B. Girard
"Au lieu de se surveiller, l'éducateur surveille les enfants et c'est leurs fautes qu'il enregistre et non les siennes." (J. Korczak)
Abonné·e de Mediapart

268 Billets

2 Éditions

Billet de blog 30 juin 2019

B. Girard
"Au lieu de se surveiller, l'éducateur surveille les enfants et c'est leurs fautes qu'il enregistre et non les siennes." (J. Korczak)
Abonné·e de Mediapart

SNU : "on nous apprend l'ordre... et la fierté d'être français"

Militarisation de l’éducation, discipline abrutissante, patriotisme exacerbé : la phase test du SNU aura confirmé et même renforcé toutes les craintes déjà exprimées sur le dispositif, notamment sur le rôle malsain qu’y joue l’Education nationale.

B. Girard
"Au lieu de se surveiller, l'éducateur surveille les enfants et c'est leurs fautes qu'il enregistre et non les siennes." (J. Korczak)
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Militarisation de l’éducation, discipline abrutissante, patriotisme exacerbé : la phase test du SNU aura confirmé et même renforcé toutes les craintes déjà exprimées sur le dispositif, notamment sur le rôle malsain qu’y joue l’Education nationale.

Rôle majeur également, puisque sur 14 centres établis en métropole, 8 l’ont été directement dans les lycées (dont un lycée privé sous contrat) auxquels il faut ajouter 2 lycées agricoles. L’administration de l’EN s’est fortement impliquée, au niveau des recteurs comme à celui des services départementaux, omniprésents sur les photos officielles au côté des militaires. La participation d’enseignants est également attestée (à un niveau que je n’ai pas pu déterminer), comme, tout naturellement, celle des personnels non enseignants réquisitionnés pour l’occasion.  Personnel par ailleurs pléthorique : à Bourges, l’encadrement des 160 jeunes est assuré par 16 tuteurs, 16 chefs de compagnie (formés à l’école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan), un directeur (ancien militaire), 3 directeurs adjoints venus de l’administration, de l’Education nationale et de l’armée. Un ratio d’un adulte pour 4,4 jeunes - à mettre en rapport avec les effectifs surchargés qui sont la norme dans de nombreux établissements - fait d’emblée ressortir une des singularités du système, les baisses de postes dans l’EN, la fermeture de 400 écoles contribuant très logiquement au financement du SNU…

Mais c’est bien la dimension militaire du SNU avec sa symbolique décomplexée qui a retenu l’attention des médias : uniformes, lever des couleurs, Marseillaise etc, le SNU aura d’abord été une mise en scène à destination de l’opinion publique, un spectacle rassurant donnant l’image d’une jeunesse au garde-à-vous, soumise à tous les ordres, toutes les disciplines, même la plus brutale, même la plus inhumaine.

Vu sous cet angle, l’épisode d’Evreux, bien que non programmé au départ, prend ici toute sa signification. Des jeunes exposés sous un soleil de plomb, tombant comme des mouches dans l’indifférence assumée des autorités civiles, politiques et militaires rassemblées pour une cérémonie commémorative. Dans le cadre de ce qui est présenté comme une régénération de la jeunesse française, il ne peut être question de se laisser aller aux sentiments, d’interrompre la cérémonie, ou, tout simplement de permettre aux jeunes de se réfugier à l’ombre. Ce que cette première phase du SNU a mis à jour, c’est aussi une forme de maltraitance institutionnelle clairement revendiquée (et à plusieurs reprises) par Attal, l’inquiétant maître d’œuvre : lorsque, par exemple, il se réjouit de la marche forcée de 18 kilomètres infligée aux jeunes dans la canicule de fin juin ou du raid de 2 jours en pleine forêt amazonienne (!) au programme du centre SNU de Guyane. De fait, il n’aura pas fallu beaucoup de temps au SNU pour retrouver les vieux réflexes sadiques de la discipline militaire - punitions collectives, brimades, humiliations – qui font de la souffrance infligée et de la souffrance acceptée un des rouages de la vie en collectivité... et le fondement de tous les régimes totalitaires. Avec ici, comme circonstance aggravante, la participation active de l’institution éducative.

Et même s’il faut prendre avec une certaine distance les propos tenus pour les médias par de jeunes volontaires de 15 ans, étroitement surveillés et constamment sous pression tout au long de ces deux semaines, on ressent néanmoins un certain malaise devant les affirmations reproduites avec complaisance : « on nous a appris l’ordre…on se sent encore plus fiers d’être français » (centre SNU de Vannes). Mais la confusion entretenue entre ordre et obéissance, entre fierté nationale et solidarité, n’est-ce pas finalement l’une des finalités du SNU, ce dont ses instigateurs n’ont d’ailleurs jamais fait mystère ?

Parmi les instigateurs en question, l’Education nationale s’est lancée sans état d’âme apparent dans une entreprise dont on mesure mal les conséquences, sinon qu’elles sont potentiellement redoutables. Rattaché au service public d’éducation par ses locaux, par une partie de son personnel, par son financement, le SNU, contrairement à sa dénomination officielle, n’est pas un « service » au sens propre du terme (à qui les jeunes rendent-ils ici service ?) mais apparaît plutôt comme un moment militaire obligatoire intégré dans la scolarité des élèves, comme la conclusion de ce que l’institution appelle le « parcours citoyen », un fantasme dont elle se gargarise, qui accompagne les élèves tout au long de leur scolarité. Punitif et infantilisant, le SNU prend alors tout son sens et conduit tout droit à la question : avec une vie en société basée sur l’obéissance absolue aux ordres, sur le non-respect de la personne, sur le culte de la nation, quels citoyens veut-on alors former ?

Le SNU sur ce blog :

- Une Marseillaise obsessionnelle pour un SNU résolument identitaire
- Des lycées-casernes pour la servitude nationale universelle
- SNU : l'éducation populaire au garde-à-vous
- Dans une indifférence quasi générale, le SNU se met en place
- Le SNU, cache-misère d'une école inégalitaire
- Un service militaire financé par l'Education nationale
- Le recul de Blanquer ne met pas fin à la menace
- Les lycéen.nes au péril des gilets jaunes
- Service national … : les profs ne voient pas le problème
- Une consultation tronquée, malhonnête, qui ne convainc personne
- Attal, secrétaire d'état au service national, s'est déjà bien servi
- Ligue de l'enseignement et Léo Lagrange au garde-à-vous pour le service national
- Le service national contre l'ennemi de l'intérieur
- Obligatoire, militarisé et punitif, le SNU est d'abord une servitude militaire
- Service national universel : surveiller et soumettre
- Financement du service national : 1800 postes supprimés dans l'éducation

- Service national : un projet qui vise les plus jeunes, toujours plus jeunes
- Eté 2018 : dernier été de liberté pour les 16-18 ans ?
- Service national : internement obligatoire confié à l'Education nationale

- Les députés et le service national : l'école en première ligne
- Service national Macron : une France qui a peur de sa jeunesse

- Brassage social : la grosse arnaque du service national
- Une consultation en ligne pour les dupes
- La ministre des armées me répond...mais vise à côté

http://journaldecole.canalblog.com/

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Après l’embargo sur le pétrole russe, l’Europe dans le brouillard
Annoncée depuis des mois, la guerre du pétrole contre la Russie est une réalité depuis lundi 5 décembre. L’Europe a engagé un embargo, les membres du G7 imposent un plafonnement du prix du baril à 60 dollars pour les pays tiers. Avec quelles conséquences ? Personne ne sait.
par Martine Orange
Journal
Devant la cour d’appel, Nicolas Sarkozy crie son innocence
Rejugé pour corruption, l’ancien chef de l’État s’en est pris à une enquête illicite selon lui, et a réaffirmé ne rien avoir commis d’illégal en utilisant la ligne téléphonique « Paul Bismuth ».
par Michel Deléan
Journal
Les enjeux d’un second procès à hauts risques pour l’ancien président
Nicolas Sarkozy, l’avocat Thierry Herzog et l’ex-magistrat Gilbert Azibert sont rejugés à partir de lundi devant la cour d’appel de Paris dans l’affaire de corruption dite « Paul Bismuth », et risquent la prison.
par Michel Deléan
Journal — Corruption
Pourquoi les politiques échappent (presque toujours) à l’incarcération
Plusieurs facteurs expliquent la relative mansuétude dont bénéficient les politiques aux prises avec la justice, qui ne sont que très rarement incarcérés, malgré les fortes peines de prison encourues dans les affaires de corruption.
par Michel Deléan

La sélection du Club

Billet de blog
L'électricité est-elle un bien commun ?
[Rediffusion] L'électricité est-elle un bien commun, comme Yannick Jadot l'a fait récemment ? La formule produit un effet électoraliste garanti. Mais cette opération rhétorique est sans intérêt s’il s’agit, à partir de la fonction sociale actuelle de l’électricité, de faire apparaître dans le système énergétique des options qui méritent un positionnement politique.
par oskar
Billet de blog
Nationalisation d’EDF : un atout pour la France ?
Le jeudi 24 novembre, c’est dans un contexte bien particulier que le nouveau PDG d’EDF Luc Rémont prend ses fonctions. De lourds dossiers sont sur la table : renationalisation du groupe, relance du parc nucléaire et des renouvelables, négociation avec Bruxelles sur les règles du marché de l’électricité et gestion de la production avant les trois mois d’hiver.
par Bernard Drouère
Billet de blog
Les coupures d'électricité non ciblées, ce sont les inégalités aggravées
Le gouvernement prévoit de possibles coupures d'électricité cet hiver : j'ai vraiment hâte de voir comment seront justifiées l'annulation de trains et la fermeture d'écoles pendant que les remontées mécaniques de Megève ou Courchevel continueront à fonctionner. Non ciblées sur les activités « non essentielles », ces coupures d'électricité pourraient aggraver les inégalités.
par Maxime Combes
Billet de blog
L’électricité, un bien commun dans les mains du marché
Le 29 août dernier, le sénateur communiste Fabien Gay laisse exploser sa colère sur la libéralisation du marché de l’électricité : « Ce sont des requins et dès qu’ils peuvent se goinfrer, ils le font sur notre dos ! ». Cette scène témoigne d’une colère partagée par bon nombre de citoyens. Comment un bien commun se retrouve aux mains du marché ?
par maxime.tallant