Bilans de 1968 quarante ans plus tard

N°100 de ma série "1968". Après les bilans à chaud, à 10, 20 et 30 ans, voici les bilans à 40 ans. Prochain article: "Bilans de 1968 cinquante ans plus tard".

BILAN de 1968 QUARANTE ANS PLUS TARD

Gauche révolutionnaire

Daniel Bensaid Meeting LCR Mutualité 2008

Intervention de Daniel Bensaïd © NPA

Daniel Bensaid: 

- La Haine de 68

- Mai 68 : 40 ans, ça se fête

- La Mai Pride ou le retour du spectre

Exposé en trois vidéo: « Mai 68 » pendant la conférence nationale des jeunes pour un nouveau parti anticapitaliste, 2010

Daniel Bensaid sur mai 68… (1ère partie)

Daniel Bensaid sur mai 68....(2ème partie)

Daniel Bensaid sur mai 68....(3ème partie)

Gustave Massiah: Mai 68 dans le monde. Une déferlante commune au-delà des spécificités nationales, 2008

Lutte Ouvrière: Mai 68- De la généralisation de la grève au " protocole " de Grenelle, 2008

Lutte Ouvrière: Sarkozy et les démons de Mai 68: démagogie et délire verbal, 2007

Alternative Libertaire: Dossier 68 : 1968, révolution manquée ?

Charles-André Udry: 1968-1988: Mai 68, après tout…

Ludivine Bantigny: Une jeunesse rédemptrice. Interprétations et usages politiques de la contestation (autour de mai-juin 1968

Michel Husson Anti-capitalisme 68 

Extrait: « Durant sa campagne, Nicolas Sarkozy est allé jusqu’à affirmer que « le culte de l’argent roi, du profit à court terme, de la spéculation, comment les dérives du capitalisme financier ont été portées par les valeurs de mai 68 ». Ces énormités confirment que « plus un mensonge est gros, et plus les gens y croient », et révèlent une haine profonde inscrite de manière quasi-génétique au plus profond de l’inconscient bourgeois. Mais elles ne peuvent se déployer que si l’on oublie que Mai 68 a été la plus grande grève ouvrière dans l’histoire de la France et qu’elle était porteuse d’une volonté de transformation sociale qui ne se limitait pas à une « révolution des moeurs ». Aujourd’hui, la réalité du capitalisme est lourde d’une critique des fondements mêmes de ce système. Le chemin sera sans doute long, mais les mouvements à venir ne manqueront pas de retrouver et actualiser les utopies concrètes de Mai 68. »

Daniel Bensaid: Retour sur la radicalisation de 1968

Extrait: « Les conquêtes à proprement parler sont très modestes par rapport à la force du mouvement. La grève de 1936 a permis d’obtenir les congés payés, à la Libération est née la Sécurité sociale. La grève de 1968 s’est conclue par un relèvement des salaires et plus de garanties pour les délégués syndicaux (reconnaissance, sécurité). Cela n’est pas négligeable, mais c’est en deçà de ce qu’on pouvait attendre. Fin mai, la question du pouvoir se posait. Mais le Parti socialiste et le PCF freinaient. Lorsque Séguy (secrétaire général de la CGT à l’époque, NDLR) a exposé les résultats des négociations, elles ont été rejetées par les ouvriers, mais le compromis a fini par être accepté.

On met alors sur le compte de Mai 68 beaucoup de réformes « sociétales », comme les acquis du mouvement féministe. En fait, ce sont plutôt des conséquences de l’onde de choc de 1968. La série de modernisations a quelque chose à voir, mais elle a aussi existé dans d’autres pays européens. Mai 68 n’a été qu’un accélérateur. »

 Jean-François Cabral et Charles Paz: La grève générale Mai-Juin en France

Pierre Zarka (PCF) et Daniel Bensaid (LCR):Debat Mai 68 dans l’Huma

Christian PICQUET et Rafael DUFFLEAUX: La « gauche plurielle » et Mai 68 

Extrait: « Il n’est pas si aisé, pour le PCF et sa direction présente, de reconnaître avec Séguy que « on a raté un rendez-vous de l’histoire ». À preuve, aucun des responsables actuels ne s’exprime sur les leçons à tirer pour aujourd’hui de la plus grande grève générale de notre histoire. Si l’on admet généralement l’outrance des attaques dont l’extrême gauche fit l’objet, on se garde bien de revenir sur le rôle qu’elle fut amenée à jouer. Et, même lorsqu’ils seront entrés en dissidence voilà bien des années, les dirigeants d’hier peinent à s’extraire de leur mauvaise conscience. Tel Pierre Juquin, chargé de l’intervention communiste dans la jeunesse en 1968, qui avoue tout à trac : « Je me demande encore si nous n’avons pas évité une aventure sanglante. La bourgeoisie française peut être très cruelle. »

Film documentaire NPA: « Mai 68 : une histoire sans fin », 2008

Michel Lequenne: Mai 68, les trotskistes, la lutte de classe, la vie...(Critique Communiste spécial Mai 68 n°186, avril 2008)

Groupe Pouvoir Ouvrier: Mai 1968 : tout était possible ! 

Extrait: « Il fallait avancer des mots d’ordres transitoires, capables de renforcer le mouvement pour le contrôle ouvrier dans les entreprises, et appeler à un gouvernement ouvrier, de façon à démasquer le refus des dirigeants réformistes de prendre le pouvoir. Il fallait plus que de simples dénonciations pour briser l’emprise du réformisme sur la masse des travailleurs. De plus, il aurait fallu élargir le mouvement à d’autres couches de la population, notamment aux paysans et aux appelés du contingent. Malheureusement, l’appel du 15ème régiment d’infanterie mécanisée de Mützig à la création de comités dans l’armée et qui proclamait que les soldats ne tireraient pas sur les grévistes fut unique en son genre. Une telle orientation, loin d’être impossible, aurait mobilisé la masse des travailleurs, leur fournissant les moyens politiques et organisationnels de rompre avec leur dirigeants réformistes. »

Pierre Rousset : Marxisme(s), révolutions et tiers monde : réflexions sur les expériences d’Asie orientale - Un cheminement la génération militante du Mai 68 français, 2006

Olivier Besancenot et Alain Krivine (Vivement Dimanche, 2012) https://www.youtube.com/watch?v=KrEzPWOnAKw

Francis Sitel: Mai 68: pourquoi tant de haine ?

Extrait: Le Parti communiste se trouvait donc comme jamais au cours de son histoire confronté à deux acteurs impromptus au regard de sa vision du monde : l’un, gigantesque, qui était la classe mobilisée, l’autre, vibrionnant et vindicatif : le mouvement étudiant et les organisations d’extrême gauche agissant en son sein (les dits « groupuscules »). 

D’où, de sa part, une politique pratique d’intervention brutale pour faire entrer dans son lit le fleuve débordant. Le Parti communiste l’assuma jusqu’à se déconsidérer définitivement aux yeux des secteurs les plus politisés, ce qui allait permettre qu’il se trouve définitivement confronté à une extrême gauche irréductible. Et, d’autre part, il s’appuya sur la CGT pour réaliser le travail consistant à retranscrire en exigences revendicatives les aspirations des travailleurs. Ce afin d’engager une négociation avec le patronat et le

gouvernement permettant d’arracher des concessions substantielles,

elles-mêmes censées créer un rapport de forces nouveau entre les classes, sur la base duquel il deviendrait crédible de promettre de grands changements... à venir ultérieurement. 

Kristin Ross: Mai 68, la mémoire et l’oubli (Monde Diplo, 2008)

Extrait:

« La plupart des bouleversements de la vie quotidienne figurant sous la rubrique « Conséquences culturelles de Mai » se sont produits de manière comparable dans tous les pays occidentaux soumis à une accélération de la modernisation capitaliste, qu’ils aient ou non connu leur Mai 68 (3).

Et si une expression aussi vague qu’« effets culturels » était comparable à ce qu’on nomme, dans les pays anglo-saxons, « contre-culture » ? Contrairement aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne, qui ont connu au cours des années 1960 et 1970 des développements contre-culturels aussi florissants qu’inventifs, dans le domaine musical en particulier, la France d’après 1968 n’a fait que les importer. En Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, ainsi que l’a souligné Peter Dews, il était tout à fait concevable que l’accès à la culture politique se fasse par la porte dérobée de la contre-culture ; en France et en Italie, en revanche, la « contre-culture » des années 1970 n’était le plus souvent que le reliquat d’un militantisme politique bien plus radical que celui qui avait vu le jour aux Etats-Unis (4). Bien entendu, les événements de 68, au même titre que la philosophie et, de manière générale, les sciences humaines, ont une large part de responsabilité dans l’avènement en France, au cours des années 1970, d’une période d’invention et de créativité sans précédent. Dans les années qui suivirent 1968, il ne semblait pas y avoir de limites aux projets et aux entreprises de propagation des idées ; de nombreux journaux et formules éditoriales virent le jour. Tous avaient comme souci commun de prolonger les événements, ou d’orienter l’action politique dans cette direction. Dans le chapitre « Formes et pratiques », j’illustre ce point à partir de plusieurs exemples, notamment de revues qui ont soudainement germé dans le champ de l’historiographie.

Ces revues s’inscrivent dans un cadre plus large, dont on peut saisir l’étendue grâce à l’inventaire effectué par Françoise Proust, trop long à citer ici de manière exhaustive. Parmi quelques exemples d’innovations éditoriales, citons la création de 10/18 (1968), Lattès (1968), Champ libre (1968), « Points » Seuil (1970), Galilée (1971), « Folio » Gallimard (1972), les Editions des Femmes (1974), Actes Sud (1978) et, dans le domaine des revues culturelles, la création de Change (1968), L’Autre Scène (1969), Nouvelle revue de psychanalyse (1970), Actuel (1970), Tel Quel (1972), Afrique-Asie (1972), Actes de la recherche en sciences sociales (1975), Révoltes logiques (1975) et Hérodote (1976). Enfin, dans la presse, Hara-Kiri Hebdo (1969), L’Idiot international (1969), Tout (1970), Libération (1973) et Le Gai Pied (1979) font leur apparition. Selon Proust, l’affirmation d’une pensée novatrice ne peut manquer de susciter une réaction. C’est ainsi que la période 1976-1978, qui coïncide avec les débuts de la médiatisation d’un nouveau genre d’intellectuels, les Nouveaux Philosophes, marque le commencement de la fin de cette effervescence créative issue de Mai 68 (5). »

Lilian Mathieu: De 68 à RESF (Réseau Education Sans Frontieres), ou les soixante-huitards n’ont rien renié

Isaac Joshua: Quarante ans après, quelques réflexions sur le soulèvement de Mai 68 

Christophe Schimmel: 40 ans après Mai 68 Parcours d’un mao 

René Mouriaux: Enterrer mai 68, occulter la grève

Daniel Palvadeau dans entretien avec Jacques Willemont dans le cadre du tournage du film « L’autre mai, Nantes, mai 68 »: https://vimeo.com/175568433

Xavier Vigna: L’insubordination ouvrière dans les années 1968. Essai d’histoire politique des usines. Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2007, 378 pages. « Histoire ». 

Kristin Ross : Mai 68 et ses vies ultérieures. Bruxelles, Complexe / Le Monde diplomatique, 2005, 250 pages. « Questions à l’Histoire ».

Gauche réformiste

Paul Boccara : Le PCF en mai-juin 68 et après 

Raoul-Marc Jennar: MAI 68, quelques rappels

Extrait: « En résumé, Mai 68 fut une exigence d’émancipation. Émancipation culturelle contre une société qui offrait comme seul projet de consommer toujours plus. Émancipation pédagogique contre une université pétrifiée dans des méthodes surannées dominées par une mentalité hiérarchique. Émancipation sociale contre un système économique perpétuant l’exploitation et qui refusait un partage plus équitable de la richesse produite. Émancipation morale contre une société marquée par les tabous religieux en particulier en ce qui concerne l’autonomie de la femme et les rapports sexuels. Émancipation démocratique contre une Ve République qui imposait les institutions les moins démocratiques de toute l’Europe démocratique d’alors.

Mais parce que bon nombre des directeurs de conscience que nous imposent aujourd’hui les médias et leurs commanditaires sont d’anciens de Mai 68, ces « philosophes » médiatiques qui ont tout renié, et que le reniement, au nom de la modernité, est érigé de nos jours en performance morale, parce qu’il ne convient pas que soit fournie une présentation positive d’un moment historique d’émancipation, le complexe politico-médiatique est mobilisé pour discréditer Mai 68.

C’est parce que Mai 68 entretient dans l’inconscient collectif - en France, mais aussi hors de France - la force transformatrice de l’héritage des Lumières et les évènements qu’elle a engendrés (1789, 1848, 1870) que les néoconservateurs s’emploient à en salir le souvenir. »

Patrick Boissel: Le fantôme de Raymond Marcelin

Gérard Filoche: Mai 68, histoire sans fin. Liquider Mai 68 ? Même pas en rêve

Michel Onfray: Achevons Mai 68

Droite

Trois discours de Sarko et un de Raffarin

Extrait (Sarko): « Le mot « morale » ne me fait pas peur. La morale, après mai 68, on ne pouvait plus en parler. C’était un mot qui avait disparu du vocabulaire politique. Pour la première fois depuis des décennies, la morale a été au cœur d’une campagne présidentielle.

Mai 68 nous avait imposé le relativisme intellectuel et moral. Les héritiers de mai 68 avaient imposé l’idée que tout se valait, qu’il n’y avait aucune différence entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid. Ils avaient cherché à faire croire que l’élève valait le maître, qu’il ne fallait pas mettre de note pour ne pas traumatiser les mauvais élèves, qu’il ne fallait pas de classement.

Ils avaient cherché à faire croire que la victime comptait moins que le délinquant.

Ils avaient cherché à faire croire qu’il ne pouvait exister aucune hiérarchie de valeurs.

Ils avaient proclamé que tout était permis, que l’autorité c’était fini, que la politesse c’était fini, que le respect c’était fini, qu’il n’y avait plus rien de grand, plus rien de sacré, plus rien d’admirable, plus de règle, plus de norme, plus d’interdit.

Souvenez-vous du slogan de mai 68 sur les murs de la Sorbonne : « Vivre sans contrainte et jouir sans entrave. »

Réactions aux propos de Nicolas Sarkozy sur Mai 1968

Le remix avec le pourfendeur de Mai 68, Sarkozy

Sarkozy G8 - Remix Coluche - (Gerard !!) © ttattahaga

Autres 

Colloque MAI 68 en quarantaine: Video Bilan des grèves, 2008

Boris Gobille : Exploitation, aliénation et division sociale du travail dans le mouvement critique de mai-juin 1968 en France, 2015

René Mouriaux: Travail et syndicalisme en 68

Extrait: « Mai 68 est l’enfant de l’accord du 10 janvier 1966. De la scission de 1947-1948 jusqu’à 1966, le mouvement ouvrier français est profondément divisé. Sur le plan politique — socialistes/communistes, et extrême-gauche avec la montée du PSU —, et sur le plan syndical avec la triple partition FO-CGT-CFTC. Nous avons un mouvement ouvrier désarticulé et sur la défensive. Certes, on met en avant la grande grève du mois d’août 1953, et la grève des mineurs de 1963, mais ces deux mouvements sont défensifs. L’accord de 1966, c’est une rupture. Avant, la CGT faisait de FO l’interlocuteur. A présent, la CFDT apparaissant comme capable de drainer des forces nouvelles et d’apporter quelque chose, on se tourne vers elle. Il s’agit d’un changement culturel et stratégique tout à fait important. »

Jérôme Fourquet, IFOP : « 1968, Révolte de la jeunesse étudiante parisienne mobilisée pour une société plus libérale ? 

Emmanuelle Loyer: Mai 68 et l’histoire : 40 ans après

Boris Gobille: Mai 68

Julie Pagis: Mai 68. Un pavé dans leur histoire, Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Sociétés en mouvement », 2014

Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti (dir.): Mai-Juin 68, Éditions de l'Atelier, 2008, 445 p.

Philippe Artières, Michelle Zancarini-Fournel:Une histoire collective, 1962-1981

Jean-François Sirinelli: Le moment 1968, un objet pour la World History ?

Claire Babin: Les interprétations des événements de mai-juin 1968 dans la presse ...

M. Sideman: The imaginary revolution. Parisian Students and Workers in 1968 , Berghan Books, New York, 2004

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50 ans plus tard....

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Ma série « 1968 »

  • Première partie « Mise en jambes »: 37 articles à consulter ici
  • Deuxième partie couvrant Mai et Juin, « La plus grande grève générale en France ». 42 articles déjà parus à consulter ici
  • Troisième partie, « Bilans et secousses », qui comptera des dizaines d’articles d’ici la fin de l’année. Déjà publiés: 
  1. Mai 68: une situation révolutionnaire ?
  2. Bilan et leçons de la grève générale de 68
  3. Lettre d'un enfant de 1968 à un jeune de 2018
  4. Un bilan de 68 par Ludivine Bantigny et Alain Krivine
  5. La deuxième vague féministe, fille légitime de 68 
  6. 18 Juillet 68: les CRS chargent les festivaliers d’Avignon
  7. 1968, année de l'autogestion ?
  8. Une féministe révolutionnaire ouvrière chez Renault Flins- vidéo
  9. 28 juillet 68: Mao dissout les « Gardes Rouges »
  10. 1968: toute une jeunesse transformée
  11. Le contexte international de 68
  12. Mieux soixante-huitard que jamais 
  13. 1968: Bilans à chaud
  14. 11 Août 68: Opération Teresita à Santiago du Chili
  15. 1968: Bilans 10 ans plus tard
  16. 1968: Bilans 20 ans plus tard 
  17. 1968 : Bilans 30 ans plus tard
  18. 21 Août 68: une armada stalinienne fond sur le peuple tchécoslovaque
  19. Un Mai 68 écolo ?

Bonne lecture. Merci pour vos commentaires. Merci aussi de partager.  

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