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Le Club de Mediapart ven. 30 sept. 2016 30/9/2016 Édition de la mi-journée
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Archaïsme et libéralisme économique

Pierre MASCOMERE

Actuaire Statisticien
À propos du blog
Traiter d'archaïques leurs opposants est une constante chez les partisans du libéralisme économique. Elément de communication électorale certes mais pas seulement. En effet, nombre de libéraux et néo libéraux le pensent effectivement, faute d'avoir réfléchi à la question. Et pourtant, non seulement ils proposent et mettent en œuvre des thèses totalement dépassées mais encore ils veulent revenir au 19° siècle pour les conditions de travail. Vous avez dit archaïques ? Le libre échange qu'ils prônent en permanence est, à cet égard, un excellent exemple. L'agitation actuelle étrange et bien suspecte (1) du gouvernement français sur le Traité Transatlantique, contraste avec l'attitude passée de non communication sur ce sujet. Cette agitation et les commentaires que cette agitation suscite à la Commission de Bruxelles, dans les autres pays de l'UE et dans les médias (2), met bien en lumière la volonté de libre échange des partisans du libéralisme économique. Il faut se rappeler que le libre échange est une théorie du..... 18° siècle ! A l'époque, entre deux produits de deux pays du Monde, jouaient surtout une différence dans le climat de ces pays et un décalage des techniques. Aujourd'hui, c'est une masse de produits largement standardisés qui circule. Que ces produits soient faits en Chine par exemple ou en France, la différence porte essentiellement sur le « coût » du travail dans chacun des pays et les normes de pollutions respectives à respecter. A part ces produits standardisés, restent bien sur les échanges concernant des produits qui requièrent un savoir faire spécifique ou une invention. Les libéraux et néo libéraux sont très désireux du libre échange le plus élargi possible. C'est en effet le moyen de trouver sans contrainte, des lieux de production où le travail est moins « coûteux » et où on peut produire avec des normes de pollution réduites. Il est ainsi possible -et toute l'actualité le démontre- de peser sur les conditions de travail et les normes. C'est pour cela que les libéraux et néo libéraux au pouvoir négocient sans relâche des traités dits commerciaux, souvent d'ailleurs, au nom de peuples qui ne leur ont même pas donné mandat à ce sujet. En plus de la tendance à l'alignement vers le « bas » des coûts du travail et des normes, les multi nationales à l’œuvre jouent d'abord sur ces différences pour écouler vers les pays « hauts » leurs production réalisée dans les pays « bas ». Pour maintenir le plus longtemps possible ces différences, ces multinationales n'hésitent pas à mettre les pays « bas » en concurrence entre eux. Bien souvent, elles interviennent sans vergogne dans les affaires intérieures de ces pays. A moins que ce soient directement les Pays dont elles relèvent qui le fassent pour maintenir « leurs intérêts », voile pudique pour dire les intérêts de ces multinationales (3). Pour une part au moins cela conduit à une désindustrialisation des pays « hauts » et réduit les pays « bas » à un rôle de fournisseurs de matière première. Les travailleurs des pays « bas » sont exploités au profit des des pays « hauts » (d'abord au profit des multinationales concernées d'ailleurs) alors même qu'il faudrait développer en priorité le marché intérieur de ces pays « bas ». Mais cela provoquerait une élévation trop rapide des « coûts » dans ces pays malvenue sans doute pour les multinationales concernées. Pourtant chaque pays devrait s'efforcer d'atteindre sa souveraineté alimentaire et industrielle. Produire à un bout de la planète et consommer à l'autre des produits standardisés entraîne, en plus d'une pollution supplémentaire, une activité de transport inutile et sans valeur ajoutée pour l'intérêt général. Même à l'intérieur d'un pays, à l'heure actuelle, la tendance va vers une consommation de ce que l'on produit localement. Certes libéraux et néo libéraux, à toute atteinte au libre échange tel qu'ils l'envisagent, crieront à la fermeture des frontières. Et il est vrai qu'un pays qui se priverait des inventions et innovations des autres pays serait vite sur le déclin. Mais cela n'a rien à voir avec les coûts salariaux et les normes. Bien sûr un pays qui achètera des biens innovants -supposons des avions par exemple..- demandera en contrepartie qu'une part de la production, la plus large possible, soit réalisée dans le pays même et que des produits soient achetés en échange dans le pays. Cette démarche est parfaitement logique. Tout Traité commercial devra prévoir, à coté de la mise à égalité des coûts et normes -travail et pollution-, le cas des produits avec innovation ou invention et les termes de l'échange. Il s'agira de Traité commercial et de coopération -l'intérêt des travailleurs de chaque pays devant être pris en compte- et non de Traité, comme le projet Transatlantique actuel, marquant la supériorité, l' hégémonie des multinationales. Rappelons que B. Obama, à propos de la signature du dernier Traité États Unis / Pacifique a pu indiqué sans vergogne: cela marque «  le leadership » des États Unis ! Non seulement ce sont bien les libéraux et néo libéraux qui sont archaïques, mais leur politique de libre échange sans règle ne vise qu'à favoriser les multinationales au détriment des populations des différents pays. (1) Après des années de secret sur la négociation de ce Traité, le gouvernement français demanderait un arrêt des négociations, maintenant que ce Traité est mis en lumière, et contrairement à sa position passée. Pour autant il se prononcerait en faveur de la ratification du Traité Canada/Union Européenne ! Pendant la campagne des primaires aux EU, Clinton, Sanders et Trump ont largement critiqué ces Traités pour leurs conséquences néfastes vis à vis des populations... (2)par exemple les réactions du Monde, notamment celle du 2 septembre 2016 (3)Sans revenir sur la multinationale United Fruit et le Guatemala,on peut relever la très vive réaction des États Unis quant à l'amende infligée à Apple par la commission de Bruxelles et l'Irlande.