femmes qui sont responsables, même des infractions sexuelles des hommes. Dans la deuxième partie de son ouvrage, il partage aux hommes une véritable pédagogie de la manipulation psychologique et de la violence sexuelle. En d’autres termes, c’est un livre homophobe et sexiste qui fait l’apologie du harcèlement sexuel, de l’agression sexuelle et du viol. L’hypothèse de cet article est qu’Alain Soral, par cet ouvrage, a produit des agresseurs sexuels en puissance.

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6. Les Pick-Up Artist

Les Pick-Up Artist (PUA) – Artistes de la séduction (AS) en France -, font parties des 4 grandes communautés masculinistes. Ils se considèrent comme des « experts » de la drague et revendiquent « la maîtrise de l’art d’amener une femme à coucher. » Les résistances féminines à la drague masculine ne seraient que des obstacles à dépasser en utilisant des techniques particulières. En réalité, celles-ci reposent sur des procédés de manipulation psychologiques et d’agressions sexuelles. Pour justifier leurs pratiques, les PUA essentialisent les femmes en leur accordant une nature, une essence intemporelle qui les assujettie – avec leur consentement - aux désirs de prédation des hommes. Cette communauté est extrêmement dangereuse puisqu’elle peut produire des agresseurs sexuels en puissance, au même titre que Soral en France.

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7. Le masculinisme MGTOW

Le masculinisme de demain sera MGTOW. Depuis une dizaine d’années, c’est le mouvement qui prend le plus d’importance dans la manosphère notamment grâce à internet (sites, forums, réseaux sociaux, youtube). Les anciennes figures masculinistes (M.R.A anglo-saxons et écrivains français) s’effacent progressivement au profit des militants MGTOW, encore plus violents et antiféministes. En France, des chaines youtube comme Le Raptor ou l’Observateur qui accumulent des millions de vues témoignent de cette popularité grandissante.

Dans cet écrit, j’expose la grille de lecture idéologique et misogyne des MGTOW à travers l’explication de leurs principaux concepts (pilule rouge, hypergamie, gynocentrisme, manière à queues etc). Par ailleurs, je montre que cette nouvelle radicalité antiféministe se victimise en affirmant que nous vivons dans une société gynocentrée (sous domination des femmes), et propose aux hommes d’entrer progressivement dans une sécession relationnelle avec les femmes pour se concentrer sur leur propre développement masculin.

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8. Le danger des Incels

Cet article analyse la communauté des Incels. Ce néologisme signifie « célibataire involontaire ». Selon eux, leur célibat n’est pas une décision, il est contraint et imposé par une société gynocentrée (sous domination féminine). Ainsi, les Incels développent une haine aigue contre toutes les femmes qu’ils considèrent comme les responsables de leurs échecs sentimentaux. Dans cette communauté masculiniste, les apologies du viol et du meurtre sont fréquentes, et une base se radicalise pour passer au concret. En effet, le monde a appris leur existence en 2014 après l'attentat antiféministe d'un Incel, Elliot Rodger. Depuis ce premier événement criminel, c’est 32 décès et 43 blessés qui sont imputables aux fusillades et aux attentats antiféministes commis par les Incels. Cet article tente d’analyser cette communauté qui est certainement la plus dangereuse de la manosphère.

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9. Les attentats antiféministes

Depuis une dizaine d’années, les attentats anti-féministes se sont multipliés à travers le monde. Cette évolution est le témoignage d’un symptôme – et le plus carabinée – d’un phénomène en évolution : la radicalisation des communautés masculinistes. Aujourd’hui, ce sont les idées MGTOW et Incel qui dominent l’androsphère, et qui effacent le conservatisme des M.R.A et des anciennes figures réactionnaires. Depuis 30 ans, les attentats antiféministes ont couté la vie à 35 personnes (très majoritairement des femmes) et en ont blessées 62 autres. Dans cet article, j’utilise volontairement le terme « attentat » pour une raison simple : les violences de masse perpétrées contre les femmes reposent sur une idéologie misogyne qui permet de justifier ces actions. Il y a donc une dimension politique intrinsèque dans ces crimes qui ont pour objectif d’avoir des effets considérables sur la société. Ainsi, le terme d’attentat est parfaitement approprié puisque ces femmes sont tuées “parce qu’elles sont des femmes”.

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10. L'apologie masculiniste des violences sexuelles

A travers les articles de ce dossier, j’expose les nombreuses relativisation et apologies des violences sexuelles de la manosphère. Que ce soient les M.R.A, chez les figures françaises comme Zemmour et Soral, les Pick-Up Artist, les MGTOW ou les Incels, ils ont tous en commun cette amertume du passé qui s’explique par la prétendue « criminalisation du désir masculin ». Ainsi, la justification du harcèlement sexuel, l’euphémisation de l’agression sexuelle, la relativisation et l’éloge du viol, ou l’apologie du meurtre, sont des propos récurrents dans l’univers masculiniste que cet article dénonce.

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