mots repoussoirs: cosmopolitisme

Dans nos microcosmes des réseaux sociaux qui, bien que tentaculaires se replient sur les groupes d'affinités, l'absence factice de frontières pourrait laisser supposer que la polis mondiale est en voie de réalisation et cet idéal de cité universelle un espoir collectif. Il n'en est rien: depuis les odieuses campagnes associant juifs, apatrides et financiers ce mot sent toujours le souffre.

Il y a en effet un gouffre entre l'ancien internationalisme prolétarien ou l'actuelle solidarité altermondialiste et cette citoyenneté supranationale attribuée il faut en convenir á une minorité privilégiée qui peut changer de culture sans préjugés excessifs dans la valise et surtout sans risquer sa vie dans des rafiots prêts à couler. Mais les incarnations du cosmopolite foisonnent, allant du jeune routard ou de l'artiste ouvert à la différence aux oligarques dérivant doucement sur leur matelas pneumatique dans les eaux turquoises de quelque île des Caraïbes: les comptes bancaires de ces paradis ne sont-ils pas d'une certaine manière aussi cosmopolites ?

Le cosmopolitisme ne peut cependant se réduire á la vision du monde des cosmopolites, bien au contraire: il va de soi pour eux alors qu'il pose parfois problème á qui est fâché avec les langues étrangères et s'abrite á l'ombre de son clocher, de son minaret ou de quelque autre édifice pour contempler l'altérité. Serait-ce la méfiance instinctive du sédentaire envers le nomade? A moins que ce ne soit une phobie de plus en plus répandue du suffixe -isme qui incite á la prudence dans la manipulation de ces mots fourre-tout: communisme, relativisme (nous y reviendrons), progressisme, je-m'en-foutisme... ? Toujours est-il que la sensation d'avancer en terrain miné s'impose peu á peu.

Sous-jacent agit ici le politiquement correct qui intervient tel un surmoi dans nos productions de discours en allumant le témoin rouge des mots délicats qui se met á clignoter avec insistance si l'on ne se sent pas en confiance avec nos interlocuteurs. Et c'est bien une question de confiance en soi car pour le locuteur avisé ce mot du moins ne pose pas problème comme c'est la cas de notre coblogueur Noël Mamère dont le lyrisme évoque “ la rencontre entre l’écologie, le social et le cosmopolitisme ; l’histoire du monde de demain “( ici )

Cosmopolitisme par ci, multiculturalisme par là, á l'heure de la renaissance des nationalismes-remparts supposés contre les menaces d'un monde globalisé ces notions ont mauvaise presse dans les milieux de droite et leur stigmatisation s'impose par porosité dans la société comme c'est le cas d'autres notions dévoyées par eux: droitdelhommisme , obscurantisme, communautarisme  ...  

 

addendum:  Le dernier billet de N. Mamére qui fait passer le “cosmopolitisme” de sa vision du futur á la trappe démontre hélas l'effet repoussoir de ce mot: “Nous avons besoin aujourd’hui d’une gauche sociale, écologiste,cosmopolite, libertaire, qui s’impose face à la fausse gauche   (ici)

 Rappel de la formule précédente: “ la rencontre entre l’écologie, le social et le cosmopolitisme ; l’histoire du monde de demain. “ ... s'il est vrai que ce monde de demain émanait des réflexions citoyennes comme celles de Nuit Debout alors que la nouvelle citation envisage une gauche en contraste avec celle de M. Rocard, je trouve cet oubli troublant. Il est á noter que "libertaire" vient s'y substituer. Un certain flou semble donc entourer ce projet de futur.

 

Mots repoussoirs analysés: norme ; tolérance ; progrés ; juger 

Mots-dards analysés: droitdelhommisme ; communautarisme ;  bisounours ; bien-pensant ; bobos ; obscurantisme 

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