Mots repoussoirs: fascisme

Certains y songent en hésitant à y croire et d'autres jouent au singe de la sagesse refusant de sombrer dans la sinistrose face à la menace invraisemblable, il existe pourtant un consensus autour de l'acception de ce terme dont on s'accorde à dire qu'il est réducteur et qu'il stigmatise à bon compte. De Lacombe Lucien á Bigeard, la soumission à un ordre dictatorial purificateur séduit encore...

D'essence machiste de saine émulation virile, le fascisme se complaît dans le refus de la nuance et l'imposition par la force de ses préceptes. Le politiquement correct l'a planté comme épouvantail du Mal ce qui par effet boomerang lui revient sous la forme de la contestation “antisystème” que ce mot n'effraie pas, du moins le concept hébergé par lui: “aux grands maux les grands remèdes”, aussi pourquoi hésiter à mettre le feu aux centres d'hébergement de migrants ou à saccager des salles de prière ? L'exaltation de l’héroïsme guerrier sourd derrière ces actes lâches dans la froide logique realpoliticienne clamant qu'il n'est pas d'omelette sans casser des œufs.

De même que plus personne ne s'affirme prolétaire ou gauchiste et que rares sont ceux qui se disent encore socialiste ou communiste, il sera difficile de trouver un adepte déclaré de cette idéologie dans notre contexte de démocratie libérale de marketing. Puisque rien ne vaut hors du cadre République – Laïcité - Démocratie, ces valeurs ayant été déclarées suprêmes et identitaires, le danger d'un débordement totalitaire serait écarté. Et pourtant, entre la loi renseignement, l'état d'urgence et la déchéance de nationalité, le cap sinueux qui se dessine ne prend pas vraiment les contours de la démocratie mais bien celui de la surenchère sécuritaire.

Il ne reste qu’à espérer que le profilage généralisé des citoyens qui pour l'instant n'est exploité que par le marketing commercial ne soit pas un jour instrumentalisé à grande échelle par quelque apprenti dictateur s'appuyant sur une menace extérieure pour instaurer un régime encore plus liberticide. Puiser dans les métadonnées des réseaux sociaux permettrait de lancer une chasse aux sorcières faisant oublier les détresses sociales et les carences néolibérales. L'article 16 représente à ce titre un danger permanent de délitage démocratique dans des circonstances exceptionnelles, n'oublions pas qu'un incendie provoqué et attribué au communiste van der Lubbe a plongé l'Europe dans la pire crise humanitaire de son histoire en permettant l’avènement d'une dictature féroce.

C'est pourquoi l'emploi du mot “fascisme” ou “fasciste” reste limité aux débordements verbaux, tant son signifié est monstrueux et abusif. Qu'on le prononce d'une façon ou de l'autre (s ou ch) , son effet est de restreindre les possibilités de débat en le figeant. Puisse-t-il rester au placard des clichés ringards.

 

Mots repoussoirs abordés: norme ; tolérance progrés juger cosmopolitisme;  néolibéralisme ; socialisme

Mots-dards abordés: droitdelhommisme ; communautarisme ;  bisounours ; bien-pensant ;bobos ; obscurantisme 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.