Un syndicat propose une analyse critique du racisme et de la violence dans la police

Entre le déni d'un Christian Jacob comme celui d'Emmanuel Macron, la dénonciation d'un complotisme par les commissaires de police, la dénégation et la prise en otage par nombre d'organisations syndicales qui crient au scandale, mais dont c'est la complaisance qui est scandaleuse, SUD intérieur tente de proposer une analyse et des solutions.

Comment comprendre que des syndicats dans la police s'insurgent de l'idée d'interdire la violence et le racisme et qu'ils menacent de prendre l'Etat en otage si le pouvoir ne satisfait pas à leur exigence de maintenir les méthodes contestées par l'opinion ? De telles revendications ne sont pas du tout la bonne méthode.

Il est regrettable qu'il n'y ait pas de semblable mobilisation de ces syndicats contre le harcèlement et le suicide dans la police, qui sont un indice de la violence qui règne dans l'institution, d'une méthode défaillante de management pourtant constatée et dénoncée par le Sénat en 2018.

Ce contraste - de contester en masse la dénonciation de la violence de la police, d'une part, et de ne jamais se mobiliser pareillement sur celle qui existe notoirement en son sein, d'autre part - donne à penser que l'action syndicale majoritaire est de soutenir le statu quo d'une violence systématisée, puisque revendiquée jusqu'à menacer l'effectivité de l'action judiciaire, au mépris du principe de séparation des pouvoirs.

Il est déplorable de tenter d'influencer par de tels moyens, voire de tromper l'opinion, sur un phénomène pourtant bien identifié, documenté et dénoncé depuis des années en laissant pérorer des affirmations mensongères qui sont inutilement blessantes pour les victimes de violences.

Cela fait près de 20 ans que le syndicat SUD intérieur publie des communiqués dénonçant la violence disproportionnée dans le maintien de l'ordre et que le ministère de l'intérieur refuse systématiquement les demandes d'entretien. En revanche, pour réprimer les adhérents du syndicat, ce même ministère témoigne d'une impressionnante attention et diligence, au mépris des droits fondamentaux.

La mauvaise foi et l'inaction n'est donc pas à chercher dans une absence totale d'action syndicale puisqu'il en existe au moins une mais qui ne retient pas l'attention, ni de la presse ni des autorités ; mais de distinguer les responsabilités d'une dérive dénoncée publiquement.

La police n'est aussi qu'un épiphénomène dans un mouvement global. Il en va des violences policières comme des privatisations, de la régression sociale, du mépris des travailleurs, de la violence privée, du bradage de la sécurité alimentaire et sanitaire qu'illustrent les scandales, ...

La mauvaise foi est politique et administrative. Elle s'habille d'une rhétorique pour justifier l'injustifiable. Rien de neuf. L'histoire n'a pas porté ses fruits.

Les violences policières et le racisme dans la police sont la conséquence d'une abdication démocratique, comme dans le passé. Le mépris et l'indifférence pour un mol embourgeoisement. Cette inertie détourne l'Etat au mépris des valeurs fondamentales que la République consacre. Ceux qui ne les évoquent  plus que comme des mantras les décrédibilisent. Ils font d'autant contraster qu'ils ne sont pas à la hauteur de la fonction et dissolvent la confiance de l'opinion dans les institutions.

Il est aussi irrecevable d'invoquer une fatalité au racisme et la violence dans la police quand l'école des commissaires démet de ses fonctions un sociologue dont l'analyse déplaît à ceux qui dirigent l'institution et qui cautionnent une répression sanglante.

La France n'a pas connu depuis la seconde guerre mondiale une perte de trente mille morts en trois mois. Il y a une incongruité à ce que celui qui a "désarmé" les hôpitaux face à la pandémie - tout en prétendant lui déclarer "la guerre" - soit allé à Montcornet, célébrer l'homme qui a, entre autres, mis en place le conseil national de Résistance dont il s'acharne à détruire le travail.

Les pertes humaines de la pandémie sont une des conséquences de l'impéritie qui révèle une inefficacité politique confinant à la complicité en matière de corruption, de malversations, de détournements de fonds publics, de fraudes fiscales, ...

Ce qui fut relevé par un amphithéâtre d'étudiants a échappé durablement à la presse d'une étonnante mansuétude même dans la nomination de gens qu'elle dénonce comme incompétents.

Ce ne sont donc pas les institutions, ce n'est pas l'Etat qui sont mauvais. Ce sont ceux qui les font dysfonctionner ou couvrent ce dysfonctionnement.

Les institutions, comme la police, subissent des comportements persistants et imprescriptibles. Les bonnes volontés sont elles, au contraire, rapidement confrontées au risque d'invoquer le respect de la loi. L'obligation de dénoncer un comportement illégal s'affirme comme théorique et inefficace.

Les obstacles au Droit et les entraves à l'action syndicale ne sont pas exclusifs à la police.

Il ne faut donc pas que l'arbre police cache la forêt des discriminations et des violences qui existent dans le travail, l'efficacité des droits sociaux, l'accès aux soins, l'instruction, la justice, le respect de la dignité, la protection des mineurs ou les droits des majeurs protégés, ...

L'histoire paraît montrer qu'il est plus facile de modifier des institutions que de changer les mentalités qui reproduisent depuis plus de deux siècles le même conservatisme réactionnaire . Une mentalité qui s'applique à réduire à néant les modifications quand elle ne les abroge pas en jouissant d'une mansuétude médiatique, qui porte le nom d'ultracrépidarianisme.

Le libéralisme a disséminé ses défauts avec la globalisation comme un cancer ses métastases.

La généralisation, la standardisation, a développé la violence pour la faire passer du cas particulier à l'institutionnel, en substituant ou rétablissant le rapport de forces au Droit, dont les violences policières ne sont qu'une des expressions.

Cette violence - dans le discours - s'est imposée comme indispensable pour maintenir un pouvoir qui agit contre la société, puisqu'il ne vise qu'à protéger un petit nombre de privilégiés. Le but d'une société démocratique moderne est de garantir le bien-être général comme cela l'est énoncé dans les préambules de la constitution des Etats Unis et la déclaration française des droits de l'homme et du citoyen depuis plus de deux siècles. Cela donne une idée du très faible progrès politique.

Les promesses de l'illusion du progrès technique se sont révélées mensongères. L'OIT avait alerté dès 2002, puis en 2013,

L'isolement du pouvoir s'affirme par le fait qu'il ne s'adresse plus à la population que par la télé. Il ne fait plus de visite officielle depuis des mois. Il s'enferme ou s'assiège lui-même dans son château. Il signale ainsi d'une certaine façon qu'il a conscience de son rejet et de sa perte de légitimité.

Comment peut-il prétendre représenter tout un pays qu'il évite en ne se réservant qu'à quelques-uns ?

Les violences policières ne sont qu'une partie émergée d'un iceberg qui pose la nécessité d'une analyse globale qui fait système, un modèle, celui de la violence institutionnelle.

C'est une erreur de l'aborder par touches. C'est autant de fois diluer l'étendue d'un phénomène qui sape la confiance dans la forme démocratique de l'organisation des pouvoirs publics et favorise donc les promoteurs d'un état policier qui fait aujourd'hui l'objet d'un rejet massif au-delà d'un pays seulement. Un rejet global, mondial ?

 

Cliquer sur lien suivant pour accéder à l'analyse critique d'une violence systémisée dans la police :

Racisme dans la police : l’analyse de Sud Intérieur

 

Mises à jour :

Médiapart : Racisme: la volonté de savoir de M. le commissaire Le Bars 14 juin 2020 Par Fabien Jobard

Le commissaire David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale, ignore les recherches sociologiques sur le racisme dans la police, défend la thèse d'un « complot médiatique et politique » et me somme de l'éclairer. Je m'y emploie ici.

 

Arrêt sur image :  Policiers sur WhatsApp : " Une rhétorique de la guerre raciale "

De quelle nature est le racisme dont sont affectés des policiers français ? Un racisme fonctionnel, systémique, un racisme "sans racistes" ? Ou alors s’agit-il, comme semblent le montrer plusieurs révélations médiatiques ces derniers jours, d’un racisme idéologique, entre des policiers qui parlent régulièrement entre eux de "bicots", de "bougnoules", de "youpins" ou de "nègres" ? Pour essayer de comprendre, quatre invités : Jean-Michel Schlosser, sociologue et ancien policier ; Christophe-Cécil Garnier, journaliste à StreetPress et auteur d’un des scoops paru la semaine dernière sur le racisme dans un groupe Facebook de policiers ; Camille Polloni, journaliste en charge des sujets minorités et discriminations à Mediapart et autrice d’un autre scoop sorti au même moment avec Arte Radio, sur un groupe WhatsApp de policiers ; et Sébastian Roché, politologue et spécialiste de la délinquance et de la sécurité.

 

France info : " Tout le monde le sait, le voit et le subit " : des policiers racontent le racisme dans leurs rangs

Chez les forces de l'ordre, la prise de parole est rare. Mais, alors que les manifestations contre les violences policières et le racisme se multiplient, certains ont accepté de témoigner de leur expérience pendant leur carrière au sein de l'institution.

 

Médiapart : Syndicalisme et discriminations

Place de la République, Verveine Angeli, secrétaire nationale en charge des discriminations chez Solidaires, reconnaît que les organisations syndicales ont encore du travail à faire pour prendre en compte les questions de discriminations raciales.

« Cela évolue, mais c’est vrai qu’on doit se poser la question des plafonds de verre au sein de nos organisations, comme on l’a fait pour les femmes. Dans les secteurs mis en avant pendant la crise sanitaire - le nettoyage, les livreurs - il y a beaucoup de personnes issues de l’immigration. Et ce sont des secteurs qui n’ont peut-être pas la place qu’ils méritent dans les organisations syndicales. »

Elle explique que Solidaires mène un travail interne de formation sur ces sujets: « Parce que si on ne comprend pas qu’il faut traiter ensemble le fait d’être femme, noire et précaire, on rate quelque chose. »20200613123225_238282.png

Verveine Angeli, avec les lunettes / © Mediapart

De notre envoyée spéciale, Lucie Delaporte

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