Dianne: «La Une de Mediapart, c'est un peu pousse-toi de là que je m'y mette»

Cinq ans après la création de Mediapart, vous êtes aujourd'hui autour de 60 000 abonnés. Pour fêter avec vous cet anniversaire, Mediapart a choisi de rendre hommage aux pionniers en questionnant 16 d'entre eux, huit femmes, huit hommes. Ouverture de la série avec les franches réponses de Dianne, qui a souhaité les dédier à deux abonnés disparus, Humaro et Velveth.

Cinq ans après la création de Mediapart, vous êtes aujourd'hui autour de 60 000 abonnés. Pour fêter avec vous cet anniversaire, Mediapart a choisi de rendre hommage aux pionniers en questionnant 16 d'entre eux, huit femmes, huit hommes. Ouverture de la série avec les franches réponses de Dianne, qui a souhaité les dédier à deux abonnés disparus, Humaro et Velveth.

Lire ici notre précédent billet "Cinq ans ensemble à Mediapart" explicitant les règles de ces portraits

Si vous étiez un autre abonné ?

Un autre ? Etre un autre ? Non, mais être en lien avec d'autres, oui.

J'ai aimé au long cours la verve, la truculence et la faconde de Néfertari, poussée vers la sortie à force de bêtise et de méchanceté. Nous restons amies dans la vraie vie. J'apprécie la manière décalée qu'a Vincent Fleury de nous faire connaître son monde de spécialiste hyper-pointu. Du vrai partage. Les écrits de Jonasz me touchent. Je réponds à Ben pour le remercier tant ce cœur pur est une bénédiction dans un environnement de faux-semblants.

Je suis de près ce qu'écrit Paul Alliès. Il fait partie de ces “ abonnés ” qui valident une partie du  projet médiapartien : tisser des liens entre les acteurs du champ politique et les citoyens.

Je regrette que Pierre Nenny ait jeté l'éponge. Son don régulier de dessins d'actu à Médiapart : du beau boulot, bien léché, très piquant. Dommage qu'il n'y ait jamais eu de projet d'édition collective de toutes ces mini œuvres d'art, offertes par lui et d'autres.

Je m'amuse en lisant Anne Gentry et j'admire sa clairvoyance, sa modestie et son humour.  Mais je ne peux pas évoquer ici tous ceux qui font partie de mon quotidien, désormais.

Si vous étiez un article ?

L'Appel de Mediapart : nous ne débattrons pas, publié le 2 décembre 2009. Puissant moteur de prise de conscience. Le début de la fin pour Sarkozy. Ce texte sobre et précis était indispensable pour dénoncer un “ débat ” voulu par la droite extrême version UMP, et qui a donné lieu au déballage le plus misérable qui soit du fonds de commerce des “ décomplexés ” – sous la houlette des préfets, ce qui ajoutait à la tragédie. Il est indissociable de celui-ci, une semaine plus tard : Une honte nationale, parti pris d'Edwy Plenel.

Florange : Edouard Martin écrit à François Hollande

J'ajoute le suivi en temps réel de la Conférence de Copenhague sur le climat par Jade Lindgaard (à retrouver ici et ). Avec ce temps fort : son pointage de la désertion soudaine des représentants dans la salle au moment de la prise de parole par le chef de file des pays pauvres, après Obama. Tout était dit.

Si vous étiez un billet ? 

Si j'étais un billet, je serais trois billets: Garde à vue 1/3Garde à vue 2/3 et Garde à vue 3a/3 (février 2010), par Sarah Faro. Un coup de projecteur sur l'incroyable décompte : 900 000 gardes à vue par an sous Sarkozy. Un citoyen sur cinquante, si l'on compte les vieillards cacochymes ou grabataires, les malades, les reclus de toutes sortes... Et ça n'arrive pas qu'aux autres.

Et aussi J'en ai ma claque ! (octobre 2012), par sourisgrise. 

Si vous étiez un troll ?

De gros calibres sur Mediapart, qui changent de nom sans arrêt, difficile de décerner un prix. Je n'ai toujours pas compris l'euphémisme “ troll ”. Il s'agit de malfaisance. D'empêchement de l'expression libre. Point. Cela ne devrait pas bénéficier de tant de mansuétude amusée au nom de la liberté de... Le jeu est inégal entre les petits malins semeurs de zone et les débatteurs. Les seconds observent quelques règles, les premiers aucune.

A ce sujet l'incroyable et récent billet au sujet du“ serpent ” est un pur scandale.

Si vous étiez un commentaire ?

Celui-ci, sur mon billet intitulé De la censure: « Tout ne se vaut pas... La liberté dont nous parlons n'est absolument pas nihiliste ou fasciste... Elle ne signifie pas que “ tout est permis ”... Ceux qui se vautrent dans la haine raciale, dans la négation de l'universel démocratique et l'invective ad hominem, en se parant momentanément et stratégiquement du droit à la liberté d'expression, sont les premiers censeurs... Il est à l'honneur de la liberté d'expression de définir les limites qui la rendent possible. » 

Et puis ce billet, Hommage à Yvette et Dianne, qui est en réalité un commentaire à celui-là: Les Gitans de Saint-Aignan. Le fil de ce billet a montré les limites du débat avec des participants de mauvaise foi.

6) Si vous vouliez faire un reportage, où iriez-vous ?

 Un Conseil d'Ecole. Là où on arbitre entre la réparation du toit et la pose d'un interphone pour pouvoir fermer les portes de l'école dans la journée. Monsieur Peillon gagnerait énormément à s'y inviter. Il en apprendrait de belles sur la vraie vie. Et son projet aurait sans doute une autre gueule. 

7) Si vous vouliez réaliser une interview, qui iriez-vous rencontrer ?

Ségolène Royal. Honnêteté intellectuelle et morale dans le champ politique. Remplir les devoirs de sa charge en servant. Pas en SE servant. Ceci explique sans doute ses rapports compliqués avec un certain establishment. Je lui demanderais de parler de la BPI. Mais le sujet est tabou sur Médiapart : les journalistes s'en battent l'œil et les trolls sautent sur tout titre qui la désigne de près ou de loin.

Ou Dominique Sopo, opposant pendant des années à Sarko et à ses sbires de l'Intérieur. Après tous les coups reçus, il a été aussi bien traité par le PS que Ségolène Royal. C'est dire. Et pourtant, quelle culture, quelle finesse. Modestie et discrétion. Pas vendeur.

Il y a quelques mois, j'aurais répondu Christiane Taubira. Mais elle a son content de tribunes depuis que sa nomination lui a permis de donner libre cours à son talent. Je ne suis pas mécontente d'avoir écrit à son sujet à une époque où peu auraient misé un kopeck sur son avenir public (un strapontin, et encore, à la Maison des métallos !)

Ou le président de l'Egam, Benjamin Abtan, pour son implication au niveau européen dans la lutte contre tous les fascismes.

Ou bien, si je voulais vraiment obtenir 800 commentaires meurtriers, Bernard-Henri Lévy (pour qu'il parle de son engagement en faveur des Roms d'Europe) ou Michel Onfray (pour qu'il nous fournisse un guide de survie en milieu lacanien).

8) Si vous changiez quelque chose à Mediapart ? 

Le système de recommandation des commentaires, à supprimer. Le commentaire recommandé par la rédaction, idem. L'absence d'autonomie des blogueurs dans leur propre espace de discussion.

Le laxisme, je ne trouve pas d'autre mot, qui consiste à laisser libre cours à certaines formes d'insultes publiques. Surtout si l'insulté est mort... L'écran remplace la feuille, mais qu'en est-il réellement du droit de réponse que la loi imposait aux journaux papier ?

L'impossibilité de communiquer sur le Proche-Orient sans prendre parti.

Voilà pour la partie lecteur - utilisateur.

Côté journal, je changerais la Une tous les jours, de la cave au grenier, comme pour les journaux papier, en laissant en lien les Unes précédentes permettant d'accéder aux articles actifs, comme c'est déjà le cas. Mais j'imagine qu'il faudrait une autre organisation du travail collectif. Vu de l'extérieur, c'est un peu “ pousse-toi de là que je m'y mette ” dans le calage de la page d'accueil. Une petite vérification des écrits avant de balancer, peut-être... orthographe pour quelques néo-plumes, titres racoleurs bien aptes à semer la zone, un comble...  Des vertus d'exercer en équipe, en somme...

Pour couper l'herbe sous le pied aux poly-râleurs compulsifs : mettre au point, une bonne fois pour toutes, un système efficace de désabonnement qui ne nécessite pas des tas de manips ou de courriers. Les douloureuses contributions “ meta-médiapartiennes ” dévorent le tracker.

Mediapart, un réseau ?

Je connaissais plusieurs abonnés avant de les croiser sur Médiapart. Je les y retrouve avec plaisir.

Je reste en lien avec quelques déçus. En comprenant les raisons de leur départ. Et bon sang, ma recherche concernant l'item "commentaire" me fait mieux mesurer à quel point me manquent ceux qui sont partis...

Les liens “ off ” permettent l'entraide en toute discrétion. C'est l'un des “ plus ” du système de communication interne personnalisé. 

Dommage que le spectacle initié par Bérangère Bonvoisin à La Madeleine (La Laïcité...) n'ait jamais pu être publié sous forme de DVD. Dommage aussi que la rédaction s'en soit désintéressée [euh... pas tout à fait: lire ici le billet d'Antoine Perraud. Par ailleurs Mediapart a fourni d'intenses efforts, en vain c'est vrai, pour faire aboutir ce DVD, ndlr]. C'était intellectuellement satisfaisant et esthétiquement réussi.

Vos habitudes sur Mediapart?

Au moins une ouverture du journal par jour, tous les jours, par un lien direct avec le tracker puis ménage du blog et accès à la "Une". Lecture à la mi-journée, éventuellement interventions, et suivi des réponses dans la foulée. Ecriture selon nécessité. Pas de moment privilégié. Pas de thème de blog. Toutes voiles dehors.

Autre chose ? 

Médiapart ? Encore ? T'as pas bientôt fini ? J'arrive, j'arrive.. Je termine juste de répondre à ....

 © Pierre Nenny © Pierre Nenny

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