Le carrefour est coincé. F a voulu passer. En même temps que L s’engageait. C’est moi qui ai la priorité. Non, c’est moi. Frottement de carrosseries.C, D, G se sont arrêtés aussi. Ils les séparent. Avant d’écouter leurs explications. Certains prennent la défense de F. Et d’autres de L. De nouveaux automobilistes s’arrêtent. De plus en plus de pour. Et de contre.
Quelle est la différence entre un gitan et un oiseau ? Je tends l’oreille.L’oiseau s’arrête parfois de voler. Une brochette d'habitués au comptoir.De l’humour noir ? Pourquoi que les humoristes connus ou les caricaturistes à pouvoir le pratiquer ? Tous des drogués et des voleurs,ajoute une vielle femme. Comme leur chanteur dans sa roulotte. Visiblement pas de l’humour. Mais des bouffées de haine.
J'avais deux jours. Ma mère, mon père, et ma sœur, se trouvaient dans le même hôpital que moi. Tous les trois à l’étage où l’on rangeait les morts. En attente de leur mise en terre. J'étais une petite boule de chair en suspens. Mon souffle allait et venait entre des mains inconnues.Mort ? Vivant ? Mort ? Des mains gagnantes. Plus fortes que la mort. Et les bombes.
Une réaction très courante en notre siècle. Nombreux à n'éprouver d'empathie que pour une souffrance. Certains vont vivre avec elle en bandoulière. Et tout faire pour qu’elle occulte toutes les autres douleurs. Que la souffrance de « sa famille » absorbe toute l’empathie ambiante.
De son vivant. Comme d’autres lèguent du fric ou des biens. Le beau n'est pas un don facile. Plus simple de léguer de la laideur. Suffit de se laisser aller au pire de soi. Nous en avons tous en vitrine ou dans la réserve. Même les donneurs et les donneuses de leçons de morale. Le laid ne manque pas. Et la beauté souvent en rupture de stock.
Client. Je le suis tous les jours. Comme la majorité vivant sur notre planète. Client dès l’ouverture de mon écran. Mais jamais je n’ai ressenti avec autant d'intensité la présence de cette consommation que durant une dizaine de jours. Entre location de toits passagers et de voitures. La planète entière réduite à une surface marchande ?
L’amitié est une haie protectrice. Au fil du temps, elle se dépeuple. Chaque amitié est comme un arbre ou un arbuste. Elle nous tend ses branches. Avec les fruits du souvenir. Et ceux de saisons. Un nouvel arbre est tombé. La haie de plus en plus clairsemée. D’un seul coup, une grande fenêtre sur le vide. On s’approche. Que voit-on ?
Ne pas savoir devient difficile. Voire impossible. Il suffit désormais d’un index dansant sur la surface d’un écran. Un savoir immédiat. Sans chercher. Ni avoir la possibilité de se perdre avant de trouver. Parfois même rentrer bredouille avec sa question sous le bras. Ce temps est révolu.Du savoir à portée de doigt. À bord de son lit, au bureau, sur le comptoir, en bus…Savoir sans le S ?
Des mains tentent de le relever. Partout sur la planète. Des mains visibles ou invisibles. Faisant tout qu’il puisse au moins se redresser. Parfois ces mains ont le bras assez long pour être médiatisées. Et on aperçoit un visage face caméra. Pour continuer le travail de « relevage » avec des mots. Essayant de convaincre de l'urgence. Le monde peut-il se relever ?
Mes mains tremblent trop pour tenir un stylo. Le vieil homme était assis devant la poste. Je venais de fermer le rideau métallique. Il s’était levé en s’appuyant sur sa canne. Je lui avais proposé de l’aide. Refus d'un hochement de tête. Un sourire s’afficha sur son visage froissé par les années et le vent. Mes mains tremblent, pas ma mémoire. Que me voulait ce vieux bédouin ?