SIX EFFETS POUR UNE APPROCHE DU LYCÉE AUTOGÉRÉ (2)

De plus, le caractère expérimental était attesté de la manière suivante. Il devait y avoir communication d’informations et d’analyses, concernant aussi bien l’établissement « autogéré » que le système global dans lequel il devait s’insérer. Et la tentative était a priori limitée à trois ans, avec: évaluation « sommative » à l’échéance, et reconduction ou non.
Mais derrière cet aspect expérimental, très valorisant, se cachaient sans doute d’autres intentions.
Tout d’abord, il fallait faire accepter par la grande maison qu’est l’éducation nationale un changement d’importance : une équipe recrutée en dehors du mouvement, entre autres. Et là, il y avait accord entre la base,– les équipes –, et le sommet, – des gens de l’appareil –, pour faire un peu de tactique. C’est qu’en s’écartant des normes en vigueur sur bien des points, nous rencontrions des désaccords importants avec une grande majorité des enseignants, et avec certains syndicats influents. Expérimental pouvait rassurer les opposants en signifiant limité dans le temps et dans l’espace.
Il y avait ensuite une dimension militante et politique avec la référence à l’autogestion. Le terme d’autogestion avait été beaucoup utilisé, à gauche, entre le tout début des années soixante jusqu’à la fin des années soixante-dix avec un apogée en 1978, lorsque l’appareil du Parti communiste troquait la dictature du prolétariat contre le socialisme autogestionnaire. Se revendiquer de l’autogestion en 1982 était déjà considéré comme démodé mais nous étions quelques-uns à ne pas vouloir renoncer à cet idéal ; mieux, nous voulions l’inscrire dans la pratique.
Enfin, beaucoup plus important, il semblait urgent de remédier à quelques dysfonctionnements de l’éducation nationale, c’est à dire d’accueillir des jeunes qui ne pouvaient rester dans l’autre système. Ce lieu allait servir de lieu de réparation.
Ce désir de garder des « jeunes » à l’école qui a été très fort, a certainement contribué au plus haut point à la création d’établissements qui se situaient en dehors du « droit commun ».
Mon but est de préciser les enjeux, les présupposés et les fondements de cette expérience. Alors pour organiser un propos qui ne peut pas être « linéaire », je partirai de cette proposition :
l’effet Pygmalion conjugué avec l’effet Hawthorne pourrait permettre de combattre efficacement l’Effet Saint-Matthieu !
C’est une formulation possible de l’hypothèse qui a présidé à la naissance du lycée autogéré, hypothèse que je peux traduire de manière plus claire et plus simple comme suit :
« Considérer chaque élève avec bienveillance, en faisant partie d’une équipe d’enseignants solidaires et responsables, devrait éviter que ne se creusent les inégalités au sein de l’école. »
J’essaierai de préciser à quels phénomènes se réfèrent ces effets, d’approcher leur mode de fonctionnement et de montrer comment leur connaissance s’inscrit dans des pratiques.
Puisque l’un des buts d’un lycée est de transmettre des savoirs, cela m’amènera à ajouter à cette liste les effets Weber et Lukacs dont je préciserai la teneur un peu plus loin.
Et puisqu’il s’agit de faire vivre un établissement qui s’affirme différent, une contre-institution, je parlerai de l’effet Mühlmann, de l’inscription de cette expérience dans cette société, au fil du temps. Chemin faisant, j’espère donner l’envie à d’autres d’expérimenter, c’est à dire de ne pas reproduire mécaniquement une façon de faire. C’est qu’il est de plus en plus urgent de changer l’école, en mieux.

à suivre : (3)

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