Mots repoussoirs: socialisme

Le socialisme, ce vieux violon fêlé qui n'en finit pas de rendre des sons discordants après avoir été dénaturé par Staline et Bernstein là-bas et par Mitterrand et Hollande ici, renvoie à une vision du monde en voie d'obsolescence et s'y référer devient de plus en plus délicat.

Or le social reste bien la préoccupation principale dans toute élaboration de projet de futur (et non d'avenir qui ne vient jamais sauf en novlangue de bois): réduction des inégalités, solidarité dans le cadre de l'Etat providence mal en point, justice salariale et plein emploi, lutte contre l'austérité pour les plus démunis et pas pour les grands patrons: la racine -social- est une souche indéracinable car elle est entrelacée aussi avec la démocratie, le christianisme ou le libéralisme. S'en détourner en le reniant au prétexte qu'il a été traîné dans la boue de la social-démocratie vous livre à la suspicion d’opportunisme politicard: vous êtes marqué au fer rouge après votre séjour dans le bercail du matérialisme historique.


Les sentiments n'ont pas leur place en politique mais il est curieux d'observer comme la résonance de ce concept a basculé de l'engouement passionnel au rejet épidermique lorsque le parti qui se réclame du socialisme et ses acteurs est évoqué ( de même que quelques communistes dépités ont pris le PC en horreur, flirtant avec son rival chauviniste ) : affaire de cœur ou d'esprit ? Les amours déçues ne concernent pas que les couples au pays des cartésiens bien peu raisonnables en fait ( laissons cela aux descendants de Kant et Hegel ). Celui qui a tout à y gagner est le néolibéralisme qui peut prospérer sans contraintes en observant avec condescendance les différentes officines et expérimentations à la recherche de nouveaux paradigmes en ces temps de pertes de repères: Nuit debout en fut un exemple.


Car finalement toute cette effervescence libertaire, solidaire, écologiste et parfois autogestionnaire ou subversive qui récupère les énergies ayant tourné le dos à la politique procède bien d'un même élan citoyen et d'une même révolte face au monde tel qu'il est dans sa médiocrité et ses imperfections, bref d'un élan social voire socialiste. Mais de même que le repli sur le local entre en contradiction avec l'internationalisme en phase de ringardisation, ces collectifs aux objectifs parfois contradictoires risquent d'occulter l’intérêt général abandonné aux adeptes de la politique du pire occupant le terrain délaissé: centripètes ou centrifuges, morcelantes ou englobantes, les dynamiques s'opposent trop souvent sur fond de ras-le-bol qui ne présage rien de bon.


Alors peut-on, doit-on, ose-t-on encore s'affirmer socialiste ? Les socialistes frondeurs gardent encore leur étiquette infamante aux yeux des chasseurs de sorcières faute d'en trouver une à leur pointure qui reste à inventer. Quant aux républiques socialistes soviétiques ou pas, elles ont fait leur temps et ont sombré corps et âme dans les torts que l'histoire attribue aux perdants. Futur ou avenir, il n'est pas rose pour le socialisme.

 


Mots repoussoirs abordés: norme ; tolérance progrés juger cosmopolitisme;  néolibéralisme

 Mots-dards abordés: droitdelhommisme ; communautarisme ;  bisounours ; bien-pensant ;bobos ; obscurantisme 

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