L’Effet Mühlmann (10) sixième effet.

L’Effet Mühlmann (10) sixième effet (suite).

Une nouvelle difficulté surgit, amenée par le terme dialectique. Voici une définition de la dialectique :

La dialectique s’enracine dans la pratique ordinaire du dialogue entre deux interlocuteurs ayant des idées différentes et cherchant à se convaincre mutuellement. Art du dialogue et de la discussion, elle se distingue de la rhétorique (qui se rapporte plutôt aux formes du discours par le dénombrement de ses différentes figures) car elle est conçue comme un moyen de chercher des connaissances par l’examen successif de positions distinctes voire opposées (même si l’on en trouve des usages détournés, visant la persuasion plus que la vérité[1].

C’est dans ce sens-là que le professeur de pédagogie Émile Durkheim tenait à ce qu’elle ait toute sa place dans notre enseignement. René Lourau de son côté se réfère à logique de Hegel, avec les trois moments d’un concept : universalité, particularité et singularité. Cela présente des difficultés importantes pour ceux qui comme moi, sont habitués à utiliser la logique dite mathématique.

 

Revenons au lycée autogéré.

Disons que l’on peut se faire une idée du projet de départ, dans son « universalité », et qu’à partir de là, on peut se demander comment cela se passe en tenant compte des déterminations particulières dans la singularité de l’action.

Par exemple, lorsque le Ministère de l’éducation nationale nous propose, fin août 1982, le sous-sol du Lycée François Villon, donc des conditions très particulières pour mener notre projet, nous sommes contrariés. C’est le moment de la négation de notre projet ! Nous décidons de tâcher de nous en accommoder, faisant contre mauvaise fortune bon cœur : c’est le moment de la négation de la négation, celui de la singularité de l’action. Puis cette succession des trois moments est devenue simultanéité dans chaque geste quotidien.

Je sais bien que le processus d’institutionnalisation, processus dialectique, se présente de manière canonique sous la forme suivante : institué – universel, instituant – particularité, singularité – institutionnalisation. Et je sais qu’il faut insister sur le fait que l’institué, c’est l’État. Toutefois si l’institué c’est... l’État, il faut se rappeler qu’il y a eu de grandes hésitations au début des années quatre-vingt, au point qu’ici ou là, on a pu parler d’État instituant ! L’État qui s’oppose au changement peut le prôner tout à la fois, ce qui n’est pas sans conséquences sur le fonctionnement de l’école, et ce qui n’est pas sans conséquences non plus sur les recherches à mener sur ce « pur concept » !

Bref, là où je me situe, je préfère inverser les deux premiers termes, ce qui me semble mieux correspondre à notre vécu expérimental... et à une explication de la dialectique « hégélienne ». Cela me semble correspondre à ce que nous vivons, lorsque nous « redescendons sur terre » pour réaliser nos rêves.

Pour ne pas renoncer au projet initial, à la prophétie de départ, le mouvement se doit de combattre l’effet Mühlmann. Il se doit de mettre en échec la prophétie de l’échec.  Mettre en cause cet échec annoncé, c’est donc changer l’ordre des moments de la dialectique de l’institution.

La connaissance de ces concepts importe peu pour ceux qui se lancent dans une tentative autogestionnaire. On peut a priori très bien s’en passer lorsque l’on se lance dans une entreprise coopérative et, passant aux travaux pratiques, tenter de se coltiner avec les difficultés qui se présentent en chemin. Ces trois concepts peuvent de toutes les façons être purement et simplement ignorés. Dans ce cas, l’injonction de ne pas faire peut parfaitement ne pas être entendue.

à suivre :  (11)

Navigation entre les pages :

(1) - (2)(3)(4)(5)(6)(7)(8)(9)(10)(11)(12)(13)(14)(15)(16)

 


[1] Encyclopédie Wikipédia, entrée dialectique.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.