Mots repoussoirs: (néo)libéralisme

Ce concept lourd de notre pêche aux mots biaisés ne se laisse pas facilement hisser à bord et prétendre l'analyser en quelques lignes est une gageure. Si son signifié fait en général consensus, sa perception subjective est fortement liée à l'appartenance politique et à la weltanschauung du locuteur.

Résurgence d'une idéologie ayant fait sa mue comme le néocolonialisme, le néoclassicisme ou le néoréalisme , le néolibéralisme est l'adaptation des idées libérales autrefois progressistes à un environnement nouveau qu'elles ont pourtant largement façonné. Rarement connoté positivement, l'emploi de ce terme n'est cependant pas évité comme d'autres mots repoussoirs et il peut même au contraire en être abusé lorsqu’il se convertit en fourre-tout se confondant avec le capitalisme duquel pourtant il diffère puisque celui-ci désigne un système rigoureusement défini autour de la possession et de la finalité des moyens de production. L'effet repoussoir dans ce cas repose sur le rejet que peuvent inspirer aussi bien le libéralisme précurseur que sa fille le néolibéralisme.



Le libéralisme qui vise l'épanouissement de l'individu ne fait pas bon ménage avec les contraintes, en particulier celles qu'impose la vie collective policée et normée que régentent les Etats: dans sa version extrême du libertarianisme, il s’accommoderait fort bien de leur disparition. Ancré á droite autour du rejet du pouvoir fédéral aux Etats Unis et du laissez-faire de l'école de Chicago, il transcende cependant les sensibilités politiques lorsqu'il se contente simplement de défendre les libertés, irriguant aussi la gauche dont le courant libertaire peine à concilier l'idéal d'une harmonie communautaire avec les aspirations individuelles légitimes. Mais à gauche on se défend d’être libéral contrairement à la droite où seul le néolibéralisme est parfois dans le collimateur, le libéralisme bourgeois de notre révolution ayant bonne presse. On peut même approuver du bout des lèvres certaines contraintes comme la censure á Cuba ou au Venezuela voire les limitations imposées par les religions.

 


Mais c'est surtout le domaine économique qui est concerné par ces concepts et s'y référer devient incontournable lorsque l'on prétend contextualiser une problématique: le système étant néolibéral et omniprésent, il s'impose de lui-même comme toile de fond. Sont-ils nombreux ceux pour qui tout baigne et qui l'approuvent ? Probablement pas, mais on s'en accommode souvent faute de pouvoir le renverser car seule une révolution en viendrait á bout ce qui est synonyme de grands bouleversements et d' effusions de sang que personne ne souhaite au fond vraiment. Maudire le néolibéralisme reviendrait finalement à ce que reprochent ses adeptes: une posture.



Malgré tout, les graves déséquilibres engendrés par la spéculation financière, les délocalisations et le pillage des multinationales font tellement de victimes qu’à défaut de révolution ce sont les révoltes individuelles qui se généralisent et se fédèrent. Le venin du discours dominant distillé par les puissants de ce monde se heurte de plus en plus au libertarisme freak, hacker et geek ainsi qu'aux lanceurs d'alerte. Les déboires de J Assange et de E Snowden, les plus célèbres, démontrent la pertinence de leur démarche à la lumière des persécutions dont ils font l'objet et il convient de ne pas oublier la contribution de médias comme the Guardian ou Mediapart dans l'effort de compenser les effets délétères de l'emprise oligarque.



On en est réduit á vivre avec cette expression comme on vit dans le système qu'elle décrit: dans un rapport d'attraction-répulsion. Même si l'attraction reste faible et est le plus souvent niée, elle subsiste dans le consumérisme refoulé, l'adaptation inconsciente et le réflexe conservateur qui sommeillent en nous.

 

 

 

Mots repoussoirs analysés: relativismenorme ; tolérance progrés juger cosmopolitisme

Mots-dards analysés: droitdelhommisme ; communautarisme ;  bisounours ; bien-pensant ;bobos ; obscurantisme 

 

 

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