Syndicaliste, Paul Devin a été inspecteur de l'Education nationale et secrétaire général du SNPI-FSU. Il est actuellement le président de l'Institut de Recherches de la FSU
Paris - France
Le débat parlementaire sur la loi Blanquer a retrouvé les accents des vieilles recettes populistes du « retour à l’ordre » qui ne se préoccupent nullement de la démocratisation de la réussite de ses élèves mais s’entêtent dans une reprise en main idéologique, autoritaire et réactionnaire
Un amendement à la loi Blanquer a été adopté qui prévoit la création d’"établissements publics des savoirs fondamentaux" regroupant les classes de la petite section de maternelle jusqu’à la fin du collège. Cet amendement agit comme un cheval de Troie en insérant, in extremis, dans la loi, le principe des écoles du socle.
Au-delà des annonces sur les effets des CP dédoublés, les prochaines évaluations internationales pourraient apporter une triste déception aux enthousiasmes actuels et nous rappeler à nouveau que les changements en profondeur ne peuvent être portés que par une politique véritablement ambitieuse de formation initiale et continue.
Il est plus que jamais nécessaire d’aider les agents à garantir leurs droits car ceux qui affirment que l’existence de l’obligation de réserve suffirait à justifier toute contrainte hiérarchique réduisant le droit d’opinion des fonctionnaires commettent un abus de pouvoir.
Une vision dialectique des droits et des obligations du fonctionnaire est une garantie démocratique. Dans l'éducation, elle protège les élèves d’une volonté politique ou idéologique qui instrumentaliserait l’école.
C’est pour cela que l'obligation de réserve ne doit jamais confondre la retenue et le silence.
Les discours gouvernementaux, même les plus habiles, ne parviendront pas à convaincre qu’on puisse améliorer le service public d’éducation en recourant davantage aux contractuels précaires et non formés !
La lecture tendancieuse faite par une large partie de la presse du rapport de la Cour des Comptes conduit à un jugement de l'inutilité de l'éducation prioritaire, jugement qui n'est pas prononcé comme tel par le rapport en question. Comme si la doxa ambiante se mettait à pousser le ministre vers une politique encore plus marquée par la réduction des coûts de l'action publique !
Un projet de loi s’apprête à offrir un financement public aux écoles maternelles privées. On peut douter que cela produise les conditions d’une meilleure démocratisation de la réussite scolaire et ce particulièrement pour les enfants des familles populaires !
Aucun texte réglementaire ne vient légitimer un refus municipal de scolarisation. Au contraire, les textes demandent à ce que les élèves soient admis dans l'attente de la régularisation de leur inscription.
La période Darcos n’a manifestement pas servi de leçon : les ingrédients qui avaient conduit à la faillite de l’usage pédagogique des évaluations sont à nouveau présents. Difficile de penser dans ces conditions que les évaluations puissent être investies dans ce qui devrait être leur finalité majeure : l’égalité de réussite des élèves !