On nous présente Bardella et Mélenchon comme deux dangers équivalents. C'est oublier l'essentiel : ce qui tue la démocratie, ce n'est pas la colère qui nomme les conflits, c'est le sourire qui les efface dans l'insignifiance.
Mardi 9 décembre, le PS a voté pour un budget qu'il aurait dû combattre ; EELV s'est abstenu sur un texte qu'il déclarait condamnable. Double défaite d'une gauche sans horizon.
2 décembre. Grève. Et déjà le même refrain : trop cher, trop lent, trop généreux. La France halète, on lui ordonne d'accélérer. Le producérisme s'est installé, non comme argument mais comme évidence, non comme politique mais comme impératif moral.
Le Parlement s’enferme dans des mises en scène qui détournent une grande partie du pays d’un jeu politique sourd aux affects qui le traversent. Entre gestion technocratique, identitarisme et réformisme sans élan, la conflictualité est étouffée. Prendre au sérieux les colères et habiter la division devient peut-être la seule voie pour rendre à la politique sa force.
Sous couvert de lutte contre la fraude sociale, le néolibéralisme impose la disponibilité permanente. Repos et maladie deviennent enjeux politiques d’une mobilisation infinie. Jusqu’à l’épuisement.
Est-il possible d’affirmer que « la langue française n’est pas la propriété singulière de la France… » sans être pris dans le shitstorm d’une polémique grossière, nourri par des crispations identitaires ? La langue, loin d’être un étendard communautaire, n’est-elle pas toujours inappropriable, habitée par l’étranger et puissance de reconfiguration du monde ?
C’est décidé. La nomination de Michel Barnier viendrait vérifier l’inconséquence d’une « gauche radicale » incapable de pratiquer l’art du compromis. Mais au-delà de l’élément de langage abondamment servi de quoi s’agit-il au juste ? Quelle force politique peut-être rétive au compromis dès lors qu’il est distingué de la simple compromission ?
L’affaire Quatennens pose à la gauche des problèmes juridiques, politiques et éthiques qu’elle prétend désormais expédier en invoquant une exigence d’exemplarité. N’y aurait-il pas de quoi s’en étonner et même de s’en inquiéter?
« Un autre monde est possible », c’est le slogan de la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Il porte la seule question qui nous aura été véritablement adressée lors de ces élections présidentielles de 2022. Y répondre est l'objet d'une décision en faveur d'une alternative qui peut nous engager à créer de nouvelles possibilités politiques de vie et de luttes.
« Essayez la dictature et vous verrez ! ». L’option proposée n’est bien entendu offerte que pour être refusée. Faute d’alternatives, nous n’aurions donc pas d’autres choix que d’adhérer aux dérives autoritaires du régime et à consentir à sa violence. Mais l’exigence démocratique n’est pas restée prisonnière de cette pauvre rhétorique. La société s’est réveillée et quelque chose se passe.