Mots repoussoirs: relativisme

Si l'on hésite à se référer positivement à cette démarche intellectuelle dénoncée entre autres par le Vatican (1) qui évite de comparer et s'efforce de raisonner sui generis, c'est qu'elle revêt depuis lors une connotation négative et l'on n'est pas loin du mot-dard fustigeant à bon compte l'adversaire.

C'est en anthropologie que le relativisme s'est imposé face à l'ethnocentrisme, irradiant les autres domaines de connaissance et s'imposant dans le débat éthique. L'idée selon laquelle nos valeurs n'ont de validité que dans notre contexte et ne peuvent être imposées aux autres dont les valeurs méritent autant le respect s'affronte cependant à l'universalisme. Ceci est manifeste pour les droits humains: aucune concession possible sur les questions de peine de mort, d'intégrité physique, de racisme ou d'esclavage par exemple bien que des problématiques soient trop souvent occultées. Prenons les mutilations génitales religieuses: certaines sont admises et d'autres pas. De même le racisme est-il actuellement dilué dans l'islamophobie. Et mieux vaut ne pas aborder le droit á la vie. Le référent est cependant celui de la déclaration universelle des droits de l'homme rédigée par une équipe internationale coordonnée par Mme Roosevelt (2) et adoptée par 48 pays sur 58 consultés seulement. Si aucune supériorité morale n'est revendiquée, ces normes s'imposent cependant aux autres priés de s'y conformer et ouvrent la porte á toutes les exégèses.

Bien sûr toutes les valeurs ne se valent pas: certaines sont inhumaines, obscurantistes et rétrogrades. Mais attention au biais culturel, ces erreurs d'interprétation des autres en raison des références personnelles qui peuvent être àla source de bien des conflits. Les caricatures Charlie telles que perçues en orient ou le voile en occident par exemple: un dialogue de sourds qui entraîne de lourdes conséquences. Or un humain peut se montrer cruel ou généreux quelle que soit sa culture. Faire une montagne des questions de vie quotidienne ou de croyance comme s'y adonnent les médias en peine de piges “sans complaisance” et surtout sans nuances morcelle de plus en plus une société déjà travaillée par l'individualisme de l'enfer néolibéral. Car finalement nuancer n'est-ce pas d'une certaine manière relativiser ?

Évidemment s'en prendre à l'absolu universel ne plaît ni aux athées ni aux croyants car les principes intangibles sont perçus comme une nécessité vitale. Seul l'agnostique relativise, se morfondant dans l'acceptation de son ignorance. Il est vrai que le relativisme peut devenir au plan international un cheval de Troie du progrès de l'humanité en favorisant les particularismes qui défendent une vision propre des droits humains (3) . Personne n'est dupe de telles manoeuvres et l'ONU a rejeté la notion de diffamation des religions que l'Organisation des Etats islamiques prétendait mettre au même plan que le racisme en 2011. Relativisme ou pas, les rapports de force restent déterminants dans la recherche de terrains d'entente.

Il faut distinguer cependant ce qui relève des pouvoirs comme en géopolitique de ce qui contribue á la construction culturelle globale de notre époque mondialisée. Dans les grandes capitales les différentes communautés immigrées savent faire la part des choses et s'enrichissent mutuellement: l'Africain mange chez le Chinois et danse une cumbia alors que le Canadien achète des blinis chez l'Arabe: pas de particularisme, on prend chez l'Autre ce qu'il a de meilleur. Une telle conception du relativisme faciliterait non seulement dans le domaine interculturel mais aussi entre nous le dialogue par la prise en considération des arguments de l'Autre, ce qui ne signifie pas les faire siens mais accepter de les analyser. Un pas á effectuer vers une politique de l'empathie et la construction d'une société harmonieuse. Mais cela suppose un désir de dialogue peu partagé actuellement semble-t-il.

(1) Jean Paul II et Benoît XVI en guerre contre la “dictature du relativisme” et aussi au concile Vatican II

(2) http://www.un.org/fr/sections/universal-declaration/history-document/index.html

(3) Chine et Organisation de la Conférence Islamique essentiellement á la conférence mondiale sur les droits de l'homme de Vienne (1993)

 

Mots repoussoirs analysés: norme ; tolérance progrés juger cosmopolitisme

Mots-dards analysés: droitdelhommisme ; communautarisme ;  bisounours ; bien-pensant ;bobos ; obscurantisme 

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