Hebdo du Club #58: l'écologie, au-delà du vote

Écologie, le jour d'après. Des tenants de la décroissance aux défiants à l'égard d'EELV, de la disparition des oiseaux au retour du loup, des mobilisations locales aux grèves internationales... Par-delà le vote, les multiples visages du combat écologique présents dans le Club vaquent à leur incessant dialogue, conflictuel et passionnant, et tracent une précieuse cartographie des luttes. Car pendant ce temps, les affaires continuent.

Fallait-il voter EELV ? Où commence l’écologie ? Que sont les oiseaux devenus ? Faut-il seulement voter lorsqu'on est écolo ? Faut-il sacrifier Marx sur l’autel de l’écologie ? Faut-il se réjouir du retour du loup dans nos montagnes ? Faut-il encore croire en l’écologie politique ? Et surtout en une écologie politique qui ne se réclame plus de la gauche ? Faut-il faire grève ? Quelle a été mon empreinte carbone aujourd'hui ? Comment renverser le capitalisme ?

Ce fatras de questions d’acabits volontairement hétéroclites, ce sont nos contributeurs qui nous les soufflent. Du débat politicien et électoral à la ZAD, de la pollution des villes aux mutilations de la biodiversité, du local au global — des luttes microscopiques mais incandescentes aux marches et grèves qui rassemblent des jeunesses du monde entier — le Club recueille les fruits d’une écologie aux nombreux visages, avec souvent une question en arrière-fond : celle de savoir, quand tout le monde s’accorde sur le degré d’urgence, où placer le curseur de la radicalité.

Aux lendemains d’une élection où le parti Europe-Écologie les Verts a réalisé une relative percée dans le panorama émietté de la gauche, d’ardents débats ont été attisés, dès le 27 mai, lorsque David Cormand, Secrétaire national d’EELV, 5e sur la liste et donc nouveau député européen, est revenu sur les responsabilités qui incombaient à sa liste, avec un texte intitulé « Tout doit changer ».

"Des milliards de miroirs" - Éditions FLBLB "Des milliards de miroirs" - Éditions FLBLB

Une évidence, d’abord. L'écologie trouble et parasite les grandes filiations de pensée qui structuraient jusqu’ici nos paysages politiques : « Le clivage qui structure ce paysage politique occidental depuis plus d’un siècle, entre une droite porteuse d’un capitalisme fordiste et la gauche d’inspiration marxiste et productiviste, est rendu obsolète par l’irruption de la question écologique ». Si l'écologie tourne officiellement le dos à tout résidu marxiste, le billet contient a priori de nombreux éléments rassurants pour un électeur de gauche. David Cormand reconnaît que notre modèle dit « de développement », la « recherche entêtée d’une croissance aveugle » n’est plus viable : « L’économie financiarisée a définitivement quitté la réalité terrestre », ajoute-t-il.

L'écologiste intègre par ailleurs dans son diagnostic l’existence d’un nouvel ordre d’inégalités mondiales dont la politique ne peut plus faire abstraction : les inégalités environnementales (« les plus vulnérables sont les plus pauvres. Les premiers responsables sont les plus riches »), qui enchevêtrent intimement combat écologique et luttes sociales (on peut relire à ce sujet la tribune intersyndicale « Il ne peut y avoir de justice sociale sans justice écologique »: fait rare, plusieurs associations syndicales s'étaient alors ralliées pour appeler à une mobilisation d’ordre écologique). Mais le texte n'en reste pas moins irrigué de propos plus flottants, face auxquels l’on ne peut qu’attendre la consistance des actes, et notamment des futurs votes du groupe au Parlement. 

« L’avenir de ce qui a été appelé gauche, c’est l’écologie », ajoute David Cormand. Habile cabriole qui permet de désavouer le « clivage droite-gauche » tout en se réclamant de la gauche — mais pas trop quand même. Le texte, fort et éloquent pour quelques-uns, est une duperie mystificatrice pour beaucoup d’autres, souvent sévères, dans un fil (181 commentaires) où le débat s'est trouvé tout aussi effervescent qu'en veille d'élections.

Obsolescence (dé)programmée du marxisme

« Non, Marx n'est pas obsolète » ! Passionnant, le différend s’est poursuivi avec « (Re)lisez Marx, Monsieur Cormand! », une leçon de philosophie politique dispensée par un électeur d’EELV (et marxiste) mécontent, soucieux de rappeler qu’il était possible d’incorporer Marx dans nos problématiques écologiques actuelles et futures. Et de noter que le productivisme est moins l’apanage de la pensée marxiste que des interprétations et applications néfastes qui ont jalonné le XXème siècle. Or, « certes, à l'époque de Marx, la question de l'épuisement des ressources naturelles, ni même celle des conséquences de l'impérialisme n'étaient guère à l'ordre du jour de la pensée occidentale : l'urgence des besoins matériels constitutifs de cette libération des forces productives ne laissait pas beaucoup de place à des notions telles que celles de qualité du cadre de vie, d'équilibre environnemental ou de contingentement des ressources planétaires... Et pourtant. Engels envisageait déjà, certes secondairement, l'émergence de cette nouvelle donne ».

« L'essentiel de la lutte écologique se déroule en dehors des urnes »

Que l’écologie soit irréconciliable avec l’économie de marché, beaucoup l’accordent et le proclament. Cette incompatibilité était déjà au cœur d’une tribune parue au moins d’avril, qu’il est intéressant de relire ces temps-ci. Les eurodéputés verts Sven Giegold et Philippe Lamberts avaient alors interpellé leur ex-collègue Pascal Canfin aux cris de « Non, Pascal, pas toi! », car ils vivaient alors le ralliement à E. Macron comme « un coup de poignard dans le dos» et refusant que le rôle des écologistes consiste «à se diluer au sein de ces familles politiques qui portent la défense d’un système construit sur l’exploitation de la planète et la mise en compétition destructive des humains », concevant pour leur part l’écologie politique comme « un projet de société holistique dont la boussole est la dignité humaine », incluant notamment le défi de l’asile, là où LREM conçoit les migrations « comme une menace à contrer ». Suite à quoi notre contributeur Patrick Cahez avait rapporté quelques propos de Yannick Jadot qu'il peut être utile de garder sous la main :

jadot

Mais fallait-il seulement voter ? Si l’on s’en tient au billet du collectif Désobéissance écolo Paris, pas si sûr. Le titre laisse peu de place au doute : « Ne votez jamais ». Toutefois, ce billet, qui reprend le slogan aperçu lors de la manifestation climat à Paris le 24 mai, est plus nuancé, et vise surtout à rappeler que « l'essentiel de la lutte écologique, tout comme la vie politique, se déroule en dehors des urnes ». Aussi, « que l'on s'abstienne ou que l'on aille voter (avec conviction ou non), la première forme d'engagement que l'on peut expérimenter reste la vie collective autour de lieux partagés».   

Nous ne sommes pas mignons

Quelques jours avant le vote, l’écologie a occupé le terrain, portée par la voix des plus jeunes, notamment par le collectif de jeunes activistes cité ci-dessus, et leur texte titré sans euphémisme et sans douceur : « Nous sommes en rage ». La quiétude n’est plus d’actualité. De même que les affaires du quotidien perdent de leur sens lorsqu’elles perdent tout futur : « pourquoi apprendre si nous n'avons pas d'avenir ?», interrogent-ils. Tout à la fois leçon de maturité et de radicalité, la tribune refuse les gamineries des adultes : « Les médias et le gouvernement se complaisent à qualifier nos marches et nos actions dans un lexique infantilisant : "mignon", "gentil", "non violent", "plein de bonnes intentions".  C'est-à-dire, avec un mépris qui se cache à peine : inoffensif, sans effet, sans intérêt. » Face à ce manque de sérieux, les militants concluent : « Il s'agit de prolonger la grève pour le climat à toute notre vie. » Toute la question est donc de savoir jusqu'où, collectivement, l'on est prêt à bouleverser un modèle de société intimement implanté dans la quotidienneté. La question du "curseur de la radicalité" évoquée en début de billet, ainsi résumée par un commentateur :

radicalite

Avec une apparence plus pacifiée, une autre tribune a pris le relai quelques jours plus tard, portée par un collectif international d’enfants et étudiants mené par Greta Thunberg, appelant à la grève du 24 mai et à une grande mobilisation pour septembre prochain. « Nous avons appris que si nous ne commençons pas à agir de nous mêmes pour notre avenir, personne ne fera le premier pas à notre place ». Mais enthousiaste et résigné à la fois, le texte diffuse tout aussi une colère sourde qui en appelle aussi aux autres générations : « tout ne dépend pas de nous ». Le lendemain, dans une réponse intitulée « En grève pour le climat avec les jeunes », un collectif international de personnalités (Margaret Atwood, Noam Chomsky, Thomas Coutrot, Nancy Fraser ou encore Maggie Gyllenhaal), les « adultes » apostrophés la veille, ont alors fait le vœu d’un 20 septembre historique, témoin d’une halte politique généralisée : « Nous espérons que nous serons nombreuses et nombreux à rejoindre ces actions et à quitter nos bureaux, nos champs, nos usines ; que les candidat·e·s à une élection stopperont leur campagne ; que les stars du football quitteront les pelouses ; que les stars de cinéma n’entreront pas dans le studio ; que les enseignant·e·s poseront leur craie ; que les cuisinier·e·s fermeront leurs restaurants et offriront leurs repas aux autres grévistes ; que les retraité·e·s renonceront à leurs activités habituelles - et que tou·te·s se joindront aux jeunes pour que nos dirigeant·e·s nous entendent. » Car « chaque jour qui passe sans que rien ne change anéantit en effet un peu plus la possibilité d’un avenir sûr et sain sur notre planète. » Aussi « la perturbation du quotidien », l’enraiement des routines, sont-ils déjà une clé face à « une crise sans précédent » qui nous empêchera bientôt de vivre comme nous avons toujours vécu. Un texte riche qui est quelque peu passé inaperçu auprès de nos lecteurs du Club.  

Cartographie des luttes et des écotartuffes

À ces dialogues d’amplitude internationale répondent, comme toujours, la force du local et des luttes invisibles au macroscope et aux analyses synoptiques. Un va-et-vient du local au global qui fait la force de nos discussions écologiques. À Vaux-le-Pénil en Seine-et-Marne, les rejets toxiques d’un incinérateur obligent les habitants à réclamer justice depuis deux décennies. Une lutte racontée par Jade Lindgaard (ici) côté journal, et ici par Bénédicte Monville et Claude Bourquard, conseillers communautaires de l’agglomération Melun-Val de seine, dénonçant le révisionnisme de leur commune vis-à-vis d'un désastre environnemental notoire. Laquelle ville reprend éhontément l’argumentaire des lobbies industriels là où la « mise en danger d’autrui » était avérée. À Gonesse, dans le Val d'Oise, le mégaprojet Europacity n’en finit pas non plus de susciter des résistances, comme celle de Pierre Sassier. Et pour cause, ici aussi, les riverains font face à une mairie myope et menteuse (« écotartuffe »!, disait Pierre Sassier dans un billet de mars), aveugle aux études d’impact écologique, avec à la clé, des promesses d’emploi dont tous les projets similaires prouvent qu’elles ne sont jamais tenues (tout en contribuant à la dévitalisation mortifère des centres-villes d’agglomérations moyennes, pourrait-on ajouter). Certains le disent avec humour : 

gonesse

Enfin, signe que le proche et le lointain s’entrelacent quand il est question de combats écologiques, Pierre Sassier écrit dans une prodigieuse jonction des géographies : « Regardez par votre fenêtre : vous y verrez, au-delà de votre territoire de Gonesse, les jeunes mobilisés par la lutte pour un réchauffement climatique que votre projet contribue à aggraver, vous y verrez aussi un mouvement en Suède qui prône la préférence pour le transport ferroviaire ». Un peu plus au sud, à Rodez, une action symbolique racontée par Guillaume Halb (un collectif a « recouvert les statues du centre-ville de la préfecture de l’Aveyron de masques anti-pollution accompagnés de slogans sur des pancartes en carton ») a déplu à la mairie, qui s'est empressée d'empêcher l'action pacifique. Une réaction « significative du comportement des pouvoirs qui traitent toujours les mobilisations populaires par le mépris » et « poussent ensuite certains activistes à radicaliser leurs actions »

Peuples autochtones et villages gaulois

Le Club nous rappelle aussi que les collectivités, loin d’être toujours obtuses aux expérimentations écologiques, sont parfois des espaces de résistance au néolibéralisme. Sylvain Helloat raconte les initiatives imaginatives et concrètes lancées par le maire de Langouët, en Bretagne, avec le risque inhérent de l’effet « village gaulois », à savoir « une communauté sélective partageant les mêmes préoccupations, les mêmes desseins pourraient se transformer en "ghetto", nichant les écolos dans un cocon protégé du reste du monde ». Quoi qu’il en soit, les maires disposent de nombreux leviers : « Ils peuvent soutenir les producteurs locaux et bio, d'abord dans l'approvisionnement de la restauration collective (…). Ils leur est également possible d'organiser des marchés de producteurs locaux, d'encourager le création d’amap… », et la possibilité même d’y réinventer l’écologie politique. C’est aussi ce que pense Meriem Derkaoui, maire d’Aubervilliers, comme en témoigne son billet du 28 mai : « Ecologie: c'est à l’échelle des collectivités que peuvent s’élaborer des solutions », pour qui l’action environnementale et sanitaire doit pouvoir protéger les plus fragiles et les quartiers populaires.

De l’autre côté de l’Atlantique, les « écotartuffes » pour reprendre la création lexicale de Pierre Sassier (qui formule en peu de lettres la tendance générale au « greenwashing » des élites économiques, financières et parfois politiques), écotartuffes gouvernementaux cette fois, répondent présent. Vigie précautionneuse, le collectif « Or de question » surveille les politiques d'enfumages gouvernementales qui auréolent le projet « Montagne d’Or », tel celui du 23 mai. Un flou savamment organisé lors du « Conseil de défense écologique » tenu opportunément quelques jours avant les élections européennes, raconté ici par Christophe Gueugneau. Toujours du côté des Amériques, Florence Poznanski a chroniqué pour sa part le sort des populations autochtones, qui, après 100 jours de présidence Bolsonaro au Brésil, se retrouvent au centre d’un discours assimilationniste revenu en force, adossé à l’alliance effroyable du fascisme du néolibéralisme agressif.

Le pluralisme est l'avenir de la biodiversité

Outre l’aspect colonisateur du néolibéralisme qui n’est plus à démontrer, Jair Bolsonaro cristallise les enjeux de l’indispensable coudoiement de l’écologie et de la démocratie, qu’analyse avec un regard différent Côme Marchadier. Face à la marchandisation du monde et à la « contre-révolution libérale », « au même titre qu'il nous parait complètement absurde aujourd'hui de se prétendre démocrate lorsqu'on gouverne un pays qui permet l'esclavage, l'exclusion des femmes de la citoyenneté, l'apartheid ou un pays dont la richesse est issue d'un empire colonial, il paraîtra bientôt absurde de ne pas reconnaître des droits écologiques au rang des droits fondamentaux. » Outre une réflexion féconde, le texte ouvre une piste séduisante, symbolique et presque poétique, au détour d’un paragraphe : « une réflexion commence à émerger sur la proximité des notions de biodiversité et de pluralisme ». Bref, l’écologie « rebat les cartes des sources de la légalité et de la légitimité en démocratie, et c'est passionnant».

Beaucoup, ici, conscients de fascismes climatosceptiques comme des verdissements captieux du capitalisme, refusent les « environnementalismes mous » allant main dans la main avec le néolibéralisme le plus brutal. C’est le propos tenu avec brio par Climat social, collectif de militants qui a publié dans nos colonnes son « texte d’orientation », ou charte (suivi par une tribune dans Libération, "L'écologie galvaudée"). Une charte enthousiasmante, où l’on trouve la formule « tout doit changer » utilisée quelques jours plus tard par David Cormand, mais accompagnée ici de significations fortes, faisant parfois écho à la situation des peuples autochtones : « La domination de l’homme sur les minorités ou les femmes est fondamentalement liée à la domination de l’homme sur la nature », une oppression face à laquelle il faut réinventer le soin comme rempart et projet politique : « Il s’agit de soigner la terre, soigner le vivant et prendre soin de nous ». Si Climat social ne se réclame pas de la décroissance mais plutôt de l’altermondialisme, la force du texte fait songer aux billets du blog Projet de décroissance, pour qui « il est temps de sortir du mythe de la croissance et d'inventer une économie post-croissance vers une société prospère et environnementalement soutenable ».

Montagnes, vocalises et fusils

Incartades animalières, deux contributeurs ont su nous parler de notre modernité marchande, de l’appropriation et de la conquête du vivant, bref de l’arraisonnement de la nature, via le regard du loup et de l’oiseau. L’aphonie du printemps, d’un côté, avec Sarah Seignobosc (« Contre un printemps silencieux, le retour des oiseaux »), et de l’autre, le solennel retour du loup dans nos montagnes (par Pierre Caumont, appuyé par les analyses du philosophe écologue Baptiste Morizot : « Le retour du loup »). Deux sorties de route — le ciel, les montagnes — nous extirpant de notre ordinaire éditorial, deux textes à la fois historiques et philosophiques, interrogeant les ressorts symboliques de notre rapport au vivant, mais surtout notre puissance d’extermination de la biodiversité (« écofragmentation, pâture, sylviculture, agriculture ont chassé le loup aussi sûrement que la chasse par l’empoisonnement dans l’entre-deux guerres », formule Baptiste Morizot). Un rapport paradoxal au vivant bien résumé par Arjuna :

fusil

Mis en regard, ces deux billets se parlent en symétrie inversée. Disparition des oiseaux, retour — mais un retour conditionné par une disparition — du loup. Un animal à la fois terrifiant et fascinant, saturé de significations et de mythologies amoncelées au gré des contes et des manuels de philosophie (car « l’homme est un loup pour l’homme », et la crise écologique en est une illustration). Avant tout, l’homme est un loup pour le loup. Cette « inimitié » perdure encore aujourd’hui, et les causes et symptômes sont à éplucher dans la passionnante discussion qui s’en est suivie dans le fil de commentaires, chacun ayant beaucoup à dire sur cet animal, dont Pierre Caumont, qui a parachevé son billet par de longs commentaires instructifs, en réponse aux questionnements de chacun. On y trouve également une dispute entre le Vercors et les Alpes de Haute Provence.

Il avait plu des oiseaux morts

Sarah Seignobosc, de son côté, avec sa rigueur et sa qualité d'écriture habituelles, décrit les teneurs symboliques de la domination des humains sur les oiseaux, tour à tour vêtus des peurs et des détestations des hommes : « Que l'on pense au mythe d'Icare, au culte de l’homme-oiseau dans l'aire Indo-Pacifique ou au sport contemporain appelé vol en wingsuit, les représentations hybrides mêlant des traits ornithomorphes et anthropomorphes sont multiples dans l'histoire des civilisations. Ce que l'homme souhaite s'approprier en chassant, capturant, consommant, tuant les oiseaux ou en leur vouant un culte, ce n'est pas seulement une capacité physique, celle de voler, un sentiment de liberté mais un supplément d'âme », alors même que ces chants, ces « ces vocalises complexes et variées » participent de notre harmonie — cet univers sonore nous relie au non-humain jusqu’au coeur des villes —, elles « nous apaisent, aussi sûrement que nous angoissent les sirènes des pompiers, des ambulances ou des policiers. La multitude de ces chants contribue à créer un équilibre naturel dont l’Homme ne saurait se passer ». Aussi le billet s’inaugure-t-il avec une image terrifiante. Loin de n'être qu'une allégorie indolore, elle provient d'un fait divers (certes assez hitchcockien : près de 400 oiseaux avaient été retrouvés morts, après avoir chuté dans un parc de la Haye entre le 19 octobre et le 3 novembre 2018) : « il avait plu des oiseaux morts ».

 

Pour résumer le propos, un petit dessin de Fred Sochard, qui comme d'habitude, englobe la situation en quelques coups de crayon : 

Percée vert... © Fred Sochard Percée vert... © Fred Sochard

 

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