L’Effet Mühlmann (13) sixième effet.

L’Effet Mühlmann (13) sixième effet (suite).

Quel est le rapport de ce qui précède avec l’institutionnalisation du lycée autogéré ? Le lycée autogéré cherche à trouver une place dans l’éducation nationale, institution hiérarchisée, basée sur la sélection des « meilleurs », élitiste... outil de la reproduction d’une société de castes et de classes, peut-être, mais aussi siège de tensions diverses et variées. Pour appréhender cette institutionnalisation du lycée autogéré, il est nécessaire de tenir compte de l’institutionnalisation de l’éducation nationale. Nous ne contestons pas ce que tant d’historiens s’accordent à en dire. « Ni Napoléon, ni Guizot, ni Ferry ne visaient l’égalité des chances ou le brassage social. L’école de la troisième république est une institution de l’inégalité standardisée[1]. »

Toutefois, nous savons que d’autres, dès la création d’une école publique gratuite et laïque poursuivaient d’autres buts, par exemple Ferdinand Buisson[2].

Nous avons imaginé employer les ressources de l’éducation nationale autrement et à d’autres fins, nous rappelant que l’histoire ne s’arrête pas à l’origine[3], que la création du monde a lieu tous les jours.

Qu’en est-il de ces quelques conditions particulières, avec lesquelles il faut compter, mais qui risquent d’altérer le projet de départ ?

Il faudrait commencer immédiatement par la différence qui existe entre un enseignant qui a déjà une paye, un salaire un métier un statut et un élève, en passe de l’obtenir espérons-le. Un bon autogéré, s’il est élève, doit donner un maximum à cet établissement. Comment sera-t-il rétribué ? Ne vaut-il pas mieux tout simplement qu’il s’adonne à des études d’une manière classique ? C’est très facile au lycée autogéré, à condition de faire preuve d’un type de diplomatie voire d’hypocrisie. Et pour ce lycée, n’est-il pas souhaitable, que la réussite au baccalauréat dépasse les 45% ? Autrement dit, pour le lycée autogéré, ce qu’un élève pourrait faire de mieux, c’est d’avoir un baccalauréat, de préférence avec une mention bien. Cette question du baccalauréat nous rappelle la présence de l’État.

Comment ne pas voir que ce qui s’impose comme une évidence dans le métier d’élève, s’impose a fortiori dans le métier d’enseignants.

Pratiquement tous les enseignants qui ont quitté ce lycée ou même celui de Saint-Nazaire l’ont fait parce qu’ils souffraient du manque d’espace pour s’adonner à leur profession d’enseignant. Le lycée se présente avec son mode d’emploi, bien difficile à détourner, tellement cela implique de transformations.

De quelle façon le lycée va-t-il prendre forme ? Pour répondre à cette question, il convient d’examiner le projet de départ, dans quel contexte il est mis en œuvre, et par qui.

Pour aider à la compréhension de ce qui se passe, de ce qui s’est passé, nous pouvons recourir à quelques schémas, quelques éléments de théorie. Les débuts difficiles me reviennent en mémoire. Nous étions quelques-uns à utiliser le western à titre d’allégorie, pour appréhender une réalité difficile à vivre. Il y avait peut-être de l’humour, il n’empêche, cela reflétait le désir plus ou moins conscient de rétablir la loi et l’ordre dans des contrées devenues sauvages !

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[1] Claude Lelièvre, cité dans En revenant de Nevers, Brefs échos subjectifs du XXe colloque d’Éducation et Devenir à Nevers (Nièvre) les 2 – 3 et 4 avril 2004.

http://www.ozp.fr/archives/danslapress/archives/2004/0404/040411educationetdevenir.htm

[2] De 1879 à 1896, il fut appelé par Jules Ferry, successeur de Jules Simon, à la direction de l’Enseignement Primaire, avant de superviser le travail d’écriture et de conception des lois sur la laïcité.

[3] « (...)une situation mondaine, tout comme autre chose, n’est pas créée une fois pour toutes mais aussi bien que la puissance d’un empire, se reconstruit à chaque instant par une sorte de création perpétuellement continue, ce qui explique les anomalies apparentes de l’histoire mondaine ou politique au cours d’un demi-siècle. La création du monde n’a pas eu lieu au début, elle a lieu tous les jours » Marcel Proust, dans Albertine disparue, signalé par René Lourau.

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