Hebdo #86: c'est la rentrée, le Club de Mediapart lance sa newsletter

À partir du 24 septembre, Le club de Mediapart lance une nouvelle lettre dédiée à l'actualité des contributions des abonnés. Inscrivez-vous pour ne rien manquer des témoignages, des débats qui agitent la société civile, cette semaine le masque sous toutes ses coutures et la nasse sécuritaire. Présentation en guise de filage.

Le meilleur du débat est sur Mediapart © Miguel Porlan Le meilleur du débat est sur Mediapart © Miguel Porlan
Chaque jeudi, recevez la lettre du Club, l'espace des contributions des abonné·e·s et des tribunes de Mediapart. Dans cette lettre, retrouvez les thématiques et temps forts de la semaine, les rendez-vous à ne pas manquer et une présentation des nouveaux contributeurs.

Cette newsletter hebdomadaire aura pour objectif de remettre en avant la richesse et la diversité des contributions et de rappeler les grands rendez-vous du Club.

Pour s'inscrire, c'est par ici

Cette lettre proposera de retrouver, des rubriques Vie du Club et du Journal, une sélection des billets incontournables de la semaine ainsi qu'un édito thématique qui prolongera  l'Hebdo du Club dont on fêtera le retour, sous sa véritable forme, la semaine prochaine après quelques mois d'absence (de même que pour les « Les inratables », une sélection sur les réseaux sociaux des billets marquants ayant jalonné la semaine passée ).

Voici un aperçu - autour des 2 thématiques fortes de la semaine - de l'architecture de cette lettre en cours de construction.

Cette semaine : « Les masques de la discorde: entre brouille, zizanie et impuissance »

Devenu obligatoire dans l’espace public, le masque est au cœur du débat cette semaine. Entre les messages brouillés envoyés par une communauté scientifique plus que jamais publiquement divisée, le rejet d'une infantilisation face aux incohérences d'une communication politique plus que jamais illisible et jugée autoritaire, l'altruisme et un respect de l'autre plus que jamais nécessaire, c'est bien de responsabilité individuelle au sein d'un collectif divisé dont il est toujours question.

Paul Cassia, professeur des universités en droit, s'interroge sur la Volte-face du Conseil d'État sur le port obligatoire du masque. Pour lui, la  double décision du 6 septembre a « pour conséquence d’étendre considérablement les pouvoirs coercitifs des autorités de police administrative, à la fois dans l’espace et dans le temps ».  Il poursuit en relevant que « sous couvert de simplicité et de lisibilité », cette décision relègue « la liberté au rang d’exception » et qu' « elle défait ainsi d'un cran supplémentaire des libertés individuelles toujours plus malmenées depuis 2015 ».

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Dans un texte au vitriol, Zackie pour sa première contribution épingle les incohérences des « anti-masques ». En cherchant à « comprendre l’enchaînement, percevoir le glissement, confondre la manigance ». Ce nouveau contributeur a suscité un vif débat dans le fil de commentaires : « Et non, porter un masque n’a rien d’une répétition totalitaire. Le gouvernement - pour lequel je n'ai aucune espèce de sympathie, bien au contraire - répandrait la paranoïa en profitant d'une épidémie que vous minimisez... mais vous, en revanche, ne souffrez d'aucune paranoïa quand vous prétendez que le masque prépare je ne sais quelle régression liberticide ? »

En contre-point, Lostzinaos est interloqué par une tribune de scientifiques publié dans le JDD qui révèle selon lui « le rapport pervers que les autorités de toutes natures ont à la population en France. ». Au vu de « la multiplication confuse et contradictoire des injonctions, des consignes », il interprète l'usage de l'expression « Siffler la fin de la récréation » comme le symbole « des rapports de classe et de la violence symbolique qu'exercent avec une totale impavidité ceux qui ont “le savoir” et donc le pouvoir. » Récréation toujours si l'on peut dire, avec le billet de Jean-Pierre Anselme, journaliste-peintre, qui dans Masques et fusils d'assaut relève que « des établissement scolaires ont fait appel aux forces de police pour contrôler le port du masque par les élèves. Sans que cela suscite la moindre réaction ».

Dans une tribune collective dont il est co-signataire, Laurent Mucchielli, sociologue, et près de 150 scientifiques, universitaires et professionnels de santé critiquent la politique et la communication gouvernementales. Selon eux, elles relèvent davantage d’un affichage d’une « posture protectrice » que d’une stratégie sanitaire précise. Elles conduisent de plus à diviser et infantiliser les citoyens, plutôt que de les unir et les responsabiliser. « C’est pourquoi nous appelons les autorités politiques et sanitaires françaises à cesser d’insuffler la peur à travers une communication anxiogène [...]. Il ne faut pas confondre la responsabilisation éclairée avec la culpabilisation moralisatrice, ni l’éducation citoyenne avec l’infantilisation ». Cependant, comme le souligne le philosophe Michael Foessel dans un texte remarquable paru dans Libération, le port du masque n’est peut-être pas tant le symbole de la souveraineté des États tendant vers une forme d’autoritarisme comme semble le croire ses pourfendeurs mais bien plutôt le signe de leur impuissance.

Le mot de la fin pour le billet caustique d'Elsa Lévy, romancière et scénariste, qui dans une lettre ouverte pleine d'ironie interpelle le premier ministre Jean Castex : « je ne manquerai pas d’observer la politique actuelle qui consiste à tout simplement arrêter de vivre pour éviter de mourir. Fallait y penser. Parce que ça, franchement, c’est mortel ! »

« Séparatisme et ensauvagement » : Comment s'échapper de la stratégie de nasse

Petite cuisine. Sur la "polémique" Judith Waintraub / Imane. Ou comment opère un processus d'inversion. © Fred Sochard Petite cuisine. Sur la "polémique" Judith Waintraub / Imane. Ou comment opère un processus d'inversion. © Fred Sochard

À peine sorti de ce que Xavier Bertrand a appelé « un été orange mécanique » où chaque fait divers est l’occasion pour les politiques et les medias français d’aller toujours plus loin dans la démesure - voir ici la chronique d' Ouvrez les guillemets - les polémiques se poursuivent et rien ne semble pouvoir arrêter la machine à prestidigitation.

Entre le supposé « ensauvagement » de la société répété à satiété par le ministre de l'intérieur Gérald Darmanin -  “droit dans les talonnettes bottes" de son lointain prédécesseur Nicolas Sarkozy (pas en reste par ailleurs) - et le « séparatisme » qui dans la bouche d’Emmanuel Macron a remplacé le « communautarisme », c'est une situation de nasse qui laisse place à un débat piégé et une atmosphère viciée.

Dans ce décor planté par le pouvoir exécutif afin - semble-t-il - de masquer son impéritie face à la crise sanitaire et face au « séparatisme social » médias et politiques s'auto-alimentent dans une course folle, tel un hamster dans sa roue, afin d'imposer un récit qui infuse la société en vue des présidentielles de 2022. 

Nos abonnés tentent d'y opposer leurs arguments rationnels, notre sélection :

Du séparatisme réel à la société confisquée - 9 sept. 2020 - Par Jadran Svrdlin, enseignant : « Lorsque nos « élites » menacent de partir si on ne les écoute pas, non seulement on ne les blâme pas, mais on leur offre notre société pour qu'ils la soumettent à leurs propres désirs. Au détriment de tout le reste. C'est alors qu'on cherche d'autres boucs émissaires. On les trouve toujours du côté des plus faibles... »

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Chronique d'une nouvelle dérive sécuritaire annoncée
- 11 sept. 2020 par Vincent Brengarth, avocat au Barreau de Paris : « La montée du climat sécuritaire, les mouvements sociaux qui se dessinent sous l’effet de la crise mais encore le débat sur le « séparatisme », sont autant de signes annonciateurs d’une aggravation de la politique répressive. Une bascule sécuritaire d’autant plus annoncée que le gouvernement fourbit ses armes pour faire face à une rentrée sociale qui s’annonce volcanique. »

Ensauvagement ? De quoi la délinquance est-elle vraiment le nom ? - 9 sept 2020 par Tiptop, chercheur en histoire contemporaine sur les mondes africains. Professeur des écoles : « Face à l’inflation récente des discours sécuritaires, ce billet se propose de les recontextualiser et remettre quelques faits en place grâce aux apports des sciences sociales concernant les faits de délinquance sur une période longue. »

La construction sociale de la délinquance par les médias et les politiques (4-9) - 30 août 2020 par Marcuss : « L’insécurité comme outil politique, la concurrence exacerbée dans le champ journalistique uniformisant l’information, l’omniprésence des faits divers négatifs, les pseudos-investigations dans les quartiers au travers du quotidien des forces de l’ordre, ont favorisé un imaginaire de la délinquance et de l’insécurité permettant une véritable frénésie de politiques sécuritaires. »

Ils ont fait leur choix - 16 sept 2020 - par Mačko Dràgàn, chroniqueur indépendant : « Ils ont peur, et un tour dans la sphère politico-médiatique suffit à s’en persuader : à mesure que nos combats, pour les droits des femmes, des minorités, pour l’entraide, l’écologie et l’autogestion prennent en visibilité et en popularité, ceux d’en face se radicalisent vers l’extrême-droite. Nous, ou la barbarie ? la possibilité du fascisme ? Ils ont fait leur choix. Devinez lequel…»

Le Réseau © François Levin Le Réseau © François Levin

Retrouver ici notre sélection de billets sur les transformations du monde liées au Numérique


Pendant ce temps-là

En pleine crise, Pôle emploi ne met pas tout en œuvre pour aider les artistes et techniciens du spectacle, c'est le moins que l'on puisse dire et c'est Yann Gaudin, ancien conseiller Pôle emploi licencié car il aidait les allocataires qui nous alerte.

Il fait parti avec Anthony Smith, d'un ensemble de travailleurs poursuivis ou sanctionnés en raison de leur engagement professionnel ou syndical dans divers secteurs qui déplorent la généralisation de la répression au travail, jusque dans les administrations censées la prévenir.

À l'international, que ce soit à Bogota au Chiapas ou en Biélorussie, la répression policière est largement documentée et analysée par nos contributeurs tandis que de Lesbos à Calais, apporter de la nourriture aux migrants devient un délit.

Antoine Martin, Maire adjoint de la ville de Tours au numérique, s'alarme de la fin de non-recevoir d'Emmanuel Macron à l'ouverture d'un débat sur la 5G : retrouver ici notre Une thématique sur le sujet.


Vie du Club

Une rubrique pour présenter les nouveaux contributeurs, les rendez-vous incontournables de l'Agenda ou encore retrouver La gazette de la modération.

Résumé de la situation : échiquier Bielorusse, une pluralité des pions blancs face à l’armée compacte et organisée du roi noir. Résumé de la situation : échiquier Bielorusse, une pluralité des pions blancs face à l’armée compacte et organisée du roi noir.

Cette semaine, bienvenue à  Olga Tchelnova, Née à Minsk où elle a passé sa jeunesse, à l'époque de l'URSS, qui livre désormais un "journal quotidien" pour partager son regard sur les événements en cours en Biélorussie : « Mon journal c'est l'histoire de tous ces gens qui se battent pour la liberté et la dignité mais aussi pour leur pays. Ils ne veulent partir ni à l'est, ni à l'ouest. Ils veulent vivre chez eux, librement et pleinement »

Emmanuel Patris, urbaniste de Marseille, qui s'interroge sur les nouvelles orientations de la municipalité en matière de politique du logement : « Décideurs et technocrates doivent entendre les voix des habitants, collectifs et associations, aujourd'hui mieux structurés »

Dans une lettre ouverte, 16 salariés de la Fondation Bemberg musée privé à Toulouse, touchés « par un plan social avec comme 2 seules alternatives : soit une rupture conventionnelle collective, soit, à défaut, le licenciement économique. » interpellent leur direction et informent de « leur situation dramatique et inquiétante ».

Ana Ferrer et Tarik Safraoui, notre équipe de modération, poursuivent leur consultation auprès des abonnés pour ré-inventer le participatif, notre socle commun : Consultation sur la charte de participation : vos dernières suggestions et un billet empli d'humour afin d'expliciter au mieux les problématiques auxquelles ils sont confrontés « Je ne suis pas homophobe, mais… » : comment exprimer son point de vue, débattre, s'engueuler même, sans attaquer par ricochet des personnes qui n'ont rien demandé.

Outre la Lettre du Club, vous pouvez également vous inscrire à nos différentes lettres et Alertes ici. Par ailleurs, le travail de refonte des espaces participatifs se poursuit (ainsi que la résolution des petits dysfonctionnements toujours en cours), nous vous donnerons plus d'informations très prochainement.

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