Jean d’Amérique : l’urgence poétique. Étoile haïtienne

Dire la rage, écrire l’espoir, décrire l’indicible, raconter le peuple haïtien, hurler l’urgence, gueuler les vies et construire dans le même geste sa propre langue, défaite et restructurée, accent créole amour des lettres vite, très vite

l’auteur Jean d’Amérique © Marie Monfils l’auteur Jean d’Amérique © Marie Monfils

 

       Jean d’Amérique, né en 1994 à Côtes-de-Fer en Haïti, enchaine à une vitesse folle les ouvrages exigeants qui vous saisissent aux tripes, telle une étoile incandescente, tel un homme menacé par le temps mais qui veut tout dire, a tant à dire. Dire la rage, écrire l’espoir, décrire l’indicible, raconter le peuple haïtien, hurler l’urgence, gueuler les vies et construire dans le même geste sa propre langue, défaite et restructurée, accent créole amour des lettres vite, très vite. Ramasser des prix, se remettre à l’ouvrage, gagner la reconnaissance de ses pairs, monter un festival de théâtre résistant, participer à une revue, poésie, slam, théâtre, roman, soutien aux écrivains bâillonnés dans le monde : l’urgence fait partie de sa vie, elle porte son œuvre, étourdissante, littéralement. Le jaillissement poétique permanent, la fièvre créatrice comme béquilles, comme seuls buts, donnent à sa prose un caractère unique et transforment l’auteur, recueil après recueil, en figure majeure des lettres francophones. Laissez-vous guider vers le travail sans concession de ce poète, dramaturge, romancier haïtien. Laissez-vous guider mais...tenez le rythme. 

 

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 ‘Petite fleur du ghetto’ : vers le ciel, les regards



« Je pleure ton départ / mais pas assez de larmes / pour laver ton sang / je ne m’attendais pas à ce que si tôt / ton passage / dépeuple l’avenue Magloire Ambroise / ni que ton désir de voguer / s’éteigne / ni que ton amour et tes mains / manquent / aux averses des lettres »


Le 28 avril 2015 l’arme blanche du tueur fond, éclair fatal, sur le corps de Régina Nicolas sous les yeux interloqués de la foule. Dans le sac de cette jeune figure de la scène culturelle port-au-princienne, un exemplaire de ‘Bain de lune’ de Yanick Lahens, un autre de ‘Compère Général Soleil’ de Jacques Stephen Alexis. Les mots - aussi sublimes et puissants soient-ils - ne protègent aucune lectrice/muse rieuse des larmes, de la fureur des hommes haineux qui eux s’octroient par la force droits divins, maîtrise des horloges. Un énième féminicide qui bouleverse Haïti, anéantit l’âme soeur poète et souligne une fois de plus une fois de trop la culture de la violence qui gangrène l’île. La passion amoureuse excuse le pire et bloque l’introspection : l’hommage funèbre de Régina Nicolas ne pouvait se résumer à un lieu commun mollesse. C’est bien le mépris endémique de la vie (en particulier celle des femmes) et le poison de l’impunité qui ont piétiné cette petite fleur du ghetto, guidé les mains éconduites de la brute (aujourd’hui en liberté).  

Régina Nicolas © Ayibopost Régina Nicolas © Ayibopost

« La saison / s’ouvre / à l’opposé des visages / complices du sourire / en quête / de l’esthétique des affrontements / entre survie et trépas / Haut les mains / mot de passe / des chiens qui survivent / sans agence sociale »

Des avenues qui portent le nom glorieux des hommes de l’Indépendance aux bidonvilles-latrines dans lesquels l’avenir est quotidiennement kidnappé, aucun ne sait s’il verra le soleil se coucher, si une balle perdue, un couteau tranchant, des poings bestiaux... Le télédiol a prévenu tout le monde : les fauves errent dans la cité, personne ne s’interposera ni ne les domptera car ils ont carte blanche. Planquez-vous, courbez l’échine ! « Ici / petit homme / fait sa prière / dans une cagoule / la nuit / il berce la rue / les ruelles / les corridors / par un cantique amer / une mélodie violente / sa guitare / est un calibre » 300.000 armes en circulation et des autocrates plus préoccupés par les transferts bancaires (Floride, République dominicaine, France) que par leurs devoirs étatiques. Quelle crédibilité auraient-ils, de toute façon, eux qui font reposer leur pouvoir sur la terreur organisée ? Que pèse la vie des gueux face à un coffre grand ouvert ? Aux chiens de sang (molosses utilisés par les colons français pour rattraper et déchiqueter les rebelles nègres-marrons) ont succédé les chiens fous sans collier élevés à demeure. À la rigoise s’est substitué le 357. À l’espoir né de l’Indépendance a succédé la peur de la force furieuse, aveugle, légalisée de fait.


« Dans la fragile paume / de mon ghetto / vivre / c’est se taire / pour que nos enfants soient / pierres qui chutent / à la saison des armes »


Jean d’Amérique replonge dans son enfance dans les quartiers insalubres de Port-au-Prince, reconnaît aujourd’hui les regards inquiets des milliers de petites fleurs du ghetto, au futur fragile et incertain, la désillusion silencieuse et prudente des parents qui s’imaginent échapper ainsi au sort en s’en remettant simplement au Grand-Mèt, le loa suprême responsable de la marche du monde et du destin de chacun. Car la survie d’une petite fleur du ghetto tient à un fil. À un regard. À un mot. À une rencontre malheureuse.

Pour Régina (Petite fleur du ghetto) © Jean D'Amérique

 

« Quand tu meurs / la vie devient pluie de mon côté / Poussant à peine / j’ignorais / que ta saison serait close / Je ne voulais pas apprendre à pleurer / au crépuscule d’un samedi / quand un camion / leva le voile / sur ta fin »

Poème dédié à Jeannette Oxilus, mère du poète, « en voyage depuis 2006 ». Tôt confronté à l’injustice et à l’effondrement, la petite fleur du ghetto Jean d’Amérique aura le choix : dépérir ou avancer regard porté vers le ciel, nouvel allié des mots, plume brandie désormais face aux calibres zombis. Il choisira cette voie, transcrire les rires, aussi, les rares lueurs d’espoir. 


« Dans les enclaves de ce système / j’apprends / à flotter / sur les vagues de la liberté / Je suis / de ces êtres / assoiffés d’horizons / hors les barbelés »


Et l’amitié entre rêveurs de revers qui fait tenir, l’amitié et les toasts en créole à la santé du peuple haïtien, de son âme, qui résiste encore, survit malgré le ghetto, le chaos prémédité. 

« Je me souviens / de chaque bouteille / qui arrivait / pour nous arracher le sourire / pour acquérir cet instant / sur la terrasse des illusions / Les chagrins / recroquevillés ailleurs / nos vies / rayonnaient comme jamais / Un soir / à Port-au-Prince »

 

Petite fleur du ghetto est le premier ouvrage de Jean d’Amérique. Il a reçu pour ce recueil fulgurant qui évite le misérabilisme mais fait exploser colère, fierté et rage de vivre la mention spéciale du Prix René Philoctète 2015. Déstructurant ses phrases il fait surgir l’essence des mots et bouleverse le lecteur dans ses poèmes courts et à vif. Le premier bourgeon remarqué d’une œuvre qui ne cesse de surprendre et de grandir. 

 

— ‘Petite fleur du ghetto’, Jean d’Amérique, ed. Atelier Jeudi Soir en 2015 et ed. MaelstrÖm reEvolution (version bilingue français-créole) en 2019 — 

 

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  'Nul chemin dans la peau que saignante étreinte' : une pépite signée Jean D’Amérique

 


   « les rues   sont anonymes   à force de crimes ambulants   tour de flammes dans le dos, ma ville se gave de canons frais, chante la vie affaissée contre la page, elle voit tomber des humains comme elle voit chuter la pisse » 

 

 © Darry Andy Dulcine *FotoKonbit © Darry Andy Dulcine *FotoKonbit

Les gangs trinquent à la victoire, affalés sur des cadavres défigurés, célèbrent par rafales leur dernier kidnapping : que peut faire le poète, hormis « cracher (sa) sale chronique » ? « au bord du rêve   marche la rage » Les marionnettistes haut-perchés ont perdu le contrôle, leurs créatures en guenilles s’émancipent lors de transes frénétiques, de sorties sanguinaires, d’intrusions barbares, mais il faut prétendre que tout va pour le mieux car Haïti n’est pas que cela bien sûr, Port-au-Prince est tellement plus, il ne faudrait pas, nous ne voulons pas, tant d’efforts déjà pour chasser les clichés, les démons du passé... « ça arrive ici qu’on descende le soleil en plein jour. Ciel mouillé d’un pacte rouge. Ville canon ? Loin de là. Ça tire, ça tire, ça tire sur la beauté qui passe. Gloire à la pluie des canons. » Le deal faustien fait désormais trembler les dupes : le goût du pouvoir ne leur était donc pas exclusif. Trop tard pour les regrets : celui-ci est aussi addictif que le goût du sang, Beretta et machettes d’une cité dite solaire sont entre les mains de chiens fous sans colliers, aussi fous que les cyniques en cols-blancs qui rêvaient d’en faire des milices à leur solde mais se retrouvent à présent tenus en laisse par les solides chaînes de la corruption. Alors ils se terrent derrière leurs hauts murs, ils s’accrochent maintenant à leurs fauteuils officiels ou aux sièges de leurs 4x4 blindés, fébriles et apeurés, tandis que la maman et son enfant n’osent traverser la rue, ni même s’asseoir sur le seuil de leur porte. 

Mais le poète, lui, n’a plus envie de murmurer.

« il est permis aux armes de marcher   de marcher sous les yeux du jour   aucune lumière ne sera faite   sur la question des impasses noires »

Qui soutient qui, qui défend quoi, qui s’est compromis pour avoir des contrats et finira, oui, par en décrocher un beau mais sur sa tête ? L’homme aux dreads s’en fiche car « le ciel des insoumis n’a point de pacte avec la boue. Le ciel indigné ne rampe pas avec les dos courbés » 

Jean D’Amérique, auteur du salué ‘Petite fleur du ghetto’ (2015), contributeur régulier de la revue ’IntranQu’îllités’ et créateur de l’association culturelle Loque Urbaine fait partie de cette nouvelle génération de poètes haïtiens qui entend se saisir du riche héritage littéraire de l’île en le re-dynamisant (de facto) en abordant de front les problématiques contemporaines via une langue à vif qui n’hésite pas à emprunter aux autres catégories artistiques (le slam, par exemple, et son sens de la punchline).

 

l'auteur Jean D'Amérique, série "Emblématique" (James Noël en modèle sur l'affiche) © Guillaume Coadou l'auteur Jean D'Amérique, série "Emblématique" (James Noël en modèle sur l'affiche) © Guillaume Coadou

 

« Ce n’était pas toi. Ce n’était pas ton visage. Sourire mitraillé comme de la grêle émergeant sur la peau. Ce n’étaient pas tes yeux. Mais des regards poussés dans les ruines. Des barres de larmes qui dessinent le chemin des étoiles. Toi, tu sais voir derrière les ombres. Tu sais marcher, tu sais marcher hors de tous ces pas que tracent ce monde mouillé d’indifférence. Ton nom est une prose en tumulte au gré des pages. » 

Ce passage est tiré d’un poème dédié par Jean D’Amérique « à (son) soleil Jacques Stephen Alexis », écrivain majeur de la littérature caribéenne et haïtienne, résistant assassiné par les sbires du dictateur François Duvalier (le sinistre Papa Doc) en 1961. Si le jeune poète n’a pas eu affaire aux tontons macoutes ni à d’autres léopards en treillis, cet hommage souligne combien l’histoire récente et compliquée de l’île ne peut être ignorée, elle irrigue et hante complètement les consciences encore mais aussi, cet hommage, il rappelle puissamment que le but du poète n’est pas de poser trois jolies strophes romantiques et merci, mais, bien plus ambitieux : de cracher les maux, d’appuyer sur les plaies suintantes, de révéler l’insécurité (des rues comme des âmes). Sans s’interdire de rappeler le Beau, de dénicher l’espoir, vital, même dans les décombres d’une cité pulvérisée. 

 

 © Pierre Nosto *FotoKonbit © Pierre Nosto *FotoKonbit

 

« J’aspire au langage des chemins de rage. Je veux chanter la trêve de mes fissures. Au nom du poing à lever, prendre la rue avec la main ouverte pour dessiner des points libres. Brûler les portes pour dire beauté de cendre dans l’éclat du verre nouveau. Fuir front nu pour revendiquer soleil. Là sera mon chant de traversée. » 

‘Nul chemin dans la peau que saignante étreinte' (déjà, quel titre !) est un recueil bref mais se révèle être un véritable festin pour le lecteur. Flamboyant, à fleur de peau, touchant, le poète abandonne l’emphase assommante à d’autres et, économe, extrait le mot juste de « la prison des mots » sans pour autant renier ni le merveilleux ni le sensuel (serait-il haïtien, sinon ?)

« Donner langue vivante, greffer bouche à ces lèvres qui donnent lieu à la pluie. M’étaler dans l’intersection. Paradoxe aucun si du volcan nous trouvons de quoi nous laver   toute éternité dans ma main   toute eau sur ma gueule   je suis témoin de ta tempête pubienne » 

Le désir, la vie qui inondent les corps amoureux et l’amitié : remèdes avec la plume pour résister aux tortures d’un monde indifférent aux souffrances insulaires, à celles d’une mémoire trop chargée (« je suis   cahier de fêlures   je fais du bruit pour la souffrance   ne reste de mon nom   qu’un hommage au silence   je marche   je suis l’allégorie du vide ») Ainsi, cet extrait du poème dédié « à James NoëlMakenzy OrcelJames Saint-Félix et d’autres allié(e)s contre les codes » : « je suis naufrage, battant ma chanson sans voile   ma voix échappe à la flamme tranquille des îles, me poussant en poignard libre au cœur du silence   je suis semence d’orage   au bout d’une terre de matrice folle, j’éclate les accolades pour étendre l’amour » 

Et encore : « les phalanges mal bâties   librement je jette mes phrases   à la gloire des ruines   mon encrier   barque turbulente à leur dresser passage   brûlant les points   pour mettre les sens en suspension   pour mieux aboutir leur trébuchement » La quête est personnelle : comment tenir debout ? Elle ne prétend à rien d’autre et voilà pourquoi elle devient parlante, haïtienne dans un second temps puis enfin universelle. Voilà pourquoi l'émotion se propage.

 

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« le monde nous avale   comme une armée de poussière   qui ne trouve de secours   dans les mains du vent » Haïti l'ignorée, même lorsque le monde lui promet la renaissance (après le séisme de 2010) mais qu’il finit, le monde, par oublier ses promesses. L’histoire de la première nation noire indépendante se mélange avec la vie intime du poète : est-ce une alchimie magnifique ou un poids injuste duquel il ne pourra jamais se délester ? Question récurrente dès que l’on s’intéresse à la littérature haïtienne. 

Le dernier poème du recueil est adressé « à (ses) tantes qui passent leur vie à chercher du travail » L’envie est grande de le partager ici mais, plutôt, aux nouveaux lecteurs d’aller le découvrir. Une démolition en règle en quelques lignes seulement du capitalisme sauvage qui broie les mêmes, toujours les mêmes, un poème puissant à l’efficacité redoutable. 

 

Nul chemin dans la peau que saignante étreinte’ est paru en 2017 aux éditions Cheyne, il a reçu la même année le Prix de la vocation. Certains professionnels affirment que les livres (bons ou mauvais, le marché en décidera selon eux) ont trois semaines après leur sortie pour survivre : heureusement, il n’en est rien. Celui-ci par exemple n’a rien perdu, au fil des ans, de son charme et de sa force. Découvrez-le : un vrai coup de cœur et une belle porte d’entrée sur la poésie haïtienne. 

 

— ‘Nul chemin dans la peau que saignante étreinte’, Jean D’Amérique, éditions Cheyne — 

 

* découvrez les événements de Loque Urbaine (dont le festival international Transe Poétique)

** portrait de Jean D’Amérique par Guillaume Coadou. Son site 

*** FotoKonbit a pour but d’aider les jeunes photographes haïtiens à mettre leur travail en valeur. N’hésitez pas à visiter leur site  

 

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 'Atelier du silence’ de Jean d’Amérique. À la Nuit, Fureur poétique

 

       « courant théâtre / qu’on liquide marges / pour hisser la Seine en seule actrice / démarche à fonds perdu quand déplace jusqu’au / Bassin Bleu / à sonder pierres autour / on côtoie chutes profondes / dire ça rien encore / plus dures ruissellent d’autres ondes / Méditerranée sans ciment / « pays tiers » rivés au naufrage légal / ou notons / loin du pont d’Avignon que survolent voix et hanches / qu’à Port-au-Prince pour sentir vie / il faut couper ponts entre bouches et Bois-de-Chêne qui somme chant entre corps et déchirure élue danse / méfiez-vous de ces ponts / espoirs couchés dans un cantique décharné / bloc humain coulé bas / l’eau dit-on a coulé sous les ponts / sans doute celle douce / vu couteaux sous aube / Sahara près les veines / pupilles à amplifier rivières / sous les ponts ce qui se passe relève / d’un nom plus tragique que l’absence / d’amants dessus »
        Au Bal des pendus, toujours les mêmes. La ravine serpente dans Port-au-Prince, tueuse patiente, reptile friand de gueux. Les alluvions s’accumulent là-bas comme les échoués des dessous de ponts ici. Invisibles, les deux. Son quota de vies aux prochaines inondations pour l’une, sa foule de rêveurs déçus sans visas ni bouées pour l’autre. Tenez-vous loin de la scène, vous gâchez le paysage ! Une chanson enfantine plus tard et déjà les aménagements possibles ne le sont plus, ni ici ni là-bas : on n’a plus envie; âmes minérales. La déception est grande, sans doute, mais il ne fallait pas suivre les mornes. Vertige : le bassin n’est plus clair, les eaux partout se troublent. Plus assez d’humanité pour lancer de nouveaux ponts : plus de traverses, encore moins de remontées. Entre souvenirs des pays quittés, des promesses trahies ou sous l’effet des pièges de la rue sauvage - qui les avalera tous, tous jusqu’au dernier - les sangs exilés s’échauffent, les pupilles abandonnées se dilatent. Ils n’auront plus à nager, sous les ponts parisiens mais, même sur le bitume couler est possible. Finiront peut-être en alluvions, cris arrachés brefs et ignorés, créoles, français, africains, polonais, syriens mendiants, mappemonde tristesse, magma enfin mélangé, langues inaudibles, chuchotements dérangeants, dépôts inutiles, après avoir pourtant survécu à tant de tempêtes. Sous les ponts beaux, soudain, un vent glacial. Sous les ponts triomphants, là, la poésie riche, complexe et déchirante de Jean d’Amérique. Ville lumière ? Bah ! Ici aussi les yeux se détournent, les marges ennuient : malheur aux claques-pain. Sous les ponts les charognes sentent et les dorures de l’empereur russe, clamsé depuis longtemps, n’y changent rien. Ils ne donnent plus le change, laissent les alexandrins aux poseurs d’en haut. Tous les ponts devraient être renommés Massacre, même le poète-soleil penché par dessus la balustrade, hésitant, a le goût de la boue acier en bouche; même les amoureux ont perdu leurs cadenas. Ils sont accrochés sous les ponts, désormais, ceux-là. C’est la Grâce c’est la Disgrâce, la Disgrâce ou la Hargne

 

 © Josué Azor © Josué Azor

 

« un oiseau ne fait jamais la queue / pour ouvrir le ciel » et Jean d’Amérique ne demande pas tampons pour être autorisé à écrire. Au bal des pendus, certains ont donné. ‘Tampons’, les administratifs que l’époque aime tant pour décider des existences. « passeport invalide / je trace route du sang des règles / entre mes jambes discorde / la déraison coule à flot »
Certains « font des livres / rien que pour tourner la page / ma main au feu ils ne savent / l’adresse d’un seul volcan » Lui a père et rejeton en héritage, l’ouverture se fera en brisant les chaînes (« dans nos archives stèle attentive à l’éternité »), les hommes masqués et les secousses il connaît : le feu ne s’éteindra jamais, il se ravive, même, « animal ténébre », fils du volcan, face à une union mépris, « reliée à la ferme idée d’un bloc » Étonnant d’ailleurs comme souvent dans la poésie et la littérature haïtiennes, les géniteurs sont si absents alors que les dictateurs, eux, imposent si fort leur virilité à coups de matraque. « voici jusqu’à l’os asséchée ma langue et ma bouche bétonnée tel ciseau déchu face à la pierre : de ma pensée-forêt, dévastée, nul fruit à tresser vent. » Pierre / ciseau : gagné, perdu ! Tout était si simple, alors. L’enfance affleure et au détour d’une omelette, la mère. À qui finalement cette merveille de recueil est réellement dédiée. Les villes en fumée (« je défie Ghouta / de pointer une seule herbe fraîche / ou Gaza / ou Alep / toutes ces villes / mariées de force au soir des os / grises sans le vouloir »), les courages embastillés ( GouguederHikmet Erdoğan, Dominique, « on m’a cueilli comme une mouche / avec ce qui fuit des mitraillettes ») mais, pudiquement, récurrent, cantique poétique, rage folle portée par un accent créole fier, prête à se révolter contre toutes les injustices d’une planète fiévreuse : mère disparue.

« mère embrasse la mort / que devient la langue maternelle / certains enfants / la cherchent toute une vie / à l’académie du lait amer »

À la recherche de son pays propre, sentant que tout porteur de mémoire haïtienne qu'il est il doit se détacher, un peu, trébuchant, chancelant, porteur de mille désespoirs globaux, de millions de morsures roquets, Jean d’Amérique avec ce recueil exigeant, bouleversant, énergie se jouant de la syntaxe et du sens pour mieux faire surgir la vérité à vif des pensées, est en passe de le trouver. L’encre est sa demeure et qu’importe les cloches (« quelle insulte les cloches et leur raison / s’en retrouve blessée ma chaussure sans paire / jambe rejetée de toute ligne »), le poète en plein doute nous montre une voie certes intime mais furieusement pertinente, inspirante. Même en ignorant la Saline et l’urgence (la réalité d’Haïti, et c’est faute), une invisible étreinte apparait, tripale, après plusieurs lectures attentives. Lecteur et poète semblent enfin se comprendre, hésitent maintenant entre lever le poing rageur ensemble et s’enlacer fraternellement. 

« touffue / de signes / orphelins / l’image / rumine / transparence / chaque / mot / décèle / un archipel / soluble / dans les / hautes / enfances »

 

— ‘Atelier du Silence’, Jean d’Amérique, Cheyne éditeur —

    (une préface de Jacques Vandenschrick qui nous donne des clés précieuses pour aborder cet ouvrage exigeant) 

    (également : la très très belle approche d'Aminata Aidara dans 'Africultures' : "Au poème de révéler page blanche")

Texte également publié sur le site de poésie d’aujourd’hui ‘Terre à ciel’ 

Le site du talentueux photographe haïtien à l’œil énigmatique et sensuel Josué Azor 

 

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Cathédrale des cochons’, Jean d’Amérique. Sur les corps des enfants, ils riaient

 

 




Une cellule haïtienne. Le poète :

« je connais la phrase qui débute par une larme commune / et celle qui se termine par un poing dans la gueule »

Allez savoir pourquoi ici la lumière des projecteurs se braque du jour au lendemain sur telle autocratie, telle tuerie de masse régionale et l’opinion horrifiée se souvenant qu’elle est porteuse de « l’esprit des Lumières, héritière de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme » (sortez les violons, levez la tête, inspirez fort à la Sarah Bernhardt), s’emballe, proteste, s’extrait de ses querelles picrocholines nombril, interpelle ses dirigeants gestion : « faites quelque chose, mais enfin c’est monstrueux ! » On tweete, hashtague, mentionne et pétitionne, conscience exhumée subito de la naphtaline, frénétiques chevaliers blancs en quête de résilience touche exotique en sus. Les experts se radinent sur les plateaux, s‘embrouillent avec faconde sur les notions d’ingérence, de souveraineté, géopolitique - briefing rapide façon war room sur les forces en présence - « c’est délicat, c’est délicat », les loquaces professionnels se frappent la poitrine, jactent honneur du drapeau. « Il en va de la réputation de la Nation, messieurs-dames ! Nous nous devons de... [intervenir, ne pas intervenir, soutenir, boycotter, cochez, votez, c’est pour un sondage. Ça ne mange pas de pain mais ça maintient l’audimat]. » Le spectateur compte les points en grignotant des chips, good cop / bad cop la partie est bien rodée, les fantômes d’Hussein et de Kadhafi viennent squatter la table, « ah oui c’est vrai, merci le résultat, merci bien, on a vu ! On essaie d’être sympa et ça nous revient comme un boomerang dans la face. » Un petit garçon noyé rejeté sur une plage, trop fragile pour gravir le Mur Méditerranée et de nouveaux flots, lacrymaux désormais; les réseaux bouleversés affichent un minuscule cadavre rigide qui attendait mieux de son unique existence, on a retenu un prénom pas si facile à prononcer, c’est déjà gentil de notre part. Le daron, les oncles & co par contre vous dégagez, y a trop de monde, raus ! Oh ! Les matons libyens et le sultan turc sont priés de remettre un peu d’ordre, l’Union leur filera du flouze en loucedé si besoin (ça coûtera toujours moins cher politiquement que de débattre intégration et moyens concrets) et tant pis si les maîtres-chanteurs s’engraissent, que les refoulés finissent vendus sur un marché, fers aux pieds à l’ancienne, ça rappelle le bon temps : on ne peut pas accueillir tous les pneumatiques du monde, y a des limites. Ils ont pensé à fermer la route terrestre des Balkans, au moins ? La ‘versatilité du sofa’, pourrait-on nommer cela. La schizophrénie guette ? Bah ! Changeons de chaîne. Tiens, ça flambe du côté du Liban. Ça nous occupera quelques semaines. Pourquoi t’as pris vinaigre ? Moi je préfère paprika. Les bruits de bouche de reprendre. 

« et ça ressemble à l’incassable chant des balles / qui luit dans la chair de cette ville / je le sens aussi ce vent atroce / comme une armée d’aiguilles folles dans la nuque / paraît-il ici que toutes les routes mènent au cadavre / sans doute maintenant environné par ce néant j’amorce la mienne / enveloppé par ce vide immense cet orage intraitable / la cathédrale des cochons ne tardera pas / à m’engloutir de ses prières à crocs / revenons à nos chiens enragés / revenons à nos chacals / revenons à nos charognes / revenons à nos cochons féroces »

Les porcs, à Haïti, se vautrent dans les palais nationaux, se déplacent en 4x4 blindés protégés par des cerbères à la gâchette facile, s’accrochent au pouvoir tant celui-ci est rentable et rient à gorge déployée des bons tours qu’ils jouent en toute impunité depuis des décennies. Les milliards vénézuéliens passent de poche en poche dans l’intimité de la porcherie tandis que les ventres crient famine au dehors. PetroCaribe se nomme la partie : quatre Présidents, six gouvernements mouillés et une kyrielle d’intermédiaires qui couinent encore ce jour de satisfaction tant la justice des hommes la joue occupée ailleurs, tant l’international préfère la corruption stable aux révolutions aventureuses. Poussant l'avantage, ils ont décidé maintenant de cuisiner la Constitution, à leur sauce bien entendu, le cochon étant un animal opportuniste. « Que voulez-vous qu’on y fasse ? On ne va tout de même pas envoyer les Casques Bleus ! » Non, ça a déjà été fait treize ans durant, de 2004 à 2017. Ah bon ? Oui, on devait être sur un autre canal, on n’a pas suivi l’affaire, on s’était juste intéressé un temps au tremblement de terre de 2010, c’était émouvant; on peut pas être partout. Ils apportèrent le choléra, les anges casqués, qui décima 10.000 Haïtiens et certains de démolir à leur tour, sans doute grisés par le sentiment d’impunité régnant partout sur l’île, les corps innocents qu’ils étaient supposés sauver (« je connais ce poème fracassé / il naît de cette petite fille aux jambes éreintées / qui saignent à l’insu des règles »

l'auteur Jean D'Amérique © Thomas Freteur l'auteur Jean D'Amérique © Thomas Freteur

« j’ai eu accès au journal de ce matin / toujours pas une silhouette d’espoir dans les colonnes / les soldats étrangers disent-ils ont débarqué hier soir / tous vêtus de leurs étranges casques bleus / c’est peut-être ça qu’ils nous apportent / j’imagine le discours de leur chef avant le départ / le ciel chez vous n’est pas très moderne / nous allons vous envoyer quelques petits bouts / vous verrez / vous verrez dans quelques années vous serez un pays émergent... / tous vêtus de leurs étranges casques bleus / ils sont arrivés dans nos murs / sans doute ils viennent poursuivre leur mission / de mettre des poings sur les îles »

Ils ne viennent pas réclamer la dette française, celle-ci ayant été réglée intérêts et emprunts compris en 1952. Quelle dette ? Ah oui, vous avez beaucoup zappé tantôt. La dette imposée, jamais annulée, par le pays des Droits de l’Homme pour se venger de l’outrecuidance de ce peuple Noir qui le premier arracha son indépendance en 1804. Elle plombera la jeune nation dès son avènement mais, oui vous avez raison, ne parlons pas d’argent c’est extrêmement vulgaire.  


« car j’habite je le sais un pays de silences / ici les gens parlent mais crois-moi il n’y a pas de parole / les mots meurent et les langues brillent à être creuses / c’est un peuple élevé dans la culture du vide / un peuple qui ne creuse pas / une nation de bouches entassées sous la clé des bavures / ici ce n’est pas un champ d’étoiles / mais une terre à églises / une armée de têtes tournées vers le ciel / un ciel boueux tombé de la nuit occidentale / un ciel vieux / vide / moche »

Le poète du fond de sa geôle crasse, entre deux ratonnades par les zélés chiens du régime porcin (« hier la matraque aujourd’hui je ne sais de quoi il s’agira ») devient la voix de tous les poètes embastillés, assassinés, du monde. De son long monologue plein de rage et de douleur la réalité insupportable d’un pays dévoré par sa caste dirigeante (le cochon omnivore et insatiable bouffe même les cadavres et ne s’arrête jamais de lui-même), abandonné par les grandes puissances, ignoré des opinions publiques qui, au mieux, applaudissent la richesse, la créativité de son intelligentsia, exilée ou demeurée malgré les dangers au pays, alors que justement - cynique incompréhension de façade - romans, poèmes, peintures et chants ne sont que hurlements pour attirer l’attention du monde sur l’urgence d’un peuple bafoué. D’un peuple assassiné.

« je connais ces trois jours de juillet à Port-au-Prince / où la colère n’a pas attendu le bus / pour aller au travail dans la rue / ces trois jours de juillet rouge / où la faim s’est suicidée dans les supermarchés / sans demander permission à un portefeuille / la lumière parfois un pain chaud / la violence seule boulangerie / je connais ce vent à peine levé et sitôt triste / qui me conte La Saline et ses cadavres oubliés / à force d’embrasser cette terre je suis capable de puer fort / mes aisselles gagnent l’immortalité des charognes »

Juillet 2018, de grandes marches contre l’augmentation des prix et contre la corruption suite au scandale PetroCaribe obtiennent en guise de réponse quelques mois plus tard, le 13 novembre 2018, une nuit de massacre dans le bidonville de la Saline Un abattoir à ciel ouvert : 71 personnes enfants, femmes, hommes, jeunes, vieux abattues, tuées à la machette, découpées en morceaux puis jetées aux ordures pour que les cochons les dévorent. Cette nuit monstrueuse d’il y a presque exactement deux ans est connue sous le nom de ‘massacre de La Saline’. Tous les observateurs internationaux s’accordent pour désigner le pouvoir en place qui s’appuie désormais sur les gangs, le G9 (regroupement de gangs au service même plus discret des puissants) pour terroriser la population, contrôler votes et désespoir et se maintenir au pouvoir. Comme le dictateur Papa Doc le faisait avec les tontons macoutes,  son fils Baby Doc avec les léopards puis Aristide avec les chimères. 


« ah que de tresses tombées sous la machine de ce régime / macoutisme qui ne dit pas son nom »

« macoutisme qui ne dit pas son nom ». Supplice du père Lebrun (un pneu enflammé passé autour du cou de la victime), têtes séparées, femmes enceintes... : les pires exactions imaginables évidemment ordonnées par le pouvoir porcin en place et, comme vient de le rappeler dans un communiqué le Bureau des Droits Humains en Haïti (BDHH) : toujours aucune poursuite engagée, des dénégations molles du Palais. Et de nouveaux massacres pouvant survenir n’importe quand, à la guise des cochons criminels, puisque l’opinion publique mondiale ne lève même plus sourcil, que les ambassades bredouillent au pire quelques réprimandes légères. Blanc-seing à la terreur, blanc-seing au silence. Blanc-seing à l’ignorance. 

 

'KLASALINE' © toile de Joseph Eddy Pierre réalisée pour le Bureau des Droits Humains en Haïti, photographie de Roberto Stephenson 'KLASALINE' © toile de Joseph Eddy Pierre réalisée pour le Bureau des Droits Humains en Haïti, photographie de Roberto Stephenson


« selon la commission Justice et Paix / deux cent quarante-neuf personnes sont mortes par balle / dans la zone sud de Port-au-Prince / entre janvier et septembre cette année / je répète / deux cent quarante-neuf personnes / deux cent quarante-neuf personnes tuées par balle / entre janvier et septembre / deux cent quarante-neuf cervelles saluées par des canons / et puis j’imagine celles estompées par les déchets / et qui recensées n’ont pu être / celles dont les dépouilles perforées de plomb / ont connu des suites monstrueuses / empêchant tout repérage / cadavres-trophées / cadavres-silences / cadavres-fleurs / cadavres-cendres / cadavres-lanternes / cadavres-mégots / je répète / neuf mois et arraches par des fusils / deux cent quarante-neuf êtres humains / bilan je sais incomplet de la vie de ma ville »

Kidnappings, viols, meurtres (Evelyne Sincère est le nom de la jeune fille récemment assassinée. L’affaire secoue Haïti en ce moment) : chaque habitant est devenu une cible potentielle pour des gangs devenus complices (maîtres ?) d’un pouvoir aux abois. 

 
« la population est mise en garde / contre mes menaces graves et sanglantes osent-ils étiqueter / d’éventrer des lames d’un soleil neuf / ce système qui regorge / de notre sang de nos sueurs et larmes / ils renchérissent même en disant avoir sauvé un gamin / d’intoxication intellectuelle / en lui arrachant un de mes bouquins / énième preuve que ces monstres ne comptent pas arrêter / de planter leur spectre d’injustice / dans les moindres yeux qui veulent s’ouvrir »


Cathédrale des cochons’, qui a déjà reçu le Prix Jean-Jacques Lerrant des Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre 2020 (grande impatience de le voir joué sur les planches) est un monologue poétique déchirant, hurlement de douleur, de rage, sur le fil constant entre le désespoir profond et l’envie d’en découdre, d’en finir avec cette tragédie à huis clos interminable, une plongée sidérante dans la réalité haïtienne qui fige littéralement son lecteur mais aussi devient un appel politique guidé par l’urgence, à destination de l’opinion publique. Une mise en perspective également du combat mondial pour la liberté d’expression et du pouvoir du Verbe (la pièce est dédiée « à Federico García Lorca, Asli Erdoğan, Jacques Stephen Alexis, Tupac Shakur et Nâzim Hikmet, ces accusés de poésie... ») Chaque citoyen est une proie pour les cochons féroces à Haïti. Est-il alors besoin de souligner le courage extraordinaire de Jean d’Amérique (celui de tous les autrices et auteurs haïtiens, d’ailleurs) qui par ses mots puissants défie un pouvoir sanguinaire toujours en place ? Courage, désespoir, rage, talent, combattivité, espoir : les mots reprennent sens. Nous ne pouvons pas ici, après une telle leçon, continuer longtemps encore à jouer aux trois petits singes et aussi à nous traiter avec indécence de ‘dictateur’ les uns les autres à la moindre opposition. Car ce serait cracher sur le véritable sens des mots. Car ce serait nous rendre complices des gorets sanguinaires de la Saline. Des bouchers qui ont ri sur les corps des enfants mutilés et qui, encore loin des poubelles de l’Histoire, ont il y a deux ans jeté aux ordures les restes torturés de l’avenir d’Haïti. L’ignorance ou l’indifférence ont vécu; les voix martyres portées par le poète désormais nous obligent... à faire entendre les nôtres.


« ils peuvent me menotter
ils peuvent me foutre en prison
mais le poème explosera la nuit barbelée »


- ‘Cathédrale des cochons’, de Jean d’Amérique. Pièce de théâtre-monologue poétique publié aux éditions Théâtrales - 

 

• le site de Thomas Freteur (portrait de Jean d’Amérique)  

• grand remerciement au Bureau des Droits Humains en Haïti pour son autorisation d’utiliser la photo prise par le photographe Roberto Stephenson de la toile réalisée par Joseph Eddy Pierre (alias lotkoule) sur le massacre de la Saline : KLASALINE 

 

- 'Soleil à coudre' : Haïti jusqu'à l'os. Bombe littéraire de Jean D'Amérique

 

 © Vanessa Cass © Vanessa Cass


   La ravine Bois-de-Chêne déborde d’alluvions, de déchets jetés inconsciemment depuis les mornes aisés, là-haut, menaçant d’Apocalypse les gueux à la moindre goutte venue du ciel. L’eau courante est un luxe inconnu dans le quartier, il faut gagner les fontaines de la cité de l’Éternel et jouer des coudes, des poings, pour ramener le précieux liquide.

« Tu ne restes pas sale, Tête Fêlée ! La douleur te mange déjà dedans, tu n’as pas besoin de faire sa publicité. Tes tripes, ton sang, ils baignent dans l’ombre. Garde au moins le soleil sur tes lèvres, laisse couler la lumière sur ta peau. Lave-toi, ma fille. Voilà. Me laver malgré tout... J’ai gardé ses paroles, ou plutôt ses paroles m’ont gardée, je ne sais pas. Après tout, l’enfance est une blessure dont on ne peut se laver. »

Autant prévenir le lecteur taciturne : il ne parviendra pas à respecter le silence qui sied habituellement à la plongée concentrée dans les textes avec ce premier roman du poète et dramaturge Jean D’Amérique. Jurons et exclamations solitaires, joues en feu et mains crispées font partie de ce voyage insensé dans les bas-fonds d’Haïti, de cette histoire d’amour impossible entre deux jeunes filles recluses dans le cercle infernal des Caraïbes.    

« La nuit pue l’ennui. Comme un cadavre qui n’a pas encore pris son bain, ça sent le rêve raté. »

Sur les pas de Tête Fêlée, jeune fille coincée dans un bidonville de Port-au-Prince, le lecteur investit la cité de Dieu. L’insalubrité challenge l’insécurité, les exactions des bandes celles de la police. Le professeur d’histoire lubrique évalue de son bureau les changements corporels en cours. Elle s’en fiche de l’école de toute façon, Tête Fêlée, de cette école qui « apprend la morale à la place de la mémoire ». 

« M’instruire ? Je suis bien instruite des dégâts de mon monde, de son allure décadente et de ses ébats obscènes qui traquent le dernier rempart humain. »

 

 © Vanessa Cass © Vanessa Cass



Trop occupée à survivre, à faire l’appât pour le compte de Papa, à tenir en joue cagoule sur la tête les kidnappés.

« Je connais mes falaises, mes quartiers d’ombre. Je ne suis pas la moins nue sous le soleil des armes. Papa m’a beaucoup appris de la démarche du sang, de la valse du fer dans les territoires de la main. De sales boulots, jusqu’ici, j’en ai beaucoup accompli. Sous l’uniforme de l’école, je rends possible des trafics à grand risque. Je livre des calibres pour le compte de Papa. Depuis la rue, je prépare pour lui les bonnes fiches de braquage ou d’enlèvement : le monsieur qui laisse la classe avant l’heure en disant qu’il doit aller tirer un chèque, le garçon pédant qui veut absolument qu’on connaisse le prix de son portable et de ses autres gadgets électroniques, l’enfant qu’on dépose à l’école dans une voiture luxueuse qui ne semble en rien entamer la fortune des parents. Des stupéfiants violent le regard des flics en prenant ma boîte à lunch pour un bateau de livraison. Mes livres couvent des charges dans mon sac à dos. Il m’arrive d’enfiler une cagoule, un 9mm m’allongeant le bras, pour surveiller un otage. Tout un tas de boue que je sais porter sur le front au fil de ma vie. »

 

« Tu seras... Tu seras seule. Tu seras seule dans la grande nuit. »

Papa la lui répète souvent cette phrase, terrible prédiction dont elle ne saisit pas encore le sens. Papa n’est pas son père, celui-ci « selon la légende de la bouche qui donne et de l’oreille qui reçoit » s’est fait sauter le caisson le jour de sa naissance. Le sang en guise de bénédiction. Papa, lieutenant du terrifiant chef de gang Ange du Métal qui tient le quartier est, en plus d’être une zélée recrue du Baron Samedi, le nouveau compagnon de sa mère, Fleur d’Orange. Pute attachante aux seins cathédrale, celle-ci rêve des vitrines d’Amsterdam depuis les effluves des fonds de bouteille. Incapable de gestes tendres envers sa fille, elle côtoie Tête Fêlée plus qu’elle ne l’élève selon le sens donné communément à ce mot mais elles s’aiment à leur façon, déglinguée, lointaine, chacune trop occupée à tenir debout, à éviter le plomb ou les coups de machette.

 

 © Vanessa Cass © Vanessa Cass



« Chère lune,
L’encre est pauvre, ma main bête et le papier inconvenable. L’impossible seul connaît ta route, peut-être. J’essaie de tresser l’azur entre mes doigts pour t’écrire. Dur devient l’horizon à chaque tentative. Et voici que cette lettre à deux ans, l’âge exact de l’angoisse qui m’habite face à la difficulté de t’approcher. Je t’écris avec du retard dans la gorge. Je te parle avec mes oiseaux morts, mes veines blanches et mes soleils arqués : fruits amers des kilomètres jetés entre nos cœurs. J’essaie d’avancer vers toi, espérant voir fondre nos envies dans la même eau. »

Silence, la belle Silence, la fille du professeur prédateur. Tête Fêlée rêve d’elle nuit et jour, de son regard, de son sourire, de leurs « mains liées pour dire l’évidence d’un ciel qui révoque les nuages »; elle se rend à l’école seulement pour la regarder. La distance entre les classes sociales, qui étouffe Ayiti, ne saurait l’éloigner d’elle. « J’ai des roses coincées dans le coeur pour Silence, des papillons au coin des yeux à lui dessiner, je rêve d’avoir la tendresse des fleurs pour m’approcher de sa beauté, j’espère me muer en rosée pour convenir à son aurore. » Cette maudite lettre qu’elle n’arrive pas à lui écrire, depuis deux ans déjà, guide cette fable cruelle, belle comme la mort. Que viendrait faire l’amour dans cet endroit écrasé par le soleil mais envahi d’ombres ? 

 

Une vengeance de rue, bientôt, sera l’étincelle qui achèvera de déstabiliser le quotidien de ces protagonistes pourtant rompus à l’imprévisible, plongeant Tête Fêlée dans des rapides furieux et destructeurs.   

Les mots de la plume montante de la francophonie, également directeur artistique du festival international Transe Poétique de Port-au-Prince, font l’effet d’électrochocs, puissance vertigineuse. Sa poésie irrigue le récit, chacune de ses phrases se révèle à la fois enchantement littéraire qui rapproche le lecteur de la jouissance (le mot n’est pas trop fort car l’écriture de D’Amérique est d’une intensité érotique rare) mais aussi un coup de poignard dans les entrailles, qui laisse à terre. Car derrière l’histoire d’amour de Tête Fêlée et de Silence, derrière les portraits de Divine, du Politicien dont le cul est fabriqué pour toutes les chaises (qui finira chibre en sang contre un lampadaire) : la rage, la nécessité du cri pour l’île oubliée. 

 © Vanessa Cass © Vanessa Cass

 

« Un certain jeune bourgeois se fait arrêter par la police, parce qu’il fume de la marijuana dans sa voiture criant à fond des airs de David Guetta pour signifier aux filles qui l’accompagnent qu’il est cool, ça lui vaut deux jours de garde à vue; après sa libération, son père vient demander qu’on donne la leçon fatale au flic.
 Le propriétaire d’une grande entreprise arrive - il appelle avant, pour prévenir, sinon il risque de se faire mal comprendre par les soldats du chef en déchirant le ventre du village avec sa Toyota dernier cri -, il demande qu’on enlève le fils de son concurrent et qu’on exige une rançon tellement forte que l’homme ne pourra qu’envisager la faillite de son affaire.
 Un candidat aux législatives assez médiocre vient négocier des voix.
 Un gamin veut se procurer un pistolet, un vrai. Allez, c’est gratuit pour les gosses !
 Ministres et directeurs généraux ont toujours des règlements de comptes à venir fixer, quelqu’un à calmer définitivement. Quand les blindés officiels investissent le quartier, faut pas croire qu’ils viennent s’apitoyer sur notre sort. Le président de la République lui-même peut atterrir ici quand il veut s’assurer au mieux du bon déroulement d’un dossier sanglant.
 L’Ange du Métal a ainsi une pluie de visites. Car, à tous les vieux sanglants, il a toujours une réponse. »  

l'auteur Jean D'Amérique © Marie Monfils l'auteur Jean D'Amérique © Marie Monfils

 


Rarement le lecteur aura ressenti à ce point la réalité haïtienne, la littérature se révélant plus efficace que n’importe quel article de presse ou documentaire. Alors que le peuple haïtien résiste actuellement contre la menace dictatoriale et que la France se détourne pudiquement en s’asseyant sans gêne sur sa part de responsabilité, Jean D’Amérique rejoint avec ce magistral ‘Soleil à coudre’ la prestigieuse lignée des Makenzy OrcelYanick LahensGuy Régis Jr.James Noël ou encore Lyonel Trouillot qui savent marier l’exigence littéraire à l’engagement revendiqué, tout en développant son propre style, à la fois lumineux, ravagé et sensuel. Il s’était déjà fait remarquer avec son recueil poétique ‘Atelier du Silence et sa pièce de théâtre ‘Cathédrale des Cochons’ (sur le massacre de La Saline) mais le roman restant roi indétronable en France, gageons que beaucoup ici vont avoir l’occasion de le découvrir et de chanceler pour la première fois à sa lecture. 

 

Portés par le réalisme merveilleux cher à Jacques-Stephen Alexis, des corps torturés s’évaporent sous les yeux de Tête Fêlée qui elle cherche la peau réconfortante de Silence jusque dans une église. Imaginer un horizon dans ce décor de cervelles désaltérant le bitume, de foutre prédateur, au milieu des rires des puissants, serait folie pure. Mais Tête Fêlée et Silence ne sont encore que des enfants : que resterait-il à l’enfance si on lui enlevait jusqu’au droit de rêver ? Le lecteur n’a pas le temps de se sentir voyeur ni de redouter un misérabilisme déplacé tant les mots enivrants, beauté fatale de la syntaxe de D’Amérique, le jettent sans préavis au cœur de ce chaos organisé, au sein de ces existences en sursis pour qui le sexe brut et le déchargement d'un chargeur relèvent de la même pulsion de vie, pour qui l'amour semble n'être condamné qu'à demeurer velléité. Fable ténèbres, témoignage camouflé, poésie crépusculaire ? Un livre événement en tout cas, une bombe littéraire qui vous déchirera l’âme (cette fin...) en même temps qu’elle vous laissera étourdis par la virtuosité de cette langue. 

 

 

— ‘Soleil à coudre’, de Jean D’Amérique, ed. Actes Sud — 

                 dans toutes les bonnes librairies, aux Mots à la Bouche Paris 11 par exemple, qui le recommande déja chaudement

 

 

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- Photographies de Vanessa Cass, basée en Haïti. Son site pour découvrir son très subtil travail 

- Portrait de Jean D’Amérique : Marie Monfils

 

              — voir également ‘Plumes haïtiennes’ & ‘Un oeil sur l’œuvre de...’ --

 

- 'Davertige', de Loque Urbaine : revue haïtienne. Transe poétique, fertiles rencontres

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      Faire ressentir l’essentiel en peu de mots, extraire la sève lyrique, autoriser l’éruption tripale, l’affleurement pudique ou le débordement féroce, l’inconscient décide du rythme et la plume du poète de canaliser le flux : cet art est particulièrement célébré en Haïti (« c’est un pays où l’on doit justifier sa vie en publiant au moins un recueil de poèmes » selon Dany Laferrière).  Le contexte sécuritaire (gangs tout-puissants, ratonnades officielles, kidnappings) sanitaire et politique (appétences dictatoriales du pouvoir en place, tentative de manipulation de la Constitution et des gangs) est dramatique ? Raison supplémentaire pour fêter les poètes sur cette terre de plumes résistantes en ces temps d’indifférence. 

C’est la mission que se donne le festival international de poésie à Port-au-Prince Transe Poétique lancé par Jean D’Amérique et qui a lieu en septembre. Pour garder trace des échanges créatifs nés de ces rencontres et les faire voyager au-delà des frontières, l’association culturelle Loque Urbaine basée en Ayiti a décidé, avec l'aide de la FOKAL, de regrouper les contributions de treize poètes ayant participé aux deux dernières éditions. 

La revue ‘Davertige’ est le résultat brasillant de cette belle ambition.

revue 'Davertige' revue 'Davertige'

James NoëlAdlyne BonhommeMakenzy OrcelPina WoodRicardo BoucherMilady RenoirCoutechève Lavoie AupontLisette LombéEliphen JeanAnnie LuluBonel AugusteHugo Fontaine et Jean-Pierre Siméon y livrent ainsi des textes inédits (une quarantaine) qui sont autant de voix et de visions, de petites pierres apportées - forcément précieuses - au cairn coloré qui trône en couverture.  

Un quatorzième artiste se joint au collectif pimenté, donne même son nom prestigieux à la revue (clin d’œil respectueux) : Davertige, l’intransigeant auteur d’ ‘Idem’ et de ‘Davertige, anthologie secrète’, disparu en 2004. Trois de ses poèmes s’installent en majesté au milieu des pages pigmentées : ‘Pétion-Ville en blanc et noir’, ‘Omabarigore’ et le très actuel ‘Cannibales modernes’.

 

« Les boîtes à putains que l’on ne distingue pas des

   | presbytères

'Rèv libète, rèv lanmò IV' © Tessa Mars 'Rèv libète, rèv lanmò IV' © Tessa Mars

Des places publiques aux coquets promeneurs

Avec nos ombres dans nos yeux tels l’argile et sa 

   | complainte

Nous rions pour nous-mêmes et parlons à chacun 

La radio s’élève avec la voix des mannequins

Qu’est-ce que vous apportez pour moi seul

Gens aux gangs de catalogue à odeur de vin

Vos lèvres sentent encore le rosbif et le jambon 

   | rose

Ô voyageurs à la cervelle de porc

Vous avez tout vu et non tout appris et vice-versa »

 

Depuis les pages cartonnées et colorées, Makenzy Orcel nous dit l’abysse de la mémoire commune, cherche une ‘Clé’ pour ouvrir « ... les serrures de l’ombre   l’impasse des peuples effacés   leur flamme sauvage   aucune clé   même pour tourner la mer disgraciée en dérision »

Coutechève Lavoie Aupont poursuit dans la même veine obscure, en quête de lumière, peut-être, quelque part : « Partout dans le corps   ne me reste   qu’une brèche frêle d’animal inique   Elle maudit notre histoire souillée   nos rancœurs sans papiers prolifèrent   et portant notoires   sans volonté d’avenir   partout dans l’entrebaîllure de l’éther »

« Poétesse, redis-nous avec fierté d’où tu viens !   Redis-nous que tu as grandi à la cité et que personne   ne devrait avoir honte d’avoir grandi à la cité ! » tonne Lisette Lombé dans ‘Redis Poésie !’, antidote en main.

'Nou la' © Tessa Mars 'Nou la' © Tessa Mars

Je dit l’univers, les cœurs ralentissent et les yeux se perdent, « le sel s’est fossilisé   dans notre chant   tas de rouille   deuil de l’éclair » , tentation du désespoir (‘Incisif’, Bonel Auguste). 

Les rues ne désemplissent pas, manifestations d’un peuple exténué mais qui ne lâche rien, « Même les flaques de pluie sont troubles et puantes   Tel un horizon de causes   En multiples raisons de vive praxis   Des gestes barricades    Mégaphones en furie   Gerbe de slogans crus   Banderoles rouges à l’avant-garde   Tous en même temps   Brandissement de poèmes   Journaux muraux   Des grandes résistances   Aperçues dans les rues abreuvées de sang humain » (‘Le Peuple La Poésie La Révolution’, Ricardo Boucher

'A vision of Peace, Harmony and Good intelligence' © Tessa Mars 'A vision of Peace, Harmony and Good intelligence' © Tessa Mars
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« Zodiaque sans chloroforme   Peur aux ventres   Radeau de méduses   Flots froids   Corps non distancié   Ciels vidés de lumière   Où est l’île ? » s’interroge Milady Renoir dans ‘L’Odeur Chimique’, poème dédié au Louise Michel et aux réfugiés fracassés contre le mur Méditerranée. Où est l'humain ?

James Noël, lui, rend hommage à Monferrier Dorval, bâtonnier assassiné le 28 août 2020 à Port-au-Prince, symbole de la déliquescence de l’Etat. Il avait déclaré « Haïti n’est ni dirigée ni administrée. » Il finit abattu. « J’avais démarré la vie immense   En jeune poète sentimental   Je la finirai croque-mort   J’enterrerai toutes mes veuves   Les astres de la terre sont lourds   Quadragénaire je compte   Plus de cadavres que de poèmes »

Comme poussé par le besoin vital de remonter chercher air, Eliphen Jean confie : « mon aube verseuse a l’odeur du café   et la roseur qui me revient   aux pommettes   c’est à l’aube   que mon enfance se remet à chanter   flots naissant d’une mer lucide »

'Praying for the visa Rèv libète, rèv lanmò III' © Tessa Mars 'Praying for the visa Rèv libète, rèv lanmò III' © Tessa Mars

« MON ARMURE A SAIGNÉ   DE LONG EN LARGE   J’ÉTAIS PRINCESSE J’FINIS CHARNIER   QU’VIENNENT PAS M’DIRE D’MÉDITER   POUR ASSÉCHER LA COLÈRE » éructe Pina Wood dans ‘Un ptit bout d’hache dans la tête’ tandis qu’Adlyne Bonhomme s’assoit « sur la mer   Verticale   Automne en main   Je cueille tes sueurs en lianes   Pluies mûres sur les trottoirs » Métissage au fil de la lecture, les caractères se croisent.

 

La sensualité et la quête de l’autre ne sont pas absentes, elles surgissent au contraire comme une urgence au milieu du monde débile, remède hélas non-définitif mais indispensable pourtant à chacun. 

« Il n’y a pas de mort pour les amants qui vont   À la vie comme on va au soleil   Insolents ils renversent la nuit   D’un coup d’épaule » (‘Une théorie de l’Amour’, Jean-Pierre Siméon). 

Annie Lulu, elle, se libère avec la rencontre, découverte du vivre : « j’ai tant appris à répéter que jamais je ne serais libre   renouvelé le prêche garant d’une parfaite conduite   qu’un jour je suis morte à te découvrir   sibilance étouffée sommeil hurleur »

Masturbations (ré)créatives, talons hauts dans la terre, Hugo Fontaine entre deux jeux érotiques observe le vide alentour, expansif : « Voilà un tableau dans lequel le peintre a imaginé le rien pour creuser le futur, voilà ce qu’il a cru voir depuis les satellites, le vide.   Aucune vie possible, alors il peint le flou au milieu des klaxons et des accidents. » ('Conquérir l'autre côté sans attendre la bénédiction des couleurs')

'La faune et la flore III' © Tessa Mars 'La faune et la flore III' © Tessa Mars

Bribes éclairs du contenu trésor de ce premier numéro de ‘Davertige’ aux allures faussement modestes (sa publication sera bi-annuelle) qui laissent entrevoir les énergies qui se déploient, s’entrechoquent, se nourrissent mutuellement, émulation enchanteresse. Si la générosité et l’implication des poètes intervenants est évidente, la réalisation de cette revue délicieusement hybride a été rendue possible grâce au dynamisme de l’équipe porteuse du projet : Jean D’AmériqueMarie Monfils et Jean Gesner Dorval, ainsi que Camille Nicolle et Chloé Vargoz pour le travail graphique.

Pour les lecteurs port-au-princiens, une soirée de lancement est organisée ce mercredi 31 mars à l’Institut Français en Haïti à 17h (entrée libre). Certains des contributeurs seront présents, lectures et échanges seront donc au programme. La revue y sera, bien entendu, disponible.

Quant à ceux qui n’auront pas le temps de sauter dans un avion pour Haïti masque sous le bras et test pcr en main, la revue passe-frontières se commande directement sur le site de Loque Urbaine, reconverti pour l’occasion - en un sens - en agence de voyage très haut de gamme. 

 

—- ‘Davertige’, revue de poésie, premier numéro —- 

 

- voir également 'Davertige', nouvelle revue lancée par Loque Urbaine' sur AyiboPost, média haïtien engagé et dynamique & 'Plumes Haïtiennes'

* illustrations du billet : voir l’époustouflant travail de Tessa Mars sur son site 

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                                                         - Deci-Delà 

 

 

                                   

* également sur : —- Deci-Delà —- & ‘Un Oeil sur l’oeuvre de...’ 

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