Acteur culturel, auteur, après avoir fondé et animé Cassandre/Horschamp, Nicolas Roméas fait aujourd'hui partie de l'équipe de bénévoles du site L'Insatiable (www.linsatiable.org) en tant que rédacteur en chef. Il participe également à la nouvelle revue L'Insatiable papier.
Paris - France
Les humeurs vagabondes de Nicolas Roméas, ancien directeur éditorial de la revue Cassandre/Horschamp et actuel rédacteur en chef bénévole du journal en ligne L'Insatiable (www.linsatiable.org).
Les grandes manœuvres sont en cours. Nos outils essentiels, nos matériaux de base, sont sous le feu de la mitraille. Le bon sens le plus profond, le plus fin - au sens que George Orwell donnait à «common sense» (ou «common decency»)-, celui qui ne dépend d'aucune époque en particulier, qui concerne la couche la plus profonde de l'être humain, et avant tout son sens de la justice, est attaqué.
Sinistre, pauvre, anémique, lugubre, chétif, empoisonné, stérile. Réduit (dans une terre dont nous savons qu'elle est nourrie de mots de geste et de pensée, de la croyance en la parole le geste et la pensée, du souvenir lumineux et prégnant de certaines grandes rêveuses, de certains grands rêveurs qui nous ont faits ce que nous sommes) à sa plus misérable, sa plus triste expression.
Les menaces écologiques sont là. Toutes les menaces. Celles qui affectent notre planète que le réchauffement climatique pourrait rendre inhabitable. Celles d’un monde dérégulé par l’hubris d’une finance folle et improductive qui, chaque jour, ne fabrique plus qu'inégalités et misère.
Ce monde devient irrespirable. Ce monde où le mensonge est au pouvoir nous asphyxie. Ce monde où les mots sont en permanence déconnectés des actes, où les paroles ne servent qu'à manipuler autrui comme un objet, où l'on apprend dans des écoles, à coups de formations coûteuses longues et pointues, à considérer les foules comme des troupeaux à gérer et à exploiter. Et où l'on s'habitue à rire jaune, à trouver ça normal, et le cynisme le plus vil devient une attitude courante.
Lorsque Yanis Varoufakis évoque les yeux vitreux et la surdité volontaire de ses interlocuteurs de la Troïka, l'image pourrait sembler brutale, assez violente, excessive même, mais non, personne ne sursaute, on n'est pas plus choqué que ça.